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Conférences et colloques Recherches archéologiques en Syrie du nord : le village de Ruweiha

Conférence

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Par Maamoun Abdulkarim, Direction générale des Antiquités et des Musées de Syrie, Université de Damas

Le village de Ruweiha est situé sur un plateau, à l’extrémité nord-est du Gebel Zawiyé au nord de la Syrie, à 3 km à l’ouest de la route Damas-Alep. Il domine une vaste plaine. Malgré une réoccupation du village aux époques moderne et contemporaine, le village antique est dans un bon état de conservation et ses ruines comptent parmi les plus remarquables du Massif calcaire. Indépendamment de son intérêt scientifique, Ruweiha peut être tenu pour un des sites les plus importants du patrimoine archéologique syrien. Mentionné par plusieurs voyageurs, il a fait l’objet d’études plus approfondies, la première sur la grande église de Bizzos, la seconde sur la chronologie du village, son organisation, ses activités économiques et son évolution sociale.

Selon les premières hypothèses développées par Howard C. Butler puis par Georges Tchalenko, ce village aurait connu un début d’urbanisation du fait de l’existence d’un édifice à portiques à deux niveaux identifié comme un marché. À la fin du Ve siècle et au VIe siècle, il aurait été dominé par une classe de grands propriétaires auxquels auraient appartenu les grandes et belles maisons entourées de hauts murs de son extrémité orientale. Georges Tate a contesté la validité de ces hypothèses dans « Les campagnes de la Syrie du Nord ». En 2009, nous avons décidé avec Georges Tate et Gérard Charpentier d’initier un nouveau programme de fouille. Ce programme est inscrit, avec les fouilles de Déhès, de Sergilla et d'El Bara, dans le cadre des recherches monographiques entreprises dans une perspective comparatiste. Sur le site de Ruweiha, l’existence éventuelle d’une occupation hellénistique, d'une occupation romaine bien représentée, d'un essor particulier des maisons de grandes dimensions à partir du Ve siècle et d'une occupation du village à l’époque islamique restent à démontrer.

L'implantation d’une zone archéologique destinée aux études sectorielles du village antique fut faite à partir d'un premier calage topographique réalisé en 2009. Le choix s'est porté sur un secteur central dont les vestiges architecturaux attestent la présence d’une occupation romaine. Les dégagements du bâtiment 22, situé au cœur de ce secteur, ont commencé durant la campagne de juillet 2009. L'enlèvement d'une grande partie des pierres qui en recouvraient l’espace intérieur a permis de dresser un premier plan de cet ensemble que Georges Tate, à l’inverse de Georges Tchalenko, identifiait comme une maison. Les vestiges dégagés en 2009 ont rapidement montré la complexité des circulations dans l'édifice, liée notamment à la disposition de ses entrées.
Grâce aux travaux engagés lors de cette mission, nous avons complété le plan de cet ensemble qui pourrait s’avérer en définitive plus vaste qu’il n’y paraît. Il se compose de deux espaces accolés l’un à l’autre selon une orientation est-ouest.
La partie ouest de cet ensemble couvre une surface hors-œuvre d’environ 820 m2. Elle est composée d’une vaste cour centrale de forme rectangulaire bordée sur trois côtés par des portiques à piliers. Ces portiques communiquent au rez-de-chaussée avec une série de pièces identifiées, dans un premier temps, par les portes dont les montants et les linteaux composés de gros blocs sont assez bien conservés.
La partie est de cet ensemble a été intégrée au secteur fouillé en raison de la disposition de l’entrée située dans l’angle sud-est de la construction. Il s’agit d’une ouverture orientée sur un axe perpendiculaire au porche d’entrée du bâtiment à cour centrale.

La poursuite des fouilles du bâtiment 22 en juillet durant deux campagnes a permis de préciser la chronologie des aménagements et des transformations de ce bâtiment d’origine protobyzantine. La lecture archéologique nous renseigne sur son évolution. Les niveaux de circulation sont pratiquement identifiés à l’intérieur de l’édifice protobyzantin et montrent une réutilisation d’une grande partie du sol initial à toutes les époques. C’est pourquoi peu de matériel céramique protobyzantin a été découvert durant la fouille. Des questions restent en suspens, notamment le fonctionnement exacte du bâtiment et sa relation avec les bâtiments voisins aux différentes époques. Concernant le plan d’ensemble du bâtiment, il semblerait, au vu des dégagements de surface réalisés durant ces deux campagnes, que l’emprise de l’édifice soit plus importante que l’emprise du bâtiment fouillé. Il est important de poursuivre les fouilles lors de prochaines saisons afin de compléter notre connaissance sur ce bâtiment. 

Note biographique

Après des études d’histoire à l’université de Damas, Maamoun Abdulkarim a poursuivi ses études  en France, à l’université de Franche-Comté puis à l’université de Versailles-Saint-Quentin où il a soutenu en 1997 une thèse en archéologie intitulée «  Recherches sur la cité d’Emèse à l’époque romaine ». Il est, depuis 2000, professeur au département d’archéologie de l’université de Damas, département qu’il a dirigé de 2009 à 2012. En 2012, il est nommé directeur général à la Direction générale des Antiquités et des Musées de Syrie. Il a le souci constant de protéger le patrimoine culturel syrien dans son ensemble : historique, patrimonial, architectural, mobilier et immobilier.
Il a été co-directeur de 2000 à 2006 de la Syrian-British archaeological Mission à Homs. Depuis 2000, il est co-directeur de la mission archéologique syro-française de Syrie du Nord. Il dirige notamment la revue Annales Archéologiques Arabes Syriennes.

Parmi ses publications récentes :

Les villages antiques du massif calcaire du nord de la Syrie, Guides archéologiques de l’Institut français du Proche-Orient, Beyrouth, IFPO, 2011 (en arabe).
M. Abdulkarim et alii : L’alimentation en eau du Derjilla en Syrie du Nord (époque romaine et byzantine), AAAS, Vol. LIII-LIV, 2011-2012, pp 77-89.
Les parcellaires antiques dans la région de Ruweiha au nord de la Syrie, Syria, 2012.
M Abdulkarim et alii : Les fouilles archéologiques à Ruweiha dans le massif calcaire au nord de la Syrie, Chronique archéologique en Syrie, VI, Damas, 2012. 
Ruweiha, un village du Massif calcaire de la Syrie du Nord: nouvelles études archéologiques, Topoi Suppl, Vol 2, Paris, 2013, pp.271-284.
Development of Al-Bara site, Journal of Historical Study, Damascus University, 2013.
Athâr al-‘usûr al-klasikiyah fî Bilâd al-Shâm (Classic archaeologic in Bilad al-Sham), University of Damascus Press, 2009, updating in 2013.
Archaeological Heritage in Syria during the Crisis 2011-2013, Ministry of Culture, 2013.
Avec G. Tate, G. Charpentier, C. Duvette et C. Piaton: Sergilla village d'Apamène, Tome 1-2, Presses de l'IFPO, Beyrouth, 2014, Prix Gustave Schlumberger 2014 de l'Académie des inscriptions et belles lettres, Paris.

Cycle(s) : Actualité de la recherche archéologique, 2014-2015

Informations pratiques

Lieu
Auditorium du Louvre

Accès
Métro : Palais-Royal / Musée du Louvre.
Entrée par la pyramide, le passage Richelieu ou les galeries du Carrousel.
Parking du Carrousel ouvert de 7h à 23h.
 
Entrée libre dans la mesure des places disponibles