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La restauration des mosaïques d’Antioche

Programme suivi par Cécile Giroire
Étude : Atelier de conservation et de restauration de mosaïques du musée départemental Arles antique, dirigé par Patrick Blanc (2006-2007)
Restauration : Atelier de restauration de mosaïques de Saint-Romain-en-Gal dirigé par Évelyne Chantriaux (Ma 3442,Ma 3459 à 3462 et Ma 3464) et Atelier de conservation et de restauration de mosaïques du musée départemental Arles antique, dirigé par Patrick Blanc (Ma 3457 et Ma 3463)

En vue de leur présentation dans de nouveaux espaces muséographiques du musée consacrés à l’Orient méditerranéen à l’époque romaine, dont l’ouverture est prévue en juin 2012, les mosaïques d’Antioche conservées au département des Antiquités grecques, étrusques et romaines ont fait l’objet d’une campagne de restauration fondamentale entreprise en 2008 et qui s’achèvera en 2011.

Découverts entre 1932 et 1935 lors de la mission archéologique franco-américaine d’Antioche, ces pavements ou fragments de pavement de mosaïque avaient été déposés au moment des fouilles et placés sur un support moderne en ciment tenu par une solide structure métallique. Avec le temps, ces supports avaient vieilli et présentaient sur leur revers de nombreuses fissures produites par la corrosion des barres de fer enchâssées dans l’épaisseur de ciment. Ces fissures atteignaient dans certains cas la surface de la mosaïque, le tessellatum, composé de petits cubes de marbre, de calcaire et de pâte de verre : elles suivaient alors les lignes de joint entre les tesselles ou avaient provoqué, en de rares endroits, la rupture de quelques tesselles. Par ailleurs, ces supports modernes étaient d’un poids considérable et rendaient toute manipulation complexe et délicate. Il fut donc décidé d’entreprendre une campagne de restauration fondamentale de ce prestigieux ensemble.

La première étape consista à établir un bilan sanitaire général de la collection de mosaïques afin d’évaluer l’ampleur du travail et son coût. Ce constat d’état a été effectué en 2006-2007 par l’atelier de conservation et de restauration de mosaïques du musée départemental Arles antique, dirigé par Patrick Blanc, dans le cadre d’un partenariat qui liait le musée du Louvre et le musée d’Arles. Un accord-cadre a ensuite été rédigé afin de sélectionner les prestataires compétents pour ce type de restauration. Le premier marché subséquent (2008-2010) a été attribué à l’atelier de restauration de mosaïques de Saint-Romain-en-Gal dirigé par Évelyne Chantriaux et concernait six pavements et fragments de pavement : la mosaïque du Phénix (Ma 3442), les panneaux avec une personnification (Ma 3460) et un décor de peltes (Ma 3464) provenant d’une même maison, celui avec un décor de poissons (Ma 3462), celui orné d’oiseaux autour d’un vase (Ma 3461), enfin, celui aux perroquets (Ma 3459). Chaque restauration s’est déroulée en deux temps, changement du support puis traitement du tessellatum.

Le premier, précédé d’un entoilage de la surface de la mosaïque destiné à la protéger, s’effectue de l’envers. Il consiste d’abord à ôter le support moderne en ciment armé. Ce retrait, long et minutieux, est opéré progressivement, à la scie circulaire à disque diamanté d’abord, puis au micro-inciseur lorsqu’on approche des tesselles antiques. Une fois atteint, le revers du tessellatum apparaît, avec quelquefois des traces du dessin préparatoire antique à l’ocre rouge. Le jointoiement antique est conservé dans les zones où il est préservé. Un mortier synthétique chargé de sable sert d’interface entre les tesselles et le nouveau support, une structure en nid d’abeilles d’aluminium de 50 mm d’épaisseur dont chaque face est revêtue d’un stratifié de toile de verre et de résine époxy. Utilisé dans l’industrie aéronautique, ce matériau est à la fois stable, insensible aux variations du climat et surtout résistant et léger. Une fois fixé à ce nouveau support, le tessellatum est alors débarrassé de l’entoilage qui le protégeait pour pouvoir être traité : les tesselles et les joints font l’objet d’un nettoyage minutieux, les comblements modernes de précédentes interventions de restauration, disgracieux et débordants, sont retirés. Le cadrage du support est ensuite ajusté, assez serré lorsqu’il suit le bord du panneau de mosaïque, plus large lorsqu’il longe une zone fragmentaire pour évoquer la poursuite du décor. Un mortier de chaux et de sable dont la teinte et la granulométrie sont minutieusement choisies en fonction de chaque mosaïque est appliqué sur le support moderne autour du tessellatum, très légèrement en retrait par rapport à ce dernier. Enfin, les lacunes sont réintégrées avec des mortiers de chaux chargés de sable, parfois de poudre de marbre, mortiers dont la teinte et la granulométrie sont longuement discutées. Le traitement des lacunes, tout en demeurant visible, ne doit pas attirer l’oeil et doit redonner au décor antique sa lisibilité.

Ces mêmes procédés ont régi la restauration de la mosaïque de l’Amazonomachie (Ma 3457) et du fragment de bordure géométrique (Ma 3463) appartenant au même pavement, qui a été l’objet d’un second marché (2009-2010) attribué à l’atelier d’Arles. Grâce aux photos d’archives conservées à l’université de Princeton (Department of Art and Archaelogy) montrant ce pavement in situ, les deux panneaux, présentés séparément jusque-là, ont pu être rassemblés sur un même support, dans une configuration conforme à leur positionnement original.

Un troisième marché public prévu en 2011 et intégrant un grand fragment de rinceau peuplé (Ma 3458) permettra de clore cette campagne de restauration des mosaïques d’Antioche, le pavement des saisons de la « villa Constantinienne » (Ma 3444), scellé depuis 1936 au sol de la cour du Sphinx, sera traité ultérieurement en raison de l’ampleur de cette opération et des problèmes qu’elle pose.

Brièvement présentée lors d’une journée d’étude consacrée aux travaux actuels sur le site d’Antioche le 15 avril 2010 à la fondation Dumbarton Oaks à Washington, cette campagne de restauration fondamentale est remarquable par son envergure. Elle fournit l’occasion de reconsidérer l’étude de ce matériel et de son contexte archéologique en s’appuyant sur les documents d’archives et les objets issus de ces fouilles conservés à Princeton. L’ouverture des nouveaux espaces muséographiques dédiés à l’Orient méditerranéen à l’époque romaine en 2012 permettra de rendre visible cette recherche appliquée aux collections et de réunir la communauté scientifique travaillant sur ce domaine dans le cadre d’une journée d’étude organisée au musée par le département des Antiquités grecques, étrusques et romaines.

C. Giroire

 

Mosaïque du Phénix
Daphné, VIe siècle après J.-C.
Mosaïque : marbre, calcaire. H. 5,73 m ; l. 4,323 m
Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines (Ma 3442)
 
Fragment de pavement aux perroquets
Daphné, VIe siècle après J.-C.
Mosaïque : marbre, calcaire, pâte de verre. H. 1,72 m ; l. 1,54 m
Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines (Ma 3459)
 
Fragment de pavement avec un buste féminin
Daphné, maison du « Bateau de Psyché », IIIe siècle après J.-C.
Mosaïque : marbre, calcaire. H. 1,145 m ; l. 1,12 m
Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines (Ma 3460)
 
Fragment de pavement orné d’oiseaux autour d’un vase
Daphné, salle à manger (triclinium) ? d’une maison, 1re moitié du
IIIe siècle après J.-C.
Mosaïque : marbre, calcaire, pâte de verre. H. 1,81 m ; l. 1,932 m
Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines (Ma 3461)
 
Fragment de pavement à décor de poissons
Daphné, à proximité de la maison du « Bateau de Psyché », IIIe siècle
après J.-C.
Mosaïque : marbre, calcaire. H. 1,075 m ; l. 1,96 m
Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines (Ma 3462)
 
Fragment de pavement à décor de peltes
Daphné, chambre à coucher (cubiculum) ? de la maison du « Bateau de
Psyché », IIIe siècle après J.-C.
Mosaïque : marbre, calcaire. H. 1,265 m ; l. 0,88 m
Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines (Ma 3464)

Amazonomachie et fragment de bordure géométrique
Daphné, IVe siècle après J.-C.
Mosaïque : marbre, calcaire. H. 2,45 m ; l. 4 m
Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines (Ma 3457
et Ma 3463)

Bibliographie

Baratte (F.), Catalogue des mosaïques romaines et paléochrétiennes du musées du Louvre, Paris, RMN, 1978, n° 44 p. 92-98 (Ma 3442), n° 46 et n° 47 p. 118-121 (Ma 3457 et Ma 3463), n° 49 p. 123-124 (Ma 3459), n° 50 p. 124-125 (Ma 3460), n° 51 p. 126-128 (Ma 3461), n° 52 p. 129-130 (Ma 3462) et n° 53 p. 130 (Ma 3464).
Giroire (C.), Roger (D.), dir., De l’esclave à l’empereur. L’art romain dans les collections du musée du Louvre, catalogue d’exposition (Arles, musée départemental Arles antique, 2008-2009), Paris, Somogy, Musée du Louvre éditions, Conseil général des Bouches-du-Rhône, 2008, n° 81 p. 175 (fragment de Ma 3442).
Chantriaux (é.), « L’atelier de restauration de Saint-Romain-en-Gal (Rhône) », Dossier d’archéologie, juillet-août 2011, no 346, p. 104-105.
Giroire (C.), « Mosaïque de la Syrie antique. Les collections du Louvre restaurées à Saint-Romain-en-Gal », Dossier d’archéologie, juillet-août 2011, no 346, p. 114-115.

 

English Version

The pavements or fragments of mosaics discovered between 1932 and 1935 during the Franco-American excavations at Antioch had been placed on a support made from cement reinforced by a metal structure. The support is very heavy, and this made any manipulation very complex and delicate, and it gradually developed many cracks on the back and the front. The first step involved carrying out a general examination in 2006– 07 by the mosaics conservation and restoration workshop of the Musée Départemental Arles Antique, overseen by Patrick Blanc.

The restorations of the Phoenix (Ma 3442) mosaic and panels Ma 3460, Ma 3464, Ma 3462, Ma 3461, and Ma 3459 were carried out by the mosaics restoration workshop of Saint-Romain-en-Gal led by Evelyne Chantriaux, and was completed in two stages: changing the support and then treating the tessellatum.

The Amazonomachy (Combat of the Amazons; Ma 3457) and fragment Ma 3463 were restored using the same process in the Arles workshop.

Thanks to the photos from the University of Princeton showing the pavement in-situ, it was possible to assemble the two panels presented separately on the same support.

The restoration programme will terminate in 2011 with work on a grand fragment de rinceau peuplé (large fragment of foliage with figures; Ma 3458). The pavement des saisons (the seasons pavement; Ma 3444), sealed since 1936 into the floor of the Cour du Sphinx will be treated later due to the scale of the operation and the problems involved.

The opening of new museographic spaces dedicated to the Mediterranean East during the Roman era in 2012 will enable this applied research on the collections to be viewed and to bring together the scientific community working in this field, in the framework of a Museum study day organised by the Department.

Informations pratiques

Adresse et téléphone :
Musée du Louvre, 75058 Paris - France
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

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