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Œuvre Autoportrait aux bésicles

Département des Arts graphiques : XVIIIe siècle

Autoportrait aux besicles

Musée du Louvre, dist. RMN-Grand Palais - Photo M. Beck-Coppola

Arts graphiques
XVIIIe siècle

Auteur(s) :

Boyer Sarah

 

 


 

Remerciements :

Cette notice d’œuvre vous est présentée par Canson

Au Salon de 1771, Chardin crée la surprise : ses ennuis de santé sont connus et certains croient qu'il a renoncé à l'art, mais ses trois pastels font sensation. Sur un fond bleu foncé, de trois quarts, la tête penchée, coiffé d'un bonnet blanc, ses yeux bruns scrutant par dessus les bésicles et le cou ceint d'un foulard, Chardin est vêtu d'une robe de chambre brune ; plus actif que dans l'Autoportrait à l'abat-jour de 1775 (Louvre), un instant interrompu, il détourne le regard de son objet.

Ni dessin ni peinture

Les yeux usés par le broyage des pigments (la base de plomb mêlée à l'huile brûle les yeux) et le mélange des liants, Chardin adopte un médium et des sujets nouveaux avec ses portraits et autoportraits au pastel, alors que les pastellistes d'alors, Carriera, La Tour, Perroneau, Liotard, s'en tiennent au seul portrait. Ses pastels sur papier sont souvent contrecollés sur toile. Leurs qualités divergent de ceux de La Tour : laissant les traits intacts, Chardin rejette son velouté charmant. L'usage tardif du pastel le contraint à réinventer une façon de dessiner colorée, picturale. Choix et position des nuances, avec du saumon et des bleus vivifiant tête et veste, témoignent d'une liberté inusitée ; la juxtaposition de larges plages non fondues et les accents définis avec acuité assurent la solidité sculpturale de l'homme. Cette technique audacieuse, où les hachures et les touches individualisées de nuances variées reflètent sa main, met un terme à la manière lisse et achevée prônée par la tradition académique.

Du côté de chez Proust

"Au-dessus de l'énorme lorgnon, descendu jusqu'au bout du nez qu'il pince de ses deux disques de verre tout neufs, tout en haut des yeux éteints, les prunelles usées sont remontées, avec l'air d'avoir beaucoup vu, beaucoup raillé, beaucoup aimé, et de dire avec un ton fanfaron et attendri :" Hé bien, oui, je suis vieux ! "Sous la douceur éteinte dont l'âge les a saupoudré, elles ont de la flamme encore. Mais les paupières fatiguées comme un fermoir qui a trop servi sont rouges au bord. Comme le vieil habit qui enveloppe son corps, sa peau elle aussi a durci et passé. Comme l'étoffe elle a gardé, presque avivé ses tons roses et par endroits s'est enduite d'une sorte de nacre dorée. Et l'usure de l'une rappelle à tous moments les tons de l'usure de l'autre [...], infiniment délicats, riches et doux. On s'étonne en regardant comme le plissement de la bouche est exactement commandé par l'ouverture de l'oeil à laquelle obéit aussi le froncement du nez. Le moindre pli de la peau, le moindre relief d'une veine est la traduction très fidèle et très curieuse de trois originaux correspondants : le caractère, la vie, l'émotion présente."

Une avalanche de couleurs

Les autoportraits de Chardin, intimes et psychologiques, sont l'aspect le plus étonnant de son art par leur qualité de silence et leur profondeur intellectuelle. Concentré et sûr de lui, l'artiste arbore un foulard aux roses chaleureux et aux rouges attendris par les bleus calmes et les gris. Ces tons pénètrent la matière de la veste et se réfléchissent dans certaines parties du visage. Des taches inattendues de couleur - bleu sous rose - donnent vie et unité à la surface : elles jouent avec les ombres étudiées avec précaution pour donner à ce portrait sa substance. La réelle beauté des tons amoindrit aussi certains aspects comiques du portrait ; l'artiste s'est figuré et a figuré son art avec vérité, franchise et d'inhabituelles associations de couleurs.

Bibliographie

- DERRIDA Jacques, Mémoires d'aveugle : l'autoportrait et autres ruines, cat. exp. Paris, musée du Louvre, 1990-1991 (notice 18, Y. Séverac).

- ROSENBERG Pierre, Chardin, catalogue d'exposition, Paris, Galeries nationales du Grand Palais, Düsseldorf, Kunstmuseum et Kunsthalle, Londres, Royal Academy of Arts, New York, The Metropolitan Museum of Art, 1999-2000, pp. 324-325, n 96.

En savoir plus

- Künstler im Spiegel einer Sammlung, Graphische Bildnisse von Malern, Bildhauern und Kupferstechern aus dem Porträtarchiv Diepenbroick, cat. exp. Münster, Westfälisches Landesmuseum fur Kunst und Kulturgeschichte, 1997.

- DENK Claudia, Artiste, citoyen & philosophe : der Künstler und sein Bildnis im Zeitalter der französischen Aufklärung, Munich, W. Fink, 1998.

- EDIZEL Gerar, Jean-Simeon Chardin : seeing, playing, forgetting, and the practice of modern imitation, Ann Arbor (Mich.), UMI, 1998.

- Face à face : portraits d'artistes dans les collections publiques d'Ile-de-france, cat. exp. Mantes-la-Jolie, Musée de l'Hôtel-Dieu, 1999.

- ROLAND MICHEL Marianne, Chardin, Hazan, Paris, 1999.

- BARKER Emma, WEBB Nick, WOODS Kim, The Changing status of the artist, New Haven-Londres, Yale University press : Open University, 1999.

- HESS Daniel, Eitelkeit und Selbsterkenntnis : Selbstbildnisse des 17. und 18. Jahrhunderts im Germanischen Nationalmuseum, cat. exp. Nuremberg, Germanisches Nationalmuseum, 1999.

- RENARD, Portraits et autoportraits d'artistes au XVIIIe siècle, Tournai, La Renaissance du livre, 2003.

Cartel

  • CHARDIN Jean Siméon

    Autoportrait aux besicles

    en 1771

  • Pastel sur papier gris-bleu collé en plein sur châssis entoilé. Signé et daté, en bas à droite : 'Chardin/1771'. Les mesures du cadre sont : H : 00,595 ; L : 00,47 et profondeur : 00,095. Annoté au verso 'INV. 25206 / ancien n° de vente 57'. Etiquette d'exposition 'Chardin' au Grand Palais de Paris. La restauration de cette œuvre a été rendue possible grâce au soutien de Philippe Forestier en 2012.

    H. : 46 cm. ; L. : 38 cm.

  • 3925206

  • Arts graphiques

    Pour des raisons de conservation, les œuvres de ce département ne sont pas exposées en permanence.

Informations pratiques

Musée du Louvre, 75058 Paris - France
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi
24 et 31 décembre 2014 : ouvert jusqu'à 17h

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

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Informations complémentaires

Signé et daté en bas à droite : chardin / 1771