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Accueil>La recherche scientifique>Étude et restauration des Pèlerins d’Emmaüs de Rembrandt

Étude et restauration des Pèlerins d’Emmaüs de Rembrandt

Programme suivi par Blaise Ducos
Étude : Groupe de travail international (Ashok Roy, The National Gallery, Londres ; Petria Noble, Mauritshuis, La Haye)
Restauration au C2RMF : Isabelle Leegenhoek
Rembrandt (Leyde, 1606 – Amsterdam, 1669)
 

La restauration des Pèlerins d’Emmaüs (ou Le Souper à Emmaüs) de Rembrandt s’inscrit dans un programme de recherche au long cours sur la collection rembranesque du Louvre, riche d’environ trente peintures – oeuvres du maître ou qui lui furent attribuées au cours de leur existence. Depuis 2006 et les premières journées d’étude organisées par le département des Peintures sur « Rembrandt au Louvre » (26 juin 2006, restitution à l’Auditorium le 1er décembre), la collection est l’objet d’une étude systématique renouvelée, en partenariat avec le C2RMF. Source d’informations neuves et complémentaires, les examens des tableaux livrent une image précise de l’état des oeuvres, en même temps qu’ils fournissent l’indispensable matériau à même de servir la comparaison avec d’autres tableaux de Rembrandt ou de son école conservés à l’étranger. Les tableaux du Louvre peuvent et doivent être mis en relation avec les oeuvres du Rijksmuseum à Amsterdam, du Mauritshuis à La Haye, du Metropolitan Museum of Art, de la National Gallery de Londres, de la Gemäldegalerie Alte Meister à Dresde.

Les Pèlerins d’Emmaüs, un tableau reconnu et célèbre, oeuvre de la maturité de l’artiste, offrait un état de présentation insatisfaisant : irrégularités de la surface en grand nombre, couches superposées de vernis modernes fortement oxydés, tensions exercées par le vernis risquant d’entraîner des soulèvements de la couche picturale. De l’avis général des spécialistes, la dégradation du vernis – matériau dont la fonction est d’assurer la protection de l’oeuvre et de renforcer la profondeur de l’image – altérait nettement la conservation et la vision du tableau.

Les visiteurs de l’exposition organisée autour de la figure du Christ chez Rembrandt (Louvre, 2011, Philadelphie et Detroit, 2011 et 2012) ont pu redécouvrir l’oeuvre et en admirer la beauté.

Plusieurs points sont en effet réapparus avec la restauration, éclairés par les spécialistes du Mauritshuis et de la National Gallery qui l’ont suivie de bout en bout. Le tableau présente ainsi la remarquable caractéristique d’être travaillé en relief par Rembrandt. L’artiste a suggéré, en particulier, la texture des murs de la pièce où se déroule l’épisode biblique par des frottements, des arrachages de matière qui évoquent de manière saisissante le crépi ancien … La liberté, la légèreté de la touche ont une fonction expressive qui vient servir la narration : nuage de fumée s’élevant du rôt et évoquant l’atmosphère familière dont le peintre pare les récits des Écritures, crispation des mains des pèlerins, aura enveloppant le Christ et, surtout, lumière inondant la scène avec des jeux de contre-jours, de clartés réfléchies, d’ombres propres, indirectes ou portées, qui, toutes, servent l’affirmation d’une présence exceptionnelle. Enfin, les nuances de rose, vert, gris qui font vibrer le panneau ont été révélées.

L’allègement de vernis ne livre pas, pour autant, un tableau dysphonique, dans lequel les couleurs entreraient en concurrence les unes avec les autres. C’est bien une forme d’unité tonale qui était recherchée par Rembrandt, mais la construction graduelle de l’image peinte (de l’arrière vers l’avant, au moyen de palettes différentes selon la zone travaillée), tout comme son caractère composite (à la manière des fresques peintes à la journée), donnent au résultat une spécificité qui était occultée par l’action d’un vernis oxydé.

La restauration des Pèlerins d’Emmaüs de Rembrandt n’a pas seulement pour conséquence de faire redécouvrir une image aux mille détails jusque-là largement obscurcis (le chien sous la chaise, la fumée du plat, la texture du mur, les effets changeants de la tunique du Christ, le rouge vif des manches du pèlerin de droite…). Cette restauration restitue également la compréhension de l’espace et de la lumière d’un peintre du XVIIe siècle, travaillant avant les heures glorieuses de la peinture tonale. Les contemporains de Rembrandt louaient l’artiste pour sa capacité à dissocier les couleurs, tout en associant celles qui entretiennent entre elles des relations directes de manière à faire ressentir la constellation des impressions fugitives que produit sur l’oeil la vision de la nature.

Ayant gardé une enveloppe de plusieurs microns de vernis à l’issue de l’allègement, Les Pèlerins d’Emmaüs s’insèrent à présent avec aisance dans la production rembranesque des années 1640.

B. Ducos

 

Rembrandt (Leyde, 1606 – Amsterdam, 1669)
Les Pèlerins d’Emmaüs
1648
Huile sur bois. H. 68 cm ; l. 65 cm
Acquis à la vente Randon de Boisset par Paillet, marchand d’art, pour
Louis XVI, 1777
Département des Peintures (INV. 1739)

English Version

The restoration of The Pilgrims at Emmaus is part of a study programme on thirty paintings by (or attributed to) Rembrandt. Since the first dedicated Study Days of 2006 this group of Rembrandts has been systematically examined in partnership with the C2RMF (Centre for Research and Restoration of the Museums of France). One in particular, The Pilgrims at Emmaus (a later work) manifested various problems, including many surface irregularities, heavy oxidation, and layers of later varnish that had caused tension in the pictorial layer, especially in the central figure; furthermore, there were assorted surface alterations and whitened areas that compromised the rendering of Christ’s face, the chiaroscuro, and the picture’s spatial construction. Comparison with signed contemporary works held in other museums corroborated the Louvre painting’s problematic condition.

During restoration, various hitherto obscured details emerged (the dog under the chair, the steam from the dish, the texture of the wall, the lighting shifts of Christ’s tunic, the bright red of the sleeves of the pilgrim on the right, etc.). The restoration has further endorsed this seventeenthcentury painter’s outstanding comprehension of space and light.

Informations pratiques

Adresse et téléphone :
Musée du Louvre, 75058 Paris - France
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

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