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La Dentellière (avec cadre)

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

Peintures
Peinture hollandaise

Auteur(s) :
Perny Michèle

Des années tardives de l’artiste, ce petit tableau intimiste éclairé d’une lumière dorée revisite un thème habituel chez Johannes Vermeer : une jeune fille toute absorbée par son occupation présente. De ses doigts repliés - contrainte exigée par cette technique délicate- ,  elle règle sur un coussin à dentelle le jeu des fuseaux entrecroisés dessinant le motif, tenu par des épingles, de sa prochaine création. Tête penchée sur son ouvrage, elle semble intensément faire corps avec la table sur laquelle elle travaille avec assiduité. A sa droite, au premier plan, d’un coussin à couture bleu nuit aux passementeries plus claires, s’échappent des écheveaux de fil blanc et rouge sang, comme prêts à ruisseler sur le tapis au décor végétal de la table attenante.

Un peintre remis en lumière au XIXème siècle

C’est quelques années à peine après la remise en valeur de Johannes Vermeer, ou Jan van der Meer, dit Vermeer de Delft,  par Théophile Thoré, alias William Bürger, journaliste et critique d’art, que ce tableau fut acheté par le Louvre en 1870. La vie de ce peintre, sorti alors d’un relatif oubli, reste encore à ce jour assez obscure et mal connue, au regard de son incroyable célébrité actuelle. Vermeer passa toute sa vie dans sa ville natale de Delft, où il fut reçu membre, puis président de la Guilde de Saint-Luc. Mais à  l’instar des peintres de son époque, comme Frans van Miéris, Gerard Dou, Cornelis Bega, ou d’autres encore, car ils furent nombreux, on suppose cependant qu’il se déplaça, se rendit régulièrement, ou séjourna même, dans d’autres villes des Provinces Unies en cette fin du XVIIème siècle.  La mobilité des peintres de genre de cette période féconde semble aujourd’hui attestée,  riche notamment d’une circulation d’idées créatrices, de centres d’intérêts, mais également d’une émulation artistique : Vermeer participa sans doute à ces échanges. Alors célèbre et reconnu dans cette cité rattachée à la maison de Guillaume d’Orange, au cœur de la Hollande prospère du Siècle d’or, il  travailla pour de riches commanditaires, peignant, lentement semble-t-il, en majeure partie des scènes d’intérieur, ces scènes de genre devenues si emblématiques. Il mourut à Delft quarante-deux ans plus tard.

Un aspect vaporeux: La technique de la camera obscura, ou chambre noire, expliquerait-t-elle selon certaines théories cette peinture particulière ?

Dès l’abord La Dentellière, le plus petit format de tous les tableaux du peintre, semble instaurer, du fait de ses dimensions restreintes et à la vue de ce travail manuel concentré, et comme suspendu, une intimité immédiate avec le spectateur et plus encore un recueillement silencieux inexpliqué : le temps s’est arrêté... L’espace clos représenté, refermé sur lui-même, la figure féminine ramassée, se détachant seule, sur un mur crème, dense et nu, y participent, au même titre que le cadrage très resserré de cette composition d’une rigueur particulière. En outre, une perspective en contre-plongée, inédite, déplace le regard mettant l’accent principal sur l’importance des mains, et la précision du geste de la jeune femme. Fait rare chez cet artiste, la lumière blonde qui éclaire le visage penché et concentré, caresse la joue rose et rebondie et glisse sur une des torsades de cheveux, vient de la droite.
L’emploi majeur de couleurs complémentaires caractéristiques, le jaune lumineux et les bleus limpides, coupés de blanc et de tons cendrés, sur certains détails, dont le large col de la veste, rythment des accords souvent retrouvés et conjugués dans l’œuvre peint de Vermeer. Les aménagements contrastés des ombres, en particulier sur le visage et les doigts, ces perceptions alternatives d’imprécision et de netteté, les différences de profondeur de champ, voire même les distorsions curieuses dans le rendu de la table ou de la coiffure sophistiquée, n’ont pas manqué d’intriguer les historiens d’art.
Curieusement l’ensemble de la couche picturale apparaît, à l’examen très rapproché, et à l’instar d’autres œuvres, parsemé de minuscules points presque blancs, jaunes ou bleus qui irisent la lumière, la démultiplient et concourent à une perception voilée émanant du tableau, impression diffuse surtout présente au premier plan. 
Ces éléments pourraient-ils s’expliquer par le recours éventuel au procédé de la chambre noire, un instrument d’optique, une lentille par exemple ? La supposition selon laquelle Vermeer aurait utilisé cette camera obscura pour peindre une partie de son œuvre, hypothèse demeurant encore aujourd’hui sans preuves, est régulièrement exposée par certains auteurs, pour tenter une explication tant sur ce rendu si singulier, qu’à propos de cette atmosphère unique.

Vermeer, peintre d’une vertueuse figuration sociale ou peintre singulier ?

Le thème des ouvrages de dame, de divers travaux d’aiguilles et des dentellières – cette dernière activité particulièrement prisée et développée dans les contrées du Nord-, était très populaire à l’époque du peintre. Abondamment dupliquée par la peinture de genre de cette période, cette thématique fut diversement interprétée par d’autres grands artistes, tels que Gérard Dou, ou d’autres peintres comme Pieter van Slingelandt ou Nicolaes Maes. En écho à l’interprétation de Vermeer, la reproduction de ces activités domestiques attentives et minutieuses réservées, semble-t-il, aux filles de la bourgeoisie, reflétait en miroir, un rappel certes banal de la société florissante du Siècle d’or, mais également une résonance marquée aux valeurs qu’elle sous-tendait et idéalisait.
Le thème filé ici avec maîtrise, s’il tourne le dos à la peinture de genre, dépasse aussi probablement le propos anecdotique. Est-il une personnification, un emblème de vertu féminine ou encore une allégorie de l’habilité manuelle? Le propos pourrait évoquer en filigrane l’exposition d’une morale sociale sous-jacente ou à portée éducative, voire même religieuse : l’application, la patience et la modestie se devaient-elles d’être présentées en modèles, comme des vertus, ou des principes d’éducation à l’intention des filles de la société aisée locale ? Paradoxalement, il n’est permis ni de discerner, ni même de conclure si cet univers clos et lumineux délivre un message distinct et signifiant. En ce sens on ne pourrait décider si le petit livre épais, et joliment fermé par des deux longs rubans bleus, posé au premier plan sur la table recouverte d’un tapis (sur lequel coule ce filet rouge sang…), correspond, comme l’indiquent certains auteurs, à un livre pieux, un livre de prières quotidiennes ou même une Bible, ou à un simple recueil de modèles pour la dentelle. La scène, et ce qui en fait encore sa portée actuelle, dépasse sa première lecture, sa lumineuse portée contemplative, magnifiée au XIXème siècle par le Romantisme, son apparente simplicité majeure d’analyse d’un microcosme, pour interroger encore, au-delà de l’émotion esthétique, l’interprétation personnelle du spectateur d’aujourd’hui.

Bibliographie

BLANC Jan, La fabrique de la gloire, Paris, Citadelles & Mazenod, 2014
CHARMET Raymond, Les secrets de La Dentellière de Vermeer, in Jardin des arts, 1969, n° 175, p.p. 38-45
DUCOS Blaise, « D’une dentellière l’autre », in Vermeer et les maîtres de la peinture de genre (Exposition, Paris, musée du Louvre du 22 février au 22 mai 2017, Dublin et Washington), 2017, Cat. 57, p. 332-342
FOUCART Jacques (révisée et complétée par), Notice pour l’audio-guide et le DVDRom, 1998
FOUCART Jacques, Catalogue sommaire des peintures flamandes et hollandaises du musée du Louvre, 2009, notice La dentellière, M.I. 1448, p. 285
MONNET Vincent, Vermeer et les trois piliers de la gloire. Le mystère de la chambre noire. Université de Genève, Campus, n°117, juin-août 2014
Vermeer’s Women : Secrets and Silence, Wieseman, Marjorie et al. Exposition, Cambridge, The Fitzwilliam Museum, 2010-2011

Cartel

  • Vermeer Johannes (1632-1675)

    La Dentellière

    Datation généralement située vers 1669-1670, dans les dernières années de l’œuvre de l’artiste.

  • Toile collée sur bois

    H. : 0, 24 m ; L. :0,21 m. avec cadre : H. 0, 71 m ; L. : 0, 63 m.

  • Acquis d’Eugène Féral, expert et artiste-peintre , juin 1870, Paris

    S. h. d. : I Meer (les deux premières lettres entrelacées)

    M.I. 1448

  • Peintures

    Aile Richelieu
    2e étage

Informations pratiques

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi

Fermetures :
Les 1er mai et 25 décembre

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