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Bilan de dix ans de recherche sur les collections de verres antiques du musée du Louvre

Projet suivi par Véronique Arveiller-Dulong et Marie-Dominique Nenna

À l’occasion de la parution en janvier 2011 du troisième et dernier volume consacré aux verres antiques du musée du Louvre, il nous a paru pertinent de présenter un rapide bilan de cette recherche conduite depuis dix ans. Au-delà d’un simple catalogue, cette publication achève de mettre à la disposition du public spécialisé et du grand public une synthèse sur l’artisanat verrier antique depuis le viiie siècle avant J.-C. jusqu’au viie siècle après J.-C., synthèse – et c’est là son originalité – fondée sur les collections des trois départements antiques du musée du Louvre. En trois volumes parus entre 2000 et 2010, les deux mille trois cent soixante-six objets ou ensembles d’éléments conservés au Louvre ont été publiés par grande catégorie technique ou par emploi. Le premier volume, paru en 2000, est consacré à deux cent soixante-dix-sept contenants et vaisselles en verre façonné sur noyau et moulé d’époque grecque et romaine allant du vie siècle avant J.-C. au ier siècle après J.-C. Paru en 2005, le deuxième volume réunit mille trois cent quarante-neuf pièces en verre soufflé datées entre le ier et le viie siècle après J.-C.
     Enfin, le troisième et dernier volume, publié début 2011, est dévolu aux objets de parure, aux instruments et aux éléments d’incrustation produits entre le viiie siècle avant J.-C. et le viie siècle après J.-C. (sept cent neuf numéros). Pour ces objets que l’on qualifiait il y a encore peu de « verroterie », les anciens verriers ont su mettre au point des techniques raffinées, parfois peu ou pas répandues dans la manufacture des vases, comme par exemple les perles dorées.
     L’un des intérêts de la collection des trois départements des Antiquités est, une fois de plus, qu’elle fournit des informations sur la provenance de la plupart des objets. Pour ce troisième volume, on soulignera les beaux ensembles que constituent les objets issus des fouilles d’Edfou et de Sedeinga, de Camiros à Rhodes, de Myrina en Éolide, d’Éléonte de Thrace, de Carthage, d’Utique et de Gouraya, et de la région de Kertch dans le Bosphore cimmérien. Ces lots offrent des points d’ancrage pour étudier un mobilier qui a souvent été négligé dans les recherches sur le monde gréco-romain. On trouvera peu d’objets d’Europe centrale et occidentale, conservés depuis 1862 au musée d’Archéologie nationale à Saint-Germain-en-Laye. Les pièces dont nous disposons illustrent les différentes phases du développement de l’artisanat verrier antique. Après les étonnants objets pharaoniques, mésopotamiens ou levantins du IIe millénaire avant J.-C., l’artisanat du verre connaît des âges obscurs jusqu’aux viiie-viie siècles. Sa renaissance se manifeste d’abord par les perles, perles sphériques translucides illustrées par les découvertes de la nécropole de Camiros et perles triangulaires à décor d’yeux. À partir du vie siècle se répand l’emploi de verres opacifiés de couleur bleu foncé, bleu turquoise, vert clair, blanc et jaune, qui vont servir à manufacturer aussi bien des contenants que des perles à décor oculé et des pendentifs en forme de masque. Les centres de production se répartissent entre le monde levantin et le monde égéen, avec au moins l’île de Rhodes ; l’Égypte est quant à elle spécialisée dans les éléments d’incrustation en verre opaque de meilleure qualité, destinés à orner le mobilier religieux, funéraire ou domestique. Cet art de l’incrustation va trouver son apogée dans la seconde moitié du ive siècle avant J.-C. avec l’emploi du verre mosaïqué et de motifs végétaux ou figurés miniaturisés tirés des répertoires décoratifs égyptien et grec.
     On peut supposer, même si les découvertes archéologiques sont rares, que c’est à partir de cette époque que se développent des centres de production régionaux de perles et de pendentifs, comme c’est le cas sans doute des ateliers de Carthage et d’autres cités du monde punique. Le dépotoir de l’atelier de Rhodes, mis au jour dans les années 1960, offre une bonne image du répertoire des perles et des pendentifs, mais aussi des petits instruments en verre, en usage à la fin du iiie siècle et au début du iie siècle avant J.-C. Un siècle plus tard, les exemples de Délos, avec ses ateliers répartis en plusieurs endroits dans la ville, et de Jérusalem indiquent que ce petit artisanat travaillant à partir de verre brut importé était sans doute nettement plus répandu que ne le révèlent les publications de fouilles. Mise en valeur par le travail d’Ekaterina M. Alexieva, la richesse des tombes du littoral septentrional de la mer Noire, datées de la basse époque hellénistique et du Haut Empire, montre l’inventivité des artisans verriers, qui multiplient formes et motifs pour satisfaire les goûts d’une large clientèle. Dans le domaine des éléments de parure, le Haut Empire n’apporte guère de changements, à l’inverse de ce qui se passe dans le domaine des contenants et de la vaisselle de verre, profondément modifié par l’invention du soufflage à la volée au milieu du ier siècle avant J.-C. Néanmoins, comme par jeu et expérimentation, se développe alors toute une série de petits instruments appartenant au monde de la toilette féminine, du textile et du jeu, imitant des modèles en os ou en métal ; la technique du verre doublé de plomb permet de fabriquer les premiers miroirs en verre et l’invention du verre à vitre modifie les conditions de vie. À partir du iiie siècle, le goût pour un verre apparaissant noir, sans doute pour imiter le jais, qui se répand surtout dans les éléments de parure et peu dans la vaisselle, gagne l’ensemble de l’Empire, où l’on observe de nombreux bracelets, pendentifs et perles à décor tacheté ou appliqué multicolore. Des verres de couleurs variées continuent néanmoins d’être abondamment employés dans les simples perles monochromes et dans les pendentifs estampés.
     L’ambition de cette recherche, qui a donné lieu en dix ans à peine à la rédaction de trois catalogues, était de faire découvrir un mobilier longtemps négligé ou méconnu, de faciliter son approche en mettant en valeur la diversité des techniques qui ont présidé au façonnement des vases et des petits objets, enfin de le replacer plus largement dans la culture matérielle de l’époque antique. Nous espérons ainsi offrir aux chercheurs comme au public qui fréquente nos salles une utile synthèse sur cet artisanat antique du verre, qui est devenu au fil des années un outil de datation aussi précieux et précis que celui de la céramique.

V. Arveiller-Dulong

Bibliographie

  Nenna (M.-D.), Exploration archéologique de Délos, 32 : Les verres, Paris, Athènes, EFA, De Boccard, 1999.
  Arveiller-Dulong (V.) et Nenna (M.-D.), Verres antiques du musée du Louvre, vol. 1 : Les Contenants à parfum en verre moulé sur noyau et la vaisselle moulée (viiie siècle av. J.-C. – ie siècle apr. J.-C.), Paris, RMN, 2000.
  Arveiller-Dulong (V.) et Nenna (M.-D.), Verres antiques du musée du Louvre, vol. 2 : Vaisselle et contenants du ie siècle au début du viie siècle apr. J.-C., Paris, Musée du Louvre éditions, Somogy, 2005.
  Arveiller-Dulong (V.), « Le mobilier en verre de la nécropole de Maule (Yvelines) », Bulletin archéologique du Vexin français et du Val-d’Oise, 38, 2006, p. 143-163.
  Spaer (M.), Ancient Glass in the Israel Museum : Beads and Other Small Objects, Jerusalem, The Israel Museum, 2001.
  Stern (E.M.) et Schlick-Nolte (B.), Frühes Glas der alten Welt, 1600 B.C.- A.D. 50, Ernesto Wolf Collection, Stuttgart, Hatje Verlag, 1994.

English version

     The ancient craft of glass-making from the eighth century bc to the seventh century ad is represented by some 2,366 objects or ensembles of elements held in the Museum’s three Departments of Antiquities. The study of this material was conducted over the last ten years and published in 3 volumes: the first volume in 2000 dealt with the 277 containers and dishes made by core-formed technique (a prefabricated core of clay is covered by glass and decoration is made by winding) or by moulding from the Greek and Roman periods (the sixth century bc to the first century ad); the second volume in 2005 presented 1,349 pieces of blown glass dating from the first and seventh century ad; and, finally, the third volume in January 2011 contained 709 items of finery, implements, and inlays elements produced between the eighth century bc and the seventh century ad. The aim of this research was to provide a complete study of small objects of ancient glass that have long been disregarded or remained unknown; facilitate understanding by highlighting the various techniques used to make the vases and small objects; and finally, to put them in the wider context of the material culture in the Antique period.

Informations pratiques

Adresse et téléphone :
Musée du Louvre, 75058 Paris - France
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

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