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Accueil>Expositions & Actualités>Conférences et colloques>à 18h30Y a-t-il une bonne prison ? Les débats du XIXe siècle

par Michelle Perrot, université Paris-VII

En faisant de la privation de liberté le principe de la pénalité, la Révolution française instaure une véritable rupture et met la prison au centre du système pénitentiaire. Substituée aux tortures et aux galères, elle est censée permettre la " douceur des peines ", leur tarification équitable et uniforme, et le traitement de l'âme plus que l'atteinte du corps. Tel était le dessein humaniste de Beccaria et de Le Pelletier de Saint Fargeau.
Mais alors, quelle prison ? Au début, on improvise. Mais très vite se pose la question de son régime, de son espace et de son administration. La prison devient l'objet de discours, d'enquêtes, de lois et de règlements qui remplissent des bibliothèques entières. A peine est-elle créée, qu'il est question de la réformer. On évoquera les grandes lignes de ces débats récurrents, traversés par les idéologies politiques et religieuses, les représentations du corps, du sexe, de l'âge, et les peurs sociales, dominées par la hantise des atteintes à la propriété, la crainte des voleurs, de vagabonds, des " communeux " et des Apaches.
Quel régime ? Faut-il distinguer les prisons de femmes ? Oui et, notamment par la religion et le silence. Et les lieux pour les enfants ? Oui, par le choix de la campagne et une discipline qui admet les châtiments corporels. Pour les hommes, on puise dans l'expérience militaire. Mais encore ? Quelle place faire au travail et à la solitude ? Sur ce point, deux versions s'opposent. Ceux qui croient à l'amendement, optent pour le travail en commun le jour et l'isolement nocturne (modèle dit d'Auburn) ; ainsi le philanthrope Charles Lucas (1803-1889). Les sceptiques choisissent l'isolement cellulaire complet, de jour et de nuit (type Cherry Hill, près de Philadelphie), seul susceptible d'empêcher la contagion et de défendre la société, principale fonction de la prison. C'est la pensée d'Alexis de Tocqueville qui, avec son ami Gustave de Beaumont, mena en 1831-1832 une grande enquête sur les prisons américaines où le débat faisait rage.
Quelle architecture pour quel espace ? Plusieurs types se succèdent : d'abord le Panoptique, de Jeremy Bentham, utopie carcérale qui mise sur la surveillance centrale par un gouverneur dont le regard suffirait à transformer la conscience morale des détenus sous " l'œil du pouvoir ". Peu de réalisations effectives en France, et toujours biaisées : ainsi pour la Petite Roquette, destinée aux enfants parisiens, centrée et en même temps cellulaire ; ou encore Mazas, et même la Santé. Ensuite, succès des architectures rayonnantes, imitées de Cherry Hill. Puis le "telephone pole" rectangulaire et rigoureusement cellulaire, comme Fresnes, réalisation républicaine dont le "luxe" (eau et water pour chaque détenu) suscita les protestations (" Fresnes-Palace "). Mais le poids de l'héritage (les couvents nationalisés dont plusieurs abritent toujours des centrales, comme Clairvaux), le manque de moyens, le refus de donner aux détenus un niveau de vie supérieur à celui de l'ouvrier le plus pauvre (la loi d'airain des prisons), le surencombrement... se combinent pour faire des prisons des lieux misérables et corrupteurs. Du reste, les incidents étaient récurrents, les rébellions fréquentes. Il y eu même de grandes vagues de révoltes.
Contre cette situation, des voix se sont élevées au cours du XIXe siècle : celles de médecins (Villermé, 1820) ; d'intellectuels, comme Victor Hugo (" Ouvrir une école, c'est fermer une prison "), Victor Schoelcher. Les féministes firent de Saint-Lazare le lieu symbole de l'oppression des femmes. Les anarchistes - Kropotkine, Darien - protestèrent contre l'avilissement par le pouvoir. Mais c'était plutôt des minorités. Dans l'ensemble, l'opinion, accessible à la peur, s'accommodait de cette situation, dont le mouvement ouvrier, très critique vis-à-vis de la concurrence du travail carcéral, ne faisait pas une priorité.
La bonne prison était sans doute une illusion. La Troisième République en prenait conscience. La " récidive " la préoccupe. Du coup, elle cherche surtout à vider les prisons corruptrices : par l'expulsion des multirécidivistes, ces " inaptes à toute espèce de travail " (loi de 1882), transportés en Nouvelle-Calédonie et en Guyane ; par le sursis et la liberté conditionnelle (lois Bérenger), innovations des juristes républicains, dont Robert Badinter a montré la réelle portée, limitée toutefois par le désintérêt pour le résidu " irrécupérable " des prisons. Pour les médecins criminologues - Lombroso, Lacassagne -, elles deviennent des laboratoires où scruter le " criminel-né ".
S'agit-il d'un " échec " de la prison, infidèle aux objectifs des pères fondateurs qui rêvaient de " moins punir pour mieux punir " dans l'intérêt commun ?
Est-ce inhérent à la fonction même de la prison, simple instrument de " gestion des illégalismes " (Michel Foucault) ? L'idée d'une " bonne prison " est-elle en soi aberrante ?
Le débat est-il clos ?

Cycle(s) : La prison : utopies et réalités
Evénement(s) : Le Louvre invite Robert Badinter - Regards sur la prison, Le Louvre invite Robert Badinter - Regards sur la prison

Informations pratiques

Adresse et téléphone :
Musée du Louvre, 75058 Paris - France
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

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