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Quatrième campagne sur les sites de Tulul el-Far, Tell Taouil et Tell el-Kharaze : l’âge du bronze dans la région de Damas Sophie Cluzan et Ahmad Ferzat-Taraqji, directeur adjoint des fouilles de Syrie – DGAMS

Dans le cadre d’une collaboration étroite avec la Direction des antiquités et des musées de Syrie, l’année 2010 a vu se dérouler la quatrième campagne de fouille sur les sites de Tulul el-Far et Tell Taouil. (...)

Dans le cadre d’une collaboration étroite avec la Direction des antiquités et des musées de Syrie, l’année 2010 a vu se dérouler la quatrième campagne de fouille sur les sites de Tulul el-Far et Tell Taouil. Placée sous la direction conjointe de Sophie Cluzan et Ahmad Ferzat-Taraqji, cette mission bénéficie de la participation de chercheurs associés, plus particulièrement de Dominique Beyer, professeur à l’université de Strasbourg, de Qasem al-Mohammed, directeur des fouilles de la région de Der’a en Syrie, de Virginia Verardi, conservateur stagiaire à l’Institut national du patrimoine, de Oussama ‘Ayash et Samar Shammas. De nombreux étudiants syriens et français participent également aux travaux de la mission, de même que deux membres du département des Antiquités orientales, Norbeil Aouici, régisseur, et Nicolas Benoit, chargé d’images numériques. Enfin, plus d’une cinquantaine d’ouvriers travaillent à cette mission. 
Les sites se trouvent à une vingtaine de kilomètres au sudest de Damas, sur l’une des principales voies de passage naturelles reliant le nord de la Syrie à la Palestine et à l’Égypte. Au centre de la Syrie, cette voie donne accès, à l’ouest, à la côte méditerranéenne et, en direction opposée, à la Mésopotamie. Outre cette situation stratégiquement favorable, les sites se sont installés dans un environnement particulièrement riche, en bordure méridionale de l’oasis de Damas, sur les rives d’un des deux grands cours d’eau arrosant la Ghouta, le Nahr el-A‘ouaj. Prenant sa source sur les flancs de la plus haute montagne du Proche-Orient, le Djebel Cheikh ou mont Hermon, le Nahr el-A’ouaj coule d’ouest en est, arrose la région du Haramoun, au sud de la Ghouta, passe au pied des sites du Far, de Taouil et de Kharaze, puis se perd dans la steppe plus à l’est.
C’est donc une situation exceptionnelle qui caractérise ces sites et la région, ce qui en rend l’exploitation prometteuse. D’autre part, l’absence quasi totale de recherches sur l’âge du bronze dans la région de Damas souligne, par avance, l’importance des résultats qui sont attendus. En effet, bien que très propice et stratégique, la région n’a fait l’objet d’une fouille intensive que sur un site, daté du Bronze moyen (1800-1600) et du Bronze récent (1600-1200), Tell Sakka, situé à 7 km à vol d’oiseau de l’ensemble du Far. La qualité des résultats de ce travail prouve l’importance de cet espace géographique et conduit à espérer que d’importantes découvertes puissent être faites pour la période antérieure, le Bronze ancien, représenté sur les trois tells du Far.
Nos trois tells sont situés à une faible distance les uns des autres, formant en apparence un ensemble. La chronologie relative de leur occupation n’est pas encore totalement établie, mais les premiers travaux ainsi que les ramassages de surface permettent de proposer un début de séquence. Le IIIe millénaire, Bronze ancien III, datable des environs de 2500-2400, est représenté sur les trois tells et correspond, dans l’état actuel de nos connaissances, à l’horizon chronologique le plus ancien des installations. Le plus grand des trois tells, Tulul el-Far, d’une superficie d’environ 25 hectares, n’a pas été réoccupé après l’abandon de la fin du Bronze ancien, abandon concomitant de celui qui est attesté sur de nombreux autres sites du Proche-Orient. En revanche, les deux autres tells, Tell Taouil et Tell el-Kharaze, ont connu d’autres occupations après cet épisode du IIIe millénaire, sans que l’on sache à ce jour quelles sont la nature et la durée du hiatus séparant cette période de celle qui vit la nouvelle installation, au IIe millénaire. Pour l’heure, il semblerait que cette période du Bronze moyen corresponde à la dernière occupation de ces deux tells. Enfin, une occupation romaine à l’est du grand tell de Tulul el-Far indique l’importance des sites sur les routes de la région qui reliaient alors Damas à la Palestine.
Trois chantiers ont été ouverts sur le tell de Tulul el-Far. Au centre, une zone de 150 m2 – chantier A – a révélé l’existence de plusieurs phases de construction, dont la succession semble très rapide et qui, dans l’état actuel de la documentation, appartiennent toutes à la phase III de l’âge du bronze ancien. On notera plus particulièrement l’avant-dernière phase, qui vit la construction de deux bâtiments circulaires dont l’un, d’un diamètre de 7 mètres, était dépourvu d’aménagements intérieurs. Plus au nord, l’espace intérieur du second bâtiment circulaire avait été séparé par un muret intérieur laissant un passage mais dégageant une zone fonctionnelle nettement marquée par des restes d’activités et d’installations domestiques. La fouille n’a pas encore permis d’étendre suffisamment ce chantier, mais la poursuite de cet axe de recherche devrait permettre dans un proche avenir de mieux comprendre cette zone d’aménagements circulaires. En effet, de par leur proximité, leur contemporanéité et le diamètre de l’une d’entre elles, ces structures rappellent ce que l’on connaît en Palestine, notamment à Khirbet-Kerak où, à une époque contemporaine de celle de l’occupation de Tulul el-Far, un ensemble de constructions circulaires a été aménagé pour servir de zone collective de stockage, renvoyant à une organisation sociale développée. On notera enfin que sur le sol de la plus grande des deux constructions gisaient de nombreux tessons dont certains, bords de marmite avec des signes incisés sous la lèvre, s’inscrivent dans une série parfaitement datée et documentée dans les régions plus méridionales.
Au nord-ouest de Tulul el-Far, une tranchée de sondage – chantier B – a été creusée pour tenter, en entamant le tell, de reconstruire les phases d’occupation du site. Plusieurs niveaux ont pu être repérés. Directement sous la surface du tell, le niveau le plus récent est le plus remarquable de tous et correspond à la dernière occupation du site. Des restes de murs ont été retrouvés ainsi qu’un sol d’occupation qui leur était lié et sur lequel gisaient encore de nombreuses céramiques, en place, accompagnées d’un vase miniature, d’une lame de couteau, d’un mortier de basalte à la forme soignée et d’une pierre grossièrement taillée en biseau et à la base aplatie. Comme au chantier A, les vases retrouvés sur le sol appartiennent à l’horizon chronologique du Bronze ancien III. Si certaines jarres au décor peigné rappellent la production céramique de cette période en Palestine – ici aussi les comparaisons avec le site de Khirbet-Kerak montrent une communauté de tradition –, d’autres vases trouvent leurs parallèles dans la Djezireh de l’époque – nord-est de la Syrie, à une grande distance de la région de Damas.
Le nord-est du site de Tulul el-Far a donné lieu à l’ouverture du plus vaste des chantiers actuels, le chantier C, couvrant 1 200 m2 continus. La fouille, en mode extensif, s’est arrêtée sur la couche de la dernière occupation du tell, pour obtenir un plan d’ensemble le plus étendu possible. Des restes importants de constructions organisées ont été mis au jour, directement sous la surface actuelle du tell ; elles s’inscrivent dans le même horizon chronologique que les restes découverts sur les autres chantiers. Cette présence systématique de couches du Bronze ancien III au sommet des couches archéologiques indique bien que le site de Tulul el-Far n’a jamais été réoccupé après cette période, marquant son abandon. Jusqu’à présent, aucun reste de destruction ou d’incendie n’a été constaté et les restes du chantier B – sol d’occupation et objets en place – tendent à confirmer l’hypothèse d’un abandon, peut-être même préparé.
Sur ce chantier C, plusieurs bâtiments ont été reconnus, organisés de part et d’autre d’une rue orientée du nord au sud, aboutissant à un carrefour dans sa partie septentrionale, où elle croise une rue allant d’est en ouest, elle-même bordée de chaque côté par des constructions. La contemporanéité des bâtiments qui s’étalent de chaque côté de la rue nord-sud n’est pas totalement assurée. Cette question stratigraphique constituera l’un des programmes assignés à la campagne de 2011. Il semble néanmoins que deux bâtiments, A et C, situés dans le prolongement l’un de l’autre à l’est de la rue, aient été conçus selon un plan identique, dans lequel une pièce carrée de grande dimension est intégrée à un vaste espace rectangulaire. À l’ouest de la rue, faisant face à ces deux bâtiments, ont été retrouvés les restes d’un édifice – bâtiment B – dont on a commencé à dégager un vaste espace – pièce ou plus vraisemblablement cour – d’une superficie d’environ 100 m2.
Le programme de l’année 2011 doit voir l’extension du chantier C en direction du nord et de l’ouest pour tenter, d’une part, de suivre l’axe structurant que constitue la rue nord-sud et, d’autre part, d’ouvrir en direction d’un des sommets du tell, dans le prolongement ouest du bâtiment B. Parallèlement, le chantier A devrait être repris pour poursuivre l’exploration de la zone des constructions circulaires. Enfin, le chantier B sera élargi pour poursuivre le dégagement de la zone d’occupation aux céramiques. Si les forces le permettent, un chantier devrait être ouvert au nord-ouest du tell, où affleurent des restes de constructions qui, par leur topographie de surface, évoquent celles mises au jour à l’est de la rue nord-sud du chantier C et où les ramassages de surface dénotent une concentration d’outils en silex ainsi que la présence de restes de matières premières telles que l’améthyste. Enfin, un programme devrait se concentrer sur la butte sud-ouest du tell.
Le matériel recueilli sur le site de Tulul el-Far comprend des céramiques, des silex, de l’outillage en basalte, en os, un peu de cuivre. On notera quelques découvertes plus exceptionnelles, notamment des figurines animales en terre cuite, d’espèces traditionnelles, ainsi que deux fragments de plaquettes décorées de cases, pour l’une, et, pour l’autre, de cercles concentriques représentant des yeux de part et d’autre d’un départ de nez.
Au sud de Tulul el-Far, les saisons 2009 et 2010 ont également vu l’ouverture d’un chantier au sommet du Tell Taouil, second tell par l’importance dans le lot de nos trois sites. Sur une superficie de plus de 200 m2, les couches qui furent dégagées ont révélé l’existence d’un niveau d’occupation datant du Bronze moyen (IIe millénaire) et représentant la dernière occupation du tell. Des restes d’édifices à usage domestique y ont été mis au jour, dans lesquels deux phases ont pu être reconnues. On retiendra plus particulièrement la découverte, dans une des pièces, d’une quinzaine de poids en argile ayant vraisemblablement appartenu à un métier à tisser, dont on a peutêtre conservé la trace à proximité dans la grande concentration de cendres retrouvée. Le matériel recueilli sur ce chantier comporte des céramiques, des figurines animales en quantité assez remarquable, des poids de tissage et quelques éléments de bronze. On soulignera plus particulièrement la présence de tessons de céramique grise à décor incisé, du type dit de Tell el-Yahoudiyeh, marqueur chronologique répandu au Bronze moyen dans la région syro-palestinienne.
Comme à l’accoutumée, parallèlement aux résultats du travail de chantier, l’année 2010 a été consacrée à l’ensemble des tâches relatives à l’exploitation des résultats et des données. Un important travail sur les plans a été effectué en collaboration avec Élise Devidal, chargée des relevés, et les travaux de documentation ont été poursuivis en collaboration avec Norbeil Aouici, Nicolas Benoit et deux de nos étudiantes. Enfin, l’année 2010 a permis aux deux directeurs de la mission de se réunir au Louvre pour mener une série de travaux conjoints sur les résultats.

S. Cluzan

English version

The excavations carried out under the direction of S. Cluzan and A. Ferzat-Taraqji at the sites of Tulul el-Far and Tell Taouil were aimed at studying the Early and Middle Bronze Ages (2500–2400 and 1800–1600 bc) in the Damascus region. The biggest tell, Tulul el-Far, was not reoccupied after it was abandoned at the end of the Early Bronze Age.
Several zones were opened at Tulul el-Far: zone A reveals several phases of constructions, which seem to have been built in quick succession; an area of circular buildings recalls similar constructions discovered in Palestine. The test trench (zone B) provides information about the site’s phases of occupation; the vases found on the ground belong to the Early Bronze Age III. While certain jars with combed decorations are reminiscent of contemporary Palestinian ceramics, other vases are similar to contemporary ceramics from Al-Jazira in northeastern Syria. The extensive excavation work at zone C is examining the layer of the tell’s last occupation to acquire a comprehensive plan of this area of the site, and substantial remains of organised settlements have been uncovered.
A new excavation was opened in 2009 and 2010 on the summit of Tell Taouil, south of Tulul el-Far. The layers removed revealed the existence of a new occupation dating from the Middle Bronze Age (2nd millennium), representing the tell’s last period of occupation.

Practical information

The Louvre is open every day (except Tuesday) from 9 a.m. to 6 p.m.

Night opening until 9:45 p.m. on Wednesdays and Fridays
 
Closed on the following holidays: January 1, May 1, December 25
 
Musée du Louvre, 75058 Paris - France
Métro: Palais-Royal Musée du Louvre (lines 1 and 7)
Tel.: +33 (0)1 40 20 53 17
 

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