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Accueil>Visites & Activités>Pistes de visite>Le fragment dans les Antiquités grecques et romaines du Louvre

Pistes de visite Le fragment dans les Antiquités grecques et romaines du Louvre

Durée : 1h30 - Niveau : Primaire - Disciplines : Pluridisciplinarité
Jours de faisabilité : Lundi, Mercredi, Jeudi, Vendredi, Samedi, Dimanche

Aphrodite accroupie dite « Vénus de Vienne »
Aphrodite accroupie dite « Vénus de Vienne »_vignette

© 2006 Musée du Louvre / Daniel Lebée et Carine Deambrosis

Objectifs

Lors de cette visite, les élèves découvrent des sculptures de l’Antiquité grecque et romaine illustrant la notion de fragment. Cette démarche encourage une participation active des élèves : pour mieux cerner la notion de fragment, ils repèrent et observent des œuvres, s’interrogent, cherchent des informations par eux-mêmes et soulèvent des questions d’ordre muséographique. Le fait d’être placés en position d’acteurs les aide par ailleurs à se sentir à leur place dans un musée qu’ils imaginaient réservé à une élite.

Lors de cette visite, il va s’agir :
- d’encourager l’autonomie des élèves ainsi que leur participation active en leur demandant de trouver par eux-mêmes des œuvres et des informations.
- d’initier une réflexion sur l’œuvre d’art, sa conservation, son exposition et son appartenance à une collection en interrogeant la notion de fragment.
- de constituer un répertoire d’œuvres majeures de l’Antiquité grecque et romaine (l’Aphrodite accroupie, la Vénus de Milo, le Parthénon, la Victoire de Samothrace le gladiateur Borghèse…).
- de renforcer la confiance en soi par l’acquisition de repères culturels et de savoir-faire.

Parti pris

Cette visite a été menée dans le cadre d’un projet transdisciplinaire sur le thème du fragment dont l’axe central était la pratique artistique de la lecture à voix haute.


Pour ce qui est du parcours de visite, l’accent a été mis :
- d’une part sur l’apprentissage d’une lecture active permettant de trouver rapidement des informations à partir de plusieurs supports et de la confrontation entre l’observation de l’œuvre et la lecture de ces différentes sources d’informations ;
- d’autre part sur l’observation d’œuvres d’art illustrant la notion de fragment et soulevant des questions d’ordre muséographique (conservation, exposition, collection).

Pour chacune des œuvres du parcours, les élèves cherchent des informations par l’observation de l’œuvre, par la lecture des cartels et la consultation d’autres supports d’information disponibles dans les salles.

Le rôle des adultes encadrant la visite est de veiller au bon déroulement de la visite et des déplacements dans le temps imparti. L’enseignant prend peu la parole devant les œuvres : il incite les élèves à relire un panneau, à mieux observer une œuvre, ou attirer l’attention sur tel ou tel aspect de la notion de fragment.

Matériel

Chaque élève dispose de la reproduction des œuvres à repérer dans les salles, une planche ou une pochette cartonnée, un crayon à papier et une gomme.

Buste de satyre, dit « Faune de Vienne »
Buste de satyre, dit « Faune de Vienne »_vignette

© 2011 Musée du Louvre / Thierry Ollivier

1Buste de satyre

Sully RDC - salle 17 : Buste de satyre, dit « Faune de Vienne », œuvre romaine d'époque impériale (Ier - IIe siècle après J.-C.). Marbre. H. : 38 cm.

La partie et le tout : fonction métonymique du fragment
Les élèves repèrent l’œuvre à partir de sa reproduction photographique.
Ils s’aperçoivent, d’une part, que le buste est exposé à côté d’une statue en pied, le Satyre dansant du groupe, dit « L’Invitation à la danse » et, d’autre part, que leurs visages se ressemblent étonnamment.

Quelques questions vont rapidement émerger :
1. Ce buste est-il le fragment d’une statue en pied dont on n’a conservé que le buste et qui ressemblait à l’origine au Satyre dansant ?
Cette hypothèse est confirmée à la lecture du cartel.
2. Le Satyre dansant est-il là pour nous aider à imaginer les parties manquant au buste exposé à ses côtés ?
Le parti pris muséographique d’exposer ces deux œuvres côte à côte aide en effet le visiteur à replacer les œuvres dans un contexte et à reconstruire l’unité d’une œuvre présentée à l’état fragmentaire.
3. Le Satyre dansant est-il une œuvre conservée dans son intégralité ou est-ce aussi un fragment ?
Le cartel nous indique qu’il faisait partie d’un groupe, donc il s’agit là encore d’un fragment, contrairement aux apparences. On a perdu le groupe original mais on le connaît grâce à des pièces de monnaie sur lesquelles il est représenté : un satyre « musicien » invite à la danse une nymphe assise sur un rocher.

On indique aux élèves que les Romains aimaient décorer leur jardin en y plaçant ce type de représentation de satyre. Cette sculpture évoquait pour eux le groupe dans son ensemble. La  sculpture était conçue dès le départ comme la représentation d’un seul personnage extrait du groupe. La sculpture qui décorait des jardins romains peut-elle alors être considérée comme un fragment ?

Cette sculpture n’avait pas été endommagée et donc, n’est pas un fragment. Mais, comme le personnage isolé évoquait un ensemble plus important, cette sculpture participait de la fonction métonymique du fragment une partie évoquant le tout. En effet, on suppose que lorsqu’un Romain voyait une sculpture de ce type, sa culture lui permettait de reconstituer le groupe dans son ensemble.

Aphrodite accroupie dite « Vénus de Vienne »
Aphrodite accroupie dite « Vénus de Vienne »_vignette

© 2006 Musée du Louvre / Daniel Lebée et Carine Deambrosis

2Aphrodite accroupie

Sully RDC - salle 17 : Aphrodite accroupie dite « Vénus de Vienne », œuvre romaine d'époque impériale (Ier - IIe siècle après J.-C.). Marbre. H. : 96 cm.

Le motif reproduit et ses variantes : l’œuvre, fragment d’une série
Les élèves repèrent l’Aphrodite accroupie dite « Vénus de Vienne » à partir de sa reproduction. Celle-ci est entourée de plusieurs autres représentations d’Aphrodite accroupie, conservées dans un état plus ou moins fragmentaire. Elle n’a plus ni bras ni tête. Une partie des pieds et chevilles manque mais la posture est reconstituée de manière réaliste à l’aide de supports métalliques. Par ailleurs, la petite main dans le dos ressemble à un fragment.

Les élèves doivent tenter de reconstituer la position des bras et de la tête d’Aphrodite à partir de l’observation de l’œuvre, de la comparaison avec les autres sculptures représentant le même motif, et de la lecture du cartel qui nous indique qu’elle est surprise aux bains. Ils peuvent mimer la pose avant de la dessiner.

La comparaison avec les autres représentations d’Aphrodite exposées à ses côtés permet d’aborder un autre aspect de la notion de fragment : un motif est copié, interprété, revisité par des artistes de différentes époques et dans différents styles. La déesse de la beauté surprise en train de faire sa toilette a inspiré les artistes grecs et romains pendant des siècles. On remarque toutefois quelques variations dans sa représentation.
La petite main dans le dos d’Aphrodite est-elle un fragment ?
La notice de l’œuvre sur la base Atlas nous apprend que l’artiste romain qui a sculpté cette œuvre dans le marbre (au Ier ou IIe siècle après J.-C.) a copié une Aphrodite accroupie grecque aujourd’hui perdue, peut-être en bronze, datée du IIIe siècle avant J.-C. La petite main conservée sur le dos appartenait à un Eros que l’on retrouve sur d’autres répliques romaines.

Ménades dansant
Ménades dansant_vignette

© Musée du Louvre

3Ménades dansant

Sully RDC - salle 17 : Ménades dansant, œuvre romaine du Ier siècle après J.-C. Marbre. H. : 42,5 cm. ; l. : 56 cm.

Qui dit fragment dit lacune
Une recherche lexicale est proposée dans cette même salle : trouver un adjectif évoquant le fragment en lisant le cartel des Ménades dansant, relief exposé dans la salle (il s’agit d’un relief lacunaire). Le terme lacune est expliqué.

Aphrodite dite « Vénus de Milo »
Aphrodite dite « Vénus de Milo »_vignette

© Musée du Louvre

4Vénus de Milo

Sully RDC - salle 16 : Aphrodite dite « Vénus de Milo », fin du IIe s. av. J.-C. Marbre. H. : 2,02 m.

Identifier une déesse sans attributs : Aphrodite ou Amphitrite ?
Les élèves se rendent devant la Vénus de Milo avec pour indices le numéro de la salle et la photo de la sculpture.

En s’appuyant sur plusieurs sources d’informations (le cartel, la carte géographique et l’observation de l’œuvre), ils répondent à plusieurs questions :

- Quel est le nom de cette très célèbre œuvre et comment explique-t-on son nom ? (elle s’appelle la Vénus de Milo ; Milo est l’île sur laquelle elle a été découverte)
- À quel archipel appartient l’île de Milo ? (l’île appartient à l’archipel des Cyclades)
- Est-ce une sculpture grecque ou romaine ? (il s’agit d’une sculpture grecque)
- De quelle époque date-t-elle ? (elle date du IIe-Ier siècle av. J.-C.)
- Quels membres sont manquants ? (seuls les bras manquent)
- De combien de blocs est formée cette sculpture ? (elle est formée de deux blocs)

Il leur est demandé d’ajouter des bras sur la photo de la sculpture après avoir réfléchi à la cohérence et au réalisme de la posture. Pour ce faire, ils peuvent de se mettre deux par deux et mimer la pose afin d’en tester la faisabilité. On indique aux élèves que les bras et les mains n’ont jamais été retrouvés. L’absence d’attribut (pomme ou bouclier, par exemple) ne permet pas de déterminer avec certitude qu’il s’agit bien d’Aphrodite (Vénus). La statue pourrait tout aussi bien représenter Amphitrite, divinité de la Mer, vénérée dans l’île de Milo. L’état fragmentaire de la sculpture a donc une incidence importante : la Vénus de Milo pourrait être l’Amphitrite de Milo. On peut se demander si la beauté de la sculpture (proportions, drapé, mouvement hélicoïdal) n’a pas eu une influence sur le choix du nom consacré.

"Plaque des Ergastines", fragment de la frise est du Parthénon
"Plaque des Ergastines", fragment de la frise est du Parthénon_vignette

© 2005 Musée du Louvre / Pierre Ballif

5Plaque des Ergastines

Sully RDC - salle 6 : "Plaque des Ergastines", fragment de la frise est du Parthénon, entre 445 et 438 av. J.-C. Marbre. H. : 96 cm. ; L. : 2,07 m.

Éparpiller les fragments d’une même œuvre dans différents musées
Les élèves observent la plaque des Ergastines et répondent à des questions en cherchant les informations dans le cartel :

- Quelle était la longueur de la frise à laquelle appartenait ce fragment  (la frise à laquelle appartenait cette plaque mesurait 160 m. de long)
- De quel monument très célèbre provient-elle ? Et où se situait-elle ? (elle provient du Parthénon et faisait le tour du bâtiment en haut des murs extérieurs)
- Dans quelle ville se trouve ce monument ? (il se trouve à Athènes)
- Qu’est-ce que l’Acropole ? (l’Acropole est une des collines de la cité d’Athènes)
- Quelle est la déesse honorée dans ce monument ? (il s’agit d’Athéna, patronne de la cité d’Athènes et déesse de la guerre, de la pensée, des armes et de la sagesse)
- Que représentait la frise ? (elle représentait la procession des Grandes Panathénées — 360 personnages — organisée en l’honneur d’Athéna tous les quatre ans)
- Explique ce qu’étaient les Ergastines. Que signifie le terme ? (les Ergastines étaient les ouvrières qui tissaient le péplos, vêtement sacré qui était remis à Athéna sur l’Acropole à l’issue de la procession)
- Où se trouvent les autres éléments de cette frise dont le Louvre ne possède que quelques fragments ? (de très nombreux fragments se trouvent au British Museum à Londres)

On attire l’attention des élèves sur le fait que les fragments d’une même œuvre ou d’un même bâtiment peuvent être conservés et exposés dans des musées différents au détriment de la reconstitution d’une certaine unité. On aborde la façon dont les musées constituent leurs collections et aux polémiques que cela peut soulever lorsqu’il s’agit du patrimoine de pays qui les revendiquent, notamment pour ce qui est des antiquités.

Centaure enlevant une femme lapithe, dixième métope sud du Parthénon
Centaure enlevant une femme lapithe, dixième métope sud du Parthénon_vignette

© 2006 Musée du Louvre / Daniel Lebée et Carine Deambrosis

6Centaure enlevant une femme lapithe

Sully RDC - salle 6 : Centaure enlevant une femme lapithe, dixième métope sud du Parthénon, entre 447 et 440 av. J.-C. Marbre. H. : 1,35 m. ; L. : 1,41 m.

Reconstituer une unité à partir de fragments : l’intérêt d’une maquette
Les élèves marquent l’emplacement du Centaure enlevant une femme lapithe ainsi que celui de la Plaque des Ergastines (voir étape 5) sur les photographies de la maquette du Parthénon. (document « Maquette du Parthénon » dans la rubrique Ressources).

 La Victoire de Samothrace
Victoire de Samothrace_vignette

© 2003 RMN / Gérard Blot / Hervé Lewandowski

7Victoire de Samothrace

Denon 1er étage : Victoire de Samothrace, vers 190 av. J.-C. Marbre. H. : 3,28 m

Exposer séparément l’œuvre et un fragment qui lui appartient
En montant l’escalier, les élèves découvrent progressivement cette œuvre imposante. Ils l’observent depuis plusieurs points de vue : depuis le bas des escaliers, depuis le palier, de manière à voir son profil gauche ou droit.

Ils prennent conscience que l’impression produite par la statue est différente selon ces points de vue : monumentalité frontale (hanche et buste sont dans le même plan) quand on la regarde de face et mouvement et dynamisme de l'attitude du trois quart gauche (ailes, bouillonnement du drapé).

Ils expriment le point de vue qu’ils préfèrent et la dessinent en lui ajoutant les parties manquantes.
On attire l’attention des élèves sur la main exposée dans une vitrine à côté de la statue. Ici, on a choisi d’exposer le fragment à côté de la statue plutôt que de restaurer l’œuvre pour y ajouter la main.

Guerrier combattant dit le "Gladiateur Borghèse
 Guerrier combattant dit le "Gladiateur Borghèse_vignette

© 2006 Musée du Louvre / Daniel Lebée et Carine Deambrosis

8Gladiateur Borghèse

Denon RDC - Salle B : Guerrier combattant dit le "Gladiateur Borghèse", vers 100 av. J.-C. Agasias d'Ephèse, fils de Dosithéos. Marbre. H. : 1,99 m.

Restaurer l’œuvre fragmentaire
En observant la sculpture, les élèves découvrent ce qui, dans l’attitude du personnage, fait penser à un guerrier.

Ils sont invités à lire le panneau de salle avec pour consigne de trouver la réponse à trois questions :

1. Pourquoi des générations d’artistes ont-elles choisi cette sculpture pour apprendre à maîtriser la représentation de l’anatomie humaine ? (cette sculpture fait penser aux « écorchés » utilisés en médecine pour étudier l’anatomie : les muscles sont extrêmement bien représentés, on sent toute la tension qui accompagne le geste)
2. Quelles parties du corps ont-elles été ajoutées lors de la restauration de 1611 ? (le bras droit, l’oreille droite, le sexe et le deuxième orteil du pied droit ont été ajoutés en 1611)
3. Pourquoi un tronc d’arbre a-t-il également été ajouté ? (le tronc a été ajouté pour rééquilibrer le poids).

Le choix fait ici a donc été de restaurer l’œuvre en allant jusqu’à reconstituer des parties manquantes par des ajouts dans d’autres matériaux.

Pour conclure, on peut attirer l’attention des élèves sur les choix faits dans la restauration d’une œuvre trouvée à l’état fragmentaire.

Ainsi la première restauration du XVIIe siècle (faite pour la Villa Borghèse par Nicolas Cordier), considérée comme moderne et « modérée pour l’époque », a surtout consisté à redonner une unité à dix-sept fragments en utilisant Les parties manquantes ont, pour certaines, fait l’objet d’une restauration dite « interprétative » : l’état fragmentaire de l’œuvre ne permettait pas de déterminer avec certitude la position de la main droite notamment. On considère aujourd’hui que cette main brandissant l’épée devait être à l’origine plus détachée du corps et moins tendue vers l’arrière.

La deuxième restauration de 1996-1997 a été motivée par la fragilisation de la structure et par l’altération matérielle et esthétique due à la détérioration des matériaux utilisés lors de la première restauration. Les ajouts effectués au XVIIe siècle n’ont pas été supprimés : mais on a pris soin de laisser distinctes les zones restaurées. L’assemblage de fragments et d’ajouts est donc rendu volontairement visible ici.