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Sculptures : Pays de l'Europe du Nord

Gregor Erhart
Sainte Marie-Madeleine
1510
© Musée du Louvre/P. Philibert
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Détails
Cartel
Gregor Erhart
Sainte Marie-Madeleine
1510
l'église des Dominicains d'Augsbourg ?
Tilleul, polychromie originale, terrasse et partie avant des pieds restituées au XIXe siècle
H. : 1,77 m. ; L. : 0,44 m. ; Pr. : 0,43 m.
Ancienne collection Siegfried Lämmle (Munich) ; acquisition par le Louvre en 1902
R.F. 1338
Sculptures
Plan interactif
Auteur(s)
Guillot de Suduiraut Sophie
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Sainte Marie-Madeleine

Cette singulière figure nue représente sainte Marie-Madeleine en ascète mystique. Selon la légende, la pécheresse repentie vivait retirée dans la grotte de la Sainte-Baume, vêtue de ses seuls cheveux. Elle était chaque jour enlevée au ciel par des anges pour entendre les choeurs célestes. La statue, passée dans le commerce d'art allemand au XIXe siècle, fut acquise par le musée du Louvre en 1902.
Notice

Une sculpture visible de tous côtés


La sainte était à l'origine soutenue par des anges sculptés. Maintenue dans une structure ovale métallique, la statue en tilleul était suspendue à la voûte d'une église, peut-être l'église Sainte-Marie-Madeleine du couvent des dominicains d'Augsbourg, reconstruite de 1513 à 1515. La sculpture était visible de tous côtés, puisque son dos est aussi soigneusement sculpté et polychromé que sa face. Par la suite, elle a été déposée et les anges ont été supprimés.

Entre Gothique et Renaissance


La Sainte Marie-Madeleine est attribuée à Gregor Erhart par comparaison avec La Vierge de miséricorde de Kaisheim réalisée par le sculpteur en 1502-1503 (Berlin, Staatliche Museen, détruite en 1945). Formé à Ulm, en Souabe, auprès de son père Michel Erhart (cité à Ulm de 1469 à 1522), Gregor s'installe en 1494 à Augsbourg où il devient un maître renommé. Le style ample et raffiné de La Sainte Marie-Madeleine, sa grâce paisible et sa physionomie douce s'inscrivent bien dans la tradition souabe gothique tardive. Mais l'attitude hanchée, qui évoque un contrapposto classique, les proportions harmonieuses et la plénitude du corps féminin dénudé révèlent aussi la connaissance des oeuvres de Dürer et une recherche de beauté formelle spécifique de la Renaissance. Le génie de Gregor Erhart est de transcrire de manière inédite en sculpture l'image traditionnelle de la sainte portée au ciel par les anges. Loin du canon gothique, menu et irréel, il dévoile des formes féminines épanouies, à peine dissimulées par la souple chevelure dorée qui coule sur le buste et se déploie dans le dos. Le modelé du corps, des légers creux des muscles tendus, des sillons à peine perceptibles sur les parties charnues, est d'une grande sensibilité. La beauté du visage, aux traits fermes et réguliers ciselés dans le tilleul avec une extrême subtilité, est soulignée par la polychromie originale, pâle et très raffinée conformément à la tradition gothique.

Sensuelle mais idéalisée


La présence charnelle de cette statue grandeur nature devait s'imposer fortement dans l'église. Mais l'image sensuelle et quasi profane qu'elle offre aujourd'hui, dépourvue de ses anges sculptés, doit être nuancée. La pose alanguie et l'expression recueillie veulent traduire l'extase mystique de la pénitente ; sa merveilleuse beauté et l'éclat de ses cheveux dorés, veulent évoquer le rayonnement de sa sainteté. La conception de ce nu féminin s'accorde ainsi au contenu spirituel de l'image religieuse, idéalisée selon la tradition médiévale. Gregor Erhart livre ici son chef-d'oeuvre, magistrale création de l'humanisme nordique du Moyen Age finissant, au seuil de la Renaissance.

Documentation
- GUILLOT DE SUDUIRAUT S., Sculptures allemandes de la fin du Moyen Age, dans les collections publiques françaises 1400-1530, catalogue d'exposition, musée du Louvre, Paris, 1991, cat. 56, pp.203-208.

- GUILLOT DE SUDUIRAUT S.,  Gregor Erhart, Sainte Marie-Madeleine, Collection Solo, Paris, 1997, n 6.

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