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Idole néolithique (MNE 1342)

Fragmentaire, la figurine conserve pourtant des proportions relativement importantes : complète, elle devait mesurer une quinzaine de centimètres et se présenter les jambes croisées devant elle en position assise, comme le montre l’évasement du fessier.
La figurine appartient à la catégorie des idoles stéatopyges de l’époque néolithique, ainsi que l’indique le faciès : la tête tout en longueur avec les yeux en oblique rendus par une simple incision à l’outil, les bras en moignons qui reposent sous une poitrine très évasée, la largeur des hanches et l’importance du fessier. L’ensemble a été obtenu à main levée et quelques traits d’outils achèvent de rendre le modelé. Ces éléments distinctifs permettraient de situer la figurine à la transition entre le Néolithique ancien et le Néolithique moyen (6000-5000 avant J.-C.), vers 5800 avant J.-C.
Fait remarquable pour cette catégorie d’œuvres, la présence en quantité relativement importante de taches violettes, qu’il conviendra de faire analyser pour en comprendre la nature. Elles se trouvent de manière significative sur la partie basse du dos, sur l’épaule droite, sous le sein droit et à hauteur de la hanche droite. En dessous et au revers du bras gauche comme sous la hanche gauche, on note aussi ponctuellement des amas de blanc qui pourraient évoquer la préparation, support à la couleur si fréquente sur les figurines d’époque historique. Si certaines figurines néolithiques étaient en effet peintes à base d’ocre, le violet, exceptionnel, qui évoque la pourpre (et dont l’usage est attesté dans le monde égéen dès l’époque minoenne), semble plutôt résulter de l’enfouissement. La présence de ce violet intrigue. Sa mise en évidence modifierait la valeur prêtée aux figurines.
Les recherches conduites au département à l’occasion de la demande de certificat d’exportation ont permis de retrouver l’origine et la publication précoce, dès 1932, de la figurine. Cela constitue, pour des objets archéologiques présents sur le marché de l’art, une exception notable, qui a rendu possible l’acquisition de cette oeuvre exceptionnelle, sans parallèle dans les collections françaises. Elle appartenait en effet à l’ancienne collection de M. Yves Béquignon, ancien membre de l’École française d’Athènes (promotion 1923-1926), professeur à l’université de Strasbourg, qui fouilla entre 1930 et 1955 en Thessalie, notamment dans la vallée de Serres. Il acquit la statuette en 1932 dans la région d’Orman Magoula (au nord de Palaiokastro, non loin de Pharsale, Thessalie), auprès d’un paysan, et la publia, ainsi qu’une photographie, dans le rapport qu’il rédigea à la suite d’une prospection de terrain, pour les « Études thessaliennes » parues dans le Bulletin de correspondance hellénique de 1932 : « Le site n’a pas été fouillé, les maisons d’habitations rendraient ce travail difficile, mais quelques sondages pourraient être fructueux. Un habitant nous a en effet montré [….] une statuette en terre cuite haute de 10,5 cm ; la base, brisée, manque ; la figurine devait se tenir assise sur les jambes croisées ; elle porte les mains, grossièrement indiquées par des traits, sous les deux seins, selon le geste ordinaire ; on notera le cou très haut, ce nez qui fait sur le visage, à peine modelé, une forte saillie ; la stéatopygie est très accentuée ; la terre est brun clair, et couverte d’une sorte d’engobe dont il reste quelques traces. […] cette figurine appartient au groupe des statuettes stéatopyges... de Thessalie… comme Sesklo ou dans le voisinage, Tsangli (1). »
Ce type de statuette est tout particulièrement attesté en Thessalie et appartient à la civilisation néolithique, connue pour le nord de la Grèce par les fouilles conduites sur les sites des villages de Sesklo et de Dimini. Ces figurines stéatopyges, liées à l’évocation de la vie et du monde féminin, se retrouvent également en Macédoine, dans les îles et en Crète. Fait notable en Thessalie, elles ne semblent pas avoir été spécialement retrouvées en contexte funéraire mais plutôt domestique, et dans les espaces culinaires, souvent apparemment brisées, ce qui exclurait une représentation divine. Dans l’exposition consacrée à la civilisation néolithique qui s’est tenue à la fondation Goulandris à Athènes en 1996, la spécialiste de la question, Christina Marangou, évoque des pratiques magiques (apotropaïques) et les met en rapport avec des activités cultuelles domestiques familières.
Cette figurine, exceptionnelle par sa taille, son état de conservation, la présence de pigments en surface, mais aussi par sa publication précoce et la connaissance que nous avons grâce à cela de sa provenance précise, est désormais l’une des œuvres les plus anciennes du département, voire du musée. Elle rejoint une collection d’une centaine d’objets en argile conservés en réserve car très fragmentaires, rassemblant têtes et corps de statuettes et vaisselle miniature appartenant au Néolithique ancien. Elle permettra ainsi dès 2012 d’exposer une sélection d’œuvres néolithiques à l’entrée de la Galerie préclassique, reculant de plus de deux millénaires la présentation de l’archéologie du monde égéen au Louvre.

1. Béquignon (Y.), « Études thessaliennes », Bulletin de correspondance hellénique, 1932, p. 119-120.



V. Jeammet

Idole néolithique
Thessalie, vallée de Serres (Grèce)
Transition entre le Néolithique ancien et le Néolithique moyen, VIe millénaire avant J.-C.
Argile, traces de blanc et de violet. H. conservée 10 cm ; l. 7 cm ; ép. 5,35 cm
Partie inférieure manquante ; traces d’arrachement, en particulier au niveau de l’abdomen ; présence d’épaufrures (tête et sein gauche) ; cou cassé et recollé ; concrétions
Achat, ancienne collection Yves Béquignon
Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines (MNE 1342)

Bibliographie

Béquignon (Y.), « Études thessaliennes », Bulletin de correspondance hellénique, 1932, p. 119-120.
Jeammet (V.), dans La Revue des musées de France. Revue du Louvre. Acquisitions 2010-2011, avril 2012-2, p. 56.

English version

This figurine belongs to the steatopygian idols of the Neolithic period, which were characterized by an elongated head, slanted eyes, stubby arms and protruding buttocks. These elements permit the figure to be dated between the Early and the Middle Neolithic periods (6000–5800 bc). The purple spots are a rare feature: they need to be analysed to determine their composition. This figurine was part of the collection of Yves Béquignon, former member of the Ecole française d’Athènes (1923–26) and professor at the University of Strasbourg, who excavated in Thessaly between 1930 and 1955. He acquired the statuette from a farmer in 1932 in the region of Orman Magoula (north of Palaiokastro, not far from Pharsalus, Thessaly) and published it in the Bulletin de Correspondance Hellénique of 1932, pp. 119–20.

Informations pratiques

Adresse et téléphone :
Musée du Louvre, 75058 Paris - France
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

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