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Modèle de sanctuaire

© 1985 RMN / Pierre et Maurice Chuzeville

Antiquités orientales
Levant

Auteur(s) :
Benoit Nicolas

La tradition des maquettes architecturales est bien connue du monde ancien. Daté du VIe siècle avant notre ère, ce petit bâtiment chypriote, à la croisée des influences orientales et égéennes, figure un sanctuaire de la Grande Déesse phénicienne, Astarté, probablement destiné à veiller sur le dernier voyage d'un défunt, dans la tombe duquel il était déposé.

Une maquette architecturale

Ce petit bâtiment en terre cuite a été découvert par Georges Colonna-Ceccaldi, frère du consul de France, entre 1866 et 1869, date à laquelle il est entré dans la collection chypriote du musée du Louvre. Les indications fournies par l'inventeur quant aux circonstances de sa trouvaille demeurent vagues : il semble que la maquette provienne, avec une autre de facture similaire, d'une tombe de la nécropole d'Idalion. Le bâtiment, d'aspect rectangulaire mais aux angles arrondis, ne possède ni plancher ni toit : une corniche entoure son sommet et le haut des parois est creusé, mais non troué, par des rangées de cupules. Trois de ses faces sont percées d'une fenêtre ; la quatrième maquette présente une porte que prolonge un seuil et est entourée de deux colonnes à chapiteau floral, supportant, à leur tour, un petit auvent horizontal. Trois personnages féminins, enfin, habitent le bâtiment : une figurine ailée dans l'encadrement de la porte et une tête aux fenêtres, à droite et à gauche de la porte. Dépourvu de contexte archéologique précis, seuls des critères stylistiques permettent de dater l'objet du VIe siècle av. J.-C.

Une tradition ancienne et répandue

La pratique consistant à déposer des maquettes en terre cuite dans les tombes remonte, à Chypre, au Chalcolithique et se rencontre dans diverses régions du monde antique, depuis l'Égypte jusqu'au Proche-Orient en passant par l'Égée. À Chypre, du Chalcolithique au Géométrique, des grands bols ou vases façonnés à la main, puis sur le tour, à partir du Ier millénaire avant notre ère, évoquent des bâtiments par l'adjonction de figurines ou de détails architectoniques (portes, fenêtres). C'est à l'époque archaïque, sous l'influence des productions crétoises, que les maquettes se distinguent des vases en adoptant des formes rectangulaires, quoique encore légèrement arrondies par le tour, étape initiale de la fabrication. Notre maquette appartient à cette période et dérive donc d'une tradition chypriote enrichie d'une expérience crétoise ; les chapiteaux palmés trahissent cependant une influence orientale, commune aux Phéniciens du Levant et de Chypre. Les types iconographiques des personnages relèvent également d'une influence phénicienne.

Un sanctuaire de la Grande Déesse

La plupart des maquettes architecturales connues figurent des lieux de culte : les colonnes qui ornent l'entrée de ce bâtiment font allusion, en effet, au grand sanctuaire dédié à l'Astarté de Kition, cité phénicienne de Chypre, qui en possédait de semblables. Le lien avec cette déesse phénicienne est illustré par les "dames à la fenêtre" qui décorent les parois de la maquette. Ce thème, très répandu dans l'iconographie cultuelle, était assimilé, par la population grecque de l'île, à l'image d'Aphrodite Parakyptousa ("qui se penche à la fenêtre"). Les cupules creusées sur le sanctuaire illustrent ainsi des pigeonniers destinés aux colombes, jouant un rôle central dans le culte de la Déesse. Le dernier personnage, enfin, est plus marginal : il s'agirait d'une sirène (ou harpie), créature mi-femme mi-oiseau accompagnant le défunt dans la mort. Déposée dans une tombe, cette maquette devait protéger l'être perdu par l'invocation de deux puissances divines : la "dame à la fenêtre", déesse de la fertilité et de la renaissance, et la sirène guidant les âmes dans l'au-delà.

Bibliographie

- CAUBET Annie, "Les maquettes architecturales d'Idalion", in Studies presented in memory of Porphyrios Dikaios, Nicosie, 1979.

- CAUBET Annie, HERMARY Antoine, KARAGEORGHIS Vasos (dir.), Art antique de Chypre au musée du Louvre : du chalcolithique à l'époque romaine, Éditions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 1992, Athènes, Kapon, 1992, pp. 106-108, n 129.

- CAUBET Annie, YON Marguerite, "La tradition des maquettes architecturales de Chypre", in Maquettes architecturales de l'Antiquité : regards croisés (Proche-Orient, Égypte, Bassin égéen et Grèce, du néolithique à l'époque hellénistique), Actes du colloque de Strasbourg, 3-5 décembre 1998, sous la dir. de Béatrice Muller avec Denyse Vaillancourt, Strasbourg, Publications de l'université de Strasbourg II, Paris, E. de Boccard, 2001, coll. "Travaux du Centre de recherche sur le Proche-Orient et la Grèce antiques", 17, pp. 143-160, ill. : couverture, p. 154, fig. 7.

- KARAGEORGHIS Jacqueline, La Grande Déesse de Chypre et son culte à travers l'iconographie, de l'époque néolithique au VIe siècle av. J.-C., Lyon, Maison de l'Orient, Paris, E. de Boccard, 1977, coll. "Maison de l'Orient méditerranéen ancien", Série archéologique, 4, p. 203.

Cartel

  • Modèle de sanctuaire

    Chypro-archaïque II (VIe siècle avant J.-C.)

    Idalion

  • Terre cuite

  • Acquisition Colonna-Ceccaldi, 1869

    N 3294

  • Antiquités orientales

    Aile Sully
    Rez-de-chaussée
    Levant : Chypre
    Salle 21
    Vitrine 3 : Chypre à l'époque archaïque II (fin VIIe - début Ve siècle avant J.-C.)

Informations pratiques

Adresse et téléphone :
Musée du Louvre, 75058 Paris - France
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

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