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Étude archivistique et analyse historique sur les modes d’acquisition et le statut juridique des produits de fouilles d’Antinoé

Projet suivi par Yannick Lintz Magali Coudert et Catherine Graindorge

 

Enjeux de l’étude

L’un des objectifs du SRDAI est de constituer une documentation inédite sur l’ensemble des dépôts d’antiques effectués par l’État, et en particulier le musée du Louvre, en France et à l’étranger depuis le milieu du xixe siècle. Il s’agit notamment, dans le cadre de régularisations de situations juridiques de ces dépôts après le récolement, d’étudier plus particulièrement les contextes historiques et juridiques d’acquisition et d’envoi de ces oeuvres. Pour les contextes d’acquisition, l’enjeu est de comprendre le cadre juridique de l’époque, les rôles des divers acteurs publics et privés en rapport avec cette acquisition et les modes de financement en amont des fouilles dans les recherches concernant les collections archéologiques par exemple. Pour l’étude des contextes d’envoi, nous tentons de reconstituer, de manière relativement précise, la politique de l’État à l’époque concernée par le dépôt, les acteurs engagés dans ce projet du côté du Louvre, notamment dans le choix des oeuvres envoyées, et les enjeux du musée dépositaire bénéficiaire de ces dépôts. Ces recherches doivent permettre de mieux comprendre, par exemple, si certains envois anciens peuvent être considérés comme des dons de l’État ou au contraire constituent clairement des dépôts.
Depuis 2010, l’accent a été mis sur l’étude des collections égyptiennes d’Antinoé site fouillé par une équipe française à la fin du XIXe siècle et dans le premier quart du XXe siècle. En effet, l’État, par le truchement du ministère de l’Instruction publique, a distribué, à partir de 1901, des milliers d’oeuvres coptes provenant d’Antinoé. Les fouilles ont été menées entre 1895 et 1911 par l’archéologue français Albert Gayet, grâce au soutien de différents mécènes privés et de l’État. Le principal mécène, Émile Guimet, devint directeur du musée Guimet à Paris en 1888 et fut chargé par l’État de coordonner ces distributions dans les musées essentiellement français, mais aussi allemands et italiens. Ces collections ne furent donc pas affectées au Louvre, mais le musée en obtint la responsabilité patrimoniale, comme pour la collection Campana. Près de cinq mille oeuvres ont été réparties dans plus de soixante villes en France. Elles sont considérées comme des dépôts dont le récolement est assuré par le service.

 

 

Méthode

Durant les différentes missions de récolement, plusieurs questions se sont fait jour sur le statut de ces collections. C’est ainsi qu’à la demande de la Direction des musées de France et de la section copte du département des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre, une étude a été entreprise par le SRDAI, parallèlement au récolement, pour éclaircir l’historique de cette collection et le statut juridique des oeuvres arrivées d’Égypte et immédiatement distribuées par Émile Guimet dans le cadre du musée Guimet, missionné par le ministère de l’Instruction publique ou à titre personnel.
Par conséquent, le SRDAI a effectué une étude archivistique la plus exhaustive possible afin d’identifier les documents permettant d’analyser les contextes d’acquisition et d’envoi des collections d’Antinoé en région.
L’étude se concentre sur quelques points essentiels : qui a financé les fouilles d’Albert Gayet et quel était le cadre législatif entourant la pratique des fouilles et l’exportation des produits de fouilles en Égypte ? quelles ont été les modalités d’envoi et de distribution des objets en région ?
Pour répondre à ces questions, l’ouvrage de Florence Calament La Révélation d’Antinoé par Albert Gayet : histoire, archéologie, muséographie1, qui permet une meilleure connaissance du site et de l’histoire des fouilles (déroulé des campagnes archéologiques, pratique de partage des fouilles…), a servi de référence initiale.
Le repérage systématique de fonds d’archives complémentaires à ceux identifiés par Florence Calament a été entrepris, suivi du dépouillement de l’ensemble des fonds concernés en fonction des questions posées précédemment. Ont donc été vues les Archives nationales (cotes F17 et F21), les archives diplomatiques du ministère des Affaires étrangères, les Archives des musées nationaux, les archives du Service des musées de France, les archives du musée Guimet, les archives de la bibliothèque de l’Institut de France, les archives du département des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre, les archives municipales et départementales des soixante et une villes françaises concernées par les envois d’Antinoé. Cela représente près de six mille documents consultés.
Cette recherche archivistique a nécessité la conception d’une base de données, la base Consulto, permettant un meilleur tri de l’information étant donné la quantité d’archives à traiter et la valeur inégale des informations contenues dans ces sources.

 

 

Résultats

L’analyse des documents a permis d’identifier le contexte des fouilles et des envois et de dégager une typologie des modes d’acquisition en fonction des modes de financement des fouilles.
En ce qui concerne la législation en Égypte au moment où se déroulèrent les campagnes d’Antinoé, le régime appliqué était celui du partage des fouilles : l’administration du service des Antiquités pour le gouvernement égyptien et le fouilleur procédaient ensemble au partage des objets en deux lots d’égale valeur.
À l’arrivée à Paris, le commanditaire ou l’organisme financeur des fouilles disposait donc librement du produit des fouilles attribué lors du partage. Ce commanditaire était soit le ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts (pour quelques campagnes de fouilles seulement), soit des souscripteurs privés, dont le plus important était Émile Guimet.
L’analyse systématique des documents d’archives permet de clarifier les procédures adoptées par l’administration à partir de 1901, date de la mise en place administrative et politique de la distribution, et les modalités de répartition des collections issues des fouilles d’Albert Gayet. Cependant, certains cas restent ambigus : la mention « D on Guimet » que l’on retrouve dans plusieurs inventaires ou courriers pour qualifier l’envoi d’un objet peut s’appliquer aussi bien à un don personnel du mécène qu’à un dépôt du musée Guimet, et donc de l’État.
Il est d’ailleurs quelquefois difficile, lors du récolement, de distinguer les objets donnés des objets déposés par l’État aux mêmes dates. Il s’avère également complexe de définir un statut juridique pour des pièces appartenant à des lots envoyés dans une même ville et dans une seule institution dépositaire mais qui ont été transportées par la suite dans différents lieux de cette ville sans qu’aucun document officiel d’attribution ne permette aujourd’hui d’en restituer le mouvement.
L’analyse et la synthèse de ce dépouillement feront l’objet d’un rapport administratif en 2012 et d’un article scientifique dans l’ouvrage que prépare le service pour début 2013 sur les envois d’Antinoé.

 

S. Kervran

1. 2 vol., Le Caire, IFAO, 2005.

 

English version

As part of its study of the history of the compilation of the Louvre’s collections and the means of acquiring the deposited objects, the office responsible for the inventory review of permanent deposits has been conducting archive research and historical analyses of the collections— resulting from excavations conducted at Antinoöpolis between 1895 and 1914—that the French State transferred to regional institutions. The study identified the legislative framework of the excavations in Egypt, the financers of the campaigns, and the means by which objects were sent to regions. Several sources were consulted (reference works and archives), which established the typology of the acquisition means in relation to the financing of the excavations, although it is difficult to ascertain the legal status of the objects—were they donated or deposited? This study has legal, administrative and historical dimensions and is a major development in the history of the Louvre’s regional deposits.

Informations pratiques

Adresse et téléphone :
Musée du Louvre, 75058 Paris - France
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

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