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Etudes de femme jouant de la guitare, ou tenant une partition

Arts graphiques
XVIIIe siècle

Auteur(s) :
Boyer Sarah

Présente dans un grand nombre d'oeuvres de Watteau, en particulier dans les "Fêtes galantes", genre créé par l'Académie en 1717, pour son morceau de réception, Le Pèlerinage à l'île de Cythère, la musique se retrouve dans cette étude figurant trois femmes. Attentif à la musique de son temps, Watteau sait en donner un équivalent dessiné comme pictural.

Temps suspendu

Assise, vêtue d'un casaquin aux basques enroulées, le cou ceint d'une fraise godronnée, la femme de gauche tient une guitare dont seuls le fond et les éclisses sont visibles. L'angle de vue choisi cache la table d'harmonie, le manche et le jeu des doigts pinçant les cordes. Étrange pour une guitariste : sans égard pour son instrument, elle écoute attentivement. Cette figure est reprise dans la toile traditionnellement appelée Les Charmes de la vie (Londres, Wallace Collection), que Mirimonde, l'un des grands spécialistes de l'iconographie musicale en France, intitule pour en expliquer le sujet L'accord cherché en vain : le joueur de théorbe qui la scrute ne parvient pas - pas encore ? - à accorder son instrument ; le joueur de basse de viole qui, lui, y est parvenu, appuyé sur son dossier de chaise, se penche vers elle, qui détourne le regard. Watteau reprend aussi cette figure, visage relevé, dans Arlequin, Pierrot et Scapin, peinture connue par l'estampe de Surugue. L'attitude de la seconde femme, plus naturelle, apparaît dans La Proposition embarrassante (Saint-Pétersbourg, Ermitage) : la musicienne se détourne du couple dansant au son de sa guitare pour discuter avec une jeune femme assise près d'elle. Dans le dessin, l'attitude est plus intériorisée, axée vers l'écoute du son. La chanteuse tenant une partition n'existe dans aucune oeuvre conservée ou gravée d'après Watteau. Elle attend l'indication d'un partenaire pour se lever et chanter. Le temps suspendu, quelle meilleure métaphore Watteau peut-il donner de la musique ?

À la mine de plomb

Watteau utilise peu la pierre noire dans ses dessins. Cette étude prouve pourtant qu'il la maîtrise autant que la sanguine : effets de lumière éclatants, plénitude des formes, subtilité des nuances, somptuosité des draperies, chatoiement des surfaces évoquent ses études à la sanguine pure. La mine de plomb joue aussi un rôle important, même si elle ne correspond ni à une manière de dessiner ni à une période de la carrière de Watteau : alors peu utilisée, elle prépare légèrement un dessin qu'un autre crayon complète. Employée dans la composition Fête d'amour (Dresde, Gemäldegalerie), elle fait partie intégrante de l'oeuvre dans les études de figures, ajoutant une couleur, une nuance, un ton différents : note colorée supplémentaire aux traditionnels trois crayons, elle ne remplace jamais la pierre noire. Pour le spectateur habitué à d'intenses noirs, les gris délicats de la mine peuvent sembler ternes. Pourtant, ils nuancent les rouges de la sanguine et démultiplient la variété des noirs, donnant aux draperies un aspect argenté séduisant. La ressemblance frappante du modèle avec celui qui pose pour une des études de L'Embarquement pour Cythère de Berlin (Charlottenbourg) et la similitude technique dans le traitement du visage suggèrent la date de 1717-1718.

Bibliographie

- GRASSELLI Margaret Morgan, Watteau 1684-1721, cat. exp. Washington, National Gallery of Art, Paris, Galeries nationales du Grand Palais, Berlin, Charlottenburg, 1984-1985, pp. 183-184, n 105.

- MOUREAU François, GRASSELLI Margaret Morgan, Antoine Watteau (1684-1721) : le peintre, son temps et sa légende, Colloque international, Paris, Grand Palais, 1984, Genève Paris, Éditions Clairefontaine, 1987.

- ROSENBERG Pierre, PRAT Louis-Antoine, Antoine Watteau 1684-1721 : catalogue raisonné des dessins, Milan, Leonardo arte, 1996, pp. 1014-1015, n 596.

- PLAX Julie Ann, Watteau and the cultural politics of eighteenth-century , France, Cambridge ; New York ; Melbourne [etc.], Cambridge University Press, 2000.

En savoir plus :

- BAILEY Colin B., CONISBEE Philip, GAEHTGENS Thomas W., Au temps de Watteau, Chardin et Fragonard, cat. exp. Ottawa, musée des Beaux-Arts du Canada, Washington, National Gallery of Art, Berlin, Staaliche Museen zu Berlin, 2003-2004.

- ROSENBERG Pierre, Des Dessins de Watteau, Tokyo, Chuo-koron Bijutsu shuppan, 1995.

- ROSENBERG Pierre, Watteau et son cercle dans les collections de l'Institut de France, cat. exp. Chantilly, musée Condé, 1996-1997.

- TEMPERINI Renaud, Watteau, Paris, Éditions Gallimard, 2002.

- VIDAL Mary, Watteau's painted conversations : art, literature, and talk in seventeenth-and eighteenth-centuries France, Londres, New Haven, Yale university press, 1992.

- WINTERMUTE Alan, BAILEY Colin B., ROSENBERG Pierre, Watteau and his world : French drawing from 1700 to 1750, cat. exp. New York, Frick collection, Ottawa, National Gallery of Canada, 2000.

Cartel

  • WATTEAU Antoine

    Etudes de femme jouant de la guitare, ou tenant une partition

    His de la Salle, Aimé-Charles-Horace

  • don

    40774

  • Arts graphiques

    Pour des raisons de conservation, les œuvres de ce département ne sont pas exposées en permanence.

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+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi

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Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

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