Allez au contenu Allez au menu principal Allez à la recherche Change language

Accueil>Étude et restauration de la Vierge à l’Enfant (R.F. 2201A)

Étude et restauration de la Vierge à l’Enfant (R.F. 2201A)

Programme suivi par Geneviève Bresc-Bautier
Analyses au LRMH : Lise Leroux (identification de la pierre) ; au C2RMF : Jean Marsac (radiographie),
Sandrine Pagès-Camagna et Yannick Vandenberghe (étude de polychromie)
Restauration : Julie André-Madjlessi, en collaboration avec Agnès Le Boudec et Sabine Kessler
 

La grande Vierge normande offerte par George Blumenthal en 1932 est d’une remarquable force plastique. Encore hiératique, somptueusement couronnée d’une couronne à fleurs de lis (dont la plupart des fleurons sont endommagés), elle porte une robe à encolure ornée d’un motif de cabochons à l’imitation de l’orfèvrerie. L’Enfant, complètement nu (dont le sexe a été bûché), se détourne d’elle et tient un oiseau. Tant le manteau que la robe sont bordés d’orfrois à inscriptions en relief, selon une pratique fréquente en Normandie au début du XVIe siècle. Exposée dans la salle de la « Mort Saint-Innocent », elle présentait un état de surface assez brouillé et sale, incompatible avec sa grande qualité. Elle était recouverte d’une cire teintée brune qui masquait les accidents et enrobait maladroitement les volumes, alors qu’étaient perceptibles des plages de la polychromie antérieure sous-jacente. Celle-ci apparaissait ponctuellement à la suite de grattages grossiers probablement effectués en 1962. En conséquence de cette opération malheureuse et de l’usure généralisée, la pierre restait très visible aussi sur certaines parties, ainsi que la couche préparatoire rouge. L’ensemble offrait une vision très chaotique.

L’étude a montré d’une part la structure de la sculpture. Un grave accident, survenu au Louvre en 1962 et sur lequel il existe un rapport précis, avait entraîné le détachement et le bris du corps de l’Enfant, suivis d’une restauration selon les méthodes de l’époque. Une radiographie a permis de préciser cette restauration et d’identifier les points de rupture et l’emplacement des multiples goujons de fixation, de différentes sections sur le bras gauche de l’Enfant, au niveau de la taille, sur le bras gauche et l’épaule gauche.

Elle a surtout permis d’identifier les trois repeints successifs et la polychromie originale, qui a été dégagée (sauf sur les carnations). Cette polychromie d’origine, bien conservée, est de belle qualité. Elle est posée sur une préparation rouge appliquée sur l’ensemble de la sculpture (à base de carbonate de calcium, terre, minium, oxydes de fer). La Vierge, couronnée d’or, porte une robe bleue (azurite sur sous-couche grise, de blanc de plomb et terre) à motifs de fleurs de lis dorées, dont les orfrois sculptés de lettres sont aussi dorés. Le manteau est doré (alliage d’or et d’argent) à la mixtion, rehaussé de motifs peints en glacis marron, alors que son revers présente une imitation de fourrure d’hermine, de mouchetures noires (noir de carbone) sur fond blanc (blanc de plomb). Même si l’union des fleurs de lis sur azur et des hermines est fréquente, la richesse, tout à fait remarquable ici, peut évoquer les lis royaux et l’hermine de Bretagne, c’est-à-dire les armoiries d’alliance des souverains Charles VIII et Louis XII avec Anne de Bretagne, et suggérer, peut-être, l’hypothèse d’une commande liée à la cour. Les cheveux de la mère et de l’enfant étaient dorés sur mixtion, et les carnations, peintes en rose (blanc de plomb). L’oiseau était vert vif (vert de cuivre avec des grains de jaune de plomb et d’étain).

Le premier repeint reprenait la robe en bleu pâle (bleu de cuivre synthétique), en masquant les fleurs de lis, et changeait complètement le manteau doré sur mixtion épaisse au revers rouge. Les cheveux devenaient noirs. L’oiseau virait au vert kaki et la terrasse au vert marron. Le second repeint était encore plus sobre : la robe uniformément blanche, le manteau doré sur ses deux faces et les cheveux marron, comme d’ailleurs l’oiseau. Le troisième repeint ponctuel intéressait le manteau, devenu bleu avec un revers blanc – mais la bordure toujours dorée –, et les carnations.

Dans un premier temps, la cire teintée a été ramollie à l’aide d’un appareil à air chaud et d’un coton imbibé de ligroïne. Cette opération a été menée conjointement au refixage de la polychromie. Il a été décidé de dégager la polychromie originale sur la robe, le manteau, les cheveux, l’oiseau et la terrasse. En revanche, les bordures dorées, la couronne et les carnations, dont la couche originale était fragile et lacunaire, ont été dégagées au niveau du repeint, ce que justifiait l’homogénéité des couleurs depuis l’origine. Le dégagement a été effectué au scalpel sous loupe binoculaire sans utiliser de solvants. Ce qui a permis de découvrir les motifs décoratifs.

À la suite du dégagement, la polychromie de l’ensemble était mieux conservée que ce que l’on aurait pu attendre. Les retouches ont été ponctuelles et ont cherché à donner une meilleure lecture en abaissant la vitalité du rouge de la préparation encore visible et le blanc de la pierre.

G. Bresc-Bautier

Vierge à l’Enfant
Normandie, vers 1500
Statue, pierre de Vernon (craie calcaire) polychromée.
H. 1,62 m ; l. 51 cm ; pr. 42,5 cm
Don de George et Florence Blumenthal, 1932
Département des Sculptures (R.F. 2201A)

English Version

This remarkably impressive piece of sculpture portrays the Virgin wearing a sumptuous fleur-de-lis crown and a dress whose neck is adorned with a motif of cabochons; the naked Child in her arms is holding a bird. Her cloak and dress are bordered with orphrey and inscriptions in relief. The statue’s surface was covered with a brown wax, under which patches of polychrome could be seen.

The examination identified the three layers successively painted over the original polychrome, which was laid over a red preparation of calcium carbonate. Crowned with gold, the Virgin is wearing a blue (azurite) dress with a design of gilded fleurs-de-lis, with orphreys also in gold. Oil/ mordant gilding was used on the cloak and enhanced with motifs painted in a brown glaze; while its reverse side is an imitation of the ermine fur. The combination of fleurs-de-lis on azure and ermines may reference the joint coat-of-arms of Kings Charles VIII/Louis XII and Anne de Bretagne, and suggest a royal commission. The hair of the mother and child were in oil with gilded details, and the flesh tones were pink. The bird was bright green.

The first repainted layer covered the dress with pale blue, masking the fleurs-de-lis, and changed the cloak, gilded with oil on the red revers. The hair had turned black, and the bird khaki. The second painted layer was even more sober: the dress was white and the cloak gilded on both sides.

It was decided to reveal the original polychrome, except on the gilded borders, the crown, and the flesh. The removal of the layers was carried out using a scalpel under a binocular magnifying glass.

Informations pratiques

Musée du Louvre, 75058 Paris - France
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi
24 et 31 décembre 2014 : ouvert jusqu'à 17h

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

Information in other languages

Newsletter

Achetez votre billet