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Le cas de la statue du scribe Khay

Restauration : Sophie Duberson, restauratrice au département des Antiquités égyptiennes
 

La conservation-restauration de la statue-cube naophore en calcaire du scribe Khay présentée dans la salle 28 du département des Antiquités égyptiennes a été entreprise en 2010 à la demande de Christophe Barbotin, conservateur, avant sa publication dans le volume 2 du catalogue sur la statuaire du Nouvel Empire.

Il s’agit d’une statue-cube représentant Khay, scribe administrateur de l’armée à l’époque ramesside, assis, bras croisés, les jambes repliées devant lui et le corps enveloppé dans un manteau. Il présente devant lui un naos avec la représentation du babouin Thot coiffé du disque lunaire.

L’oeuvre montrait un état de surface encrassé, au point qu’un nettoyage devait être envisagé avant sa prise de vue. Le traitement de conservation-restauration effectué a donc eu pour objectif de rétablir la lisibilité de l’oeuvre par un nettoyage modéré, destiné à mettre en valeur le relief sans dénaturer l’objet.

Ce type d’intervention de restauration élémentaire est l’occasion maintes fois répétée d’engager une observation approfondie des oeuvres qui, bien qu’entrées dans nos collections depuis des décennies, ne sont pas techniquement connues avec précision.

Le retrait de la couche superficielle de salissure, accumulée au cours d’années de stockage au musée (puisqu’elle recouvrait les anciens bouchages de restaurations), a été obtenu grâce à une méthode de nettoyage chimique consistant à appliquer sur la surface un cataplasme confectionné à base d’eau déminéralisée et d’argile. La pâte de nettoyage est composée d’un volume de Méthylcellulose, de deux volumes de pulpe de papier (Arbocel®) et de trois volumes de sépiolite (argile), additionnés d’eau déminéralisée. Ce procédé, contrôlé et inerte, est adéquat en raison de la bonne cohésion de l’épiderme de la pierre. Il permet de laisser l’eau suffisamment en contact avec la salissure pour que sa dissolution se produise, tout en limitant la quantité de liquide appliquée et par conséquent sa pénétration au sein de la pierre. L’action du cataplasme doit être ensuite complétée par une action mécanique douce, effectuée à l’aide d’un bâtonnet de coton humidifié pour éliminer les résidus de salissure, notamment dans les creux du relief.

Le nettoyage a facilité l’examen structurel de l’oeuvre. La sculpture nous est alors apparue fortement morcelée, fracturation résultant d’une ancienne intervention. Grâce à la fiche documentaire de l’objet qui en fait mention, nous savions, sans plus de précision, que la pièce avait été « immergée dans un bain d’eau pour être nettoyée ». Au cours de cette opération, le monolithe de calcaire s’était brisé en deux blocs principaux et de nombreux fragments secondaires.

Les restaurateurs d’alors ont engagé un travail complexe de collage et de remontage, en insérant notamment dans l’oeuvre des armatures métalliques. Cette méthode efficace est de nos jours réservée aux cas les plus lourds, en raison du traumatisme subi lors de la perforation. Notre travail a consisté à documenter ces interventions en collectant nos observations dans un rapport de traitement. Nous avons choisi de ne pas procéder à une dérestauration de la sculpture, en raison des risques qu’aurait fait courir un démontage. Pour l’heure, le montage est sain et nous jugeons possible de nous fier à la résistance des assemblages, bien que l’absence de renseignements concernant la nature des matériaux employés nous oblige à rester vigilants quant au vieillissement de ce bloc restructuré. L’absence de documentation ancienne gêne nos interventions, car la connaissance des matériaux employés est déterminante pour les choix de traitement (connaissance du mode de vieillissement des adhésifs, corrosion des parties métalliques). Depuis une trentaine d’années, une part considérable du travail des restaurateurs est employée à la documentation des interventions.

Parallèlement, la conservation de restitutions anciennes en plâtre de parties manquantes, révélées par le nettoyage, a donné lieu à de nombreuses discussions, illustrant les choix de traitement possibles dans le domaine de la restauration des oeuvres d’art.

La sculpture est quasi complète. Pourtant, des parties capitales pour l’uniformité de l’oeuvre sont manquantes, comme l’extrémité du museau du babouin ou une partie du visage de Khay, comprenant le nez, la partie inférieure de l’oeil dextre, le sillon naso-labial et la lèvre supérieure.

En l’absence de documentation de référence sur la forme des éléments originaux, on ne peut théoriquement se substituer à l’artisan et refaire empiriquement un manque qui pourrait sembler authentique et prêter à confusion.

Toutefois, les oeuvres présentées dans les salles du musée doivent rester lisibles et uniformes pour les visiteurs peu enclins à apprécier un visage mutilé si les plans de cassure sont retaillés, plans et inesthétiques. Cette question a donc été examinée avec le conservateur pour aboutir à un choix de présentation privilégiant l’unité de la sculpture.

Dans un premier temps, le nez hypothétique restitué en plâtre du babouin a été enlevé. Nous avons alors découvert un plan de cassure droit et retaillé, percé en son centre d’un trou circulaire destiné à accueillir une cheville en bois de soutien. Ce trou peu compréhensible après l’élimination des ajouts a été bouché. Renseignés par cette première expérience, nous avons décidé de conserver la partie refaite du visage de Khay, car nous avons supposé que la cassure avait subi le même traitement. La conservation de cette « prothèse », motivée principalement par des considérations d’ordre esthétique, nous a paru justifiée dans la mesure où la réintégration est identifiable grâce à un matériau et à un traitement différents de ceux de l’original. Afin de respecter les principes déontologiques attachés à la conservation, cette opération a été largement documentée et est bien entendu réversible.

Cette intervention est une parfaite illustration des opérations de conservation-restauration qui sont entreprises en interne au sein du département. Elle témoigne de l’intérêt que présente l’entretien permanent des oeuvres. Si la collection se révèle esthétiquement au gré des restaurations, si sa signification culturelle s’accroît à chaque intervention, sa connaissance s’enrichit également au fil des observations techniques permises par les examens approfondis des oeuvres. Ces observations sont ensuite utilisées lors des manipulations ou bien collectées pour aboutir à une meilleure connaissance de la mise en oeuvre des oeuvres.

S. Duberson

 

Statue-cube naophore du scribe Khay
Égypte, Nouvel Empire, époque ramesside
Calcaire. 65 cm 5 33 cm 5 36,5 cm
Département des Antiquités égyptiennes (E 136 / A 110)

English Version

The intervention on the statue of the scribe Khay was commenced in 2010, on the request of the curator Christophe Barbotin, before its publication in the catalogue on the statuary of the New Empire (volume 2).

Upon cleaning the surface with a poultice of demineralised water and clay, and the application of a gentle mechanical treatment with a damp cotton bud, serious splits came to light. We knew that the monolith had broken into two main blocks and several fragments during previous cleaning work. At that time, the restorers had reassembled the statue, and had inserted metal armatures in the work. We decided not to interfere with this old restoration.

The conservation of the old plaster reconstructions of the missing parts, revealed by the cleaning, was the subject of much debate. After a test on the baboon’s reconstructed nose, we discovered a straight fracture plane that had been reshaped and pierced in the centre with a circular hole designed to accommodate a supporting wooden dowel. This hole was filled in, as it was no longer necessary after the removal of the added parts. After this informative experiment we decided to leave the reconstructed part of Khay’s face intact, as we suspected the facial fracture had been treated in the same way. The conservation of this “prosthesis”, which was motivated by aesthetic considerations, seems justified because the reintegrated component can be identified by a material and treatment that are different to the original ones.

Informations pratiques

Adresse et téléphone :
Musée du Louvre, 75058 Paris - France
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

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