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Œuvre Victoire de Samothrace

Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines : Art hellénistique (du IIIe au Ier siècle av. J.-C.)

La Victoire de Samothrace

© 2006 Musée du Louvre / Daniel Lebée et Carine Deambrosis

Antiquités grecques, étrusques et romaines
Art hellénistique (du IIIe au Ier siècle av. J.-C.)

Auteur(s) :

Marianne Hamiaux

Très tôt en Grèce, la représentation de la victoire a été personnifiée sous les traits d'une déesse ailée, descendant sur terre pour faire honneur au vainqueur. Fidèle à cet esprit, le monument érigé dans le sanctuaire des Grands Dieux de Samothrace au début du IIe siècle avant J. C. représente une Victoire se posant sur l'avant d'un navire de guerre, pour commémorer sans doute une victoire navale. Par la virtuosité de sa sculpture et par l'ingéniosité de sa construction ce monument est un chef-d'oeuvre inégalé de la sculpture grecque d'époque hellénistique.

Le monument : une statue et sa base

Le pied droit touchant à peine le pont du navire, la Victoire est saisie à la fin de son vol, les ailes encore déployées, les vêtements tourbillonnant au vent. Elle est vêtue d'un chitôn en tissu fin, et d'un himation plus épais, demi drapé à la taille, que le vent est en train de dénouer : une grande coulée d'étoffe tombe en plis profonds entre les jambes, et un pan de draperie s'envole derrière la jambe gauche. La déesse faisait un geste de salut victorieux, levant le bras droit un peu plié, la main ouverte paume vers l'avant (exposée près de la statue). Du bras gauche abaissé, elle tenait peut-être un attribut – par exemple une sorte de mât (stylis) prélevé sur le bateau vaincu, comme on le voit sur des monnaies hellénistiques montrant une Victoire sur la proue du navire vainqueur.
La base de la statue représente donc l'avant d'un navire de guerre, reconnaissable à ses caisses de rames en saillie de chaque côté : elles supportaient deux rangs de rames, dont on voit les sabords de nage. Mais il faut imaginer les deux éperons de combat fixé sur l'étrave et un ornement haut dressé sur la proue ; leur disparition amoindrit beaucoup l’aspect offensif du navire.
La statue est faite de six morceaux, le navire de dix-sept blocs. L'agencement de ces éléments a été calculé pour faire tenir le porte-à-faux des ailes et des caisses de rames, et c'est le poids de la statue qui pèse sur le bloc de l'avant de la quille pour le maintenir soulevé : ce sont là des tours de force techniques éblouissants. La statue et la base sont donc indissociables, et il est évident que le monument a été conçu comme un tout par un seul et même artiste.
 

Le style : un homme et son époque

Le monument de la Victoire était abrité dans un petit édifice dont il ne reste plus que les fondations. Son socle (également visible au Louvre) y était placé non pas de face, mais un peu en oblique, de sorte que le visiteur abordait la statue de trois quart gauche. Sous cet angle, les lignes de construction du corps s'imposent : partant du cou, elles descendent le long des jambes tendues, l'une verticale, l'autre vers l'arrière, pour former un triangle rectangle assurant puissance et stabilité à la représentation mouvementée. C'est aussi pour cette raison que le travail de la draperie est beaucoup plus poussé du côté gauche que du côté droit, puisque ce dernier était peu visible du spectateur. Le sculpteur avait certainement participé dès l'origine à l'ensemble du projet, pour concevoir la statue en fonction de son environnement spatial - une préoccupation artistique apparue à l'époque hellénistique.
On ne connaît pas le nom de ce sculpteur, certainement une personnalité hors du commun. En s'inspirant pour la Victoire des modèles classiques, en particulier, pour le traitement des draperies, des sculptures des frontons du Parthénon, il les transforme en leur insufflant une vigueur non dépourvue d'emphase. En cela, la Victoire de Samothrace est très proche des personnages de la frise de la Gigantomachie qui décore le Grand autel de Zeus de Pergame, (180 - 160 env. av. J.-C.) : ces deux oeuvres sont les meilleures illustrations d'un courant de sculptures mouvementées propre au IIe siècle avant J. C.
 

Une somptueuse offrande

Les Grands Dieux de Samothrace, appelés aussi Cabires, étaient des dieux très anciens, d'origine anatolienne, dont le culte à mystères existait dans l'île avant même l'arrivée des Grecs. À partir du IVe siècle avant J. C., sous l'impulsion des rois de Macédoine, le sanctuaire rayonne dans tout le monde grec, surtout en Asie Mineure. Les offrandes, des plus humbles aux plus somptueuses, se multiplient pour honorer et remercier ces dieux bienfaisants, qui pouvaient sauver du naufrage les initiés à leurs mystères ou les aider à remporter le combat.
C'est dans ce contexte que fut dédié le monument de la Victoire, à une époque où les batailles navales se succèdent entre les différentes puissances qui cherchaient alors à dominer la partie orientale de la Méditerranée. Les plus souvent évoquées sont les batailles de Sidè et Myonnisos (sur les côtes d'Asie Mineure) en 190 et 189 avant J.-C., après lesquelles le royaume de Pergame, allié aux Rhodiens et aux Romains, triompha de ses ennemis traditionnels, les royaumes d'Antioche et de Macédoine. Mais l'inscription de dédicace n'ayant pas été retrouvée, cela reste une hypothèse. Quoi qu'il en soit, il est certain que la base en forme de navire en marbre de Lartos provient d'un atelier de Rhodes, d'où elle fut envoyée à Samothrace ; quant à la statue, elle a pu être sculptée à Samothrace même par un artiste originaire d'Asie mineure ou du Dodécannèse, appelé ensuite à travailler au projet de la frise du Grand Autel de Pergame.

Bibliographie

- Marianne Hamiaux, La Victoire de Samothrace, collection Solo, Paris, 2007, avec une sélection commentée de la bibliographie antérieure.
- voir aussi sur le site Internet du Louvre - Découvrir - l'Œuvre à la Loupe : la Victoire de Samothrace, avec de nombreux schémas et illustrations.

Cartel

  • La Victoire de Samothrace

    vers 190 avant J.-C.

    Ile de Samothrace (île du Nord de l'Egée)

  • Marbre gris de Lartos pour le bateau, marbre de Paros pour la statue

    H. : 3,28 m.

  • Missions Ch. Champoiseau, 1863, 1879

    Ma 2369

  • Antiquités grecques, étrusques et romaines

    Aile Denon
    Rez-de-chaussée
    Escalier de la Victoire de Samothrace
    Escalier Daru

Informations pratiques

Musée du Louvre, 75058 Paris - France
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi
24 et 31 décembre 2014 : ouvert jusqu'à 17h

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

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