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Les curieuses

© 2003 Musée du Louvre / Angèle Dequier

Peintures
Peinture française

Auteur(s) :
Michèle Perny

Cette petite peinture sur bois est l’un des premiers tableaux de Fragonard entrés au Louvre en 1856, bien avant ceux, certes plus sensationnels, de la célèbre collection Louis La Caze arrivés dans les collections par un legs en 1869. Mal connue et peu remarquée, elle a longtemps échappé aux spécialistes de son auteur, en raison notamment de sa très petite taille, mais surtout parce qu’elle n’était pas exposée. Dans ce tableautin, la mise en scène originale, qui en fait d’ailleurs tout l’intérêt, rend par un double jeu de regards le spectateur à la fois observateur mais aussi …l’observé.

Un jeu de miroir

Deux jeunes filles nous regardent par l’entrebâillement d’un rideau gris qu’elles retiennent chacune de leurs doigts. De l’une, se devine à peine la moitié du visage, tandis que la deuxième, à l’air espiègle et à l’évidence plus audacieuse que sa comparse, laisse entrevoir son visage au léger sourire, son autre main qui s’est glissée pour jeter des pétales de roses, et même un sein découvert par mégarde par l’étoffe qu’elles viennent toutes deux d’écarter. Un petit panier rempli de pétales, dans lequel la jeune fille a sans doute plongé la main à l’instant, est posé à droite. La variation raffinée du coloris dans les tons poudrés, des rosés aux rouges éteints, rehaussés de gris perle relevé par le blanc nacré des plis du rideau, est d’une grande élégance. L’effet miroir de cette petite scénette par le jeu des regards croisés est singulier, au point que l’on se demande qui, des jeunes filles ou du spectateur censé les observer, est sur le point de surprendre l’autre ?

Un propos familier

L’atmosphère particulière de cette scène fait écho à un ensemble de thèmes chers à ce peintre, associés en outre à une technique picturale caractéristique et enlevée. Le mouvement du tissu, comme dans le tableau « Le Verrou », où il est tourbillon du désir, est ici comme discrètement rappelé par la torsion symétrique des deux pans du rideau. Le caractère ambigu et un tantinet libertin s’expose alors plus clairement dans la gorge dévoilée, comme un appât tendu vers des beautés juvéniles plus attrayantes encore, par la main gracieuse et nonchalante qui trahit une posture en déséquilibre, si habituelle dans l’oeuvre intimiste de cet artiste. La touche, associée à des couleurs pastel, à la fois légère et appuyée, suit avec bonheur les rondeurs des chairs, la caresse des pétales, les sinuosités de l’étoffe.

Fragonard et ses contemporains

La réputation de peintre de la frivolité et de la légèreté, trop souvent et trop facilement attachée au nom de Fragonard, ne doit pas éclipser les multiples facettes de son talent. Il aborda en effet dans son œuvre tout autant la peinture religieuse, les thèmes historiques, mythologiques, les allégories, les portraits, que les grands paysages et des scènes intimistes telles que celle-ci. Il est vrai cependant qu’il reste le représentant incontestable du XVIIIe siècle français, cette époque qui a raffolé des portes dérobées propices aux instants volés, aux intrigues et faux-fuyants et où, comme ici, le théâtre a rejoint le quotidien, où les coulisses soudain ont confondu le devant de la scène, où le spectateur enfin est voyeur tout autant que vu. L’espace clos par le rideau cultive le trouble, rappelle aussi le raffinement et le confinement du boudoir, son atmosphère intime et secrète, feutrée, où toutes les audaces sont soudain devenues possibles…

Bibliographie

- ROSENBERG Pierre, Fragonard , [exposition, Paris, Galeries nationales du Grand Palais, 24 septembre 1987 - 4 janvier 1988]  / textes : Pierre Rosenberg et Marie-Anne Dupuy  / Paris : Ed. de la Réunion des musées nationaux, 1987

- ROSENBERG Pierre, Tout l’œuvre peint de Fragonard - Introduction et catalogue raisonné par Pierre Rosenberg. Les Classiques de l'art Paris : Flammarion, 1989

Fragonard, les plaisirs d’un siècle  [Exposition Musée Jacquemart André, Institut de France, du 3 octobre 2007 au 13 janvier 2008], GAND : Snoeck, 2007

- CUZIN Jean-Pierre,  SALMON Dimitri : Fragonard, regards croisés, p. 160-161, Paris : Mengès et la Réunion des musées nationaux, 2007

Cartel

  • Jean-Honoré FRAGONARD (Grasse, 1732 - Paris, 1806)

    Les curieuses

    Vers 1775 - 1780

  • H. : 0,16 m. ; L. : 0,13 m.

  • Donation Charles Sauvageot, 1856

    M.I. 860

  • Peintures

    Aile Sully
    2e étage
    Hubert Robert et le mythe de l'Italie
    Salle 49
    Vitrine 13

Informations pratiques

Adresse et téléphone :
Musée du Louvre, 75058 Paris - France
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

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