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Œuvre Tête royale dite "tête de Hammurabi"

Département des Antiquités orientales : Mésopotamie

Tête royale dite « tête de Hammurabi »

© Musée du Louvre, dist. RMN / Raphaël Chipault

Antiquités orientales
Mésopotamie

Auteur(s) :
Claire Iselin

Cette petite statuette de tête d'homme est une des sculptures les plus célèbres de l'art de l'Orient antique. La haute qualité de la sculpture et l'âge avancé du personnage ont fait penser qu'il pourrait s'agir d'un portrait du roi Hammurabi de Babylone (1792-1750 av. J.-C.), mais cette oeuvre est vraisemblablement antérieure au règne de ce souverain. En effet, certains détails, comme la disposition de la chevelure sur le front et dans le cou, permettent de dater l'exécution vers 2000 av. J.-C.

Une oeuvre atypique

Cette tête de statuette a été découverte à Suse (Iran), où elle a probablement été emportée en butin au XIIe siècle av. J.-C. avec d'autres chefs-d'oeuvre razziés par le roi élamite Shutruk-Nahhunte. Elle représente un souverain mésopotamien portant le bonnet à hauts bords, coiffure royale caractéristique de la fin du IIIe millénaire et du début du IIe millénaire av. J.-C. Le visage montre un étonnant mélange de traits conventionnels et de réalisme. Les sourcils représentés par le traditionnel motif en arête de poisson et la barbe composée d'une multitude de bouclettes superposées soigneusement ordonnées suivent les modèles contemporains. Mais l'expression du visage, qui reflète l'âge du modèle, son caractère et son état d'esprit, est différente de l'aspect statique et impersonnel de la figure royale sculptée sur la stèle du Code de Hammurabi (Sb 8) - montrant le souverain dans un acte officiel - et conçue pour être vue de loin. Les yeux en amande mi-clos et cernés ainsi que les joues émaciées soulignent le côté austère de cet homme aux traits marqués - peut-être comme le fut Hammurabi à la fin de sa vie - et la maîtrise que donne l'expérience d'une vie longue et remplie. Ce style naturaliste, presque expressionniste, se différencie de la production traditionnelle de la sculpture mésopotamienne. On l'a rapproché de celui des représentations sensiblement contemporaines des pharaons égyptiens du Moyen-Empire comme Sésostris III (1887-1850 av. J.-C.) ou Aménemhat III (vers 1850-1800 av. J.-C.) figurés eux aussi sous les traits d'hommes âgés. Cette tête a peut-être été sculptée dans un atelier ouvert à des influences extérieures, probablement éloigné des centres habituels de création et donc moins soumis aux conventions sculpturales.

Un souverain accompli

Cette oeuvre est d'une qualité exceptionnelle, mais il faut se garder de la considérer comme un portrait au sens moderne du terme. La notion de portrait personnel est étrangère à l'art du Proche-Orient. Ce visage d'un homme vieillissant, empreint d'une gravité solennelle, est l'image du sage, du prince élu des dieux, dont la longue expérience du monde et des hommes est le garant d'un gouvernement juste et équitable. Elle est le reflet des nouveaux courants d'idées qui animent les milieux lettrés de l'époque : une réflexion pessimiste sur la précarité de la condition humaine, et l'évidence que la fin inéluctable de l'existence est le lot de tout homme, fût-il un prince tout-puissant. L'inscription qui l'identifiait devait se trouver sur le corps de la statue, aujourd'hui perdu. Cette petite tête longtemps considérée comme représentant Hammurabi de Babylone est probablement antérieure à son règne. En effet, certains détails stylistiques, comme la forme de la barbe, la disposition des cheveux sur le front ou des bouclettes dans le cou, indiquent une date autour de 2000 av. J.-C.

Bibliographie

- PEZARD M., POTTIER E., Musée du Louvre. Catalogue des antiquités de la Susiane (Mission J. de Morgan), 2e édition, Louvre, Paris, 1926, n 84 b.

- SPYCKET A., La statuaire du Proche-Orient ancien, Handbuch der Orientalistik, Leyde-Cologne, 1981, p.245.

- HARPER P.O. (dir.), The Royal City of Susa, New York, 1992, n 113, p.175-176.

La Mésopotamie entre le Tigre et l'Euphrate, catalogue d'exposition, Musée d'art de Setagaya, 5 août 2000 - 3 décembre 2000 ; Musée d'art asiatique de Fukuoka, 16 déc. 2000 - 4 mars 2001 ; Tokyo : NHK, 2000,  n 140, p.223.

- DEMANGE F., "La sculpture mésopotamienne du IIe millénaire", in Dossiers d'archéologie, n 288, nov.2003, p.14-15.

- ANDRE-SALVINI B., Le Code de Hammurabi, collection solo (27), Département des Antiquités orientales,  Editions de la Réunion des musées nationaux, Paris, p.17-18.

Cartel

  • Tête royale dite « tête de Hammurabi »

    Début du IIe millénaire

    Suse

  • Diorite

    H. : 15,20 cm. ; L. : 9,70 cm. ; Pr. : 11 cm.

  • Fouilles J. de Morgan

    Sb 95

  • Antiquités orientales

    Aile Richelieu
    Rez-de-chaussée
    Vitrine 1 : La Mésopotamie, première moitié du IIe millénaire avant J.-C. ; Hammurabi de Babylone et son temps

Informations pratiques

Adresse et téléphone :
Musée du Louvre, 75058 Paris - France
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

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