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Accueil>Expositions & Actualités>Conférences et colloques>à 18h30La Wunderkammer a-t-elle existé ? Inventaire d’un mythe

par Patricia Falguière, EHESS, Paris

Qui ne se souvient de la merveilleuse liste «tirée d’une encyclopédie chinoise » qui ouvre Les mots et les choses ? Publié en 1984, le chef d’œuvre de Michel Foucault parut trouver un écho immédiat dans une zone grise de l’histoire de l’art : l’histoire des musées.

On redécouvrit alors une généalogie inattendue des institutions forgées par l’Europe moderne, les chambres des merveilles ou Wunderkammern. Bric-à-brac mythiques, entre luna parks princiers et cabinets de physique amusante, greniers dynastiques, ces collections improbables disséminées dans presque toute l’Europe du XVIe siècle offraient un éclairage surprenant sur l’origine de l’institution muséale. Le « succès » des Wunderkammern fut spectaculaire. On se mit en quête de leurs vestiges, on tenta de les reconstituer, dans nombre de musées on essaya d’en restituer l’esprit par des accrochages audacieux qui prétendaient recontextualiser les œuvres d’art… Mais la popularité des chambres des merveilles ne se limite pas à l’histoire de l’art. La première tentative de « restitution archéologique » d’un cabinet des merveilles eut lieu à Venise, à la Biennale d’art contemporain, en 1986. On ne compte plus désormais les expositions d’art contemporain calquées sur leur logique : artistes « en collectionneurs » et commissaires d’exposition en quête d’autorité ont fait de la chambre de merveilles l’un de leurs dispositifs de prédilection. C’est un aspect de l’explosion du White Cube - le cube blanc à quoi, jusque dans les années 80, tout espace d’exposition digne de ce nom se voyait réduit. Mais la chambre des merveilles offre-t-elle vraiment un modèle alternatif pour le musée de notre temps ? À quel prix ? Peut-on, comme y incitent de récentes expositions réduire la Wunderkammer à une vitrine d’antiquaire ? Ou faut-il reconnaître les perspectives vertigineuses qu’elle ouvre à notre époque ? Il est temps de revenir sur la naissance du mythe : l’œuvre de celui qui, en 1908, fut leur « inventeur », l’historien viennois Julius von Schlosser.

Patricia Falguières, ancienne élève de l’École normale supérieure, membre de l’École française de Rome de 1985 à 1989, est professeur agrégé à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris et donne le cours d’histoire et théorie de l’art à l’École des Beaux-Arts de Bordeaux. Ses travaux ont porté sur les classifications, les index et les encyclopédies de la Renaissance, la naissance du musée dans l’Europe moderne et le maniérisme. En 1988 elle a consacré sa thèse aux Kunst und Wunderkammern du XVIe siècle. Diverses publications, dont Les chambres des merveilles (Bayard, 2002) en sont issues. En 2008 elle a publié une édition critique du classique de Brian O’Doherty, White Cube. L’espace de la galerie et son idéologie (Maison Rouge / JRP Ringier). Ses travaux portent actuellement sur la technè à la Renaissance et l’inscription des pratiques artistiques dans l’ordonnance aristotélicienne des savoirs. Parallèlement, elle intervient régulièrement par ses articles et ses essais dans le champ de l’art contemporain. Elle a ouvert à l’EHESS, avec Elisabeth Lebovici et Natasa Petresin le séminaire « Something you should know ».

Cycle(s) : Trésors et collections
Evénement(s) : Le Louvre invite Umberto Eco, Le Louvre invite Umberto Eco

Informations pratiques

Lieu

Auditorium du Louvre

Tarifs

5 euros (plein),
4 euros (réduit),
3 euros (solidarité),
2 euros (Jeunes -26 ans, Groupes scolaires, Carte Louvre Jeunes)