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Restauration des vases canopes d’Aâ-Kheperkarê-Senbou

Programme suivi par Hélène Guichard
Examens et analyses au C2RMF : Sandrine Pagès-Camagna, Éric Laval
Restauration au C2RMF : Geneviève Delalande, Céline Saunier, sous la supervision de Noëlle Timbart
 

Dans sa Notice descriptive des Monumens égyptiens du Musée Charles X publiée en 1827, Champollion le Jeune, conservateur des Antiques du Musée royal du Louvre, signale à l’attention du visiteur, sous les numéros S 35 et S 36 de la salle funéraire, deux « vases funéraires » en terre cuite peinte, sans plus de commentaire. Il renvoie néanmoins le lecteur aux notices D 26 et D 27 de la salle civile, où, dans la section « Statuettes, figurines et amulettes représentant des rois égyptiens », figurent ces deux mêmes vases avec la mention « Vases funéraires relatifs à un prêtre du pharaon Thoutmosis Ier, second roi de la XVIIIe dynastie ». En effet, les deux vases canopes appartiennent à un personnage nommé Aâ-Kheperkarê-Senbou, premier prêtre du ka de Thoutmôsis Ier, c’est-à-dire prêtre chargé du culte funéraire de ce pharaon défunt. Des quatre vases canopes qui contenaient communément les viscères momifiés d’un individu, il n’en demeure ici que deux : les inscriptions hiéroglyphiques gravées en quatre colonnes sur la panse des deux objets indiquent notamment qu’ils sont placés respectivement sous la protection de Hapi (celui des quatre fils d’Horus qui veillait sur le foie) et de Qebehsenouf (protecteur des intestins). Les bouchons des deux vases représentent une tête masculine coiffée d’une perruque enveloppante qui dégage les oreilles.

Exposés au musée Charles X, ces vases avaient ensuite été remisés en réserve : l’un des deux fut brisé et remonté à une époque non déterminée ; tombés dans l’oubli, ils n’étaient plus visibles depuis plusieurs décennies. Les actuels travaux de recherche de Sylvie Guichard (ingénieur d’étude au département des Antiquités égyptiennes) consacrés à la première collection égyptienne exposée au Louvre, et qui trouveront leur aboutissement dans la réédition prochaine de la Notice descriptive de Champollion, ont permis de retrouver et d’identifier ces deux canopes, noircis, poussiéreux et grossièrement recollé pour l’un d’eux. À cette occasion, un programme d’étude et de restauration a été lancé par le département des Antiquités égyptiennes (DAE) avec le concours du C2RMF. L’étude préalable et la restauration fondamentale des deux pièces ont été confiées à Geneviève Delalande et Céline Saunier (restauratrices d’oeuvres sculptées).

Les examens et analyses, orientés par l’étude préalable et menés par Sandrine Pagès-Camagna et Éric Laval au département Recherche du C2RMF (examen sous lumière ultraviolette, diffraction de rayons X, spectrométrie de fluorescence de rayons X et tests microchimiques), ont livré une étude complète de la couche picturale posée après cuisson (préparation à base de gypse et de huntite – carbonate double de calcium et de magnésium – et couche picturale mettant en oeuvre les pigments traditionnels de la palette du Nouvel Empire, avec une mention spéciale pour l’utilisation de sulfure d’arsenic, c’està- dire d’orpiment pour le jaune acide des carnations et des rayures des perruques). Ils ont permis en outre de préciser la nature des restaurations et des surpeints modernes, stigmatisés en particulier par la présence de différents pigments modernes à base de plomb comme la cérusite (carbonate de plomb).

Après une étude préalable profitablement étayée par les résultats d’analyse, les deux restauratrices ont élaboré, à la demande du DAE, un protocole incluant la dérestauration des interventions modernes. En effet, sous la crasse muséale, les badigeons modernes, surpeints, renforts de plâtre et résidus de colle, l’aspect authentique et la polychromie originale des deux vases canopes n’étaient plus lisibles et les Hapi et Qebehsenouf du musée de Champollion avaient triste figure. Le traitement s’est déroulé entre août et décembre 2010 dans les ateliers d’archéologie du C2RMF au pavillon de Flore, sous la supervision de Noëlle Timbart (conservateur dans la filière archéologie du département Restauration). Grâce à ces interventions, l’apparence des vases est aujourd’hui considérablement améliorée. Outre les impératifs de conservation, aujourd’hui mieux assurée par l’élimination des matériaux modernes non appropriés et par la consolidation des vestiges de polychromie originale en soulèvement généralisé sur les deux bouchons, l’opération visait à rendre aux objets un aspect plus proche de leur état archéologique et à remettre en valeur leur véritable nature, celle de vases de terre cuite conçus par l’artisan égyptien pour s’apparenter à leurs cousins de calcaire ou de calcite, plus fréquents. Malgré les lacunes et les altérations inévitablement liées au temps, il est à nouveau loisible au spectateur d’apprécier les teintes d’origine, notamment les colonnes d’inscriptions anciennement bleues sur fond rouge, ressortant sur le fond clair des panses, et le contraste coloré entre le bleu vif et le jaune doré des perruques. Par ailleurs, le démontage du vase brisé et anciennement recollé a permis un remontage soigné et discret respectant l’objet et complété par le comblement des quelques lacunes les plus gênantes pour la lisibilité de l’ensemble.

Cette opération très complète sur les vases canopes d’Aâ- Kheperkarê-Senbou a pu être effectuée à l’occasion d’un travail de recherche mené sur les collections et a mis en évidence le bénéfice d’une collaboration fructueuse et irremplaçable entre les égyptologues du département, le personnel scientifique du C2RMF et les restaurateurs.

H. Guichard


Vases canopes d’Aâ-Kheperkarê-Senbou
Égypte, Nouvel Empire, XVIIIe dynastie
Terre cuite polychromée. H. 38,5 cm et 39,6 cm
Département des Antiquités égyptiennes (N 834 a et b)

 


 

English Version

Of the four Canopic jars belonging to Aa-Kheperkare-Senbu—first priest of the ka of Thutmose I—only two remain, which according to the engraved hieroglyphic inscriptions, indicate that they were respectively placed under the protection of Hapi (who protected the liver, and was one of Horus’s four sons), and under the protection of Qebehsenuef (protector of the intestines).

Exhibited in the Musée Charles X, these jars had then been placed in storage, where one of them was broken and reassembled at an unknown date. The current research work being carried out by Sylvie Guichard (research engineer at the DAE, the Department of Egyptian Antiquities) consecrated to the first Egyptian collection exhibited in the Louvre—the conclusions will appear in the future republication of Champollion’s Notice descriptive (Descriptive Catalogue)—enabled these two Canopic jars to be located and authenticated, as they were blackened and dusty, and one of them was poorly repaired.

On this occasion, the DEA (Department of Egyptian Antiquities) launched a programme of study and restoration in collaboration with the Centre de Recherche and Restauration des Musées de France (Centre for Research and Restoration of the Museums of France). Geneviève Delalande and Céline Saunier (restorers of sculpture works) were entrusted with the preliminary study and the major restoration of these two objects.

Apart from conservation requirements, which, today, involve the elimination of inappropriate modern materials and the consolidation of the remnants of the original polychrome which was generally detached on the two covers, the operation restored the objects to their archaeological state and revealed their true nature—that of terracotta vases designed by Egyptian craftsmen to resemble their more common limestone or calcite counterparts.

Informations pratiques

Musée du Louvre, 75058 Paris - France
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi
24 et 31 décembre 2014 : ouvert jusqu'à 17h

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

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