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Fouilles et travaux dans la tombe de Merenptah, Égypte

Saisons 2010-2011

Saison 2011

La tombe de Merenptah, fils et successeur de Ramsès II (vallée des Rois, no 8), n’a jamais fait l’objet d’une publication exhaustive. Le comblement de cette lacune constituait l’un des deux buts du programme engagé par le Louvre dans ce monument depuis 2002, avec la fouille archéologique achevée en 2008 (1).

Grâce à l’effort financier exceptionnel consenti en 2011 par le musée, il a été possible de faire intervenir sur le site une équipe de cinq ingénieurs de l’Institut géographique national sous la direction et la responsabilité de Marc Pierrot-Deseilligny (Laure Chandelier, Isabelle Cléry, Daniel Schelstraete et Nicolas Nony), qui se sont chargés du relevé photogrammétrique complet du monument, procédé qui servira de support au redressement des photographies de l’ensemble des parois décorées de la tombe. Or ces photographies, rabattues sur un plan strictement orthogonal, sont indispensables à l’établissement du dessin du décor, lequel deviendra ainsi accessible à l’ensemble des chercheurs dans le cadre de la publication à venir. La prise de données sur le terrain, entièrement mise en oeuvre et achevée en novembre 2011 malgré la brièveté du temps imparti (une dizaine de jours), est actuellement en cours de traitement, le résultat final devant être livré dans le courant de l’année 2012.

Parallèlement, et toujours grâce au crédit exceptionnel débloqué pour cette mission, l’architecte Pierre Brudieux a terminé le plan au sol de la tombe, entrepris par Nadine Moeller les années précédentes, et pris toutes les cotes nécessaires à l’établissement des coupes et des élévations, ce qui devrait être achevé dans le courant de l’année 2012.

Ainsi, la saison de novembre 2011 aura permis de collecter tous les éléments nécessaires à la publication définitive, sur le plan tant architectural que décoratif.

C’est également lors de cette dernière saison que Sylvie Guichard, ingénieur d’études au DAE, a entrepris l’étude des blocs de grès issus des chambranles de portes qui scandaient régulièrement la descenderie. Rappelons que les portes initiales, taillées dans la roche calcaire de la montagne, avaient été abattues par les maîtres d’oeuvre de Merenptah eux-mêmes vers l’an 8 du règne pour permettre la descente des énormes sarcophages au fond de la tombe. Elles furent remplacées par des montants de grès dont plusieurs fragments de taille et d’importance diverses ont été retrouvés dans la tombe par nos prédécesseurs et par nous-mêmes. Sylvie Guichard a donc commencé à relever les inscriptions au calque et à prendre toutes les dimensions et photographies nécessaires. Cette documentation préalable, qui devrait être achevée lors de la mission de novembre 2012, permettra d’établir d’éventuels raccords entre les fragments et, le cas échéant, de remonter une ou plusieurs portes, ce qui améliorerait grandement la lisibilité architecturale de la descenderie. Cette phase de remontage, qui s’inscrit dans le cadre de la mise en valeur du monument à laquelle le Louvre s’est engagé vis-à-vis des autorités égyptiennes, devrait intervenir lors de la saison de novembre 2013.

Enfin, les travaux de restauration proprement dits se sont poursuivis avec le concours du restaurateur français Jérôme Dattée et de la restauratrice espagnole Gemma Torra, assistés d’ouvriers égyptiens spécialisés. Ils ont poursuivi le nettoyage des parois de la tombe, qui étaient encore maculées de restes de terre de fouille, ce qui en gêne la lecture, et se sont employés à les consolider au moyen de solins appropriés. C’est ainsi qu’ont été traitées quatre des sept annexes (Ka, Kb, Jc, Jd) ainsi que la salle axiale K. Parallèlement à cette oeuvre de conservation, des cartes précises de l’état sanitaire de ces parois ont été dressées par la restauratrice Kusi Colonna Preti, sous la responsabilité de Jérôme Dattée.

La mission de novembre 2011 aura donc été particulièrement fructueuse puisqu’elle a permis de récolter l’essentiel des données fondamentales sans lesquelles la publication de ce chef-d’oeuvre de l’architecture funéraire du Nouvel Empire demeurerait impossible.

Ch. Barbotin

(1). Voir Barbotin (Ch.) et Guichard (S.), « Les fouilles du Louvre dans la tombe de Merenptah », dans RML 2010, p. 112-114 (voir ci-dessous)

 

English version

In 2011 the Louvre’s mission inside the tomb of Pharaoh Merenptah (Valley of the Kings, no. 8) was the beneficiary of special funding, thanks to which it was able to implement the fundamental activities that will allow the mission to be made public. A five-member team from the IGN arrived at the site to oversee the photogrammetric survey, an indispensable basis for producing orthogonal photographs and hence facsimiles of the decor. The arrival of an architect also allowed us to complete the plans, sections, and elevations of the tomb. At the same time, a study of the sandstone door frames on passage shafts was undertaken in view of possibly remounting the doors, and the restoration work on the walls continued.

Saison 2010

La tombe du pharaon Merenptah, fils et successeur de Ramsès II (vers 1213-1203 avant J.-C.), est l’un des plus grands et plus beaux hypogées royaux de la Vallée des Rois, où elle porte le numéro 8. Bien que son emplacement n’eût jamais été oublié, et que l’accès aux parties supérieures en demeurât toujours libre, elle ne fut dégagée en totalité qu’en 1903 par Howard Carter, le futur découvreur de la tombe de Toutânkhamon alors simple inspecteur du service des Antiquités.
Toute la tombe ? Non, car les six chambres annexes du fond du monument occupées par d’irréductibles sédiments apportés par les pluies torrentielles au cours des siècles résistaient encore et toujours à l’investigation archéologique. C’est donc en 2002 qu’échut au musée du Louvre la responsabilité d’achever l’exploration de la tombe, en collaboration avec la Mission archéologique française de Thèbes ouest (CNRS-Mafto), dirigée par Christian Leblanc.
Il y avait certes fort peu de chance d’y retrouver quelque élément significatif du mobilier funéraire royal, étant donné le pillage subi par la sépulture dès la fin du Nouvel Empire, suivi par des millénaires d’abandon. On pouvait toutefois espérer mettre au jour suffisamment de vestiges du décor pour en identifier le programme iconographique tout en étudiant le processus de son enfouissement au cours des siècles.
Or le premier point revêtait la plus grande importance, car les annexes des autres tombes ramessides de la Vallée des Rois sont souvent détruites ou inachevées, et la logique interne de ces merveilles souterraines ne saurait être comprise autrement que dans leur globalité. Mais le second point ne le cède en rien au premier. Car il se trouve que les dégagements des hypogées royaux furent le plus souvent accomplis aux temps pionniers de l’égyptologie et de ce fait peu ou pas documentés, ce qui nous prive de jalons essentiels pour comprendre l’histoire post-pharaonique de la Vallée des Rois.
La fouille a donc commencé en 2002 et s’est poursuivie de 2004 à 2008. Ont été ainsi étudiées les annexes Ka et Kc au fond de la tombe, puis les quatre petites pièces attenantes à la salle du sarcophage (Ja-Jd). Nous avons d’abord rencontré un épais remblai datable de la fin des années 1960, qui contenait d’abondants vestiges archéologiques, puis un remplissage alluvionnaire d’environ 1,80 m de hauteur déposé au cours d’une douzaine d’inondations successives. De la céramique de l’Antiquité tardive, trouvée en bon état au niveau du sol, a permis de dater le premier stade d’enfouissement des environs du ve au viie siècle de notre ère, ce qui va constituer une date de référence pour les autres tombes de la Vallée qui ont connu le même sort.
Chaque couche alluvionnaire se composait d’argile très dure reposant sur un lit de sable. Vierges dans leur partie supérieure, elles ont livré aux niveaux intermédiaires et inférieurs des ossements d’animaux et des charbons de bois qui traduisent une occupation épisodique du fond de la tombe pendant le haut Moyen Âge, et surtout de nombreux fragments du décor des murs modelés en creux dans un enduit à base de terre, ce qui a rendu leur extraction extraordinairement difficile. Trop lacunaires pour être réintégrés dans les parois d’où ils étaient tombés (à une exception près), ces fragments ont toutefois répondu à notre attente en permettant l’identification du décor de quatre pièces sur six.
Ces alluvions recouvraient le sol original, constitué d’une fine couche d’argile (dakka) posée sur le sol rocheux pour en gommer les aspérités, revêtement qui ne semble pas attesté ailleurs dans la Vallée des Rois, peut-être parce que les anciens fouilleurs ne l’ont pas distingué des sédiments alluvionnaires qui le recouvraient.
L’annexe Ja constituait un cas à part, d’abord parce qu’elle ne comportait pas de dakka et que le sol en était jonché de fragments de grandes jarres ramessides, et non de céramique romaine tardive, et aussi parce que le décor se trouvait pour une large part gravé directement sur la roche, ce qui en a assuré la conservation partielle. Mais, surtout, son mur sud est creusé d’une niche au sein de laquelle se tient une statue d’Osiris grandeur nature, à la fois sculptée dans la roche et modelée en terre, technique double dont aucun autre exemple n’est attesté à ce jour.
Au terme des campagnes de fouilles successives, nous savons désormais que les annexes étaient décorées de diverses séquences des livres funéraires royaux : première, deuxième et troisième sections du Livre de l’Am-douat dans la salle Ja, probablement douzième section de ce même ouvrage en Jc, Livre de la Vache du Ciel en Jb, troisième et quatrième sections du Livre des Portes en Kc. Deux annexes seulement ont gardé une part de leur secret : Kc, où l’on peut seulement établir que se trouvaient des scènes de grandes dimensions (tableaux d’offrandes ?), et Jd, avec une hypothétique occurrence du Livre des Douze Cavernes sous un plafond étoilé (qui, lui, est certain).
Les trouvailles matérielles, comme on pouvait s’y attendre, ont été fort modestes dans les couches sédimentaires. Outre la céramique déjà mentionnée ont été mis au jour de très petits fragments du sarcophage d’albâtre du roi, deux pieds de statuettes funéraires en albâtre également, et un autre en faïence égyptienne bleue, ainsi que des éléments de montants de porte en grès qui proviennent des huisseries des corridors restaurées par les Égyptiens eux-mêmes après les travaux de descente des sarcophages. Les remblais des années 1960, au contraire, ont livré d’importants fragments des cuves des sarcophages de granite de Merenptah ainsi qu’un très beau fragment de relief en calcaire peint dont la provenance n’a pas encore été établie.
La mission de novembre 2010 a été tout entière consacrée à la restauration des parois des salles mises au jour, entreprise qui sera poursuivie les prochaines années car, au-delà des impératifs de conservation de ces murs rendus très fragiles par les inondations, leur nettoyage très fin permet de remettre en lumière des vestiges de décor qui peuvent être déterminants pour la compréhension de la salle concernée, notamment en K, Ka et Jc. Parallèlement à ce travail, et en collaboration avec l’Institut géographique national, nous avons commencé de mettre au point le protocole de relevé du décor qui sera mis en oeuvre au cours des missions à venir en vue de la publication de l’ensemble de la tombe de Merenptah.
Enfin se pose le problème des deux cuves de sarcophages en granite rose. De très nombreux éléments ont été découverts par notre prédécesseur l’archéologue américain Ted Brock et ont commencé d’être réassemblés par ses soins. Mais son travail d’étude et de remontage est resté inachevé, ce qui rend les vestiges extrêmement vulnérables (risque de dispersion ou de perte des fragments). L’intégration de ce volet supplémentaire à la mission du Louvre ne manquerait pas d’intérêt, sous le rapport aussi bien de l’égyptologie que de la visibilité de l’action scientifique du musée, mais impliquerait un surcroît d’investissement humain et financier non négligeable.

Ch. Barbotin et S. Guichard

 

English version

The tomb of Pharaoh Merenptah (son and successor of Ramses II, circa 1213–1203 bc)—one of the biggest and most beautiful royal hypogea in the Valley of the Kings—was partially uncovered in 1903 by Howard Carter, who later discovered the tomb of Tutankhamen. In 2002, the Musée du Louvre was given the mission of completing the exploration of the tomb— the six annexe chambers at the back of the monument—in collaboration with the Mission Archéologique Française de Thèbes Ouest (CNRS-MAFTO), managed by Christian Leblanc. As a result of this excavation work (2002, and 2004–2008), we now know that these chambers were decorated with various sequences from royal funerary books.
The mission in November 2010 was completely devoted to the restoration of the walls of the rooms that have been excavated—an undertaking that will be continued over the next years. At the same time, we have begun work— in collaboration with the IGN (French National Geographic Institute)—on perfecting the method for copying decorations that will be implemented on forthcoming missions, with a view to the publication of the entire tomb of Merenptah.
There is still a problem with the reassembly of two pink granite sarcophaguses, whose many elements were discovered by the American archaeologist Ted Brock, who had begun the reassembly work; but this mission would require considerable additional human and financial investment.

Informations pratiques

Musée du Louvre, 75058 Paris - France
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi
24 et 31 décembre 2014 : ouvert jusqu'à 17h

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

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