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Lectures et spectacle vivant

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Lectures
lundi 07 novembre 2005

à 20h30
Surveiller et Punir - Michel Foucault et la prison

par Hugues Quester
Le Louvre invite Robert Badinter - Regards sur la prison

Lorsque Surveiller et punir : naissance de la prison parait en 1975, Michel Foucault s’est engagé depuis plusieurs années dans une action militante, marquée notamment par la création avec Jean-Marie Domenach et Pierre Vidal-Naquet du GIP (groupe d’information sur les prisons), dont le manifeste explique :
« Peu d’informations se publient sur les prisons ; c’est l’une des régions cachées de notre système social, l’une des cases noires de notre vie. Nous avons le droit de savoir, nous voulons savoir. C’est pourquoi, avec des magistrats, des avocats, des journalistes, des médecins, des psychologues, nous avons formé un Groupe d’information sur les prisons.
Nous nous proposons de faire savoir ce qu’est la prison : qui y va, comment et pourquoi on y va, ce qui s’y passe, ce qu’est la vie des prisonniers et celle, également, du personnel de surveillance, ce que sont les bâtiments, la nourriture, l’hygiène, comment fonctionne le règlement intérieur, le contrôle médical, les ateliers ; comment on en sort et ce que c’est, dans notre société, d’être l’un de ceux qui en sont sortis. »

 Une relation ambiguë s’établit entre l’engagement militant de l’homme et le travail du théoricien, qui ne cache pas, lors d’un entretien avec G. Amleder en 1971, une volonté de rupture, difficile toutefois à établir,  avec une certaine vision du travail intellectuel :
« J’ai constaté que la plupart des théoriciens qui cherchent à sortir de la métaphysique, de la littérature,  de l’idéalisme ou de la société bourgeoise n’en sortent point, et que rien n’est plus métaphysique, littéraire, idéaliste ou bourgeois que la manière dont ils essaient de se libérer des théories.
Moi-même autrefois, je me suis penché sur des sujets aussi abstraits et loin de nous que l’histoire des sciences. Aujourd’hui, je voudrais en sortir réellement. En raison de circonstances et d’événements particuliers, mon intérêt s’est déplacé sur le problème des prisons, et cette nouvelle préoccupation s’est offerte à moi comme une véritable issue au regard de la lassitude que j’éprouvais face à la chose littéraire. Cependant, je retrouve là une continuité que j’aurais aimé rompre ».

 Un an plus tard, Michel Foucault, encore prudent face à toute volonté de rapprochement entre son engagement et sa réflexion, reconnaît : « J’aimerais bien que l’on n’établisse aucun rapport entre mon travail théorique et mon travail au GIP. J’y tiens beaucoup. Mais il y a probablement un rapport. » . Un rapport qu’il définira de nombreuses années plus tard, en 1984 : « J’ai toujours tenu à ce qu’il se passe en moi et pour moi une sorte d’aller et venue, d’interférence, d’interconnexion entre des activités pratiques et le travail historique que je faisais.
Il me semblait que j’étais d’autant plus libre de remonter haut et loin dans l’histoire que d’un autre côté je lestais les questions que je posais d’un rapport immédiat et contemporain à la pratique » .

 Il laisse ainsi entrevoir une méthode originale de réflexion, permettant de mieux appréhender la nature de Surveiller et Punir qui, bien plus qu’une simple histoire de l’institution carcérale, propose une perspective novatrice d’analyse du châtiment en termes de fonction sociale complexe. Michel Foucault ouvre ainsi la voie à une redéfinition de la notion même de pouvoir et d’exercice du pouvoir, dont Gilles Deleuze souligne la portée dans son  Post-scriptum sur les sociétés de contrôle.
Une lecture d’extraits de textes permettra de rendre hommage à cet itinéraire particulier, non pas à une « œuvre » que Michel Foucault a toujours nié avoir constituée, proclamant notamment « je ne conçois pas du tout ce que je fais comme une œuvre, et je suis choqué qu’on puisse s’appeler un écrivain », mais au penseur ancré dans le réel qui affirmait : « Je suis un marchand d’instruments, un faiseur de recettes, un indicateur d’objectifs, un cartographe, un releveur de plan, un armurier… »

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