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Œuvre Démocrite
Département des Peintures : Peinture française
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Démocrite
© 1993 RMN / Hervé Lewandowski
Peintures
Peinture française
Coiffé d’un bonnet en peau de renard et vêtu d’un manteau de velours, le philosophe aux cheveux et à la barbe blanche est représenté de trois-quarts, se tournant vers le spectateur, la main gauche à la hauteur de la poitrine. Ce tableau a été peint en 1692, comme l’indique la lettre de la gravure exécutée la même année et accompagnée d’un quatrain caustique :
Cet enjoué censeur des sotises des hommes
Et que rien n’a jamais aigry
Que n’a-t-il veu le jour dans le siècle où nous sommes
Il auroit bien autrement ri.
Le philosophe rieur
Démocrite, chez qui la folie des hommes provoque l’hilarité, est ici dépourvu du globe terrestre, son attribut si souvent représenté (par exemple dans le Démocrite d’Hendrick Ter Brugghen, Amsterdam, Rijksmuseum). Ce glissement de la composition vers une représentation fa presto et minimale, offre au spectateur une impression d’instantané. Démocrite ne pointe plus du doigt le monde incarné par l’objet sphérique, mais semble interpeller directement le spectateur. Cette invitation au rire n’est pas sans nous rappeler les personnages joviaux d’un Franz Hals, ou les satyres ricanant qui peuplent les compositions mythologiques de Rubens. La représentation de Démocrite est souvent associée à celle d’Héraclite, figure teintée d’un pessimisme mélancolique. Et, face à l’irritabilité d’Héraclite, notre philosophe grec répond par un éclat de rire coloré. Rubens a d’ailleurs traité ce sujet en 1603 mais d’une toute autre manière (Démocrite et Héraclite, Valladolid, Museo Nacional de Escultura), puisqu’il a peint les deux protagonistes côte à côte, tout en offrant un jeu de contrastes colorés entre les deux manteaux rouge et noir des philosophes.
Doit-on voir dans ce petit tableau d’Antoine Coypel une allusion aux querelles entre les rubénistes, protagonistes de la couleur, et les poussinistes, partisans de la primauté du dessin, qui anima l’Académie royale de peinture et de sculpture à la fin du XVIIe siècle ? Démocrite serait ici l’incarnation victorieuse des peintres rubénistes sur les poussinistes.
Le triomphe de la couleur
Ce tableau exécuté en pleine période rubénienne du peintre (1690-1695) marque l’appartenance de l’artiste au camp des coloristes. La prestance du personnage est servie par une palette chaude, la même que celle du maître flamand avec ces accents rougeâtres et dorés dans le rendu de la chair ; de même que ce coloris roux qui enveloppe la composition, est significatif de l’emprunt au peintre anversois. Ces tonalités colorées sont rythmées par un pinceau à la touche épaisse et généreuse qui semble avoir brossé rapidement l’ensemble et souligne le triomphe des coloristes. Ainsi, cette exaltation de la couleur, prônée par Roger de Piles (Dialogue sur le coloris, 1672) qui se pose en fervent défenseur des rubénistes, trouve ici une joyeuse formulation. Le fondement de cette pensée affirme, entre autre, que seule la couleur permettrait d’accéder au plaisir esthétique. Cet hommage porté à Rubens en a d’ailleurs trompé plus d’un. C’est ainsi qu’on lui attribua à plusieurs reprises la paternité de ce Démocrite : en effet, le revers du tableau porte une mention à la peinture noire : peint par P.P. Rubens en 1630, cabinet de M. de Villers et lorsque Vivant Denon en devint le propriétaire, lui aussi pensait qu’il s’agissait d’une œuvre de Rubens.
Un prétexte historique
Bien que le peintre ait choisi un motif historique, le philosophe s’efface au profit de la figure du bouffon car avec son sourire édenté et son air goguenard, il est plus proche de l’histrion que du penseur. Sa posture évoque une étude brillamment brossée par le peintre, donnant moins à voir un personnage historique qu’une tête d’expression. La délectation l’emporte ainsi sur la référence historique, mais pour autant, ce tableau demeure isolé dans l’œuvre de Coypel. Dans ses programmes plus ambitieux, le peintre n’a jamais exprimé de façon aussi manifeste son ascendance rubénienne, ou tout du moins, pas autant qu’un Charles de La Fosse, son contemporain.
Bibliographie
- Roger de Piles, Dialogue sur le coloris. Paris, N. Langlois, 1673.
- Nicole Garnier-Pelle, Antoine Coypel : 1661-1772. Paris, Arthena, 1989, n° 46, pp. 113-114.
- Alexis Merle du Bourg, Rubens au Grand Siècle : sa réception en France, 1640-1715. Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2004.
- Guillaume Faroult, Sophie Eloy(dir.), La Collection Lacaze : chefs-d’œuvre des peintures du XVIIe et XVIIIe siècles, cat. exp. Musée du Louvre, 26 avril - 9 juillet 2007 ; Musée des beaux-arts de Pau, 20 septembre - 10 décembre 2007 ; Londres, Wallace Collection, 14 février - 18 mai 2008, Paris, Hazan, 2007
Cartel
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Antoine COYPEL (Paris, 1661 - Paris, 1722)
Démocrite
1692
-
H. : 0,69 m. ; L. : 0,57 m.
-
Legs du Dr Louis La Caze, 1869
M.I. 1048
-
Aile Sully
2e étage
Watteau
Salle 36
Informations pratiques
Adresse :
Musée du Louvre, 75058 Paris - France
Téléphone :
+ 33 (0)1 40 20 53 17
Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi
Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre
