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I Am Sitting In A Room and Other Works, 1969-2013

Programme
Charles Curtis (2002)
Pour violoncelle et oscillateurs d’ondes pures
Violoncelle : Charles Curtis

Criss Cross (2013)
Pour deux guitares électriques
Guitares: Oren Ambarchi et Stephen O'Malley

Slices (2008)
Pour violoncelle et orchestre préenregistré
Violoncelle : Charles Curtis

I Am Sitting In A Room (1969)
Pour voix et système de délai sonore numérique
Voix : Alvin Lucier
Système sonore : Hauke Harder

« Dans toutes ses pièces, écrit Michael Nyman, qu’elles impliquent des espaces fermés, des étendues ouvertes, des sons distribués dans l’environnement, des propriétés vocales ou des surfaces vibrantes, Lucier organise des processus ouverts afin de découvrir les propriétés particulières des matériaux ou espaces choisis et ce qui les distingue dans différents contextes. L’accent mis sur le processus est important : c’est ce qui permet d’explorer l’identité de chaque site ou substance dans sa propre et impermanente unicité. Il n’y a ni compromis ni besoin de justifier le geste d’investigation par une quelconque explication documentaire. L’aspect de recherche est inscrit dans les partitions elles-mêmes et peut être réalisé à travers des dispositifs électroniques, sub-, pseudo-, para- ou post-électroniques (ce qui convient le mieux à chaque travail à accomplir). »[1]

L’œuvre d’Alvin Lucier s’amorce dans les années 60, au cœur des échanges qui foisonnent alors entre musique, recherche scientifique, installations et pratiques performatives. Elle affirme rapidement sa singularité parmi les chantiers d’expérimentation sonore et acoustique élargie impulsés par l’œuvre de John Cage. En Europe, où Alvin Lucier a approfondi sa formation à la fin des années 50, comme aux Etats-Unis, où il a fondé le Sonic Art Union en 1966 avec Robert Ashley, David Behrman et Gordon Mumma, le compositeur a côtoyé les divers programmes de laboratoire voués au développement de la création électro-acoustique. Pour Alvin Lucier cependant, les outils scientifiques apportent avant tout « des procédures neutres, dénuées de choix personnels ou de prédilection » permettant de placer le performer et l’auditeur dans une expérience processuelle ouverte, au profit de l’exploration perceptive et expressive du son[2].

I Am Sitting In a Room (1969) est représentative des fondements de ce travail. Dans une situation publique, Alvin Lucier diffuse, à l’aide d’un magnétophone, un texte enregistré avec sa propre voix dans un lieu distant, décrivant le protocole même de la performance. Au fil d’une opération répétée en temps réel : réenregistrer le son émis par le haut-parleur puis le rediffuser, etc.,  le compositeur explore sa propre singularité vocale – dont la signature est un bégaiement d’enfance – autant que les caractéristiques de la pièce qui accueille la performance et devient, au même titre que le matériel d’enregistrement et de diffusion, un véritable « filtre acoustique » de l’événement vocal. « Penser les sons comme des longueurs d’ondes mesurables au lieu de notes musicales hautes ou basses, affirme Alvin Lucier, a entièrement changé mon idée de la musique, d’une métaphore à un fait et, de manière réelle, m’a connecté à l’architecture »[3].   D’autres pièces séminales procèdent ainsi en problématisant dans leur structure même un va et vient entre le corps comme source d’émission et l’espace comme matérialisation d’un feedback, activant une sorte de boucle perceptive entre sujet-performer et du lieu où il se trouve. C’est le cas de la célèbre Music for Solo Performer (1965), où les ondes alpha – ondes produites par le cerveau lorsqu’il se libère de toute pensée visuelle -, sont captées par des électrodes dans le crâne de l’interprète et, extraordinairement amplifiées, mettent en mouvement un ensemble de percussions.

A partir de ces expériences radicales, le compositeur étend son écriture musicale en élargissant le potentiel de sources, de textures et de matières sonores. Objets résonants et percussions, cordes (des instruments occidentaux classiques au koto japonais ou à la guitare électrique) et oscillateurs d’ondes sinusoïdales sont dans son œuvre les outils privilégiés d’une attention infinitésimale portée aux événements vibratoires, aux impacts réciproques des fréquences sonores dans une situation spatiale et environnementale particulière. Les matériaux enregistrés participent de cette approche extraordinairement subtile de l’espace acoustique, un espace hétérogène, modulé de flexions et de temporalités multiples, où l’auditeur est invité à prendre une part active.

Les pièces réunies dans ce programme, anciennes et récentes, présentent un aperçu de cette œuvre majeure, aussi minimale dans ses procédures que complexe dans ses effets. Dans l’écriture d’Alvin Lucier, la place accordée aux performers est essentielle. Ce concert met à l’honneur la richesse des collaborations artistiques qu’elle suscite, en accueillant des invités d’exception pour qui les œuvres ont été créées ou recréées : le violoncelliste Charles Curtis, les jeunes musiciens Stephen O’Malley et Oren Ambarchi, issus de la musique électronique, et l’ingénieur et artiste sonore Hauke Harder.
 

Biographies
Alvin Lucier

Né en 1931 à Nashua (New Hampshire), Alvin Lucier s’est formé en composition musicale à la Portsmouth Abbey School, puis à Yale University et à Brandeis University. Lors d’un séjour deux ans à Rome avec une bourse du Fulbright Program, il découvre les scènes et les laboratoires européens de la musique électro-acoustique. A son retour aux Etats-Unis, il dirige de 1962 à 1970 le Brandeis University Chamber Chorus, avant d’évoluer vers une pratique plus expérimentale et interdisciplinaire. Il fonde le Sonic Arts Union, en 1966, avec les compositeurs Robert Ashley, David Behrman et Gordan Mumma, et devient le directeur artistique de la Viola Farber Dance Company de 1972 à 1979. Il a enseigné à la Wesleyan University de 1968 jusqu’en 2011, entre autres en tant que titulaire de la Chaire John Spencer Camp.

Alvin Lucier est un artiste pionnier dans de nombreux domaines relatifs à la composition et à la performance, incluant le mouvement corporel, l’utilisation des ondes cérébrales, la création d’images à partir de vibrations sonores, ainsi que l’acoustique du lieu. Son œuvre compte des expériences majeures sur le plan de l’installation sonore et des collaborations avec de artistes issus d’autres domaines : la poésie, la scène ou des arts visuels. Parmi eux, notamment, John Ashbery (Theme, 1994) et Robert Wilson (Skin, Meat, Bone, 1994). Sa récente installation sonore, 6 Resonant Points Along a Curved Wall, a accompagné la sculpture monumentale de Sol Lewitt à Graz (Autriche), puis à la Zilkha Gallery à l’Université de Wesleyan en Janvier 2005. En France, le Consortium de Dijon a programmé en 2007 un cycle de performances et sa performance Music For Solo Performer a été présentée au Plateau - Frac Île-de-France en 2011 à l’invitation de l’artiste Philippe Decrauzat.

Son œuvre de compositeur est éditée par les labels Cramps (Italie), Disques Montaigne, Source, Mainstream, CBS Odyssey, Nonesuch ou encore Lovely Music Records. Parmi ses dernières pièces de musique en date figurent Coda Variations pour tuba solo, Twonings pour violoncelle et piano, Canon, œuvre commandée par le Bang on a Can All Stars et Music with Missing Parts, une réorchestration du Requiem de Mozart, et qui fut joué pour la première fois au Mozarteum de Salzbourg en décembre 2007. En octobre 2012, une commande de la Biennale de Venise, Two Circles, pour flûte, clarinette, violon, violoncelle et piano, a été créée par l’Ensemble Alter Ego.

Développant un témoignage et une réflexion critique sur l’histoire de la musique expérimentale, Alvin Lucier publie régulièrement dans la revue Leonardo Music. Parmi ses ouvrages : Reflections/Reflexionen, un volume bilingue rassemblant ses compositions, écrits et entretiens (Cologne, MusikTexte, 1995) ; Music 109: Notes on Experimetal Music (Middletown, Wesleyan Press, 2012). Alvin Lucier a obtenu le Lifetime Achievement Award par la Society for Electro-Acoustic Music (Etats-Unis) et a été nommé Docteur Honoraire des Arts à l’University de Plymouth (Angleterre).

 

Charles Curtis
Etudiant à la Juilliard School et lauréat du Piatigorsky Prize, Charles Curtis a été premier violoncelle du NDR Sinfonieorchester de Hambourg dans lequel il a été dirigé en solo par les chefs d’orchestre Herbert Blomstedt, André Previn, Günter Wand, John Eliot Gardiner et Christoph Eschenbach. Il a également été le soliste invité de nombreux orchestres, parmi lesquels : the San Francisco Symphony, Baltimore Symphony, National Symphony, Orchestre de la Suisse Romande, Janacek Philharmonic, Orquestra de la Maggio Musicale Florence.

Pendant plus de vingt ans, il a été étroitement associé au compositeur d’avant-garde La Monte Young pour lequel il a dirigé le Theatre of Eternal Music String Ensemble. Il a interprété le morceau de quatre heures pour violoncelle seul composé par La Monte Young et Marian Zazeela Just Charles and Cello in the Romantic Chord, jouée dans la célèbre Dream House à New York puis dans le monde entier. Depuis le début de la décennie 1980, il s’est impliqué dans la scène alternative du downtown New York et collabore avec des pionniers du poetry-rock comme King Missile, John S. Hall, You Suck, Dogbowl and Kramer. Durant la décennie suivante, il crée le Charles Curtis Trio pour lequel il compose une musique rock minimale sous forme d’installations sonores avec des textes récités, des ondes sinusoïdales et des images projetées.

Ces dernières années, Charles Curtis a enrichi son répertoire d’œuvres majeures créées spécialement pour lui par Alvin Lucier, Eliane Radigue, Terry Jennings, Richard Maxfield et Morton Feldman. En 2005, il présente Waking States, une série de sept concerts sur quinze jours donnés dans différents lieux à New York. Charles Curtis réside à San Diego où il enseigne la Contemporary Music Performance à l’Université de Californie.

Oren Ambarchi
Oren Ambarchi est compositeur et multi-instrumentiste. Son travail se concentre essentiellement sur l’exploration de son instrument, la guitare, « réacheminant son instrument dans une zone d’abstraction étrange où celui-ci devient difficilement identifiable. Il devient plutôt un laboratoire pour une investigation sonore étendue » (The Wire).

Sa pratique musicale se situe au carrefour de multiples écoles : la musique électronique moderne, le processing, l’improvisation, le minimalisme, le songwriting, le rock, parmi d’autres. Le tout, dénudé, abstrait et résumé à de purs signaux.

Depuis la fin des années 1990, ses expérimentations l’ont mené à un univers sonore unique et très personnel incorporant une très grande variété d’instruments parmi lesquels l’harmonica de verre, divers instruments à cordes, cloches et percussions, créant des textures musicales fragiles qui coexistent avec les basses de sa guitare. Il travaille à partir de paramètres élémentaires et explore chaque idée à travers une durée étendue et « torture » patiemment toutes les nuances de chaque texture sonore. Il a joué et enregistré avec de très nombreux autres musiciens et interprètes parmi lesquels : Fennesz, Otomo Yoshihide, Pimmon, Keiji Haino, John Zorn, Rizili, Voice Crack, Jim O'Rourke, Keith Rowe, Phill Niblock, Dave Grohl, Gunter Muller, Evan Parker, z'ev, Toshimaru Nakamura, Peter Rehberg, Merzbow, et plus récemment avec le groupe Sunn O))). En Australie, il a pris part à l’organisation de nombreuses manifestations : le premier festival australien annuel de musique expérimentale « What Is Music? », le « The Toff In Town » à Melbourne. Il a récemment coproduit Subsonics, une série de documentaires pour la télévision canadienne consacrés à la musique expérimentale. En 2008, Oren Ambarchi co-organise la programmation musicale de la Triennale de Yokohama. Il a réalisé de nombreux enregistrements chez des labels comme Touch, Southern Lord, Table Of The Elements et Tzadik.

 

Stephen O’Malley
Né en 1974 à New Hampshire (Etats-Unis), Stephen O’Malley est compositeur et musicien. Il est membre fondateur de plusieurs groupes dont notamment Thorr's Hammer (1993), Burning Witch (1995), Sunn O))) (1998), Khanate (2000), KTL (2005), Nazoranai (2011). Il collabore fréquemment avec des musiciens, artistes et compositeurs de formations diverses, en concert ou en studio. Dans les pièces de Gisèle Vienne, il crée la musique pour Kindertotenlieder (2006), This is How You Will Disappear (2010), LAST SPRING: A Prequel (2011) ainsi que The Pyre (2013) et Eternelle Idole (2009) en collaboration avec Peter Rehberg (avec lequel il fonde le groupe KTL).Stephen O’Malley a également travaillé avec des cinéastes et vidéastes pour des installations d’œuvres dans des galeries, notamment avec le sculpteur américain Banks Violette sur plusieurs pièces entre 2005 et 2008. Il vit à Paris.

 

Hauke Harder
Né en 1963 à Heide (Holstein) en Allemagne, Hauke Harder est titulaire d’un doctorat en physique moléculaire à l’université de Kiel où il est enseignant-chercheur jusqu’en 2000. Ses premières compositions remontent à 1989 et il a notamment étudié la musique avec Wolfgang von Schweinitz en 1991-92. Il consacre une grande partie de son travail à la question de la justesse des intervalles.  Il est co-fondateur en 1989 à Kiel de la « Gesellschaft für akustische Lebenshilfe » (« Société d’assistance acoustique ») et y organise pendant dix ans concerts et expositions. Il fait également partie du « Material group of composers » avec Daniel James Wolf et Markus Trunk. Depuis 1995 il est l’assistant d’Alvin Lucier dans ses installations et performances en Europe, notamment Music on a Long Thin Wire. Il achève en 2012 avec Viola Rusche  un documentaire sur Alvin Lucier.


[1] Michael Nyman, Experimental Music : Cage and Beyond [1e edition : 1974], 2e edition, Cambridge University Press, 1999, pp. 105-106.

[2] Alvin Lucier, « Origins of Form : Acoustical Exploration, Science and Incessancy », Leonardo Music Journal, Vol. 8, Ghosts and Monsters: Technology and Personality in Contemporary Music (1998), MIT Press, pp. 5-11.

[3] Alvin Lucier, Interview, 1969, in Reflexions, Interviews, Scores, Writings, Cologne, Musik Texte, 1995.

 

Cycle(s) : Ouvertures/ Openings 2013

Informations pratiques

Lieu : Auditorium du Louvre
Accès libre

Réservation recommandée pour les performances qui se tiennent dans l'auditorium (Xavier Le Roy et Alvin Lucier) :
du 6 septembre au 24 octobre inclus, à l'aide du formulaire électronique (cliquable ici).

Retrait des billets : Le jour de la performance, de 9h jusqu’à une heure avant le début de la manifestation, à la caisse de l’Auditorium située sous la pyramide. Les places non retirées avant l’heure qui précède le début de la performance seront remises à disposition du public. Un contingent de places libres sera également ouvert le jour même de la manifestation, à la caisse de l’auditorium.

Formulaire électronique de réservation