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Myrina, cité de l’Éolide : programme de recherche pluridisciplinaire francoturc sur la ville et son territoire. Bilan des recherches conduites en 2010

Jean-Luc Martinez et Stéphane Verger

La cité de Myrina, en Éolide, est à la fois fameuse et mal connue. Fameuse par l’abondante série de statuettes en terre cuite d’époques hellénistique et romaine, aujourd’hui conservée au musée du Louvre et au Musée archéologique d’Istanbul, qui a été mise au jour dans la nécropole lors des fouilles menées par l’École française d’Athènes, sous la direction d’Edmond Pottier et de Salomon Reinach, de 1880 à 1883. Mal connue, parce que l’exploration du site, qui s’est limitée à celle d’une partie de la nécropole, n’a livré que des informations très fragmentaires sur la ville elle-même et sur son territoire.
L’étude de Myrina que promeut aujourd’hui le département des Antiquités grecques, étrusques et romaines du musée du Louvre présente ainsi deux aspects complémentaires : d’une part, un travail systématique de remise en contexte des collections issues des fouilles de la nécropole, à partir de l’exploitation de tous les fonds d’archives disponibles, dans le cadre d’un partenariat entre le Louvre et le Musée archéologique d’Istanbul ; d’autre part, un programme de recherche universitaire interdisciplinaire franco-turc pour l’exploration topographique de la ville et de son territoire. Ce second volet, qui nécessite une forte implication sur le terrain, est mené conjointement par l’École pratique des hautes études (EA 4115 – Histara) et le département de géophysique de l’université du 9-Septembre d’Izmir, en partenariat avec le département d’archéologie de l’université Ege d’Izmir, le Centre de recherche et d’enseignement des géosciences de l’environnement (Cerege) d’Aix-en-Provence, l’Institut français d’études anatoliennes d’Istanbul et le laboratoire d’archéologie de l’École normale supérieure (UMR 8546).
Ce programme prévoit dans sa première phase quatre types d’investigation : une prospection pédestre classique dans la basse vallée du Güzelhisar çayı, qui constituait l’essentiel du territoire de la cité antique ; une couverture complète de la ville et de ses environs immédiats par prospection électrique, complétée par des prospections magnétiques et géo-radar ciblées ; une étude géomorphologique de toute l’embouchure du fleuve, en vue de restituer la dynamique de sédimentation de la plaine qui entoure Myrina et de comprendre la transformation de la ligne de côte et des installations portuaires ; une prospection subaquatique dans les ports antiques, associant des plongées de reconnaissance et des campagnes de prospection géophysique sous-marine.
La mise en place de ce programme ambitieux nécessitait une année de préparation, qui a été consacrée en 2010 à recueillir l’ensemble de la documentation topographique ancienne et actuelle, à élaborer une base topographique géoréférencée en vue de la constitution d’un système d’information géographique (SIG) spécifique et enfin à effectuer les premières reconnaissances sur le terrain.
Plusieurs cartes du territoire de Myrina ont été dressées au XIXe siècle, la plupart à partir de la première et de la plus précise d’entre elles : celle que les géomètres de l’Amirauté anglaise ont levée au milieu du siècle, qui indique que de nombreux vestiges étaient alors visibles sur le site. On peut distinguer ensuite trois grandes phases dans l’exploration de la zone : la première au début des années 1880, au moment des fouilles de la nécropole et des premières explorations scientifiques de l’Éolide par des archéologues anglais ; la deuxième dans la première décennie du XXe siècle, dans le cadre des recherches menées par les archéologues allemands dans le territoire de Pergame ; la troisième dans les années 1970-1980, avec les fouilles du Pr Ekrem Akurgal et les reconnaissances topographiques de la mission archéologique italienne de Kyme d’Éolide et d’autres archéologues, comme Dominique Kassab et Giuseppe Ragone. En fait, jamais la ville ni le territoire de Myrina n’ont fait l’objet d’une étude topographique systématique. C’est ce qui explique qu’il n’existe pas aujourd’hui de cartographie archéologique exhaustive de la zone. La seule base topographique exploitable est celle qui a été levée à la demande de la commune d’Aliag˘a, sur laquelle se trouve le site, pour les exigences de l’élaboration et du suivi du plan d’occupation des sols.
C’est cette base topographique digitale qui nous sert aujourd’hui pour élaborer le SIG de Myrina. Ce dernier a pour support un nouvel outil de visualisation des données topographiques, le site web interactif Chronocarto, qui a été élaboré dans les dernières années par la société Géocarta et l’UMR 8546 (CNRS-ENS). Il permet de superposer et de visualiser simultanément les données géoréférencées issues de la documentation ancienne et de celle qui sera élaborée à partir des résultats du programme de prospections pédestres, géophysiques, géomorphologiques et subaquatiques.
L’examen des cartes, des dessins et des photographies anciennes, complété par une première reconnaissance sur le terrain, permet déjà de formuler quelques hypothèses qui orienteront les campagnes de prospection. Six observations peuvent d’ores et déjà être faites. D’abord, l’identification du théâtre sur la pente sud-ouest de la colline orientale, qui avait été proposée jadis par Schuchhardt, ne fait aujourd’hui aucun doute, ce qui implique sans doute que, comme dans la ville voisine de Kyme, le centre public monumental hellénistique et romain s’étendait entre les deux collines. Ensuite, divers indices permettent de supposer qu’il existait un lieu de culte – d’ampleur et de nature indéterminées – au sommet de chacune des collines. Par ailleurs, les plongées de reconnaissance effectuées par les collègues de la Mission archéologique italienne de Kyme d’Éolide ont montré que les vestiges du port nord, visibles sur le rivage, se poursuivent assez largement sous l’eau, avec des aménagements bien conservés faits de blocs de remploi antiques. Au sud, on distingue un long mur rectiligne qui doit correspondre à un quai antique. Il se trouve à une centaine de mètres du cours actuel du Güzelhisar çayı, qui devait le baigner dans l’Antiquité, ce qui indique que la sédimentation à l’embouchure du fleuve a été très importante et a modifié très sensiblement la morphologie de ce secteur de la ville. Cette dernière observation peut d’ailleurs être appliquée à l’ensemble de la plaine qui s’étend en aval du barrage moderne sur le Güzelhisar çayı : il est probable qu’à une époque qu’il est encore impossible de déterminer, cette plaine était entièrement en eau et constituait un estuaire de quelques kilomètres de long, dont l’ouverture, relativement étroite, était dominée et contrôlée par la ville de Myrina. C’est sur les collines situées autour de cet ancien estuaire que se trouvaient les centres protohistoriques et antiques. L’un d’entre eux, celui de Küçük Çanita, qui domine la voie terrestre conduisant à Aigai et à Magnésie du Sipyle, devait avoir une importance toute particulière. Il faudra vérifier l’hypothèse, formulée au début du XXe siècle, selon laquelle il s’agirait de l’ancienne Tisna, mentionnée par Pline l’Ancien.
La dernière observation qui ressort des premières reconnaissances sur le terrain effectuées en mai et juillet 2010 est que le site, qui fait pourtant l’objet d’un important effort de préservation de la part des autorités locales et régionales, n’échappe pas aux menaces qui pèsent partout sur le patrimoine archéologique : destructions dues à l’érosion – plus particulièrement ici l’érosion marine qui entame profondément la base de la colline occidentale ; destructions irrémédiables dues aux pillages, qui se concentrent dans plusieurs secteurs de la nécropole et utilisent des moyens mécaniques. L’un des objectifs du programme « Myrina, cité de l’Éolide » est aussi de contribuer à la surveillance scientifique du site et de ses environs.
Cette recherche a été présentée à plusieurs reprises en 2010, en février devant la Société française d’archéologie classique à Paris, en mai à l’occasion d’un colloque organisé à Izmir, en novembre à Istanbul ou encore à l’auditorium du Louvre en octobre ou au Luxembourg en novembre de cette même année.

J.-L. Martinez et S. Verger

English version

An important set of terracotta figurines from the Hellenistic and Roman periods (held in the Louvre and the Archaeological Museum of Istanbul) originate from the Myrina necropolis, which was excavated between 1880 and 1883 by the École Française d’Athènes (French archaeological institute). Very little is known about the city itself.
There are two parts to the study of Myrina: work aimed at placing collections originating from the excavations in a meaningful context, using all the available archive material (partnership between the Louvre and the Archaeological Museum of Istanbul); and an interdisciplinary Franco-Turkish programme of university research carrying out a topographical exploration of the city and its territory. There are four types of investigation in the programme: traditional archaeological field surveys in the lower valley of the Güzelhisar çayı River; electrical resistivity tomography (ERT), targeted magnetic and georadar prospecting of the city and its surroundings; a geomorphological study of the river mouth; and underwater prospecting in the antique ports.
The year 2010 was devoted to collecting all the old and current topographical documentation; developing a geo-referenced topographical database with a view to establishing a system of specific geographical information; and, lastly, carrying out the first surveys in the field. Observations have already been made: the identification of the theatre on the southwestern slope of the eastern hill; the probable existence of a place of worship on the summit of each hill; the remains of the north port, visible on the shore, largely continue under water; and, in the south, a long straight wall that corresponds to an antique quay, a hundred metres from the current course of the Güzelhisar çayı River. It appears that the sedimentation at the mouth of the river has radically altered the morphology of this part of the city. It is likely that—at a time that has yet to be identified—the plain (downriver from the current barrage) was entirely under water and constituted an estuary several kilometres long, dominated and controlled by the city of Myrina. The proto-historical and antique centres—including present-day Küçük Çanita, which may be the ancient Tisna, mentioned by Pliny the Elder—were located on the hills around this old estuary.

Informations pratiques

Musée du Louvre, 75058 Paris - France
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

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