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Chapiteau sculpté : sur une ombelle de papyrus une tête hathorique est surmontée d'un naïskos abritant un uræus

© 2007 RMN / Franck Raux

Antiquités orientales
Levant

Auteur(s) :
Nicolas Benoît

Les liens artistiques entre Chypre et l'Égypte remontent au bronze récent mais connaissent un renouveau à la période archaïque. Daté du milieu du VIe siècle av. J.-C., ce chapiteau à l'effigie de la déesse Hathor, le plus ancien d'un important ensemble trouvé dans diverses régions de Chypre, illustre la capacité des artistes chypriotes à adapter une iconographie égyptienne aux croyances et canons locaux.

Un chapiteau au décor complexe

Repéré en 1885 dans la vieille ville de Larnaca, ce monument a été acquis par le Louvre deux années plus tard, et constitue le deuxième exemplaire de la série des grands chapiteaux hathoriques (du nom de la déesse égyptienne, Hathor) trouvés à Chypre. Sa composition en trois blocs à double face est caractéristique de cette série. Sur une ombelle de papyrus décorée de feuilles pointues et de boutons de lotus est posée la tête de la déesse, laquelle est coiffée d'une grande perruque enroulée en volutes autour du visage. Au sommet de la perruque se dresse, au recto, un naïskos (ou petit temple) percé d'une porte dans laquelle se tient un uræus (cobra sacré dominant la coiffe des pharaons égyptiens) et flanqué de tiges végétales en volutes d'où naissent à nouveau des papyrii. Au verso est représenté un "arbre de vie" surmonté d'une volute sur laquelle marchent deux sphinx dos-à-dos. Tous ces éléments confèrent à ce chapiteau un caractère résolument égyptien.

Un modèle égyptien

L'influence égyptienne est en effet très présente à Chypre depuis l'âge du bronze récent, repérable surtout dans la fabrication de petits objets. Cette mode connaît cependant un brillant renouveau à l'époque archaïque, du fait de la domination saïte sur l'île, mais aussi grâce au vif succès qu'y rencontre, comme ailleurs, le culte d'Hathor. C'est au cours du VIe siècle qu'apparaissent de nombreuses créations à l'effigie de la déesse ; les chapiteaux hathoriques, et plus particulièrement celui de Larnaca, daté d'environ 550 av. J.-C., en constitue le plus vieil exemple. Ce type de représentation d'Hathor découle d'une tradition égyptienne remontant au Moyen Empire : on le retrouve dans la forme du "sistre", un instrument de musique consacré au culte de la déesse, et sur les façades des temples qui lui sont dédiés, comme l'illustre, par une curieuse mise en abyme, le naïskos du chapiteau de Larnaca. On ne sait lequel, du sistre ou du chapiteau, a directement influencé les artistes. Le modèle égyptien diffère néanmoins du chypriote : la tête de la déesse y est posée sur un pectoral et non une ombelle ; les cornes, ou oreilles bovines, caractéristiques de la déesse égyptienne, sont absentes des représentations trouvées à Chypre qui traitent, en outre, le visage à la manière ionienne.

Une adaptation chypriote

Il semble aujourd'hui assuré que le chapiteau provient d'un sanctuaire de Kition, cité phénicienne qui occupait le site de l'actuelle Larnaca, où a été retrouvée une série de petites plaquettes représentant le même chapiteau en miniature et datant de la fin du VIe siècle. Par ailleurs, un vase peint de la même époque, conservé au Louvre (AM 393), donne à voir une scène d'offrande faite à un chapiteau hathorique similaire, et posé sur le sol. L'absence de mortaise ou de trace de pose sur le monument vient confirmer l'indication du vase : ce chapiteau n'était pas utilisé comme élément architectural mais comme une stèle symbolisant la présence divine et recevant un culte. Le sanctuaire de Kition abritait alors la déesse phénicienne Astarté et d'autres chapiteaux hathoriques ont été découverts dans le temple d'Aphrodite à Amathonte : l'absence d'attribut bovin interdisant d'identifier formellement la déesse égyptienne Hathor, il est probable que son type iconographique ait été adapté et mis au service de la grande déesse chypriote sous sa forme phénicienne ou gréco-chypriote.

Bibliographie

- CAUBET Annie, "Héraclès ou Hathor", in Revue du Louvre, n 1, Éditions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 1973, pp. 1-6.

- CAUBET Annie,  PIC Marielle, "Un culte hathorique à Kition-Bamboula", in Archéologie au Levant : Recueil à la mémoire de Roger Saidah, Maison de l'Orient ancien, Série archéologique, 9, Lyon, 1982, pp. 237-250.

- CAUBET Annie,  HERMARY Antoine, Catalogue des Antiquités du musée du Louvre : sculptures, musée du Louvre, département des Antiquités orientales, Éditions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 1989, p. 396, n 807.

- CAUBET Annie, HERMARY Antoine, KARAGEORGHIS Vasos (dir.), Art antique de Chypre au musée du Louvre : du chalcolithique à l'époque romaine, Éditions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 1992, Athènes, Kapon, 1992, pp. 130-131, n 160.

- HERMARY Antoine, Amathonte V, Les figurines en terre cuite archaïques et classiques. Les sculptures en pierre, coll. "Études Chypriotes XV", Athènes, École française d'Athènes, De Boccard, Paris, 2000, pp. 144-149.

Cartel

  • Chapiteau sculpté : sur une ombelle de papyrus une tête hathorique est surmontée d'un naïskos abritant un uræus

    Chypro-archaïque II (milieu Ve siècle avant J.-C.)

  • Calcaire

    H. : 1,33 m. ; L. : 0,74 m. ; Pr. : 0,37 m.

  • Mission Duthoit, 1865

    AM 93

  • Antiquités orientales

    Aile Sully
    Rez-de-chaussée
    Levant : Chypre
    Salle 21

Informations pratiques

Adresse et téléphone :
Musée du Louvre, 75058 Paris - France
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

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