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Accueil>Expositions & Actualités>Conférences et colloques>Le groupe des Niobides de la villa des Valerii à Ciampino (Rome)

par Alessandro Betori, Soprintendenza per i beni archeologici del Lazio

Pendant l’été 2012, une campagne de fouilles préventives supervisée par la Surintendance archéologique du Latium au lieu-dit « Les murs des Français », près de Ciampino (Rome), a permis de mettre au jour une partie du complexe thermal d’une somptueuse villa romaine.
La zone, située sur l’actuelle via dei Laghi, qui relie Rome aux lacs de Castelgandolfo et de Nemi, était comprise dans l’Antiquité entre les voies consulaires Appia et Latina, plus ou moins au niveau du neuvième mille, à la limite des territoires de Bovillae et Castrimoenium. Traversé par un réseau routier qui coupait les voies consulaires et par une antique voie parallèle de la via Latina connue sous le nom de via Castrimeniense, l’endroit était occupé par des villas d’otium, comme celle de Voconius Pollio, celle de Colle Oliva et celle de Tor Messer Paoli, attribuée à tort à la famille des Valerii Messallae. La découverte de tuyaux en plomb portant les noms de Valerius Messala et Caius Valerius Paulinus à l’emplacement des « Murs des Français » a en effet permis de déterminer où se trouvait précisément la villa des Valerii. Certaines traces plus anciennes montrent que la propriété était exploitée dès le IIe siècle avant J.-C. à des fins agricoles. Sa première phase d’habitation remonte en revanche à l’ère augustéenne, comme le démontrent l’utilisation de l’opus reticulatum et la datation de restes de mosaïque et de certains objets mis au jour. Les recherches, bien qu’encore inachevées, ont donné la preuve d’un usage continu des installations thermales jusqu’en pleine époque impériale.  
Non loin des thermes se trouvait une luxueuse natatio, détruite pour les travaux agricoles. Le bassin, dont le fond était pavé en opus spicatum, recouvert de mortier et de plaques de marbre, était bordé des parois enduites de couleur bleue. On pénétrait dans le bassin par un escalier. Un remarquable ensemble de sculptures ornait la natatio. Disposées le long des murs et sur un socle central, celles-ci illustraient le mythe de Niobé et de ses enfants, un thème en parfait accord avec le motif de l’écoulement des eaux. Les statues, en marbre grec, trouvées dans le bassin et miraculeusement épargnées par les spoliations et destructions successives liées aux travaux agricoles, permettent de mieux comprendre l’articulation du célèbre groupe sculpté dédié au même thème, qui a été trouvé à la fin du XVIe siècle près de la Porta San Giovanni à Rome et aujourd’hui conservé à Florence. Cette découverte a également permis d’apporter des précisions utiles sur les étapes de la diffusion de ce motif iconographique. En effet, la datation du groupe est à situer dans les décennies à cheval entre le Ier siècle avant J.-C. et le Ier siècle après J.-C., soit sous le règne d’Auguste (27 avant J.-C – 14 après J.-C.), années durant lesquelles le motif de l’orgueil châtié, fondamental dans le mythe des Niobides, semble tout particulièrement propre à exprimer l’adhésion des classes dominantes au principat. Le rapprochement entre les statues retrouvées aux « Murs des Français » et la figure de Marcus Valerius Messalla Corvinus, contemporain et proche d’Auguste, consul à ses côtés en 31 avant J.-C. et mécène des poètes Tibulle et Ovide, est particulièrement éloquent. La présence dans les Métamorphoses d'Ovide d’une célèbre description de la punition de Niobé peut en effet à bon droit laisser penser que le poète eut le loisir de voir l’épisode représenté dans la villa suburbaine de son protecteur.

Alessandro Betori a étudié à l’Università degli Studi di Roma Tor Vergata, où il a été l’élève d’Antonio Giuliano, et poursuivi ses études à la Scuola di Specializzazione della Sapienza auprès de Patrizio Pensabene. Il a également suivi l'enseignement du Pontificio Istituto di Archeologia Cristiana de Rome.
Depuis 1999, il travaille au sein du Ministero per i Beni e le Attività Culturali e il Turismo et a fait partie, entre 2000 et 2003, de la Soprintendenza Archeologica del Piemonte. Il est aujourd’hui archéologue en chef à la Soprintendenza per i Beni Archeologici del Lazio à Rome. Il a sous sa responsabilité la sauvegarde de vastes zones du Latium, dont la Sabine Tibérine (territoires de Cures et du Forum Novum), dans la province de Rieti, Ciampino, à la limite des faubourgs de Rome, Segni, les monts Lépins et la haute vallée du fleuve Sacco, Frosinone, Cassino et, dans la province de Frosinone, Fabrateria Nova (San Giovanni Incarico).
Ses domaines de recherche embrassent l’art antique et la topographie, l’épigraphie et la mosaïque. Il est membre de diverses sociétés d’études archéologiques en Italie et à l’étranger et est l’auteur de nombreux articles dans des revues et de plusieurs contributions dans les actes de colloques internationaux.

Cycle(s) : Actualité de la recherche archéologique, 2013-2014

Informations pratiques

Lieu
Auditorium du Louvre

Accès
Métro : Palais-Royal / Musée du Louvre.
Entrée par la pyramide, le passage Richelieu ou les galeries du Carrousel.
Parking du Carrousel ouvert de 7h à 23h.
 
Entrée libre dans la mesure des places disponibles

Programme

Conférences de l’Actualité de la recherche archéologique

20 conférences en entrée libre : programme feuilletable en ligne

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