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Jacob de Littemont (?), Dais de Charles VII

Grâce à la générosité de la Société des Amis du Louvre, au Fonds du patrimoine et aux fonds d’acquisition propres au musée, le département des Objets d’art s’est enrichi en 2010 d’une tapisserie exceptionnelle, déclarée « trésor national » : un dais ou plus précisément un dosseret, c’est-à-dire la partie verticale du dais, qui surmontait un trône de Charles VII. Seul vestige d’un dais royal médiéval, l’oeuvre est d’autant plus surprenante qu’elle était jusqu’alors totalement inédite et que l’on ne connaissait ces éléments de mise en scène du pouvoir royal que par les mentions dans les sources écrites, ou par leurs représentations dans des manuscrits enluminés datant de la même époque.

La composition du dais est extrêmement sobre : sur un fond rouge vermeil se détache un grand soleil à douze branches, dont les faisceaux de rayons sont chargés d’une multitude d’astres, tandis que deux anges en vol, vêtus de tuniques fleurdelisées, tiennent une couronne. L’analyse de l’emblématique a permis d’assurer la provenance royale de cette oeuvre : le soleil d’or sur fond vermeil fit en effet partie des devises adoptées par les rois de France au XVe siècle. Si Charles VI – roi de France de 1380 à 1422 – fut le premier à l’utiliser, le style de la tapisserie, en particulier les plis cassés des aubes des anges, ne correspond pas à l’époque de son règne. En revanche, cette devise caractérise les débuts du règne de son fils Charles VII (1422-1461), dit « le Victorieux », datation qui correspond à l’émergence d’un style nouveau, où perce l’influence flamande.

Lorsque le dais était en place, les deux anges semblaient descendre du ciel pour couronner le roi assis sur son trône. Ce dais, affirmant ainsi l’origine divine du pouvoir de Charles VII, roi de France, face à l’occupation anglaise et aux années encore proches de la régence du duc de Bedford (1422-1435), avait donc une très forte valeur symbolique. Il faut souligner le caractère surnaturel de la présence de ces deux anges, vêtus d’une dalmatique sur leur aube blanche et, fait très rare, figurés à échelle humaine. Loin d’être des anges « héraldiques », porteurs d’armoiries, ils apparaissent ici comme de véritables acteurs du couronnement, messagers de la grâce divine ; peut-être peut-on y reconnaître les archanges Michel et Gabriel, devenus sous Charles VII les saints protecteurs du roi et du royaume de France.

Le patron de ce véritable manifeste politique fut confié à un artiste au talent exceptionnel, qui allie la rigueur dans la représentation de l’espace à la fantaisie dans la mise en page. Tandis que le soleil et ses rayons donnent sa profondeur à la tapisserie, inspirant un sentiment de tourbillon et de rayonnement, les deux anges s’élançant au-dessus du roi s’inscrivent dans une parabole. Le groupe des deux anges, tête en bas, surprend par l’audace de la composition. Les figures des anges offrent aussi une étonnante alliance de contrastes : sobriété et pureté de la ligne dans le dessin des ailes, bouillonnement de formes tumultueuses dans les drapés autour des pieds des anges ou dans la cascade de boucles blondes encadrant leur visage.

L’artiste, au service du roi, connaît l’oeuvre de Jan van Eyck, tout particulièrement le retable de l’Agneau mystique (1432, Gand, cathédrale Saint-Bavon), dont l’influence se fait sentir ici. Il partage le goût de Van Eyck pour le rendu de l’éclat des perles et des pierres précieuses, visible ici par la figuration des ombres portées des gemmes sur le bandeau d’or de la couronne,ou l’effet de reflet métallique à l’intérieur de la couronne (couronne dont la partie supérieure avait été découpée et maladroitement restaurée à une époque antérieure).

Par l’audace de sa mise en page, son sens du volume, son traitement des visages et des chevelures bouclées, son goût pour les perles et l’orfèvrerie, l’auteur du petit patron et probablement du carton de cette tapisserie semble ne pouvoir être que le mystérieux Maître de la verrière de l’Annonciation – nommé ainsi d’après le vitrail offert par Jacques Coeur à la cathédrale de Bourges vers 1450. Il est également l’auteur du décor de la chapelle de l’hôtel Jacques-Coeur, malheureusement très repeint au XIXe siècle. Louis Grodecki identifia cet artiste avec Jacob de Littemont, peintre de Charles VII, d’origine flamande. L’attribution du dais de Charles VII à cet artiste encore mal connu ouvre de passionnantes perspectives. Si, comme semblent l’indiquer les coiffures des anges – leur cercle de tête orné de troches de perles est encore très proche du gothique international –, le dais se situe dans les années 1440, celles de la reconquête du royaume et de l’affirmation du pouvoir de Charles VII, c’est une nouvelle vision de cet artiste, connu d’après les sources écrites seulement à partir des années 1450, que nous propose le dais. Une étude plus approfondie de cette tapisserie, véritable chef-d’oeuvre de la peinture médiévale, jettera donc un jour nouveau sur ce grand peintre, contemporain de Jean Fouquet (vers 1420 – 1477-1481), et sur l’art au début du règne de Charles VII.

É. Antoine


Jacob de Littemont (?)
Dais de Charles VII
Deuxième quart du xve siècle
Tapisserie, laine et soie. H. 2,92 m ; l. 2,85 m
Acquis à Paris de la maison Machault, en mai 2009
Département des Objets d’art (OA 12 281)

 

English version

 

In 2010, thanks to the generosity of the Société des Amis du Louvre (Society of Friends of the Louvre), the Fonds du Patrimoine (French heritage fund), and the Louvre’s own acquisition fund, the Department of Decorative Arts acquired an exceptional tapestry, which has been classified as a national treasure: a canopy, or more specifically the “dosseret”, that is the vertical part of the canopy that surmounted the throne of Charles VII. As the only remnant of a medieval royal canopy, the work is even more exceptional, as, until now, it was completely unknown and information about these components of the presentation of royal power was only available in written descriptions or in representations in contemporary illuminated manuscripts.

On a red vermeil background, over which shines a large golden sun surrounded by a multitude of stars (smaller suns), are two angels in flight, wearing clothes decorated with fleurs-de-lis and holding a gem-encrusted crown. Everything indicates that the tapestry was woven for a French king. The motto refers to the beginning of the reign of Charles VII (1422–61), called the “Victorious”.

Given the boldness of the canopy’s design and sense of depth, the treatment of the faces and the curly hair, and the focus on pearls and goldwork, the author of the design, and probably of the tapestry’s cartoon, would appear to be no other than the mysterious Master of the stainedglass window of the Annunciation, identified by the name of Jacob de Littemont, Flemish court painter to Charles VII. The attribution of Charles VII’s canopy to this still relatively unknown artist will provide some fascinating prospects for future study.

Informations pratiques

Adresse et téléphone :
Musée du Louvre, 75058 Paris - France
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

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