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La restauration de la Vénus de Milo

Programme suivi par Alain Pasquier, Jean-Luc Martinez et Ludovic Laugier
Études préalables : relevé photogrammétrique effectué en 2005 par Digital Archives Lab. CAD Center Corporation (Japon) ; contrôle gammagraphique effectué en mars 2006 par le centre de Saclay du Commissariat à l’énergie atomique (CEA, SSTM du LIST [Service systèmes et technologies pour la mesure du Laboratoire d’intégration des systèmes et des technologies], ingénieur, chef du projet : Bernard Rattoni) ; étude structurelle de la statue par Hubert Boursier et Geneviève Rager, restaurateurs (rapport de décembre 2006) ; études préalables à la restauration par Jean-Luc Martinez (commission de restauration du musée du Louvre le 2 octobre 2009).
Études des matériaux et techniques : étude de la provenance des marbres par Annie et Philippe Blanc, université Pierre et Marie Curie, département de Géologie sédimentaire dirigé par Marc de Rafelis (rapport de janvier 2010) ; étude de l’altération et des matériaux de bouchage par le C2RMF (analyses chimiques élémentaires, pétrographie et endoscopie par Yvan Coquinot, examen au microscope optique en lumière réfléchie par Nathalie Balcar, analyses organiques par Juliette Langlois et Nathalie Balcar, rapport du 3 juin 2010).
Restauration : Anna Martinotta, restauratrice (octobre 2009 – avril 2010)

Dans le cadre du projet de rénovation des salles d’art grec classique et hellénistique du musée du Louvre et après plusieurs études préalables menées durant cinq ans, la restauration de la Vénus de Milo a été conduite en deux temps, entre octobre 2009 et avril 2010. L’aspect de surface de la statue a ainsi été amélioré et notre connaissance matérielle du chef-d’oeuvre complètement renouvelée.
 

Études préalables à la restauration (2005-2009)

La rénovation des espaces supposant leur fermeture, le déplacement de la Vénus de Milo avait été imaginé dès 2006 et imposait de vérifier l’état matériel de la statue. Une série d’études préalables à la restauration a donc été conduite entre 2005 et 2009. Grâce à la générosité de la société japonaise CAD Center, un relevé photogrammétrique de la statue effectué en 2005 et complété par une couverture photographique sous lumière ultraviolette a permis de disposer d’une documentation à jour sur l’état de la statue avant intervention. La méconnaissance de la structure et des scellements utilisés pour lier les deux parties principales de la statue nous a également conduits à procéder au contrôle par gammagraphie effectué au Louvre une nuit de mars 2006 par l’équipe de Bernard Rattoni, ingénieur du centre de Saclay du CEA. La délicatesse de l’opération nécessita la création d’un périmètre de sécurité autour de l’oeuvre et, malgré les parois de plomb installées, conduisit à la fermeture de la cour Carrée. La présence et l’emplacement de deux longs goujons furent ainsi révélés, assurant la solidité de la statue, que l’on put déplacer sans crainte. Analysant ces résultats, les restaurateurs Hubert Boursier et Geneviève Rager procédèrent en 2006 à une étude structurelle complète de la statue, cartographiant avec précision son état de conservation. Les résultats de ces recherches enrichies d’une étude historique des anciennes restaurations alors connues furent présentés à la commission de restauration du musée du Louvre réunie le 2 octobre 2009.
 

Les étapes d’une restauration conduite la nuit et les jours de fermeture

Les conditions d’intervention sur le chef-d’oeuvre furent particulièrement difficiles, car il devait rester visible durant toutes les opérations. Le restaurateur choisi, Anna Martinotta, devait donc intervenir du lundi soir après 18 heures au mercredi matin avant 9 heures, puis les nuits, tout en préservant un état de conservation provisoire acceptable pour le nombreux public venu admirer la Vénus dans la journée. Il faut rendre hommage ici à l’habileté d’Anna Martinotta, qui, grâce à des prises d’empreintes des bouchages anciens ou à la pose de glacis à l’aquarelle masquant les tests de nettoyage d’une séance à l’autre, put nettoyer la statue d’octobre à décembre 2009, puis purger et refaire les joints de bouchage de janvier à avril 2010, tout en redonnant chaque matin à la Vénus son apparence habituelle. Sur avis de la commission du Louvre, il fut en effet convenu de procéder tout d’abord à un décrassage de la totalité de la statue afin d’harmoniser la partie inférieure, autrefois touchée par le public et particulièrement sale, et la partie supérieure, davantage préservée de l’encrassement mais en moins bon état de conservation. Anna Martinotta a donc dépoussiéré la statue au pinceau, posé des masticages provisoires sur les zones de fractures, d’écailles et de fissures afin de nettoyer la surface à l’eau à l’aide d’une éponge, de brosses à dents souples pour certains plis notamment ou de compresses sur papier. La saleté grasse a ainsi été éliminée par simple nettoyage à l’eau enrichi d’un tensioactif à 5 %. La purge des joints a permis d’éliminer les bouchages débordants en plâtre ou en résine, d’observer les surfaces de joints et les mortaises antiques. Après avis de la seconde commission de restauration du Louvre réunie le 29 janvier 2010, les bouchages définitifs ont été effectués à base de poudre de marbre teintée et de résine acrylique en émulsion. L’extrémité en plâtre de l’orteil droit a finalement été retirée, tandis que le complément du nez débordant sur la surface originale a été repris. Les zones de forte érosion du marbre localisées sur la partie supérieure de la tête et du chignon ont été consolidées au moyen de silicate d’éthyle. Les griffures les plus évidentes ont été atténuées par un léger glacis à l’aquarelle.
 

Bilan des analyses et de la restauration pour les recherches sur la Vénus de Milo

Cette campagne sans précédent d’études et de restauration a permis de renouveler considérablement notre connaissance matérielle de la sculpture tout en précisant l’histoire complexe de sa restauration. Les analyses de marbre révèlent pour la première fois scientifiquement que la statue est taillée dans plusieurs blocs très proches de marbre de Paros (variété Lychnites, sans doute de la carrière de la grotte des Nymphes, ou de celle de Pan). Elles ont également permis d’écarter l’appartenance à la statue des piliers hermaïques découverts avec elle (Ma 403 et Ma 404 sont en Paros Chorodaki, des carrières à ciel ouvert, et Ma 405-406 sont en marbre du Pentélique d’Athènes). En revanche, elles rendent possible l’appartenance à la statue d’une main gauche tenant la pomme (Ma 400) et d’un départ du bras gauche (Ma 401) découverts également avec la statue mais non intégrés au xixe siècle à la restauration. L’hypothèse désormais confortée de l’appartenance de ces deux fragments du bras gauche à la statue n’est pas sans conséquence sur l’identification de la déesse représentée et la restitution de son attitude : il faudrait reconnaître une Aphrodite à la pomme du jugement de Pâris, le bras gauche tendu. La purge des bouchages comme l’examen gammagraphique et endoscopique ont également apporté leur lot de découvertes. Les mortaises antiques entre la partie inférieure drapée et le buste comme les canaux de coulée ont pu être repérés et explorés. Ils révèlent une réparation antique et expliquent l’éclatement de deux fragments des hanches provoqué par les canaux de coulée. De même, deux autres mortaises se sont révélées antiques : celle percée sous le sein droit appartient au système qui soutenait le bras droit plié ; celle creusée dans le pied gauche suppose un avant de pied rapporté. Les observations faites ont permis de préciser l’histoire de la restauration de la statue. L’intervention de Bernard Lange en 1821 fut plus radicale qu’on ne l’avait pensé : la cassure du nez comme celle du pied gauche avaient été affranchies pour un complément en marbre ; l’avant-bras droit comme la plinthe ont été retaillés. Une intervention en 1936 par l’atelier des marbriers du Louvre a été révélée par un petit papier inscrit dissimulé dans la mortaise située sous le sein droit. La chronologie des bouchages de plus en plus sombres au fur et à mesure de l’encrassement de la statue a été précisée. Les goujons modernes apparus à la gammagraphie sont désormais bien localisés, sans que l’on sache pour autant quand ils ont été mis en place puisque, à l’intervention documentée de 1871, l’étude récente vient d’ajouter deux interventions jusque-là inconnues, celles de 1936 et 1964.
 

J.-L. Martinez

Bibliographie

Abou (C.), « Gammagraphie. La Vénus dévoilée », Les Défis du CEA, 113, avril 2006, p. 8.
Hamonou (é.), « La Vénus de Milo sous les rayons gamma », Les Cahiers de Science et Vie, 101, octobre-novembre 2007, p. 99.
Martinez (J.-L.), « Les secrets de la Vénus de Milo », Grande Galerie. Le Journal du Louvre, 12, juin-juillet-août 2010, p. 38-45.
Martinez (J.-L.), La Vénus de Milo, Paris, Musée du Louvre éditions et Somogy, « Solo », à paraître.

 

English Version

 

In the framework of the renovation of the Louvre’s Classical and Hellenistic Greek rooms, and after various preliminary studies conducted over a fiveyear period, the Venus de Milo’s restoration was carried out in two phases, between October 2009 and April 2010. As a result, the statue’s surface appearance improved and new insight was gained into the masterpiece’s material characteristics. The gamma imaging test and the endoscopic examination improved our understanding and observation of the antique sockettenon joint and the modern dowels that hold the statue’s two main parts together. The removal of the filled areas revealed new conservation elements, attesting to Bernard Lange’s preparations in 1821 for a comprehensive restoration project that was never completed and revealing another (hitherto undocumented) restoration carried out in the Louvre in 1936. These observations raise questions about the creative techniques: the pour channels were precisely located and the antique socket under the right breast and at the level of the front joint of the left foot were temporarily removed.

Informations pratiques

Adresse et téléphone :
Musée du Louvre, 75058 Paris - France
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

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