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Jean-Honoré FRAGONARD (Grasse, 1732 - Paris, 1806) Le Verrou Vers 1777 © R.M.N./D. Arnaudet
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Jean-Honoré FRAGONARD (Grasse, 1732 - Paris, 1806) Le Verrou Vers 1777 Peint pour le marquis de Véri Huile sur toile H. : 0,74 m. ; L. : 0,94 m. Acquis en 1974 (achat) R.F. 1974-2 Peintures
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Plan interactif |
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| Séverine Laborie |
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Le Verrou |
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En pendant à L'Adoration des bergers, l'artiste, "par un contraste bizarre" fit un tableau "libre et plein de passion" (Lenoir, 1816). Sont ainsi opposés l'Amour sacré et l'Amour profane. Avec son faire porcelainé, l'oeuvre illustre l'évolution du peintre après son second voyage d'Italie achevé en 1774.
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Le Verrou et son pendant, L'Adoration des bergers
La composition du Verrou apparut pour la première fois dans un dessin de Fragonard passé en vente en 1777 et fut popularisée par la gravure réalisée en 1784 par Blot. Le tableau acquis par le Louvre en 1974, se situe donc entre ces deux dates. Fragonard l’exécuta pour le marquis de Véri, qui souhaitait un pendant à L’Adoration des bergers (RF 1988-11), mais les deux oeuvres furent séparées dès la vente après décès (1785) et ce jusqu’en 1988, date à laquelle L’Adoration fut offerte au musée du Louvre. Les deux tableaux n’ont de commun que leur format et leur gamme colorée, mais l’étrange contraste qu’ils produisent ne se résume pas à une fantaisie de peintre ...
Un sens caché ?
A première vue, Le Verrou représente une scène galante comme Fragonard en a tant peint : une femme qui résiste faiblement aux ardeurs amoureuses de son amant. Mais à y regarder de plus près, certains détails intriguent. En effet, si l’homme verrouille la porte, pourquoi la chambre est-elle déjà dans un désordre « qui indique le reste du sujet » ? Dans ce contexte, certains objets dévoilent leur symbolique érotique : la chaise renversée (jambes en l’air), le vase et les roses (deux allusions au sexe féminin), le verrou (référence au sexe masculin), et surtout le lit, qui occupe toute la moitié gauche de la composition. Ses formes anthropomorphiques en font l’acteur principal de la scène, et son désordre apparent donne corps à la pulsion sexuelle des personnages. Ensuite, les interprétations divergent. Pour D. Arasse, Le Verrou et L’Adoration sont complémentaires en tant qu’illustration de la force de l’amour et du désir, dans leurs dimensions humaine, spirituelle et physique. Pour J. Thuillier en revanche, les deux tableaux opposent l’amour profane et l’amour sacré, la Faute et la Rédemption : Le Verrou symbolise la tentation d’Eve (la pomme posée sur la table prend alors tout son sens) qui, dans la tradition chrétienne est associée parfois à la Nativité.
Le signe d'une évolution stylistique
Simple scène de genre, dans l’esprit grivois de l’époque Louis XVI, ou tableau d’histoire moralisant ? Le Verrou bouleverse, intentionnellement, la hiérarchie des genres. Quelque soit le sens qu’on lui prête, le tableau est en rupture avec la production antérieure de Fragonard. Il le peint après 1774 et un second séjour en Italie qui revivifie son inspiration. Après l’échec d’une commande prestigieuse que lui avait refusé la comtesse du Barry, Fragonard souhaite démontrer sa capacité d’adaptation face aux évolutions du goût et à la percée du style néoclassique de Vien (voir Inv 8431) et de Pierre. Dans une composition épurée, il réinterprète l’art hollandais, en particulier celui de Rembrandt, en adoptant une facture plus lisse, faïencée, une palette restreinte, des formes adoucies par l’utilisation du sfumato mais modelées par un puissant clair-obscur, qui confèrent à ses œuvres tardives une gravité et une poésie nouvelles.
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- Fragonard, catalogue d'exposition Paris, Grand Palais, 24 septembre 1987-4 janvier 1988 ; New York, Metropolitan Museum of Art, 2 fevrier-8 mai 1988, cat. et comm. P. Rosenberg et M.-A. Dupuy, Paris, Editions de la Réunion des musées nationaux, 1987.
- THUILLIER J., « Tableaux de Fragonard et meubles de Cressent », in Le Petit Journal des grandes expositions, nouvelle série, n° 10, 1974.
- CUZIN J.-P., Jean-Honoré Fragonard, vie et œuvre, Fribourg, 1987.
- FRANCK J., « Le Verrou dans l’œuvre de Fragonard », in L’Estampille, n° 227, juillet-août 1989, pp. 68-82.
- Arasse D., Le Détail : pour une histoire rapprochée de la peinture, Paris, Flammarion, 1992.
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