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Jean Siméon Chardin, Les Instruments de la musique civile et Les Instruments de la musique militaire

Peints en 1767 pour le château royal de Bellevue, commentés avec enthousiasme par Diderot au Salon de la même année, ces célèbres Instruments de musique comptent parmi les ultimes tableaux de Chardin, qui sont également les plus accomplis. Ils ont été donnés par la Société des Amis du Louvre et les descendants d’Eudoxe Marcille.

Établi sur le plateau de Meudon et offrant un point de vue remarquable sur la Seine et Paris, Bellevue, château aujourd’hui disparu, avait été aménagé par Mme de Pompadour pour y recevoir Louis XV hors des contraintes de la cour. En 1757, sept ans seulement après l’achèvement de la construction, Mme de Pompadour, liquidant quelques-uns de ses biens immobiliers après l’attentat de Damiens, cédait le château à Louis XV, qui y fit aménager des appartements pour ses enfants. Mme de Pompadour ayant emporté dans ses autres résidences les tableaux qu’elle avait commandés pour Bellevue, de nouvelles toiles furent ordonnées par la direction des Bâtiments du Roi pour prendre place dans les lambris sculptés par Jacques Verberckt. C’est à cette occasion que Chardin exécuta les deux natures mortes d’instruments destinées à orner le salon de musique, au rez-de-chaussée de l’édifice. Aujourd’hui tendues sur des châssis rectangulaires, les compositions gardent, sous les cadres à vue ovale du XIXe siècle, la trace de leur chantournement d’origine.

Les toiles occupaient une position en surplomb au-dessus des portes. Représentés en équilibre sur le bord de tables de pierre, les instruments, douze au total, sont répartis selon deux thématiques : la musique « civile » et la musique « militaire ». Sous ces qualificatifs d’époque, on retrouve, d’après Florence Gétreau, l’opposition entre deux formations, la Musique de la Chambre du Roi et la Musique de la Grande Écurie.

Les musiciens de la Chambre jouaient pour tous les divertissements de la cour mais aussi dans l’intimité de la famille royale. Il était donc naturel d’associer au tableau de la musique « civile » le tambourin de Provence, instrument utilisé au XVIIIe siècle autant à l’Opéra que dans les bals royaux et publics. Chardin a montré le laçage particulier de la peau tendue sur le fût, son « timbre » (corde de boyau qui doit être frappée) et ses habituels rubans décoratifs. Sur la gauche sont disposés une flûte traversière en buis et un pardessus de viole avec son archet. Au centre de la composition, on distingue un tambourin à sonnailles et grelots et une vielle à roue, instrument populaire adopté par l’aristocratie et la cour à partir de 1730. La clarinette ainsi que le cor, avec ses trois enroulements gainés de tissu vert, avaient fait leur entrée dans les orchestres parisiens à partir de 1762. Ils sont le signe que Chardin était parfaitement informé de l’actualité instrumentale.

Les musiciens de l’Écurie jouaient dans tous les déplacements du roi et dans la musique des régiments. Certains cavaliers avaient des timbales. Dans la musique « militaire », Chardin en a représenté une paire, sans oublier ni les baguettes, ni le cerclage et les vis qui permettaient de tendre les peaux, ni le tablier de soie rouge richement ornementé. Il leur a associé une trompette avec son bandereau à pompons et une paire de cymbales. Le basson et le hautbois contribuaient toujours à cette musique d’apparat et de service de guerre. Au premier plan, un étendard bleu et rouge exhibe les armes du roi de France et de Navarre ainsi que la croix du Saint-Esprit, manière pour Chardin de souligner le caractère royal de la commande.

On sent que, chez l’artiste, l’étrange géométrie des formes a déterminé l’agencement des instruments autant que la pertinence fonctionnelle de leur amoncellement. Des accessoires vivement colorés – tapis de velours rouge, garnitures, rubans roses et bleus, livres de musique reliés de vert (la couleur du roi en ce domaine) – relèvent de leur éclat puissant la tonalité assourdie des bois, des peaux et des cuivres, tandis que d’autres éléments – partitions, pompons et boutons d’ivoire – apportent la clarté de leur matière.

Au Salon de 1767, les tableaux suscitèrent une nouvelle fois l’admiration de Diderot à l’égard du grand maître de la nature morte : « C’est une vigueur de couleur incroyable, une harmonie générale, un effet piquant et vrai, de belles masses, une magie de faire à désespérer, un ragoût dans l’assortiment et l’ordonnance. Éloignezvous, approchez-vous, même illusion, point de confusion, point de symétrie non plus, point de papillotage ; l’oeil est toujours récréé, parce qu’il y a calme et repos. »

OEuvres d’intérêt historique, oeuvres de délectation, les Instruments de Bellevue présentent un avantage supplémentaire : ils ont fait partie depuis le milieu du XIXe siècle de la collection des Marcille, redécouvreurs de l’oeuvre de Chardin et possesseurs, un temps, du plus bel ensemble jamais réuni de tableaux du maître.

M.-C. Sahut

Jean Siméon Chardin (Paris, 1699-1779)
Les Instruments de la musique civile et
Les Instruments de la musique militaire
1767
Huile ; composition ovale, autrefois chantournée, transposée sur une
toile rectangulaire. H. 1,12 m ; l. 1,44 m
Peint pour le château royal de Bellevue
Don de la Société des Amis du Louvre et des descendants d’Eudoxe
Marcille, 2010
Département des Peintures (R.F. 2010-12 et R.F. 2010-13)

Bibliographie

Rosenberg (P.), Chardin 1699- 1779, catalogue de l’exposition (Paris, Galeries nationales du Grand Palais, 1979), nos 126-127.

Rosenberg (P.) et Temperini (R.), Chardin, suivi du Catalogue des oeuvres, Paris, 1999, nos 182-183.

Sahut (M.-C.), « Paris, musée du Louvre. Deux chefs-d’oeuvre de Chardin en provenance du château de Bellevue », La Revue des musées de France. Revue du Louvre, 2010-5, p. 13-15.

Sahut (M.-C.), « Les Instruments de la musique civile et Les Instruments de la musique militaire de Jean Siméon Chardin. Un don de la Société des Amis du Louvre et des descendants d’Eudoxe Marcille », Le Tableau du mois, 173, décembre 2010 – janvier 2011.

English version

 

Painted in 1767 for the Château of Bellevue, and enthusiastically praised by Diderot at that year’s Salon, these famous Instruments de musique (Two Paintings Representing Various Musical Instruments) are some of Chardin’s last and finest paintings. The canvases were hung over the music room doors on the ground floor of the chateau that Louis XV had bought from the Marquise de Pompadour. The paintings depict a total of twelve instruments that relate to two royal corps, the Musique de la Chambre du Roi (Music of the King’s Chamber) and the Musique de la Grande Écurie (Music of the Great Stable). Represented in the first painting are: a Provençal tambourin (a two-headed drum), a flute, a pardessus de viole, a bell tambourine, a wheel fiddle (hurdy-gurdy), a clarinet, and a horn. The last two instruments were introduced to Parisian orchestras in 1762, demonstrating that Chardin was well informed about developments in contemporary instruments.

In the second painting Chardin has depicted a pair of kettledrums, a trumpet, and a pair of cymbals. The bassoon and the oboe were still used for ceremonial and military music. In the foreground, a blue and red standard bears the arms of the King of France and Navarre and the Cross of the Holy Spirit, which Chardin included to underline the commission’s royal nature.

The Bellevue Instruments are delightful works of great historical interest, and from the mid-nineteenth century they were held in the collection of the Marcilles, who rediscovered Chardin’s work after its disappearance and for a while possessed one of the finest collections ever of the master’s paintings.

Informations pratiques

Musée du Louvre, 75058 Paris - France
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi
24 et 31 décembre 2014 : ouvert jusqu'à 17h

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

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