Allez au contenu Allez au menu principal Allez à la recherche Change language

Accueil>Fouilles à Paykend, Ouzbékistan : programme de recherche...

Fouilles à Paykend, Ouzbékistan : programme de recherche franco-ouzbèke mené en collaboration avec le CNRS (LAMM, Aix-en-Provence)

Rocco Rante

Situation géographique de Paykend

Le site de Paykend se situe au sud de l’Ouzbékistan, aux abords de l’oasis de Boukhara. Il se trouve au sud d’une zone fertile, irriguée par la rivière du Zarafshan, qui de la chaîne montagneuse du Pamir, à l’est, se déverse dans l’Amou Daria et relie les deux oasis principales, celle de Boukhara et celle de Samarcande. Le site est situé entre les deux grands déserts d’Asie centrale, le Kara Kum (« désert noir ») au sud et le Kizil Kum (« désert rouge ») au nord. Paykend se trouve ainsi encaissé entre le désert, au sud, et la partie irriguée par le Zarafshan même, au nord. Cette exposition au sud du site provoque une rapide sédimentation de sable provenant du désert (qui tend à avancer vers le nord en dépit de la partie irriguée).
La ville est alimentée en eau par un canal traversant le site nord-sud divisant le site en deux parties : celle à l’ouest, la plus ancienne ; celle à l’est, d’époque médiévale. À l’origine, la rivière était moins large. Ce n’est que dans les années 1960 qu’elle a subi un élargissement pour favoriser l’approvisionnement en eau des champs de part et d’autre. Cela a provoqué, malheureusement, la destruction d’une partie importante du site qui longeait les deux côtés de la rivière (voir secteur E).
Le climat actuel est semi-aride (aride dans les déserts). Les pluies tombent en automne et au printemps. Les hivers sont froids, notamment à cause des vents de Sibérie qui arrivent du nord. Les étés sont torrides et secs. Les conditions climatiques rendent indispensable l’utilisation de l’irrigation pour approvisionner les terres en eau.
Historiquement, Paykend se trouve dans la région appelée Sogdiane, dont les frontières naturelles correspondent aux deux rivières de l’Amou Daria, au sud, et du Sir Daria, au nord. Toutes deux se déversent dans la mer d’Aral. La ville est située sur la grande artère de la route de la Soie, qui de Boukhara mène à Farab, pour rejoindre ensuite Merv, Nishapour plus au sud-ouest et Rayy plus à l’ouest. Étant donné sa localisation, le site se trouve en dehors des remparts qui entouraient l’oasis de Boukhara et que mentionnent les sources.
Avant l’occupation soviétique de 1920, une expédition de fouille russe a travaillé sur le site de Paykend et publié les résultats (rapports de fouille 1913-1917). Un grand sondage, dont les limites ovoïdales sont encore visibles aujourd’hui, avait été ouvert au centre d’une partie surélevée du shahrestan 1. Mais ce n’est qu’en 1981 que le musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, en collaboration avec l’Institut archéologique de Samarcande, a engagé des fouilles systématiques sur le site de Paykend. Les résultats ont été publiés dans une monographie (Mukhamedjanov et al. 1988), qui nous offre un premier aperçu du site.

Les sources historiques

Concernant l’époque préislamique, parmi les études les plus récentes, Marquart (1901, p. 83, 93) fait remonter le toponyme Paykend à l’arabe madinat safr ou madinat safriyat et au persan diz rojin (« la forteresse de bronze »). Au IXe siècle, les géographes et historiens arabes décriront la ville dans ses détails urbains. Yaqubi (IXe siècle), dans son récit « des Pays », mentionne la ville de Paykend sous le toponyme Bakand ; Ibn Rusteh (Wiet 1937, p. 80) cite la ville comme « Baikand ». Il ne donne qu’une description très succincte, précisant que celle-ci est habitée par une « population mélangée » (Wiet 1937, p. 109). Tabari (ixe-xe siècle) mentionne « Paykand » comme ville de « marchands » (al-Tabari 1879-1901, II, p. 1186-1187 ; Hinds 1990, XXIII, p. 134- 135), appellation qui trouve ses origines pendant l’époque préislamique (Barthold 1981, p. 117). Le même auteur (Zotenberg 1980, p. 142) relate le fait que des habitants de Paykend auraient reconstruit la ville après l’occupation islamique (709 après J.-C.). Al-Hamadhani (Massé 1973, p. 386) également mentionne Paykend, sous le toponyme « Baykand, ville de commerçants ». L’historien la situe dans l’orbite administrative de Boukhara, tout comme Karminya, Tawawis, Firabr, Vardana (tous des villages dans l’oasis de Boukhara), tandis que Narshakhi (Frye 2007, p. 19), considéré comme la source de référence concernant l’histoire de Paykend, à la même époque (Xe siècle), la décrit comme la seule ville en dehors de Boukhara même.

Présentation du site

Le site se compose de quatre entités urbaines principales : une citadelle, à l’extrémité nord-est, un shahrestan (1), ou ville basse, de forme quadrangulaire et un autre shahrestan (2) de forme trapézoïdale, qui est situé à l’extrémité sudouest. Ces trois entités urbaines semblent avoir des remparts propres. Le faubourg entoure la ville ancienne sur les côtés est, sud et ouest. La partie nord, occupée par la plaine, est constituée d’une zone fertile et irriguée qui longe la rive gauche du Zarafshan. La partie sud, au-delà du faubourg, est occupée par le désert Kara Kum. La ville ancienne est séparée du faubourg, à l’est, par un canal, appelé par Ibn Hawqal (484) « canal du Moulin, […] qui fournit l’eau potable à la ville ».
La citadelle a été construite sur une colline qui s’élève à 170,50 m au-dessus de la mer, 3,50 m au-dessus de la plaine environnante. Bien que nous ne connaissions pas encore la stratigraphie du faubourg, les premières investigations et prospections nous portent à penser qu’il était de même altitude que la citadelle.
Le shahrestan semble avoir été construit sur une hauteur naturelle de 176,50 m au-dessus de la mer. Dans ce cas également, nous attendons la vérification après avoir complété les différents sondages stratigraphiques. Cela correspond bien aux 6 mètres audessus du relief dont nous avons parlé auparavant (citadelle). Le fait que la première installation, d’après les fouilles et publications (1988) russes, ait eu lieu sur la citadelle dont le relief naturel est plus bas de 6 mètres par rapport à celui du shahrestan 1, semble être inhabituel par rapport aux choix défensifs.

Campagne de fouille 2010

Le relevé topographique de toute l’aire archéologique a été effectué sur un support de gestion AutoCad, rendant plus aisées l’étude de la fouille et la gestion du matériel dans le contexte planimétrique. D’après les investigations de la présente mission du Louvre, il apparaît que le site couvre 130 hectares, toutes périodes confondues.
Les opérations de fouilles se sont centrées sur la citadelle (secteur D), le shahrestan (secteurs A et B), le rempart nord (secteur C) et la zone identifiée comme quartier de production manufacturée (secteur E), entre la vieille ville et le faubourg est, juste aux abords du canal. Les sondages stratigraphiques sur la citadelle (secteur D) et le shahrestan (secteur A) ont été effectués dans le but de mieux identifier les couches, les niveaux et les structures de la ville et les comparaisons entre les deux entités urbaines. Le secteur B est traité en fouille extensive, dont la surface a atteint les 450 m². Le secteur C a été effectué dans le but de mettre au jour les différentes phases de construction et destruction du rempart et le secteur E a été ouvert dans le but d’étudier la zone de production manufacturée de la ville, sachant que Paykend est décrite dans les sources historiques comme « ville de marchands ». De plus, la situation géographique de celle-ci, qui la situe sur la grande artère de la route de la Soie, nous révèle l’importance de la ville dans un contexte d’échanges commerciaux entre l’est et l’ouest du monde eurasiatique. L’équipe ouzbèke de cette mission s’est concentrée sur le faubourg à l’est de la ville, au-delà du canal.

Étude du mobilier

Les résultats de l’étude céramique du mobilier sorti lors des fouilles de l’équipe française en 2010 constituent une première approche de la céramique consommée et produite à Paykend.
En fonction de l’avancement des travaux sur le terrain et de la quantité de céramique mise au jour (rien n’est rejeté sur le terrain) mais, surtout, d’après les priorités fixées avec les fouilleurs, l’étude céramologique était orientée tout d’abord vers les deux zones de sondage, les zones A et D. Le matériel vu dans ces zones comprend à peu près la totalité des unités stratigraphiques (US) identifiées et en place. Par la suite, la majeure partie du mobilier de la zone B a été traitée. Ensuite, de manière non exhaustive, l’attention s’est portée sur les quelques US de la zone E qui recèlent avec certitude les restes de la production potière des fours mis au jour. L’étude de l’ensemble de ce mobilier reste à faire, les quelques formes enregistrées pour cette zone donnent un premier aperçu des résultats à venir.
L’étude du matériel en dehors de la céramique est encore à l’état préliminaire. Une première sélection a été effectuée, pour permettre d’avoir un premier aperçu de la culture matérielle à différentes époques. Parmi les matériaux étudiés, le verre semble être présent en grande quantité. Nos prospections sur le site nous amènent à penser que parmi les différents ateliers de production de la ville ceux de verriers étaient également présents. Le métal (surtout bronze) est aussi présent. Différents types d’objets ont été sélectionnés, parmi eux des éléments de ceintures, des fibules, de la vaisselle de table et des fragments de miroir.

R. Rante

Bibliographie

al-Tabari (Abu Jafar Muhammad ibn Jarîr ibn Yazîd), Ta’rîkh al-rusul wa’l-muluk, ed. by M. J. de Goeje, Leyde, 1879-1901.
Marquart (J.), Eranšahr nach der Geographie des Ps. Moses Xorenac’i, Berlin, Weidmann, 1901.
Zimin (L. A.), Разваины старого Пайкенда, ПТКЛА, год 17, Tachkent, 1913.
Wiet (G.), Les Pays, Le Caire, [s. n.], 1937.
Wiet (G.), Les Atours précieux, de Ibn Rusteh, Le Caire, Ifao, 1955.
Massé (H.), Abrégé du « livre des Pays », Ibn al-Faqi al-Hamadhani, Damas, Institut français, 1973.
Zotenberg (H.), Chronique de al-Tabari, trad. de la version persane de Abou Ali Mohammed Bel’ami, Paris, Sindbad, 1980.
Barthold (W.), Turkestan Down to the Mongol Invasion, Karachi, Indus Publications, 1981.
Mukhamedjanov (A. P.), Adilov (Sh. T.), Mirzaakhmedov (D. K.), Semenov (G. L.), Городише Пайкенд, Tachkent, 1988.
Hinds (M.), « The Zenith of the Marwanid House », dans The History of al-Tabari, Albany (N. Y.), State University of New York Press, 1990.
Frye (R. N.), The History of Bukhara, Princeton, Wiener, 2007.

English version

The Paykend site lies on the ancient Silk Road in the fertile area between the two deserts of Karakum and Kazilkum, south of the Bukhara oasis in southern Uzbekistan.
The ancient settlement received its water supply from a canal crossing the site (north–south). The excavation work in 2010 focused on the citadel (Sector D), the shahrestan (Sectors A and B), the north wall (Sector C), and the area identified as the production quarter (Sector E), between the old town and the eastern suburb. The current investigations of the Louvre mission has shown that the site covers an area of 82.5 hectares.
The results of the ceramic study found during the excavations conducted by the French team in 2010 are currently being analysed. It constitutes an initial step toward understanding the different functions and productions of ceramics at Paykend. Amongst the materials studied, glass seems to be present in large quantities, and archaeological surveys suggest that local artisanal activity included glass-making. Evidence of metalwork is also present (parts of belts, fibulae, tableware, and mirror fragments).

Informations pratiques

Musée du Louvre, 75058 Paris - France
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi
24 et 31 décembre 2014 : ouvert jusqu'à 17h

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

Information in other languages

Newsletter

Achetez votre billet