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Les nouvelles salles d'art grec classique et hellénistique du musée du Louvre : rendre visibles les recherches sur les collections

Le 7 juillet 2010, après d’importants travaux de réaménagement, le musée du Louvre a ouvert au public les nouvelles salles consacrées à l’art grec classique et hellénistique (450-30 avant J.-C.). Ces travaux ont été rendus possibles grâce à la générosité du groupe japonais Nippon Television Network. Abrité dans l’angle sud-ouest de la cour Carrée, cet ensemble de dix salles (1 163 m² appartenant aux anciens appartements royaux) précède la célèbre salle des Cariatides, clôturant ainsi le parcours chronologique dédié à l’art grec antique au musée du Louvre. Ce redéploiement, commencé en 1997 par l’ouverture, à l’entresol, de la galerie de la Grèce préclassique, a permis, selon un programme scientifique imaginé dès 1998 par l’ensemble de l’équipe de conservation, de mieux rendre compte des progrès de la recherche menée sur les collections depuis la précédente présentation, qui remontait aux années 1980 : réévaluation chronologique des périodes classique et hellénistique, redécouverte du contexte archéologique des objets issus des fouilles du XIXe siècle, étude de l’histoire des salles du palais. Ce projet a également bénéficié des résultats d’une exposition itinérante organisée en Asie en 2006-2008 durant la fermeture des salles (Japon, Chine, Singapour, Macao), « La Grèce classique au Louvre. Chefs-d’oeuvre des Ve et IVe siècles avant J.-C. », qui a permis de tester les principes de classement mis en oeuvre pour les salles permanentes du musée.

Deux parcours qui redéfinissent les frontières chronologiques de l’art grec classique et hellénistique

Le projet, inauguré en 2010, avait pour ambition de créer un parcours cohérent, en introduisant, comme pour les salles de l’entresol, les techniques et les matériaux les plus divers afin de mieux montrer tous les aspects matériels de la civilisation grecque. La précédente présentation, strictement chronologique, avait montré les limites d’un tel classement, par ailleurs presque exclusivement limité alors à la sculpture en marbre. Or, pour les périodes couvrant l’art classique et hellénistique, les collections du Louvre sont certes assez riches, mais dans des domaines ou pour des séries isolés. Pour la sculpture, si l’on met à part les fragments du décor du Parthénon présentés dans la salle dite de Diane, on soulignera l’importance des statues et des stèles funéraires attiques du IVe siècle avant J.-C., de l’ensemble des portraits des souverains lagides et des stèles funéraires d’Asie Mineure ou de Grèce du Nord, dont la chronologie s’étend du IVe au Ier siècle avant J.-C. La Vénus de Milo reste une oeuvre isolée et tardive, tout comme le Gladiateur Borghèse, sculpture « grecque » sans doute commandée pour une clientèle romaine et très vite retirée de ce parcours après sa spectaculaire restauration, rendue possible grâce à la générosité de Marc Ladreit de Lacharrière. Quant à la Victoire de Samothrace, elle est elle aussi isolée, trônant au sommet du monumental escalier qui lui sert de présentoir. À l’étage, d’autres ensembles ne s’accordaient guère avec la chronologie définie au rez-de-chaussée pour la sculpture : les miroirs à boîte en bronze du IVe siècle, les nombreuses figurines de terre cuite de Tanagra, Myrina ou Smyrne ou l’imposante collection de vases attiques des Ve et IVe siècles ne pouvaient guère trouver toute leur place aux côtés des sculptures. À cette difficulté inhérente aux collections du Louvre s’ajoutait l’épineuse question, bien connue des spécialistes, de la datation des œuvres des IIIe-IIe siècles avant J.-C., période pour laquelle les repères chronologiques manquent et que le phénomène de la citation et des styles rétrospectifs rend particulièrement complexe. Dans le même temps, les découvertes archéologiques faites en Grèce du Nord – l’incroyable mise au jour de la nécropole royale de Vergina en 1978 par Manólis Ándronikos – modifiaient définitivement la périodisation de l’art grec classique et hellénistique, beaucoup trop marquée jusque-là par une vision athénocentriste fondée sur les sources littéraires. La commande royale, la diffusion du luxe, l’exaltation de l’individu, tous ces traits que l’on considérait comme caractéristiques de l’époque hellénistique, arbitrairement rattachée à l’avènement ou à la mort d’Alexandre le Grand (respectivement 336 et 333 avant J.-C.), sont des phénomènes bien antérieurs remontant au moins au règne de son père Philippe (359-336 avant J.-C.). La datation du palais royal de Palatitza, dont le Louvre possède des fragments, a par exemple été largement remontée. Les distinctions entre les différentes périodes paraissent donc de plus en plus artificielles : l’éphémère classicisme du Ve siècle semble se limiter au seul chantier du Parthénon (447-432 avant J.-C.) ; le mal défini « second classicisme » ne vaudrait que pour la Grèce des cités et la longue période hellénistique qui débuterait pour certaines régions dès le milieu du IVe siècle avant J.-C. ne semble guère s’interrompre brutalement avec la conquête romaine. Ces frontières mouvantes expliquent que nous ayons choisi d’isoler le Parthénon et de présenter ensemble les périodes « classique » et « hellénistique » de l’art grec selon un parcours géographique et thématique correspondant mieux à la nature des collections du Louvre : parcours géographique au nord et « mythologique » au sud, autour des répliques des sculptures grecques classiques disparues.

Présenter autrement les « copies » de la sculpture grecque disparue

C’est que, dans le même temps, les progrès de la recherche dans le domaine de la « critique des copies » aboutissaient à une réévaluation complète de la sculpture d’époque impériale, obligeant également à revoir les frontières entre l’art grec, longtemps privilégié au Louvre, et l’art romain. Plusieurs œuvres, créations d’artistes grecs travaillant à Rome, furent déplacées dans les salles romaines (le Vase dit de Sosibios par exemple), tandis que d’autres, qui passaient pour des originaux, sont interprétées comme des pastiches romains (l’Apollon du type de Mantoue) ou des répliques (la célèbre Suppliante Barberini, notamment à la suite de la découverte dans les réserves du musée de l’Acropole de fragments de l’oeuvre originale). L’importance du contexte archéologique a également fait réserver certaines œuvres pour un parcours romain en préparation. C’est le cas par exemple de plusieurs statues découvertes dans les palais impériaux du Palatin (le Satyre au repos d’après Praxitèle) ou à la Villa Hadriana de Tivoli (le Pâris Lansdowne). On notera enfin qu’un courant récent de la recherche a exploré l’histoire de la restauration de ces statues à l’époque moderne ainsi que leur réception. Ces œuvres composites sont donc désormais exposées dans la salle du Manège, inaugurée en 2004, qui rassemble les antiques des collections françaises (Richelieu, Mazarin, Louis XIV) et italiennes (Borghèse et Albani) des XVIIe et XVIIIe siècles. Il en résulte que l’on ne peut plus, comme autrefois, présenter les copies romaines des sculptures grecques au sein d’un parcours strictement chronologique. Nous avons donc fait le choix d’une sélection limitée de statues selon un parcours thématique consacré à la mythologie grecque. L’insertion dans cette galerie sud de la Vénus de Milo, qui a gagné la plus grande salle du secteur, 210 m² au rez-de-chaussée du pavillon du Roi, salle qu’elle occupa de 1824 à 1848, est donc un signe scientifique fortement révélateur de ce changement de perspective : réplique d’un original connu par d’autres œuvres (la célèbre Vénus de Capoue notamment) et pourtant création « originale » des ateliers grecs qui travaillaient dans le goût rétrospectif de la fin de l’époque hellénistique, la Vénus de Milo a peut-être enfin trouvé sa place au sein des collections du Louvre, dans une salle qui fait l’articulation entre les deux parcours géographique et thématique.
Ce parcours mythologique au sud (salles 13-15) intègre donc la salle de la Vénus de Milo (salle 16) et se prolonge dans la salle des Cariatides remaniée (salle 17). Une salle d’introduction dominée par la Pallas de Velletri est consacrée au phénomène de la réplique. Dans les deux vastes salles suivantes (salles 14-15), les dieux et héros de la mythologie sont rassemblés et permettent d’évoquer plusieurs thèmes : le culte d’Athéna, particulièrement représenté par une production issue majoritairement des ateliers athéniens ; l’énigme du nu masculin dans la sculpture grecque, avec les nus athlétiques et des représentations des dieux Apollon, Arès et Hermès ; l’étude des drapés féminins, admirablement suggérée par la réunion des Aphrodite de la fin du Ve siècle. La salle immédiatement située avant celle de la Vénus de Milo prolonge ce parcours thématique en évoquant les carrières de Praxitèle et de Lysippe, ce qui permet d’évoquer les rares représentations d’Éros et celles plus abondantes d’Héraclès. On ne s’est pas interdit, pour ces salles regroupant majoritairement des statues de marbre, d’introduire des répliques miniatures exécutées dans d’autres matériaux pour rappeler que ce phénomène de la citation n’était pas limité à l’artisanat du marbre (la Vénus Génitrix en terre cuite ou le Mercure polyclétéen des collections de Louis XIV par exemple).

Recontextualiser les objets issus des fouilles archéologiques du XIXe siècle

Le parcours thématique présenté dans les six salles au nord (salles 7-12) propose un véritable voyage dans le monde grec, de l’époque du Parthénon à la conquête de la Grèce par Rome. Ce programme est le fruit du long travail mené depuis des années par la conservation du département pour publier les collections méconnues du Louvre et, à cette occasion, étudier le contexte de découverte archéologique des objets. C’est là l’un des axes principaux de la politique de recherche du département. On rappellera ici trois expositions qui se sont tenues au Louvre et qui sont autant d’étapes marquantes pour cette recherche fondamentale : « Tanagra. Mythe et archéologie », présentée en 2003 par Violaine Jeammet, « La Lettre et l’argile. Autour d’une semaine de fouilles à Myrina », par Néguine Mathieux en 2007, « D’Izmir à Smyrne », organisée en 2009 par Isabelle Hasselin, Ludovic Laugier et Jean-Luc Martinez. C’est dans ce programme de recherche que s’inscrit le projet d’exposition que prépare Sophie Descamps à l’automne 2011, autour d’Alexandre le Grand et la Macédoine antique. Plusieurs catalogues récents témoignent également des progrès de cette recherche. On citera (voir ci-dessous la bibliographie) les études fondamentales de Marianne Hamiaux, qui ont permis de réévaluer la collection des sculptures hellénistiques et particulièrement les stèles, ou la publication par Agnès Rouveret des rares peintures grecques, véritable redécouverte de l’une des richesses du musée, enfin montrée au public.
Chaque salle rassemble les témoignages d’une région du monde grec, en mêlant les matériaux et les techniques (vases, bijoux, sculptures, éléments d’architecture, et même la numismatique grâce au dépôt de quarante-sept monnaies aimablement consenti par le cabinet des Monnaies, Médailles et Antiques de la Bibliothèque nationale de France). Le visiteur y découvre l’art à Athènes et en Grèce centrale, dans les cités grecques d’Italie du Sud, en Macédoine et en Grèce du Nord, en Asie Mineure et dans tout le Proche-Orient de langue grecque, en Égypte et en Cyrénaïque (Libye). C’est une mise en valeur remarquable de la collection, qui a bénéficié d’un long et patient travail de mise en contexte des objets par l’équipe scientifique de la conservation. On en citera quelques exemples : les fragments d’architecture du palais royal de Vergina ou des tombes macédoniennes, autrefois perdus dans la cour du Sphinx, ont rejoint les peintures hellénistiques sur pierre de Volos (Thessalie) et le matériel découvert par Léon Heuzet replaçant l’exceptionnelle collection du Louvre consacrée à la Grèce du Nord au centre de ce parcours. On a pu également évoquer la riche cité de Canosa (Italie du Sud) en réunissant du matériel autrefois dispersé à l’étage (skyphos en verre, diadème en or ou les grandes Pleureuses de Canosa) ou encore Alexandrie et la Libye hellénistique.
Le parcours chronologique consacré à l’art grec antique au musée du Louvre est aujourd’hui achevé : il commence à l’entresol par la galerie de la Grèce préclassique et se poursuit par deux salles consacrées à deux monuments d’exception, le temple d’Olympie et le Parthénon d’Athènes, qui font l’articulation avec le nouveau projet des galeries d’art grec classique et hellénistique.

J.-L. Martinez

Bibliographie

Sur les salles du département
Martinez (J.-L.), « Les salles d’art grec classique et hellénistique du musée du Louvre », La Revue des musées de France. Revue du Louvre, 2011-1, p. 32-42.
Pasquier (A.) et alii, « Le département des Antiquités grecques, étrusques et romaines : agrandissement et nouvelles présentations », La Revue des musées de France. Revue du Louvre, 1997-5, p. 29-38.

Sur les collections présentées dans ces salles
Arveiller (V.) et Nenna (M.-D.), Les Verres antiques, t. 1, Paris, RMN, 2000.
Arveiller (V.) et Nenna (M.-D.), Les Verres antiques du musée du Louvre, t. 2 et 3, Paris, Musée du Louvre et Somogy, 2005 et 2011.
Hamiaux (M.), Les Sculptures grecques. II. La période hellénistique, Paris, RMN, 1998.
Martinez (J.-L.), La Grèce au Louvre, Paris, Musée du Louvre éditions et Somogy, 2010.
Pasquier (A.) et Martinez (J.-L.), Cent chefs-d’oeuvre de la sculpture grecque du Louvre, Paris, Musée du Louvre éditions et Somogy, 2007.
Rouveret (A.), Peintures grecques antiques. La collection hellénistique du musée du Louvre, Paris, Musée du Louvre éditions et Somogy, 2004.



English version

On 7 July 2010, after major reorganisation work, the Louvre opened new exhibition rooms devoted to Classical Greek and Hellenistic art (450–30 bc). This work was made possible by the generosity of the Japanese group Nippon Television Network. Located in the south-western corner of the Cour Carrée, this ensemble of ten rooms (1,163 sq.m belonging to the former royal apartments) precedes the famous Salle des Cariatides, thereby completing the chronological order of the area devoted to classical Greek art. This reorganisation, which began in 1997 with the opening of the preclassical Greek art section in the entresol, has facilitated—in accordance with a scientific programme that was formulated in 1998 by the entire conservation team—a better understanding of the progress made in the research on the collections since the last presentation in the 1980s. The chronological limits defining the Classical and Hellenistic periods have been re-evaluated, thanks to recent research; and more knowledge has been gained about the archaeological context of the objects found in nineteenth-century excavations, thanks to ongoing research in the Department, which has been highlighted in several recent exhibitions and catalogues.

Informations pratiques

Adresse et téléphone :
Musée du Louvre, 75058 Paris - France
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

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