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Bilan d’étape à l’issue des cinq études menées sur les plaques Campana à l’atelier de Flore au C2RMF en 2010

Projet suivi par Violaine Jeammet, Néguine Mathieux et Daniel Roger Restauration : Frédérique Berson, Christine Devos, Marie-Emmanuelle Meyohas, Christine Pariselle et Marie Petit Analyses au C2RMF : Anne Bouquillon

Au terme du conditionnement et du prérécolement effectués en 2009-2010 (chantier suivi par Néguine Mathieux et Aurélie Piriou, sous la direction de Violaine Jeammet), l’étude matérielle de la collection des plaques architecturales de terre cuite du Louvre dites « plaques Campana » a franchi en 2010 une étape décisive. Le musée du Louvre conserve vingt-huit de ces plaques de grandes dimensions, deux cent quatre-vingts plaques plus petites et des milliers de fragments (environ sept mille) désormais classés et conditionnés dans neuf cent soixante-quatorze bacs. Une série de plaques architecturales a été choisie par Néguine Mathieux et Daniel Roger dans la perspective d’une présentation dans les salles romaines. Huit catégories ont ainsi été sélectionnées sur des critères de dimensions (plaques de grandes dimensions et corniches), d’iconographie, de typologie, voire d’ateliers (signature « VALES »). Ce corpus restreint a fait l’objet d’analyses et de restaurations afin de mieux comprendre les pratiques des restaurateurs actifs à Rome au milieu du xixe siècle, dans le cadre de recherches plus complètes portant sur l’ensemble de la collection du marquis Giovanni Pietro Campana (1807-1880), en grande partie parvenue au Louvre en 1863.

Ces séries ont d’abord fait l’objet d’une campagne d’analyses physico-chimiques et, pour certaines d’entre elles, d’une analyse en thermoluminescence, puis une sélection de ces oeuvres a été étudiée par des restauratrices.

L’objectif était de repérer un éventuel « modus operandi » propre aux restaurateurs Campana, et de sélectionner les plaques susceptibles d’être présentées dans les futures salles romaines. Leur fragilité, en particulier pour les plus grandes, supposait en effet une restauration préalable et imposait une réflexion initiale sur leur mode de fixation. Les analyses conjointes physico-chimiques et en thermoluminescence ont confirmé la concordance des pâtes et leur ancienneté et permis de repérer certaines des interventions du xixe siècle quand il s’agissait de fragments ou de morceaux isolés.

La véritable interrogation porte sur les grandes plaques, les plus intéressantes a priori par leur aspect et leur iconographie.

Les analyses du Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF), quand elles ont pu être faites (par exemple Apollon citharède, Cp 4162), ont confirmé leur hétérogénéité, pressentie lors de l’étude préalable (voir le rapport de Christine Pariselle et les analyses du C2RMF), caractéristique technique typique des restaurateurs du marquis Campana, qui procédaient par ajouts modernes et anciens dans une optique volontairement illusionniste.

Les sondages et nettoyages partiels ont ainsi révélé des indices techniques intéressants : il apparaît que ces grandes plaques, recouvertes d’un épais badigeon sur la face et souvent d’une polychromie tout aussi moderne, sont prises dans un mortier d’amalgame sur le revers. Il s’agit en réalité d’une savante recomposition de fragments de taille et d’épaisseur diverses, prouvant leur appartenance initiale à des plaques différentes. La corniche supérieure s’avère être le plus souvent un ajout moderne. Certains de ces fragments semblent avoir été surmoulés au xixe siècle pour servir à l’assemblage final tandis que des morceaux de terre cuite, voire de tuiles (antiques ou modernes), viennent colmater les trous. D’autres tessons dans lesquels se trouvent agglomérés des grains d’ocre (pour imiter des terres antiques) apparaissent modernes. Ces faits corroborent ainsi ce que l’on connaît déjà des pratiques des restaurateurs Campana, passés experts en pastiches dans les divers domaines et matériaux qui formaient la collection, mais dont l’art culminait dans la terre cuite, laquelle avait toutes les faveurs du marquis.

Les petites plaques (corniches et plaques horizontales de moindre importance) présentent un état plus homogène, sans être toutefois dépourvues d’interventions portant tant sur la structure (mêmes ajouts d’éléments modernes en terre cuite) que sur la surface.

Au terme de cette étude préliminaire, la restauration des plaques de grandes dimensions de la collection Campana s’avère hasardeuse. À moins de s’assurer par une étude radiologique (infrarouges, rayons X traditionnels avec prélèvements systématiques pour de futures thermoluminescences) de l’étendue limitée des remontages anciens, les colmatages effectués au xixe siècle laissent peu de visibilité pour une étude fiable. Il semble que, dans l’état actuel de nos connaissances, la grande majorité soit fortement restaurée, ce qui pose le problème de leur authenticité et par ailleurs de leur état de conservation :

le mortier qui permet l’agrégation des différents morceaux est très grossier et les collages à la gomme laque, surtout en raison du poids des plaques, se révèlent de plus en plus inefficaces et même dangereux.

Deux pistes de réflexion s’offrent à nous pour l’étude complémentaire de ces grandes plaques. Il faudrait d’abord vérifier l’état des restaurations des plaques analogues de la collection d’Edme Antoine Durand (1768-1835) qui sont antérieures : sont-elles plus complètes et moins restaurées ? Il faudrait enfin comparer le corpus du Louvre à ceux des autres grandes collections européennes, en particulier à Rome.

Contrairement aux petites plaques et aux corniches, qui posent des problèmes de restauration et de muséographie traditionnels, la présentation de ces grandes plaques dans les salles romaines s’avère donc complexe. Il semble que leur intérêt réside dans le fait qu’elles sont un témoignage de l’histoire des collections.

On peut alors s’interroger sur la pertinence d’un « piccolo museo Campana » qui regrouperait les plus beaux pastiches de cette collection. Cela aurait au moins le mérite, outre l’intérêt pour l’histoire de la restauration, de poser la question de l’histoire du goût d’un collectionneur romain de la première moitié du xixe siècle passionné par l’argile à un moment où se mettaient en place en France les prémices de ce qui allait devenir le musée de Céramique (ouvert en 1824) voulu par Alexandre Brongniart, révélant ainsi peutêtre un goût nouveau pour ce matériau plus modeste mais prêt à détrôner les matériaux nobles (bronze et marbre) qui avaient jusqu’à présent retenu toute l’attention des savants.

V. Jeammet

 

Bibliographie

Van Rohden (H.) et Winnefeld (H.), Architektonische römische Tonreliefs der Kaiserzeit, Berlin, 1911.

Nadalini (G.), « Le musée Campana : origine et formation des collections.

L’organisation du musée et le problème de la restauration », dans L’Anticomanie. La collection d’antiquités aux xviiie et xixe siècles, textes rassemblés par Laurens (A.-F.) et Pomian (K.) (colloque international, Lattes, 9-12 juin 1988), Paris, EHESS, 1992, p. 111-121.

Nadalini (G.), « De Rome au Louvre, les avatars du musée Campana entre 1857 et 1862 », Histoire de l’art, 21-22, 1993, p. 47-58.

Nadalini (G.), « La collection Campana au musée Napoléon III et sa première dispersion dans les musées français (1862-1863) », Journal des savants, 1998, p. 183-225.

Sarti (S.), Giovanni Pietro Campana (1808-1880). The Man and His Collection, Oxford, 2001 (BAR International Series).

Walter (C.), « Historique des dépôts, Collection du Marquis Campana », dans Bronzes, marbres et autres antiques. Dépôts du musée du Louvre en 1875, sous la dir. de Orgogozo (C.) et Lintz (Y.), Paris, Musée du Louvre éditions, 2007, p. 61.

 

English Version

In the wake of the major verification projects conducted by the Department of Greek, Etruscan, and Roman Antiquities, the Roman ornamental terracotta tablets, known as the “Campana plaques”, were—for the first time since the nineteenth century—duly packaged, and photographed before verification and computerisation (28 large tablets, 270 small tablets, and around 7,000 fragments packed in 978 containers). A selection was chosen for analysis by the C2RMF (Centre for Research and Restoration of the Museums of France) (physio-chemical studies, luminescence dating, and a forthcoming study of the colours) and for study before restoration.

The aim is also to enrich our knowledge of the restorers who worked on the Marquis Campana’s collections in the nineteenth century. A choice of the best conserved tablets with the most significant iconography will be made for the future Roman exhibition rooms.

 

Informations pratiques

Musée du Louvre, 75058 Paris - France
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

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