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Pistes de visite A l'origine de la guerre de Troie

Durée : 1h30 - Niveau : Collège, 3e hellénistes, adaptable dès la 6e - Disciplines : Langues et Cultures de l’Antiquité - français - musique - histoire
Jours de faisabilité : Lundi, Mercredi, Vendredi, Samedi, Dimanche

Groupes scolaires

  • Piste
Jacques Louis David, Les amours de Pâris et d'Hélène, 278x278px
Jacques Louis David, Les amours de Pâris et d'Hélène, 278x278px

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Angèle Dequier

Objectifs

- Se familiariser avec les espaces du musée et s’orienter de façon autonome ;

- Aborder les correspondances entre littérature et arts visuels, en associant à des textes préalablement étudiés des œuvres des collections du Louvre ;

- Former le regard, notamment en encourageant une pratique sensible et construite de la photographie ;

- Découvrir la permanence de l’inspiration antique et les formes diverses qu’elle peut prendre : récurrence d'un thème, citations, détournements… (les œuvres ont été choisies à dessein dans des périodes différentes, de l’Antiquité au XIXe siècle) ;

- Susciter la curiosité pour des œuvres et techniques moins connues ou diffusées (terres cuites, mosaïque…)

Parti pris

Cette piste de visite est centrée, non sur la guerre de Troie en elle-même, mais sur ceux qui en sont la cause : Pâris, Hélène, et bien sûr la déesse Aphrodite. Elle peut accompagner, par exemple, un travail mené en interdisciplinarité avec le professeur de musique autour de La Belle Hélène d’Offenbach, avec le professeur de français sur le mythe épique ou la tragédie, avec le professeur d’histoire sur la civilisation mycénienne...

On suppose l’histoire d'Hélène et de la guerre de Troie connue. Elle a été abordée, selon le niveau des élèves, par des récits du type Contes et légendes ou à travers des extraits d’auteurs antiques, étudiés en traduction ou en cours de grec.

Le corpus retenu est le suivant :
- Homère, Iliade, chant III
- Euripide, Hélène
- Euripide,  Les Troyennes, vers 860 à 1059.
- Gorgias, Eloge d'Hélène
- Lucien de Samosate, « Le Jugement des déesses » in Les Dialogues des dieux

Il pourra être amusant de se référer aussi au livret de Meilhac et Halévy, qui nous donne une version moderne et burlesque du mythe.

Ces textes posant la question de la culpabilité d'Hélène, on cherchera quelle réponse y est apportée par les différents artistes : comment, par le choix de la scène représentée, par l’attitude donnée à la reine, nous suggèrent-ils sa culpabilité ou son innocence ?

Lors de la visite, les élèves découvriront des œuvres faisant écho aux textes ainsi étudiés. Ils feront de chacune d'entre elles deux photographies :
- l’une d’ensemble ;
- l’autre d'un détail qu’ils auront eux-mêmes choisi.

La visite se déroule, idéalement, en petit groupe avec le professeur. Elle ne fait pas l'objet de prises de notes.

De retour en classe, les élèves réaliseront un dossier, regroupant les œuvres et détails photographiés, et les associant à citation appropriée, empruntée à  un auteur antique.

Matériel

- Un plan sur lequel les salles où se trouvent les œuvres auront été préalablement indiquées par le professeur ;

- Un appareil photo, un téléphone ou une tablette pour photographier les œuvres.

Les amours de Pâris et d'Hélène, Jacques Louis DAVID, département des Peintures
Les amours de Pâris et d'Hélène, Jacques Louis David-140x87px

© Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Angèle Dequier

1Les Amours de Pâris et Hélène

Jacques-Louis David

Les Amours de Pâris et Hélène
Jacques-Louis David (Paris, 1748 - Bruxelles, 1825)
1788
H. : 1,46 m. ; L. : 1,81 m.
Saisie révolutionnaire de la collection du comte d’Artois
Département des Peintures

Localisation : Denon, 1er étage, Daru, salle 75

 

Le tableau est une commande pour le pavillon de Bagatelle du comte d’Artois, futur Charles X. Edifié très rapidement à la suite d’un pari entre Marie-Antoinette et le frère du roi, il s’agissait d’un lieu consacré à des aventures galantes. Le sujet choisi est donc tout à fait approprié !
 

Une œuvre surprenante de la part de David ? Observation et comparaison

A quel type de personnages le peintre s'intéresse habituellement ?
Les élèves sont invités à regarder en parallèle le tableau voisin, La douleur d'Andromaque, morceau de réception à l’Académie, qui fit l'unanimité du jury en 1793. Véritable manifeste du néoclassicisme, la toile semble plus conforme à ce que l’on attend de David. Et en effet, les sujets semblent opposés…

- Les élèves sont invités à identifier les personnages ;

- Ils comparent ensuite :
o Hector et Pâris
Hector, grand guerrier mort au service de sa patrie, apparaît ici livide et tendu dans une raideur cadavérique ; on remarque, au premier plan la présence d’armes disproportionnées, ainsi que la couronne de laurier qui ceint la tête du défunt.
Pâris, galant musicien tenant sa lyre, à la carnation lumineuse et à l’attitude gracieuse semble s’y opposer. Point d’armes, mais le bonnet phrygien et une élégante chlamyde.
Ce Pâris Alexandre est certes « beau comme un dieu » et on se souviendra qu’Homère l’appelle le plus souvent « Alexandre pareil aux dieux » (Ἀλέξανδρος θεοειδής).
Mais c'est aussi le « bellâtre, coureur de femmes » (εἶδος ἄριστε,γυναιμανές) interpellé par Hector qui lui reproche sa lâcheté face à Ménélas (Iliade, III, 39).
o Andromaque et Hélène
Andromaque : veuve éplorée, modèle même de la fidélité conjugale par-delà la mort.
Hélène : l’épouse infidèle par excellence, à l’attitude lascive, dont le chitôn transparent dévoile l'épaule.

Deux formes d’amour s’opposent, l’amour conjugal dont le fruit est le petit Astyanax et un amour sensuel et stérile. On remarque d’ailleurs que les deux couples, - d’un côté la mère et l’enfant qui semble vouloir la consoler, de l’autre les deux amants – s’intègrent dans un même triangle lumineux.

Deux courants d’exploitation de la mythologie sont ici côte à côte : la mythologie héroïque et la mythologie galante, héritée du XVIIIe siècle.


Une œuvre néoclassique

Toutefois le tableau de David est bien néoclassique par son traitement, le choix d’une composition en frise, la présence du rideau qui théâtralise la scène et le souci du détail « vrai » dans l’architecture et le mobilier. Ces derniers révèlent le goût pour l’archéologie antique et le détail vrai - ou apparemment vrai - qui s’est développé après la découverte des sites de Pompéi et Herculanum.

On demande aux élèves d’observer avec attention le décor de ce mobilier, en attirant si besoin leur attention sur ces détails :

- Léda et un cygne ornent le lit. Pourquoi ? (Léda est la mère d'Hélène, séduite par Zeus).
- Des cygnes sont également présents sur l’athénienne qui se trouve à droite. C'est là un petit meuble bien néoclassique, puisque son nom vient d’un tableau de Vien représentant une jeune Athénienne brûlant de l'encens sur un trépied...
- Sur la lyre une représentation du jugement de Pâris évoque la cause de la guerre.
- La déesse victorieuse Aphrodite est-elle présente ? (sa statue orne une colonne ; les élèves sont invités à mémoriser la position de la déesse).
- Existe-t-il des indices de la présence d’Eros ? (Il est représenté par son attribut, le carquois. Il est beaucoup plus difficile de l’identifier, en compagnie de Psyché, dans le bas-relief à demi dissimulé par la draperie, sur la droite).
- Des statues féminines font office de colonnes en arrière-plan. Après avoir rappelé le terme « cariatide », on demande aux élèves de quel célèbre monument David peut s’être inspiré : pour peu que l’on ait en classe évoqué l’Acropole d'Athènes, ils citeront l’Erechtéion... Qu’ils observent bien, cependant, la statue de droite...


Quel épisode de l’Iliade David a-t-il choisi de représenter ?

Hélène vient de rejoindre Pâris, sauvé par Vénus qui l’a enveloppé d’une nuée et emmené dans sa chambre « odorante et parfumée », alors qu’il était en passe d’être tué par Ménélas. On rappelle que dans cet extrait du chant III, qui a été lu en classe, Hélène, après s’être rebellée contre Aphrodite, « détourne les yeux » de Pâris, lui reproche vertement sa lâcheté, et ne lui cède qu’à contrecœur.


L’attitude des amants reflète-t-elle cette réticence ?

Pâris regarde amoureusement une Hélène, qui, si elle ne détourne pas les  yeux, les baisse et semble plutôt réticente. Il la tient fermement par le bras : elle apparaît comme sa possession, un bien qu’il a en quelque sorte gagné sur le mont Ida.
L’attitude, gracieuse au demeurant d’Hélène, est surprenante. Si elle ne s’appuyait sur l'épaule de Pâris, comme sur un pilier, elle tomberait... Les élèves sont invités à tenter de reproduire sa position et à la mémoriser.

Que peut-on en déduire concernant la culpabilité d’Hélène ?

Le peintre ne semble pas donner de réponse bien tranchée et laisse planer l'ambiguïté.

Photographier l’œuvre (globalité et détail)

Citation pouvant être associée : les paroles que Pâris adresse à Hélène (Iliade, III, vers 441 et 442, traduction de Paul Mazon, « Les Belles Lettres ») :

« Allons ! couchons-nous et goûtons le plaisir d’amour. Jamais encore le désir n’a à ce point enveloppé mon âme. »

« Ἀλλ' ἄγε δὴ φιλότητι τραπείομεν εὐνηθέντε
οὐ γάρ πώ ποτέ μ'ὦδε γ' ἔρως φρένας ἀμφεκάλυψεν ».

Girolamo di Benvenuto, Le Jugement de Pâris
Girolamo di Benvenuto, Le Jugement de Pâris-140x87px

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Gérard Blot

2Le Jugement de Pâris

Girolamo di Benvenuto

Le Jugement de Pâris
Girolamo di Benvenuto (Sienne, 1470 - Sienne, 1524)
Vers 1500 ?
Ancienne collection Campana
Entré au Louvre en 1863
Département des Peintures

 

Localisation : Denon, 1er étage, salle des Sept-Mètres, salle 4

 

Les élèves, munis de leur plan, gagnent la salle des Sept-Mètres. Sachant que l’œuvre à rechercher est un tondo, aphérèse de rotondo, ils en déduisent qu’elle est de forme circulaire et la trouvent.
 

Comment expliquer la forme circulaire de l’œuvre ?
Voir la notice de l’œuvre accessible en cliquant sur le titre de l'oeuvre ci-dessus.


Identifier les personnages :

- Aphrodite est immédiatement reconnaissable (nudité notamment) ;
- Il n’en va pas de même pour Athéna et Héra.
On peut cependant émettre des hypothèses :
La plus richement vêtue, de dos, pourrait être Héra. Elle tient un petit récipient à la main : cela renvoie peut-être à la fonction du plateau, Héra étant la déesse du mariage.
La déesse qui nous fait face tient un livre : or Athéna est la déesse de la sagesse...

A noter : les costumes n’ont évidemment rien d’antique, occasion de rappeler que la recherche de véracité en ce domaine date de la fin du XVIIIe.


Observer leurs attitudes.
En quoi cela préfigure-t-il déjà l’issue du jugement ?

Pâris, bouche bée, est encore hésitant, mais semble fasciné par la nudité de Vénus.
Beaucoup plus maligne que Junon et Minerve qui se disputent, elle se contente de se montrer dans toute sa splendeur ! On remarquera sa position, avec l’inclinaison inversée, en chiasme, des épaules et du bassin...
Cupidon, complice de sa mère,  est prêt à décocher sa flèche sur Pâris.


Observer le paysage où règnent paix et harmonie ; la guerre ne tardera pas à faire irruption : quels peuvent en être les indices ?

On remarque une masse rocheuse quelque peu menaçante derrière Vénus, en contraste avec la gracilité des arbres et la légèreté des collines bleutées en arrière-plan. On rappelle à cette occasion que nous sommes sur le mont Ida, où Pâris fait paître les troupeaux de Priam.

Il est d'ailleurs intéressant d’observer quels sont les animaux présents et quelle peut être la raison de leur présence : les cygnes évoquent Léda, et donc Hélène ; quant aux chevaux, ils peuvent préfigurer la guerre de Troie...
 

Photographier l’œuvre (globalité et détail)

Citation pouvant être associée : un petit extrait du « Jugement des déesses », l'un des Dialogues des dieux de Lucien de Samosate. Pâris ayant demandé que les trois déesses se déshabillent afin de pouvoir « juger avec précision » obtient cette réponse d'Aphrodite :

« Très bien, Pâris, je serai la première à me déshabiller, afin que tu voies que je n'ai pas seulement les bras blancs, que je ne m'enorgueillis pas d'avoir de grands yeux, mais que je suis également belle en tout et partout. »

« Καλῶς,ὦ Πάρι,καὶ πρώτη γε ἀποδύσομαι,ὅπως μάθῃς ὅτι μὴ μόνας ἔχω τὰς ὠλένας λευκὰς μηδὲ τῷ βοῶπις εἶναι μέγα φρονῶ,ἐπ' ἴσης δέ εἰμι πᾶσα καὶ ὀμοίως καλή ».

On rappelle à cette occasion que « aux bras blancs » / λευκώλελος et « aux grands yeux » (littéralement « aux yeux de vache ») / βοῶπις sont deux épithètes homériques d’Héra !

Une fois la pomme donnée à Vénus, il faut que Pâris obtienne sa récompense et enlève la belle. Empruntons la grande Galerie de peinture italienne pour être témoins de cet enlèvement.

Guido Reni, dit Le Guide, L´Enlèvement d´Hélène
Guido Reni, dit Le Guide, L´Enlèvement d´Hélène - 140x87px

© 2009 Musée du Louvre / Erich Lessing

3L’enlèvement d’Hélène

Guido Reni

L’enlèvement d’Hélène
Guido Reni (Bologne, 1575 - Bologne, 1642)
Vers 1626 - 1629
H. : 2,53 m. ; L. : 2,65 m.
Entré au Louvre en 1794
Département des Peintures

 

Localisation : 1er étage, Grande Galerie, salle 12

 

Face aux cinq toiles provenant de la galerie de l’hôtel La Vrillière (voir notice de l’œuvre en cliquant sur le titre), les élèves sont invités à identifier celle qui représente l'enlèvement (elle se détache par sa luminosité et l'éclat de ses couleurs).

Identifier les personnages et observer leur attitude :

- Pâris, au centre, attire les regards. Triomphant, voire même arrogant, il est vêtu d’un paludamentum, ayant remporté une victoire qui n’est pourtant en rien militaire !
- C’est une Hélène manifestement consentante qui le suit. Elle quitte le palais de Ménélas d’un pas assuré.
- Les trois suivantes de la reine portent les présents  qui ont contribué à séduire la belle... On remarque le jeu des regards : la femme de droite regarde celle de gauche, qui semble nous prendre à témoin de la scène.
- Le petit page noir tient en laisse un ouistiti. L’un comme l’autre apportent une touche d’exotisme. Tous deux sont également, sans doute, des présents apportés par le séducteur. C'est en effet grâce à son faste oriental, et donc exotique, que Pâris séduisit Hélène. Il a également eu recours à d’enjôleuses paroles, auxquelles le petit singe, animal rusé, pourrait renvoyer...
- Les trois compagnons de Pâris, en revanche, sont manifestement inquiets et l’invitent à se presser de rejoindre la flotte que l’on distingue à l’arrière-plan. On peut supposer que l’homme qui se tient à côté de Pâris est Énée, qui l’avait accompagné à Sparte.
- Un malicieux Cupidon, dont le geste nous invite à un silence complice, révèle que ce départ est en fait une fuite.
- Le petit chien qui semble vouloir affronter le ouistiti pourrait symboliser la fidélité, ici bafouée...


Que peut-on en déduire concernant la culpabilité d’Hélène ?

Incontestablement l’Hélène de Guido Reni est coupable :
- Elle suit de son plein gré son  séducteur !
- Si l’on n’observe que cette moitié gauche du tableau, on a l’impression de se trouver face au cortège nuptial d’une jeune fille, mais l’attitude des trois suivantes peut marquer une certaine désapprobation.
- La présence de Cupidon et du chien symbole de fidélité soulignent cette culpabilité.


Peut-on identifier des indices de désastres futurs ?

- Cupidon a le pied sur un fragment architectural brisé qui annonce la destruction de Troie. On peut opposer ce fragment à la marche entière du solide palais que quitte Hélène.
- La torche tenue par le petit dieu Hymen (à ne pas confondre avec Cupidon) est éteinte et fumante. On peut rappeler à cette occasion que la reine Hécube avait rêvé qu’elle donnait le jour à une torche qui embrasait Troie...
- Le doigt pointé du compagnon de Pâris situé à l’arrière, l’épée dressée d’Enée, la lance tenue par l’un des deux soldats debout à l’arrière-plan peuvent apparaître comme des annonces d’une guerre, située dans un hors-champ vers lequel tend toute la composition.


Photographier l’œuvre (globalité et détail)

Citation pouvant être associée : les paroles que la reine Hécube adresse à une Hélène qu’elle juge responsable de la guerre, dans Les Troyennes (Vers 996/7, traduction de Léon Parmentier - « Les Belles Lettres ») :

« Le palais de Ménélas ne suffisait pas à tes besoins de luxe insolent. »
« Οὐδ' ἦν ἱκανά σοι τὰ Μενέλεω
μέλαθρα ταῖς σαῖς ἐγκαθυϐρίζειν τρυφαῖς. »

Gavin Hamilton, Vénus présentant Hélène à Pâris
Gavin Hamilton, Vénus présentant Hélène à Pâris -140x87

© 2011 Musée du Louvre / Harry Bréjat

4Vénus présentant Hélène à Pâris

Gavin Hamilton

Vénus présentant Hélène à Pâris
Gavin Hamilton
Vers 1777 - 1780
H : 2011 m. ; L. : 2,59 m.
Achat 2011
Département des Peintures

Localisation : Denon, 1er étage, Piazzetta, salle 14


Identifier l’œuvre : les élèves sont invités à chercher, en levant la tête, une toile représentant Hélène, Pâris, Vénus.
 

Quelle scène est représentée?
Il s'agit de la première rencontre entre Pâris et Hélène, conduite par Vénus en personne.


Comparer la toile à celle de David :
- Quels éléments permettent d’identifier le style de l’œuvre ?
(Gavin Hamilton est l’un des inventeurs du style néoclassique, dont certaines caractéristiques sont facilement identifiables : en arrière-plan, le rideau qui théâtralise la scène, ainsi qu’une massive base de colonne qui découpe l’espace).

- Comment sont traités les personnages ?
o Pâris, revêtu cette fois de ses armes, est totalement passif et attend que la déesse lui amène Hélène ;
o La réticence, très nettement soulignée, d’Hélène est marquée par le geste de sa main gauche.
o Les dieux sont présents. Vénus, dévoilant Hélène, joue ici les entremetteuses... Eros semble être dupliqué !
L’Aphrodite de Lucien promet l’assistance de ses deux fils, Eros, l’Amour, et Iméros, le Désir. C’est sans doute ce dernier qui, assisté de son frère, s’apprête à unir les mains de Pâris et Hélène.
o La composition en diagonale et le recours au clair-obscur mettent en valeur les personnages féminins au détriment d’un Pâris  qui reste dans l’ombre.
 

Comment la guerre future est-elle préfigurée ?
La tenture au-dessus de Pâris, vêtu en soldat, évoque une tente militaire. Les nuages s’amoncellent au-dessus de ce drapé. L’attitude suppliante du putto de droite  peut aussi s’interpréter comme une mise en garde...
 

Que peut-on en déduire concernant la culpabilité d’Hélène ?
C'est une Hélène victime de Vénus qui nous est montrée ici.
 

Photographier l’œuvre (globalité et détail)

Citations pouvant être associées :
- Les vers de l’Iliade, par lesquels le roi Priam absout Hélène de toute responsabilité (Iliade, III, 164/165, traduction de Paul Mazon, « Les Belles Lettres ») :
« Tu n'es, pour moi, cause de rien : les dieux seuls sont cause de tout : ce sont eux qui ont déchaîné cette guerre, source de pleurs, avec les Achéens. »
« Οὔ τί μοι αἰτίη ἐσσί,θεοί νύ μοι αἴτιοί εἰσιν,
οἵ μοι ἐφώρμησαν πόλεμον πολύδακρυν Ἀχαιῶν. »

- Le refrain de l’Invocation à Vénus d’Offenbach est aussi tout à fait approprié :
« Dis-moi, Vénus, quel plaisir trouves-tu
  
À faire ainsi cascader, cascader la vertu ? »

Atelier du Groupe de Berlin, Lécythe : Léda et le cygne
Atelier du Groupe de Berlin, Lécythe : Léda et le cygne-140x87

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski

5Lécythe plastique attique : Léda et le cygne.

Lécythe plastique attique : Léda et le cygne.
Vers 375 - 350 avant J.-C. ?
Provenance : Attique
H : 24 cm ; L : 13,50 cm
Acquisition, 1898
Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines.
 

Localisation : Sully, 1er étage, Figurines en terre cuite grecques, salle 36, vitrine 15

Attention : Œuvre de petit format présentée en vitrine – Adaptée pour une observation en groupe restreint
 

Chercher l’oeuvre dans la vitrine 15 et lire le cartel, qui est explicité :
- « Lécythe » : vase de toilette, destiné à stocker de l’huile parfumée ; on évoque sa forme traditionnelle (on pourra en identifier dans la Galerie Campana).
- « plastique » : l’adjectif dérive du verbe plattein qui signifie « façonner » et sa signification peut aisément être devinée. L’artisan a reproduit, par le modelage, des formes (tout comme le chirurgien plasticien remodèle la partie endommagée du corps).
- « attique » : le vase provient d’un atelier d'Athènes, où, au IVe siècle, la céramique cède la place à ce type de vases, qui annoncent les célèbres statuettes féminines tanagréennes.
Ce vase est l’œuvre d'un « coroplathe », « fabricant de poupées », terme quelque peu péjoratif pour qualifier cet artisanat, et que nous devons à Isocrate.
 

Observer l’œuvre et son aspect :
- le vase est fait de plusieurs parties et les petites rosettes décoratives sont toutes identiques.
- il existe des traces de polychromie (dorure, vert) et la présence d'un revêtement blanc.
A partir de ces observations peuvent être abordés quelques aspects techniques : un prototype modelé est à l’origine de moules à partir desquels on procède à un tirage de l’objet. Les différentes parties qui le composent sont collées à la barbotine. La mise en couleur est effectuée après cuisson et application d'une préparation blanche. Le pigment vert est de la malachite.
 

Quel pouvait être l’usage d’un tel vase, objet de valeur ?
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne s’agit pas d’un objet décoratif, mais d’une offrande destinée à un sanctuaire.

Qui est Léda ?
Epouse du roi Tyndare, elle fut séduite par Zeus, ayant pris la forme cygne. Eros préside ici à la scène.
Selon les différentes versions, elle pondit un ou deux œufs, dont sortirent Hélène, Pollux, Castor et Clytemnestre.
 

Photographier l’œuvre (globalité et détail)

Citations pouvant être associées :

- Les vers 17 à 21 du prologue de l’Hélène d’Euripide, qui met en scène une Hélène innocente et pure, qui n’alla jamais à Troie mais y fut remplacée par un fantôme ! :
« On raconte, c'est vrai, que Zeus, prenant la forme d’un cygne et fuyant la poursuite d’un aigle dans le sein de ma mère, transforma cette ruse en étreinte : mais peut-on accorder du crédit à ce conte ? » (Traduction d’Henri Grégoire, « Les Belles Lettres »)
« Ἔστιν δὲ δὴ
λόγος τις ὡς Σεὺς μητέρ' ἔπτατ' εἰς ἐμὴν
Λήδαν κύκνου μορφώματ' ὄρνιθος λαβών,
ὅς δόλιον εὐνὴν ἐξέπραξ' ὑπ'αἰετοῦ
δίωγμα φεύγων,εἰ σαφὴς οὗτος λόγος. »
 

- à cette Hélène vertueuse s’oppose celle de Meilhac et Halévy qui dit à Calchas :
« Est-ce ma faute ? Moi, la fille d’un oiseau, est-ce que je puis être autre chose qu’une cocotte ? »

Peintre de Ménélas (5e siècle av J.-C.), Cratère en cloche, retrouvailles de Ménélas et Hélène
Peintre de Ménélas (5e siècle av J.-C.), Cratère en cloche, retrouvailles de Ménélas et Hélène-140x87

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Les frères Chuzeville

6Cratère à figures rouges : retrouvailles d’Hélène et de Ménélas.

Cratère à figures rouges : retrouvailles d’Hélène et de Ménélas.
Vers 450 - 440
Provenance Egnazia (Gnathia)
Athènes
H. : 27,40 cm. ; L. : 33,30 cm. ; D : 30,20 cm.
Ancienne collection Campana, 1861
Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines.
 

Localisation : Sully, 1er étage, Galerie Campana - salle thématique, salle 39

Attention : d’octobre 2016 à juillet 2017, ce vase est présenté dans la Petite Galerie. Cette étape de la visite n’est donc pas réalisable sur cette période.
 

Cette céramique, travail du potier, « kerameus » (κεραμεύς) est un cratère : il sert à mélanger l’eau et le vin lors des banquets, le symposiarque étant chargé de déterminer les proportions. Il s’agit ici d’un cratère en cloche.

Quelques mots sur les techniques : dans cette céramique à figures rouges, les figures ont été réservées et les détails rendus à l'aide d’un pinceau très fin.
 

Observer l’œuvre et son aspect, en parallèle du lécythe à figures noires, où l’on voit Achille traînant le corps d’Hector, situé dans la même vitrine :
- dans la céramique à figures rouges, les figures ont été réservées et les détails rendus à l’aide d’un pinceau très fin ;
- sur lécythe, les détails sont rendus grâce à des incisions.
 

Identifier les personnages et observer leur attitude :
- Hélène, au centre, fuit devant Ménélas qui la poursuit dans l’intention manifeste de la tuer. Sa fuite affolée est rendue par une position très complexe : le buste est de face, la tête et les jambes sont tournées dans des directions opposées, les bras sont écartés, une paume vers l’avant, l’autre vers l’arrière.
Cette position est-elle réalisable ?
Les élèves seront sans doute surpris d’apprendre que Nijinski l’imposa à ses malheureuses interprètes de L’Après-midi d'un faune !
- Aphrodite, très calme au contraire et hiératique, protège Hélène d’un geste. Elle vient d’envoyer pour la sauver une arme redoutable, son fils Eros!
- Ménélas, frappé par la beauté de son épouse, laisse tomber son épée ! Il est si ébloui qu’il se dissimule le visage derrière son bouclier.
 

Photographier l’œuvre (globalité et détail)

Citations pouvant être associées :

La reine Hécube d’Euripide avait donc bien raison de mettre en garde Ménélas (Les Troyennes, vers 891/893) :

« En la voyant, fuis, de peur d’être saisi par le désir.
Elle fascine les regards des hommes, elle détruit les cités,
Elle incendie les maisons : tant elle possède de charme ! »

« Ὁρῶν δὲ τήνδε φεῦγε,μή σ'ἕλῃ πόθῳ.
Αἱρεῖ γὰρ ἀνδρῶν ὄμματ',ἐξαιρεῖ πόλεις,
πίμπρησι δ' οἴκους• ὧδ' ἔχει κηλήματα. »
 

Mais le vase montre aussi qu’Hélène, comme Ménélas, sont les jouets de la déesse et de sa puissance. Son iconographie pouvait fournir un intéressant sujet de débat pour les participants au banquet : la question de la culpabilité d’Hélène. Dans le cadre de l'étude de l'argumentation, on aura lu en classe L’Eloge d’Hélène de Gorgias, et on rappellera les quatre arguments qu’il avance pour innocenter la belle :

« Elle a fait ce qu’elle a fait, soit par les arrêts du destin, la volonté des dieux et les décrets de la nécessité, soit enlevée par force, soit persuadée par des discours, soit prisonnière de l’amour. »

« Ἢ γὰρ τύχης βουλήματι καὶ θεῶν κελεύσματι καὶ ἀνάγκης ψηφίσματι ἔπραξεν ἃ ἔπραξεν,ἢ βίᾳ ἁρπασθεῖσα,ἢ λόγοις πεισθεῖσα,ἢ ἔρωτι ἁλῶσα. »

C’est le premier de ces arguments qui est illustré ici.

Mosaïque de sol : le jugement de Pâris
Mosaïque de sol : le jugement de Pâris-140x87

© Musée du Louvre, RMN - Grand Palais / Thierry Ollivier

7 Mosaïque de sol : le jugement de Pâris

Mosaïque de sol : le jugement de Pâris
115 - 150 après J.-C.
Antioche sur l’Oronte, Turquie. Maison de l’atrium.
Marbre, calcaire et pâte de verre
l. : 1,86 m ; L : 1,86 m
Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines
 

Localisation : Denon, Rez-de-chaussée, salle 25

Des éléments de présentation de la mosaïque sont disponibles dans la notice accessible en cliquant sur le titre.
 

Identifier les personnages et faire un parallèle avec le tondo vu en début de visite :
- Hermès, que l’on reconnaît à son caducée et à ses ailes, est ici représenté aux côtés de Pâris.
- Le jeune homme est entouré de ses bêtes et tient sa houlette.
- Les déesses sont facilement identifiables : Athéna porte l’égide et la lance ; Héra, la tête voilée, assise, tient un sceptre ; Aphrodite n’est pas nue, mais richement et coquettement vêtue. Son assurance d’être l’élue se marque par son attitude décontractée.
- Le petit Eros, reconnaissable à ses ailes, a pour pendant une petite fille, ailée également, mais aux ailes de papillon. On demandera aux élèves s’ils se rappellent le couple d’enfants représentés par David sur le pied du lit. Nous retrouvons en effet Eros et Psyché, qui pourraient tout à fait faire l’objet d'un autre parcours au musée...
 

Y-a-t-il dans le paysage un élément préfigurant la guerre à venir ?
Le pin enserre une colonne funéraire, surmontée d’une urne.
 

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Citations pouvant être associées :
Une phrase prononcée par Hermès dans le dialogue de Lucien :
« (Zeus) ordonne que tu sois juge de leur beauté, parce que tu es beau toi-même et connaisseur en amour. »

« Ὁ Σεὺς κέλευει δέ σε δικαστὴν γενέσθαι τοῦ κάλλους αὐτῶν ἐπεὶ γαρ κάλος τε αὐτὸς εἶ καὶ σοφὸς τὰ ἐρωτικά »
 

Et faisons chanter le Pâris d’Offenbach :

« Evohé que ces déesses
Pour enjôler les garçons,
Evohé que ces déesses
ont de drôles de façons. »

Pâris dit Pâris Lansdowne
Pâris dit Pâris Lansdowne-140x87

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

8Pâris

Pâris
Début du IIe siècle après J.-C.
Tibur, Villa impériale d’Hadrien
Marbre
H. : 1,65 m
Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines
 

Localisation : Denon, Rez-de-chaussée, salle 26
 

L’œuvre a été découverte par le peintre Gavin Hamilton - dont on se rappellera avoir vu un tableau - dans la villa Hadriana de Tivoli. Elle faisait partie du décor de cet ensemble somptueux voulu par l’empereur Hadrien.
 

Observer l’œuvre : 
- Le bonnet phrygien, le tronc qui suggère un environnement champêtre laisse penser qu’il s’agît bien de Pâris, et non d’un éphèbe anonyme.
- Comparer avec les représentations de Pâris vues jusque-là : il s’agit ici d’un tout jeune homme, presque d’un adolescent. C’est le jeune berger du mont Ida, et pas encore le séducteur d’Hélène.
- Observer l’attitude de Pâris et tenter de la reproduire.
(les épaules sont fortement inclinées accentuent le chiasme polyclétéen. Le tronc est ici un nécessaire appui, et non un simple support, rendu obligatoire par le changement de matériau, du bronze d'origine au marbre).
 

On attribue l’original à un sculpteur du IVe siècle, Euphranor : comment de telles attributions peuvent se faire, alors que les originaux sont perdus ?
Pline l'ancien nous apprend par exemple qu’Euphranor était l’auteur d’un Pâris très admiré (Histoire naturelle, XXXIV, 27) :
« On a d’Euphranor l’Alexandre Pâris, estimé parce qu’on y reconnaît tout à la fois et le juge des déesses, et l’amant d'Hélène et cependant le meurtrier  d’Achille. »
La phrase de Pline s’applique-t-elle à cette sculpture ? Pourquoi peut-on en douter ?
 

Photographier l’œuvre (globalité et détail)

Citation pouvant être associée :

Un autre extrait de dialogue de Lucien, dans lequel Zeus explique qui est Pâris :
« Ce jeune homme phrygien (...) est de race royale et parent de notre Ganymède ; c'est un  habitant des montagnes sans malice. »

« Ὁ δὲ νεανίας οὗτος ὁ Φρύξ (...) βασιλικός μέν ἐστι καὶ Γανυμήδους τουτουὶ συγγενὴς,τὰ ἄλλα δὲ ἀφελὴς καὶ ὄρειος. »

Aphrodite (Vénus), dite « Aphrodite au pilier » restaurée en muse
Aphrodite (Vénus), dite « Aphrodite au pilier » restaurée en muse -140x87

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

9Aphrodite au pilier restaurée en muse

Aphrodite au pilier restaurée en muse
Ier ou IIe siècle après J.-C. (?)
Marbre
H. 1,18 m.
Achat, 1807, collection Borghèse
Antiquités grecques, étrusques et romaines
 

Localisation : Sully, Rez-de-chaussée, salle 13
 

Observer les deux statues côte à côte : évoquent-elles une autre œuvre de la visite ?
Les élèves reconnaissent sans doute l’Hélène du tableau de David. On retrouve la même attitude sinueuse du corps, en déséquilibre, l’épaule dénudée, le vêtement qui épouse les formes, dans un effet de drapé mouillé. Ils réalisent donc que le peintre a malicieusement donné pour compagne à son Pâris la déesse de l'amour en personne !
 

Pourquoi deux œuvres presque similaires ?
La présence de deux statues permet de revenir sur la pratique de la copie par les  Romains.
 

Les instruments de musique sont-ils des attributs de Vénus ?
A l’époque moderne, beaucoup de statues antiques ont été complétées, car on considérait l’œuvre fragmentaire comme imparfaite. Aphrodite s’est donc transformée en Euterpe, muse de la poésie...Quel indice a pu fait croire qu’il s’agissait d’une des compagnes d’Apollon ? (un corbeau et une branche de laurier sont sculptés sur le pilier).
 

Photographier l’œuvre (globalité et détail)

Citation pouvant être associée :
La photographie de ces deux « jumelles » sera évidemment illustrée par un vers de l’Hélène  d’Euripide : Hélène explique à Ménélas, tout surpris, qu’elle n'est jamais allée à Troie, remplacée par son « ombre » (eidôlon).

« Je ne suis pas allée en terre troyenne, mais c'était mon ombre. »

« Οὐκ ἦλθον ἐς γῆν Τρῳάδ',ἀλλ' εἴδωλον ἦν. »

Salle d’art grec classique et hellénistique, salle dite des Caryatides, musée du Louvre
Salle d’art grec classique et hellénistique, salle dite des Caryatides, musée du Louvre-140x87

© 2011 Musée du Louvre / Thierry Ollivier

10Conclusion


En conclusion : à propos de copie et d’inspiration…
 

- On rappellera aux élèves que David a aussi représenté sur son tableau une statue d’Aphrodite et on leur demandera de regarder autour d’eux les différentes représentations de la déesse : ils retrouveront le geste de la main de l’Aphrodite pudique ou de l’Aphrodite de Cnide (mais la réplique du Louvre a perdu ses bras !) et la semi-nudité de la Vénus d’Arles ou de la Vénus de Milo… David s'est donc manifestement amusé à recréer une Vénus à l’antique.
 

- Et ce n'est pas tout ! En sortant par la salle des Caryatides, les élèves pourront reconnaître, dans les quatre statues de Jean Goujon soutenant la tribune des musiciens, le décor de la chambre de Pâris et Hélène qui avait inauguré la visite...