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Recherches sur les fouilles françaises menées sur l’île d’Éléphantine (Assouan), 1906-1911

Projet suivi par Élisabeth Delange

Ce sont les objets de la collection dont le conservateur a la responsabilité qui servent de point de départ à toute réflexion scientifique. Les circonstances ensuite peuvent entraîner des recherches approfondies sur des séries spécifiques.
      Ces trois facteurs conjugués – connaissance de la collection, opportunité et durée dans le temps – ont coïncidé pour susciter l’étude des fouilles françaises d’Éléphantine. Deux ouvrages en cours de publication témoignent de son achèvement : l’un avec l’Institut allemand du Caire, sur le Chnoubeum – le cimetière des Béliers sacrés –, l’autre, à la demande de M. Jean Leclant, par l’Académie des inscriptions et belles-lettres, qui présente le récit des fouilles, le catalogue des objets qui en proviennent et plusieurs contributions savantes.
      Le Kôm d’Éléphantine que Clermont-Ganneau et Clédat ont commencé à dégager, en 1906, correspond à une cité qui n’a cessé d’être remaniée pendant toutes les époques historiques, de la préhistoire jusqu’à la période arabe, et où habitations et lieux de culte plusieurs fois détruits ou agrandis voisinaient avec un cimetière datant de l’Ancien et du Moyen Empire.
      Au début du xxe siècle, les campagnes de fouilles étaient traditionnellement suivies de partages d’objets entre l’Égypte et le pays fouilleur. Les caisses ainsi parvenues au Louvre, sans être ouvertes intégralement ni le contenu inventorié, furent déménagées plusieurs fois au sein du musée, puis laissées pour compte. Un appel public lancé dans les années 1920 offrit aux institutions qui le désiraient la possibilité d’y prélever les objets de leur choix, entraînant une dispersion de ces pièces, à Toulouse, Dijon, Nantes, Boulogne-sur-Mer, Strasbourg et au musée de l’Homme à Paris.
Dès la première consultation des archives des fouilles, un raccord de deux fragments a pu être effectué sur une statue de la déesse Anoukis, point de départ d’une longue quête dans l’identification des objets d’Éléphantine. En revenant sans cesse vers ces grimoires d’archéologues, par une lecture assidue et répétitive, au fil du temps, grâce à la mémorisation des formes, à la confrontation avec leur description hâtive ou encore par un croquis à main levée, les objets sont sortis de l’ombre. La typologie des pièces d’Éléphantine a progressivement permis de les différencier des séries provenant d’autres lieux de fouilles. Par ailleurs, l’examen direct des pièces mises en dépôt a non seulement servi le récolement, mais surtout donné lieu à des raccords inattendus, dont les plus spectaculaires concernent la statuaire (citons Khnoumhotep AF 9916, l’effigie du dieu Khnoum AF 10037, ou encore la figure de Minmès E 12795).
     Plusieurs événements successifs ont stimulé cette recherche. Ainsi l’exposition « Cent ans de fouilles françaises » (Paris, palais de Tokyo, 1981) fut-elle l’occasion de découvrir les archives de Clermont-Ganneau conservées au cabinet du Corpus des études sémitiques à l’Académie. Opportunité suivie par le don exceptionnel des archives de Jean Clédat, en 1986, qui comprenait documents et carnets de fouilles. Parmi tous ces papiers, les carnets d’Éléphantine devenaient une source majeure, complémentaire des données d’archives de Clermont-Ganneau, à partir de laquelle il était désormais envisageable de dresser un catalogue d’objets et d’en comprendre le contexte.
     En 2005, Horst Jaritz, directeur émérite de l’Institut suisse en Égypte, prit la décision de publier le Chnoubeum, où il avait lui-même mené des fouilles. Il s’avérait dès lors indispensable de joindre nos efforts pour élargir notre compréhension du cimetière des Béliers (époque ptolémaïque et romaine) grâce à l’étude des documents laissés par nos prédécesseurs. La confrontation permanente entre l’archéologie de terrain et ce que dévoilent les archives a permis de retrouver la stratigraphie archéologique, enrichissant considérablement le propos.
     Ces différentes tâches s’étirèrent dans le temps. Pour mieux saisir l’ensemble des travaux – sujet du second ouvrage –, il était nécessaire de revenir à l’archéologie de terrain. Les interventions des archéologues allemands et suisses pendant les dernières décennies trouvent un écho dans l’archéologie de « papiers », qui en retour reprend sa cohérence à la lumière des fouilles actuelles. Ce va-et-vient fructueux a permis de donner vie aux manuscrits des carnets de fouilles, qui à l’évidence n’étaient destinés à être lus que par les archéologues eux-mêmes. C’est pourquoi les bribes de notes consignées dans leurs archives ont pu à la suite d’une connaissance plus globale prendre chair autour du squelette livré par ces brèves notations personnelles. La compréhension approfondie des fouilles anciennes dépendait de ce mouvement de balancier, nécessitant échanges et partage des connaissances.
     Parallèlement il devenait indispensable de procéder à des interventions de restauration pour des séries inédites. Ainsi, les éventuels morceaux d’un puzzle devaient être assemblés, une série exceptionnelle de figurines de gazelles liées à la déesse Anoukis, vénérée sur l’île, a retrouvé toute sa matérialité. Certaines reliques exceptionnelles issues d’une cachette du temple de Satet, et qui ont été plusieurs fois restaurées dans l’Antiquité, nécessitaient de même une intervention moderne.
     Ce que livreront bientôt les ouvrages, destinés aux égyptologues et aux spécialistes, mériterait d’être connu du public à l’occasion d’une exposition qui, selon notre souhait, mettrait en scène objets et documents d’archives, les uns et les autres livrant le point de rencontre du travail croisé des archéologues et du conservateur de musée. Certains chefs-d’oeuvre sont connus de tous, comme les blocs issus du temple de Satet, joyaux de l’art thoutmoside (exposés dans la salle 12 du département) ; d’autres sont uniques, d’autres encore, plus modestes, illustrent la vie des habitants d’Éléphantine, ville frontière aux marges de la première cataracte du Nil.

É. Delange

English version

     The kom of Elephantine, which Clermont-Ganneau and Clédat excavated between 1906 and 1911, corresponds with a city that continued to develop from prehistory up until the Arab period. At the beginning of the twentieth century, objects discovered during archaeological expeditions were traditionally shared between Egypt and the country carrying out the excavations. The chests of artefacts arrived in the Musée du Louvre without being fully opened, and no inventory was made of the objects. In the 1920s, certain objects were entrusted to various museums in Toulouse, Dijon, Nantes, Boulogne-sur-Mer, Strasbourg, and the Musée de l’Homme in Paris.
     Following the exhibition entitled “Cent Ans de fouilles françaises” (One Hundred Years of French Excavations) at the Palais de Tokyo, 1981, the exceptional donation of Jean Clédat’s archives in 1986, and the decision of Horst Jaritz (Director Emeritus of the Swiss Institute in Egypt) to publish Chnoubeum in 2005, where he has conducted archaeological digs, a thorough study of the Elephantine excavations is currently under way, and the results will soon be made available in two publications: one on the Chnoubeum, the cemetery of Holy Rams, published in collaboration with the German Archaeological Institute in Cairo; the other an account of the Elephantine excavations, a catalogue of the objects discovered, and several contributions from specialists, published by the Académie des Inscriptions et Belles-Lettres of France.

Informations pratiques

Adresse et téléphone :
Musée du Louvre, 75058 Paris - France
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

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