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2011, année vasarienne

Projet suivi par Louis Frank

Le cinquième centenaire de Giorgio Vasari, né le 30 juillet 1511 à Arezzo, fut l’occasion de réunir en un faisceau convergent l’ensemble des recherches récemment engagées au Louvre sur l’artiste et sur l’écrivain.
La nécessité d’un nouvel établissement du texte de cette référence constante des études sur l’art de la Renaissance italienne que sont les Vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes, suivant la stricte leçon des deux éditions princeps de 1550 et de 1568, celle d’une traduction qui soit en accord avec la lettre et la conceptualité de l’entreprise vasarienne, celle, enfin, d’une confrontation systématique des données transmises par les Vies à la lumière de la documentation historique, elle-même révisée selon les critères philologiques les plus rigoureux, nous sont apparues dans le cours de travaux sur l’inventaire des dessins toscans de la première moitié du XVIe siècle conservés au Louvre. Elles se sont cristallisées sous la forme d’un projet éditorial – des volumes correspondant à des Vies individuelles, dans leurs deux versions d’origine, transcrites, traduites en regard et annotées – associé aux expositions du musée. Ainsi ont été publiées, avec l’assistance de Stefania Tullio Cataldo, chargée de recherche au département des Arts graphiques, les biographies de Polidoro da Caravaggio et Maturino Fiorentino (Milan, Officina Libraria, 2007) et d’Andrea Mantegna (Milan, Officina Libraria, 2008). La Vie de Léonard de Vinci, qui nous occupe aujourd’hui, présente des difficultés considérables, tant sur le plan de l’établissement du texte que sur celui de l’annotation. Le commentaire se heurte, en effet, aux dimensions de la bibliographie et à la complexité des jugements et des enjeux critiques qui touchent à l’oeuvre de Léonard. Son but consiste essentiellement à mettre le texte vasarien en rapport avec les connaissances positivement établies sur les œuvres et les données de la tradition qui les documente. Mais cette tradition, particulièrement riche concernant Léonard, puisqu’elle enveloppe l’immense continent des manuscrits de l’artiste, demeure fort inégale quant à la qualité de son traitement philologique et requiert un travail de révision et de retranscription systématique à partir des originaux. Effectué sur le texte de la Vie, ce même travail de vérification a permis de revenir sur une altération délibérément introduite par les principaux éditeurs modernes, et qui engage l’interprétation de la nature des Études de draperies monochromes sur toile de lin dont le Louvre conserve six exemplaires. À la leçon du texte, « medaglie di figure di terra » (« des médaillons de figures de terre »), fut en effet fréquemment substituée cette autre : « modegli di figure di terra » (« des modèles de figures de terre »). Le rétablissement de la version d’origine, impliquant que l’artiste ait eu recours, avant d’y ajuster des étoffes imprégnées de terre humide, à des éléments en relief modelés sur champ plat, plutôt qu’à un modèle tridimensionnel intégral, permet de rendre compte de certaines des caractéristiques formelles de la série des draperies, et ouvre des perspectives sur l’économie des matériaux et de l’espace dans l’atelier de Verrocchio. De nouveaux examens de laboratoire ont été engagés sur la base de ces réflexions par Bruno Mottin au C2RMF. Le travail effectué sur la tradition documentaire en vue de l’annotation du passage de la Vie décrivant le carton de la Sainte Anne de Léonard a servi de point de départ à la rédaction des seize notices relatives aux mêmes documents dont Vincent Delieuvin nous a confié l’étude dans le catalogue de l’exposition que le département des Peintures a consacrée en 2012 au tableau restauré (1). Il a bénéficié, en retour, des échanges et des approfondissements suscités par les découvertes très novatrices de l’entreprise.
Les études effectuées en vue de l’édition des Vies se sont également concrétisées sous la forme d’un cycle de conférences organisé à l’auditorium du Louvre, en collaboration avec Monica Preti, et dont on trouvera le compte rendu général en son lieu (2). Notre contribution à ce cycle, intitulée « Giorgio Vasari : la Vie de Léonard de Vinci », avait pour objet, dans la perspective générale du programme, de montrer comment l’extraordinaire portrait littéraire que Vasari traça de Léonard offrait, jusque dans sa négativité apparente, l’une des expressions les plus accomplies de la structure conceptuelle et problématique des Vies selon leurs multiples dimensions critiques, historiques, politiques et sociales, telles que les études récentes dans le domaine de l’histoire de la littérature italienne les ont mises en évidence (3).
L’hommage à l’auteur des Vies devait être enfin l’occasion de présenter à un public souvent tributaire encore des jugements défavorables de l’ancienne critique à l’égard de celui qui fut l’un des représentants les plus officiels de la maniera, l’oeuvre d’un artiste pour lequel le dessin constituait, sur le plan théorique et pratique, le principe premier de tout acte créateur. C’est ainsi que fut organisée l’exposition « Giorgio Vasari. Dessins du Louvre (4) ». La richesse des fonds du Louvre en feuilles vasariennes – près d’une centaine – remonte à l’acquisition par Colbert, en 1671, de la collection Jabach, origine de l’actuel cabinet des Dessins. Elle offre l’avantage d’illustrer la quasi-totalité du développement de l’activité artistique de Vasari depuis la fin des années 1530 (Déposition de Camaldoli, INV. 2094) jusqu’aux ultimes chantiers des fresques de la Sala Regia du Vatican et de la coupole de la cathédrale de Florence, ainsi que de représenter non seulement toutes les formes de cette activité (grands retables et tableaux de dévotion, cycles apologétiques et historiques monumentaux, peinture mythologique, allégories religieuses et profanes, ornement, architecture – grâce aux deux élévations pour la chapelle Del Monte à la basilique romaine de San Pietro in Montorio), mais encore l’ensemble des modes et des techniques du dessin vasarien : ouvrages de présentation parfaitement achevés, études plus ou moins cursives, usages différenciés de la plume, de l’encre brune et du lavis, choix du papier bleu à la mode vénitienne, carton à la pierre noire, très rare sanguine. Ce matériau fut ordonné selon un plan diachronique presque pur, où les phases de l’évolution correspondent aux différentes étapes d’une carrière étroitement liée aux vicissitudes de l’histoire toscane et romaine de l’époque. Le catalogue de l’exposition, rédigé en collaboration avec Stefania Tullio Cataldo, reflète l’état présent des connaissances sur Vasari peintre et dessinateur (5). Il a permis de constater, à propos des feuilles jugées originales auxquelles son format limitait l’exposition, la valeur fondamentale des acquis du volume de l’Inventaire général des dessins toscans du Louvre consacré par Catherine Monbeig Goguel, en 1972, à Vasari et son temps. Ont été intégrées les découvertes récentes, telles que l’identification par Florian Härb du carton de la Charité (INV. 2081) comme préparatoire à l’une des peintures de la voûte de la chapelle Del Monte. Demeurent ouvertes les discussions relatives à certaines attributions difficiles (Bacchanale, INV. 2157 ; Présentation de la Vierge au Temple, INV. 2081), à la participation possible des collaborateurs du maître ainsi qu’à de probables interventions ultérieures décelables sur certaines feuilles.

1. La Sainte Anne. L’ultime chef-d’oeuvre de Léonard de Vinci, Paris, musée du Louvre éditions, et Milan, Officina Libraria, 2012.
2. « Giorgio Vasari. Histoire et création littéraire », 26 septembre – 24 octobre 2011.
3. Pozzi (M.) et Mattioda (E.), Giorgio Vasari storico e critico, Florence, Olschki, 2006.
4. Salles Mollien, 10 novembre 2011 – 6 février 2012.
5. Giorgio Vasari, Paris, musée du Louvre éditions, et Milan, 5 Continents, 2011.

L. Frank

English version

The 500th anniversary of Giorgio Vasari’s birth provided an opportunity to bring together all the Louvre’s research on the artist and author in one body of work. We therefore continued the research relating to the publication of the third volume of our new edition and annotated French translation of Le Vite de’ più eccellenti architetti, pittori, et scultori italiani… devoted to the life of Leonardo da Vinci. This research has enabled us to review an alteration (medaglie di figure di terra replaced by modegli di figure di terra) introduced by modern editors, which relates to the interpretation of the famous series of drapery studies. This research also led to a series of lectures in the Louvre’s Auditorium (Giorgio Vasari: histoire et création littéraire). The homage to the author of the Lives of the Artists finally provided an opportunity to present the work of an artist—for whom drawing was the primary element in any act of creation and who was one of the most eminent representatives of the maniera—to a general public whose perception of Vasari is coloured by many years of negative criticism (exhibition Giorgio Vasari. Dessins du Louvre, Salles Mollien, 10 November 2011–6 February 2012).

Informations pratiques

Adresse et téléphone :
Musée du Louvre, 75058 Paris - France
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

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