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Peintures : Peinture française

Nicolas POUSSIN
L'Enlèvement des Sabines
vers 1637-1638
© R.M.N./P. Bernard
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Cartel
Nicolas POUSSIN
L'Enlèvement des Sabines
vers 1637-1638
Huile sur toile
H. : 1,59 m. ; L. : 2.06 m.
Collection de Louis XIV (acquis en 1685)
Inv. 7290
Peintures
Plan interactif
Auteur(s)
Guillaume Kazerouni
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L'Enlèvement des Sabines

Peint pour le cardinal Luigi Omodei. Le sujet, tiré de Plutarque ( Vie de Romulus ), illustre le moment où les Romains s'emparèrent des Sabines, afin de les prendre pour épouses. Poussin a peint une première version de cette composition vers 1635 (New York, Metropolitan Museum of Art).

Notice

Le tableau et son double


Selon l'Italien Bellori, auquel on doit une biographie de Poussin, le tableau aurait été peint pour le cardinal Aluigi Omodei. Ce dernier le conserve jusqu'à sa mort en 1685, où ses héritiers vendent le tableau à Louis XIV. Le roi est en effet soucieux de constituer une collection d'oeuvres du peintre qui, malgré son absence de la scène parisienne (Poussin demeura toute sa vie en Italie excepté un séjour entre 1640 et 1642 à Paris), sert de modèle aux peintres de l'Académie. Poussin avait déjà réalisé une composition sur ce thème en 1633-1634 pour le maréchal de Créqui, alors en ambassade à Rome. Cette première version est conservée au Metropolitan Museum de New York. Le cas n'est pas unique et on retrouve souvent à plusieurs années d'intervalle les mêmes sujets dans l'oeuvre de Poussin. Cela permet souvent de mesurer sa capacité à renouveler ses compositions, l'exemple le plus célèbre étant celui des Sacrements dont il composa deux séries de sept tableaux.

Des femmes pour la grandeur de Rome


Le tableau représente l'un des épisodes fondateurs et mythiques de la Rome antique. La ville vient d'être fondée par Romulus. Désireux d'assurer leur descendence pour la prospérité de leur jeune patrie, mais manquant de femmes, les Romains projettent un enlèvement collectif. Ils invitent à dessein les Sabins à une fête lors de laquelle ils s'emparent des femmes et mettent en fuite les hommes. Trois ans plus tard, les Sabins attaquent Rome pour se venger. Le conflit est évité par les femmes qui s'interposent entre leurs frères et leur mari. La paix fut ainsi conclue entre les deux peuples. C'est la scène d'enlèvement que choisit d'illustrer Poussin. Romulus se tient à gauche et domine les événements. Sa pose dérive directement de la statuaire impériale antique. Le peintre met, pour la partie centrale, l'accent sur la panique et sur la confrontation entre les hommes et les femmes. Le tout est placé devant un fond d'architecture en perspective, qui donne son point de fuite à l'oeuvre. On notera en outre que l'ensemble des personnages est organisé selon deux diagonales qui partent des extrémités du tableau pour se rejoindre dans la percée du paysage. L'aspect dynamique du tableau se trouve ainsi renforcé.

Corps entremêlés


Le thème de l'enlèvement connaît un vif succès depuis le XVIe siècle. Il permet de fusionner un corps féminin et un corps masculin, comme dans la sculpture, mais aussi de présenter des expressions diverses et, en peinture surtout, les effets de foule et de panique. C'est ainsi un thème riche en possibilités plastiques pour les artistes. Parmi les épisodes relatant des enlèvements, les plus fréquents, sans compter celui des Sabines, sont ceux d'Hélène par Pâris, d'Europe par Zeus, de Déjanire par le centaure Nessus et de Proserpine par Pluton, dont Bernin avait donné une illustration en sculpture. Poussin s'en est probablement inspiré dans le groupe du premier plan à gauche.