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Le fonds photographique des antiquaires Demotte

Projet suivi par Pierre-Yves Le Pogam et Christine Vivet-Peclet

Georges-Joseph Demotte et Lucien, son fils, sont deux grands antiquaires qui ont exercé leurs activités durant le premier tiers du XXe siècle dans leurs galeries de Paris et de New York.
Georges-Joseph (1877-1923) s’établit comme antiquaire à Paris au début du XXe siècle. Il développe progressivement son commerce et se spécialise en particulier dans les arts de l’Islam et la sculpture médiévale. Il épouse en 1899 Semha Lucie Stora, qui appartient à une grande famille d’antiquaires parisiens. Ils ont un fils, Lucien (1906-1934), qui, à l’âge de dix-sept ans, va succéder à son père à la mort de ce dernier, laquelle survient accidentellement le 8 septembre 1923 lors d’une partie de chasse. Lucien va continuer de faire prospérer l’entreprise familiale, mais il décède brutalement en 1934.
Le fonds de commerce parisien est alors racheté par un autre marchand d’art, la galerie Andrée Macé. Outre les œuvres, la galerie entre alors en possession d’un fonds de plaques de verre qui sera donné au département des Sculptures du musée du Louvre en 1978.
Les deux mille quatre cents plaques de verre qui forment le fonds ont été inventoriées, analysées, et constituent désormais une base de données partagée avec le Metropolitan Museum of Art à New York. Ce recensement de l’ensemble des photographies s’est accompagné de l’étude des personnalités de Georges-Joseph et Lucien Demotte et du fonctionnement de leurs galeries. Parallèlement, les œuvres présentes dans leurs fonds ont pu être pour partie identifiées et leur historique reconstitué.



Les antiquaires et leurs activités
Il a été procédé au dépouillement des pièces d’archives et des articles de presse concernant les différents procès qui ont terni les dernières années d’activité de Georges-Joseph Demotte, mais qui témoignent aussi de son attachement aux musées, auxquels il a prodigué de nombreux dons. Une partie de ces documents est conservée au département des Sculptures ainsi que dans les Archives des musées nationaux et dans celles de la Ville de Paris.
Les traces de l’activité des antiquaires ont été relevées, en particulier, à travers les annonces ou les publicités parues dans la presse spécialisée. Il a également été procédé à la recherche systématique des ouvrages qu’ils ont publiés, puisqu’ils se sont lancés dans les années 1920 dans une activité d’éditeur d’art. Georges-Joseph a notamment fait paraître entre 1919 et 1921 le catalogue en trois volumes des acquisitions du Louvre depuis 1914 (1). Lucien fut quant à lui directeur de la revue internationale Formes, de 1929 à sa mort en 1934.
Une autre facette de leur activité est illustrée par un jeu de photographies représentant des vues des salles du musée de Sculpture comparée à Paris dans les années 1920-1930, au palais du Trocadéro (actuel musée des Monuments français). En effet, il semble que Georges-Joseph Demotte ait parfois fait procéder au moulage des œuvres passées dans sa galerie. Certains de ces moulages ont par la suite été donnés au musée de Sculpture comparée, en 1924 (onze moulages), puis en 1934 (une trentaine de moulages), pour y être exposés. Un travail de reconnaissance de ces œuvres est en cours, avec la collaboration de Christine Lancestremère, conservateur au musée des Monuments français. D’autres moulages se trouvent encore de nos jours à la galerie Andrée Macé, héritière commerciale du fonds Demotte, et sont également en cours d’étude.



Les œuvres du département des Sculptures du musée du Louvre
Il a été procédé au dépouillement systématique des catalogues de musées possédant des collections de sculptures (le Louvre, mais aussi les musées anglais et les musées américains), complété par la consultation des sites Internet de ces institutions. Un début de dépouillement des catalogues de vente et des catalogues des grands collectionneurs a également été engagé. Toutes ces opérations ont amené à l’identification de nombreuses œuvres.
En 1905 et 1914, Georges-Joseph Demotte a vendu au Louvre, par l’intermédiaire des Amis du Louvre, une série de sculptures médiévales provenant de Notre-Dame-de-la- Couldre à Parthenay (R.F. 1607, R.F. 1608 a, R.F. 1609 a), qui ont subi de lourdes restaurations sans doute lorsqu’elles se trouvaient entre ses mains. Ces falsifications ont causé un énorme scandale en 1923 et jeté le discrédit sur l’ensemble des œuvres acquises auprès de l’antiquaire, et en particulier sur deux figures de lansquenets acquises par le département en 1909 (R.F. 1483 a et b). Un nouvel examen de ces sculptures permet d’y voir en réalité des œuvres authentiques bien que restaurées. L’étude de l’ensemble des plaques photographiques de l’antiquaire témoigne en général de la haute qualité et du grand intérêt des œuvres passées dans ses galeries. Ainsi, un grand Christ figurant parmi ses photographies a été identifié par Pierre-Yves Le Pogam comme celui de la collection Des Courrières, donné au Louvre en 1956 (R.F. 2768) et considéré depuis lors comme un pastiche. Un nouvel examen de cette oeuvre effectué par Dominique Faunières en 2007 a permis de le reconsidérer. Si la tête et les bras sont des ajouts modernes, le corps est une oeuvre authentique, de la fin du XIIe siècle, qui conserve encore une partie de sa polychromie originale.
Dans certains cas, il a été possible grâce aux photographies de compléter l’historique des œuvres. C’est le cas pour un ange portant un phylactère (R.F. 4434) pour lequel il existe deux photographies dans le fonds. Il a été acquis par le département des Sculptures en 1993. Une partie de son historique était alors connue, mais on perdait sa trace entre 1898 et 1938, moment où, comme en témoignent les photographies, il se trouvait chez l’antiquaire. Il en va de même pour une statuette de Vierge assise en pierre polychromée entrée en 1995 au musée, acquise dans le commerce d’art parisien et donnée par la Société des Amis du Louvre (R.F. 4511), qui est illustrée dans le fonds Demotte par une photographie. Elle a fait partie de plusieurs collections et c’est lors de la vente publique de la dernière d’entre elles, en 1907, que Demotte en a fait l’acquisition, comme l’attestent les annotations portées sur le catalogue de cette vente conservé au département. Grâce à l’étude des photographies, d’autres œuvres du département ont également retrouvé leur « identité Demotte ». Il s’agit en particulier d’une Vierge de Calvaire de la fin du XVe siècle, du sud-ouest de la France, acquise en 1943 (R.F. 2554), et d’un relief de la Charité, du sculpteur lorrain Jean Richier, donné en 2001 par la Société des Amis du Louvre (R.F. 4676).



Les œuvres d’autres musées
Plus largement, à ce jour, il a été possible de retrouver la localisation actuelle d’un tiers des sculptures reproduites dans le fonds dans de nombreuses collections publiques françaises et étrangères ou lors d’un passage en vente publique.
C’est le cas de cinq têtes qui ornaient la façade d’une maison de Metz, retirées de celle-ci en 1913 au moment où Demotte en fit l’acquisition. Quatre d’entre elles sont aujourd’hui exposées au musée de la Cour-d’Or à Metz, la cinquième depuis 1983 au Boston Museum of Fine Arts (inv. 1983.39). Une sixième tête, qui faisait partie du décor de la même maison, et qui représente un soldat barbu, était connue uniquement par une gravure ancienne. Elle est visible sur deux photographies appartenant à l’antiquaire. La localisation actuelle de cette oeuvre n’a cependant pas encore été déterminée.
Il semble d’ailleurs que Demotte, comme beaucoup de ses confrères d’alors, n’ait que rarement indiqué la provenance des œuvres à ses acheteurs potentiels. Parfois même, il a pu procéder à la dispersion d’ensembles. Ainsi, il a fait don, entre 1922 et 1923, de quatre reliefs romans italiens d’un même ensemble à quatre musées américains différents. Il s’agit des reliefs représentant sainte Daria (Glencairn Museum, Academy of the New Church, Bryn Athyn, inv. 09.SP.125), saint Prosper (Brooklyn, The Brooklyn Museum, inv. 23.25), saint Chrysanthe (The Detroit Institute of Arts, inv. 22.145) et l’ange Gabriel (Princeton University Art Museum, inv. y4).
Enfin l’étude des archives présentes au département permet de témoigner du passage chez Demotte d’oeuvres prestigieuses. C’est le cas de deux œuvres qui ont appartenu au prince Antoine d’Orléans, duc de Montpensier. Georges-Joseph a en effet pris soin de photographier l’attestation de vente, signée par le prince en 1920, par laquelle il cédait à l’antiquaire le très beau relief en marbre de la Vierge à l’Enfant de Benedetto da Maiano désormais au Metropolitan Museum of Art à New York (inv. 41.190.137) et la non moins célèbre Vierge en émail dite de la Bataille présentée désormais au musée de Burgos (inv. E00909).
La recherche se poursuit dans le but de proposer un outil aux institutions susceptibles de conserver des sculptures passées chez ces antiquaires. Il est également envisagé d’élargir ce projet à l’ensemble des oeuvres présentes dans leurs galeries. Ainsi, une première étude menée sur les ivoires médiévaux, présents en beaucoup moins grand nombre que les sculptures (environ cinquante ivoires pour deux mille sculptures), montre cependant une grande variété d’oeuvres de qualité qui sont conservées de nos jours dans de nombreux musées (Paris, musée de Cluny ; Paris, musée du Louvre ; Londres, Victoria and Albert Museum ; New York, Metropolitan Museum of Art, the Cloisters).
Enfin, à travers une critique d’authenticité des objets qui ont constitué le fonds de commerce de ces deux antiquaires, il est possible de s’interroger sur le goût des amateurs au début du XXe siècle et sur le développement de la connaissance de l’art médiéval à travers la réception de ces œuvres par les historiens d’art de l’époque.



1. Les Accroissements des musées nationaux : recueil annuel, publié par les soins de Rivière (H.), 3 vol., Paris et New York, Demotte, 1919-1921 ; vol. I-II : Le Musée du Louvre depuis 1914 : dons, legs et acquisitions, préface de Louis Barthou ; vol. III : Le Musée du Louvre en 1920 : dons, legs et acquisitions.

C. Vivet-Peclet



English version

A comprehensive inventory was compiled and an analysis made of the collection of the antique dealers Georges-Joseph and Lucien Demotte. It consists of a database that is shared with the Metropolitan Museum of Art in New York.
A study of the personalities of the two antique dealers was carried out, particularly via the systematic examination of written sources from the period, such as newspapers and archives. This study elucidated the various aspects of their activities.
At the same time, work carried out to better comprehend the works revealed the “Demotte identity” on numerous works, both in the Department of Sculptures and in other institutions.
There are plans to expand the project through diffusion on the Internet and by incorporating other areas of the antique dealers’ collection (decorative arts, Islamic art, paintings, etc.).
The works in this collection also provide an insight into the history of the taste of connoisseurs and the appreciation of the works by contemporary art historians.

(Voir Année 2010 : http://www.louvre.fr/le-fonds-photographique-des-antiquaires-georges-jos...)

Informations pratiques

Adresse et téléphone :
Musée du Louvre, 75058 Paris - France
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

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