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Parcours Chefs-d'œuvre du musée, A la recherche du beau idéal

Parcours thématique - Durée : 1h30 - Jours de visite : Lundi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi Dimanche

Groupes scolaires Groupes Adulte

site chinois / Escalier Victoire
site chinois / Escalier Victoire

© 2014 Musée du Louvre / Philippe Fuzeau

00Introduction

Souvent, la première visite au Louvre consiste à découvrir les trois grandes dames du musée - la Vénus de Milo, la Victoire de Samothrace et la Joconde. Ce parcours permet de voir ou de revoir ces chefs-d’œuvre, et d’autres encore, et de s’interroger sur cette notion, si difficile à définir.

Lorsque le musée ouvre ses portes en 1793 à partir des collections des rois de France, le but avoué est d'offrir de grands modèles à l'éducation des artistes à venir, afin que renaisse " le grand style " des temps passés. Si aujourd'hui on croise toujours étudiants et copistes dans les salles, la pratique du musée a bien changé. Ce sont près de six millions de visiteurs, de tous pays et de toutes cultures, qui se pressent chaque année au Louvre et il y a bien des manières de le visiter. Cependant, il y a un empressement, quasi universel, autour de quelques " chefs-d'œuvre " , semblant toucher l'âme du spectateur, quelle que soit sa nationalité ou sa culture. Au IVe siècle av. J.-C., le philosophe grec Platon écrivit qu'aucun artiste ne peut atteindre le Beau idéal. De tout temps, les artistes se sont confrontés à cette question de la Beauté suprême, intemporelle, proposant des solutions qui reflétaient leur époque et leur génie particulier, et il semble que certaines de ces réponses trouvent en nous un écho, encore aujourd'hui. Mais, avec le XIXe siècle, l'œuvre d'art acquiert de nouvelles fonctions et le chef-d'œuvre n'est plus forcément synonyme de Beau, d'abstraction esthétique visant à la délectation. Certaines oeuvres résonnent de cette nouvelle tonalité, annonçant sur bien des points le statut des oeuvres contemporaines dans notre société. Loin d'être chronologique ce parcours propose des coups de projecteurs sur des œuvres devant lesquelles on s'arrête spontanément.

 

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Prenez la direction Sully. Après le contrôle, allez tout droit vers les fossés du Louvre médiéval. Avant d'y pénétrer vous trouverez sur votre gauche deux maquettes. L'une d'elles, en bas, vous permet de vous situer, celle du dessus montre le Louvre sous le règne de Charles V au XIVe siècle.

Louvre médiéval - Vestiges des fossés du Louvre de Philippe Auguste et de Charles V, XIIe au XIVe siècle
Louvre médiéval - Vestiges des fossés du Louvre de Philippe Auguste et de Charles V, XIIe au XIVe siècle

© Musée du Louvre / A. Dequier

01Vestiges des fossés du Louvre de Philippe Auguste et de Charles V

Vers 1200, craignant une invasion anglaise venue de Normandie, comme celle des Vikings trois siècles auparavant, le roi de France Philippe Auguste construit une forteresse devant le rempart qui cerne Paris. Ce château fort qui garde l'entrée ouest de la ville ne deviendra résidence plus agréable qu'au XIVe siècle, sous le règne de Charles V, lorsqu'une seconde muraille agrandit Paris et lui retire ainsi toute fonction défensive. La grande maquette à l'entrée des fossés présente ce second état du Louvre. La façade avec pont-levis correspond à l'entrée est, que vous verrez en tournant à droite plus loin dans les fossés. La pile du pont-levis est conservée et la tour de section quadrangulaire qui la jouxte est une addition de Charles V - la petite ouverture à sa base correspond à la fosse des latrines qui se déversaient dans les douves. François Ier décide de construire dans le style Renaissance. Le donjon est rasé au niveau du sol (les derniers vestiges disparaîtront sous le règne de Louis XIV au XVIIe siècle) et les fossés sont ainsi comblés de terre. Parfaitement conservés sous la cour Carrée, sur une hauteur de sept mètres, ils sont mis au jour lors des fouilles de 1983-1985 et présentés au public depuis l'inauguration de la Pyramide en 1989. Un passage créé récemment - à droite devant l'escalier du sphinx - permet d'accéder au pied du donjon et à une salle aujourd'hui souterraine, la salle Saint-Louis.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :

Avancez jusqu'à l'escalier en haut duquel se trouve le sphinx égyptien. Notez en passant les marques des tailleurs de pierres (coeurs, croix, triangles ou hameçons) sur les blocs de la forteresse.

Grand sphinx
Grand sphinx

© 2003 Musée du Louvre / Erich Lessing

02Le Grand sphinx de Tanis

Ce sphinx de granite accueille le visiteur du département des Antiquités égyptiennes. En prenant l'escalier sur votre gauche, vous commencez le parcours thématique qui se poursuit ensuite au premier étage par un parcours chronologique. La fin du programme, l'Egypte aux époques romaine et copte, est exposé dans la région Denon. Champollion déchiffra l'écriture hiéroglyphique en 1822 ; il poussa ensuite le roi Charles X à acquérir une collection privée, dont cette statue était le fleuron, lorsqu'il créa la division des Antiquités égyptiennes au musée du Louvre en 1826. Le sphinx mêle ici l'image du lion, animal puissant mais aussi symbole solaire, et celle du roi qu'on reconnaît grâce à sa coiffe (le némès), le cobra dressé (l'uræus), la barbe postiche et le nom écrit dans le cartouche. Les spécialistes pensent que le terme sphinx, d'origine grecque, dérive de l'égyptien ancien seshep-ankh qui signifie " image vivante " . C'est ainsi qu'il faut comprendre l'art égyptien : un art magique où chaque représentation est potentiellement vivante. On ne pouvait trouver meilleur gardien à l'entrée du département ! L'art égyptien vise à l'éternité et nous impressionne car il ne semble pas fait pour les hommes. De fait, cette image vieille de plus de 4000 ans véhicule toujours cette impression de forte majesté. Sculpter une oeuvre aussi monumentale dans une pierre aussi dure est un chef-d'oeuvre de technique et de patience !

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :

Tournez le dos au Sphinx, face aux fossés, et prenez l'escalier sur votre gauche traversez les salles de la sculpture héllénique et continuez tout droit. Tournez à gauche à la salle 8, La Vénus de Milo se trouve dans la salle 7.

Aphrodite, dite Vénus de Milo
Aphrodite, dite Vénus de Milo

© 2010 Musée du Louvre / Anne Chauvet

03Aphrodite, dite "Vénus de Milo"

Il n'y a rien de plus frustrant que d'étudier l'art grec ! En effet, les originaux sont trop peu nombreux et ne se présentent jamais dans leur état originel. Imagineriez-vous cette statue avec des bras, mais aussi des bijoux et de la couleur ? La Vénus de Milo, ou l'Aphrodite de Mélos (du nom de l'île où on l'exhuma en 1820), est l'un de ces derniers grands originaux. La nudité de son buste permit de reconnaître Aphrodite, la Vénus des Romains, déesse de l'amour et de la beauté, née de la mer. Certains détails stylistiques ont permis de la dater aux alentours de 100 av. J.-C. L'élongation de la silhouette et sa position dans la troisième dimension, la nudité, très charnelle, rattachent cette oeuvre à l'époque hellénistique (323-31 av. J.-C.), la dernière grande période de l'histoire grecque. Cependant, le visage neutre et impassible tranche comme un masque rapporté. Hors du temps et des émotions, il est composé par un jeu de proportions : il mesure trois fois la hauteur du nez qui prolonge le front en ce " profil grec " que, bien sûr, les Grecs n'avaient pas réellement ! C'est la beauté des dieux, celle des Idées de Platon, que l'on cherche à figurer et non pas la réalité du monde. Cette image " qui dit la beauté dans une langue qui est toujours la nôtre " (Alain Pasquier) est une belle réponse à cette quête éternelle de la Beauté, un chef-d'oeuvre intemporel en somme.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :

Revenez dans la salle 8, et continuez tout droit. L'œuvre suivante La Victoire de Samothrace se trouve en haut de l'escalier sur votre gauche.

La Victoire de Samothrace
La Victoire de Samothrace

© 2014 Musée du Louvre / Philippe Fuzeau

04La Victoire de Samothrace

Original grec sans doute détruit par un tremblement de terre, cette statue fut retrouvée en d'innombrables morceaux en 1863 dans l'île de Samothrace, au nord-est de la mer Égée. L'aile droite est une copie en plâtre de l'aile gauche, seule conservée. Le socle de ciment sous ses pieds est également moderne ; elle devait se poser directement sur le pont du bateau. En haut d'une colline, elle se présentait de manière oblique dans un édicule, ce qui explique pourquoi son côté droit fut moins soigneusement travaillé. La Victoire, " Niké " en grec, est saisie dans l'instant où elle se pose sur le pont du navire auquel elle apporte la faveur des dieux. Sa main droite, retrouvée en 1950, permet de restituer le geste d'origine : la main levée, elle annonce l'événement. Dans une mise en scène spectaculaire bien dans le goût de l'époque hellénistique, elle était visible de loin par les navires s'approchant de l'île. Les proportions, le rendu des formes du corps, la manière dont la draperie claquant au vent est traitée et l'ampleur du mouvement très théâtral sont autant de témoignages des recherches réalistes de ce temps. Des chercheurs ont pensé que ce monument serait un ex-voto offert par des Rhodiens pour remercier les dieux après une victoire navale, vers 190 av. J.-C. Malraux se félicita des mutilations accidentelles de cette statue, qui en font une icône intemporelle de l'art occidental, " un chef-d'oeuvre du destin " .

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Retournez sur vos pas, descendez une volée de marches puis remontez sur la gauche ou la droite vers la grande salle aux murs rouges. Vous entrez dans les " salles rouges ". La première salle est consacrée au mouvement néoclassique. Sur votre gauche, Le Serment des Horaces.

Le Serment des Horaces
Le Serment des Horaces

© 2009 Musée du Louvre / Erich Lessing

05Le Serment des Horaces

Invariablement ces oeuvres nous remémorent des souvenirs de livres scolaires. La Révolution y était évoquée par ces toiles où s'illustrent les grands sentiments et l'héroïsme grandiose. Mais, en fait, c'est Louis XVI qui motiva la naissance de ce style en réaction à l'esprit féminin et léger de l'époque précédente où la mythologie était plus prétexte à la nudité féminine qu'à l'édification du spectateur. Les révolutionnaires, prônant le sacrifice ultime à la patrie, rechercheront, dans ce retour à l'Antique, des épisodes marquants de l'histoire romaine pouvant servir leur idéologie. Le peintre Jacques-Louis David sera le chef de file de ce mouvement " néoclassique " et signe là le chef-d'oeuvre du genre. Des trois fils Horaces jurant à leur père fidélité à Rome, un seul reviendra vainqueur des duels contre les Curiaces de la cité d'Albe : il tuera sa propre soeur, Camille, car elle pleure la mort de son fiancé, un Curiace ! La mise en scène d'une grande sobriété, éclairée comme au théâtre, se situe dans le décor austère d'une maison républicaine. Les lignes droites, les couleurs chaudes et fortes des personnages masculins contrastent avec les lignes souples et les couleurs plus claires du groupe des femmes à l'accablement résigné. La perfection illusionniste de la technique, où toute trace du pinceau serait " vulgaire ", répond au souci de David de " peindre comme on parlait à Sparte ". Cela donne l'impression, presque dérangeante, d'un instantané pris il y a plus de 2000 ans.

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Sur le mur opposé se trouve le Sacre de Napoléon du même Jacques-Louis David.

Sacre de l'empereur Napoléon Ier et couronnement de l'impératrice Joséphine dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 2 décembre 1804
Sacre de l'empereur Napoléon Ier et couronnement de l'impératrice Joséphine dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 2 décembre 1804

© Musée du Louvre, dist. RMN / Angèle Dequier

06Sacre de l'empereur Napoléon Ier et couronnement de l'impératrice Joséphine

Trois ans furent nécessaires à David pour venir à bout de cette oeuvre colossale commandée par Napoléon Ier pour immortaliser son couronnement le 2 décembre 1804 à Notre-Dame de Paris. Redécoré pour l'occasion dans le style néoclassique par une architecture de bois peint en trompe-l'oeil, le choeur de la cathédrale représente le plateau d'un théâtre où chaque acteur prend place dans une mise en scène grandiose. Comme toute oeuvre de propagande politique, certains arrangements avec la vérité y sont notables : la présence de la mère de l'empereur, au centre sur un trône, pourtant absente ce jour-là car fâchée avec son fils ; ou la beauté idéale d'un Napoléon grandi et aminci et d'une Joséphine rajeunie par le pinceau d'un artiste diplomate dont l'empereur fit son Premier Peintre. On préféra aussi au moment où l'empereur se couronna seul, le geste moins provocant du couronnement de Joséphine que le pape Pie VII, assis derrière Napoléon, bénit sans grande conviction. Un éclairage savant met en relief ces figures parmi les cent cinquante portraits des figurants et s'attarde sur le brillant d'un bijou, l'onctuosité d'un tissu ou la douceur du velours d'un coussin. David se fait le précurseur de ces photographes actuels qui immortalisent les fastes des grands, dans ces journaux où le luxe se doit de faire rêver le public. Cependant, le plus vivant de ces personnages est sans doute Talleyrand, vêtu de rouge, à droite, qui semble poser un regard ironique sur cet étalage ostentatoire.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Avancez vers le fond de la salle. Entre les deux portes face à vous se trouve La Grande Odalisque.

Une odalisque, dite La Grande Odalisque
Une odalisque, dite La Grande Odalisque

© 2005 Musée du Louvre / Angèle Dequier

07Une Odalisque, dite La Grande Odalisque

Ingres transpose ici le thème antique du nu féminin dans un Orient vers lequel il n'a voyagé qu'en rêve et qui est prétexte à l'image sensuelle d'une femme de harem - titre de l'oeuvre - nue et offerte dans un décor exotique. Jusqu'à la fin de sa vie, Ingres reprendra des thèmes orientalistes et le nu féminin, l'un de ses sujets favoris - comme dans Le Bain turc -, en mêlant à sa peinture des influences diverses qui vont de Raphaël et des artistes maniéristes aux miniatures persanes. Si, comme son maître David, Ingres est un artiste classique, par sa technique ou son intérêt pour l'Antique qu'il montre dans d'autres oeuvres, il se détache de ce courant en privilégiant la ligne du dessin, des courbes sensuelles, déformant au besoin la réalité anatomique des corps. Cette odalisque possède trois vertèbres de trop ! De même, le sein droit et la jambe gauche se rattachent étrangement au reste du corps. Contrastant avec cette déformation physique, la lourde draperie bleue, le turban ou le narguilé sont traités d'une manière illusionniste. Les critiques de l'époque, totalement désarçonnés par cette fusion chimérique, mépriseront son style si singulier. En revanche, Ingres aura une formidable influence sur les artistes modernes dont Picasso qui reprendra avec bonheur son inventivité et sa manière de recomposer les corps à sa façon. Au reste, l'harmonie bleue et or, plutôt froide, ne détache-t-elle pas définitivement cette image de la réalité pour en faire un pur fantasme d'artiste ?

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :

Passez dans la salle suivante, le salon Denon puis entrez dans la salle de la Joconde. Devant vous se trouve le plus grand tableau du Louvre, Les Noces de Cana de Véronèse.

Les Noces de Cana
Les Noces de Cana

© 2010 Musée du Louvre / Angèle Dequier

08Les Noces de Cana

Cette immense toile ornait le réfectoire du monastère de San Giorgio Maggiore à Venise. Véronèse, admirable coloriste et célèbre pour son talent à brosser d'immenses scènes aux multiples personnages, choisit ici le premier miracle du Christ, lors des Noces de Cana. Travaillant la perspective de manière à impliquer le spectateur dans la scène, il transpose l'épisode biblique dans la riche Venise de son époque, le XVIe siècle. Notez la splendeur des tissus, la richesse des bijoux, des plats d'argent et de vermeil et l'architecture élégante inspirée de Palladio qui offre une scène majestueuse à cet épisode sensé se passer chez de pauvres gens qui viennent à manquer de vin lors d'un banquet de noces. À la droite du Christ trônant au centre, Marie constate ce manque en tenant un verre invisible dans sa main. À droite au premier plan, un personnage en jaune verse une jarre d'eau changée en vin, miracle constaté par les deux personnages derrière lui. Un homme vêtu de vert se précipite vers les mariés, à gauche devant les colonnes, en demandant pourquoi le meilleur vin a été réservé pour la fin du banquet. Une autre lecture de l'oeuvre se fait verticalement par l'image symbolique des bouchers découpant la viande, du sablier sur la table des musiciens et du chien rongeant un os : l'annonce du " sacrifice de l'agneau ", la mort du Christ qui révéla par ce miracle sa vraie nature. Mais ces chiens sont aussi allégorie de fidélité, celle des chrétiens dont la foi balayera les nuages.

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Retournez-vous et découvrez Monna Lisa.

<i>Portrait de Lisa Gherardini</i>, épouse de Francesco del Giocondo, dite <i>Monna Lisa</i>, la <i>Gioconda</i> ou la <i>Joconde</i>
<i>Portrait de Lisa Gherardini</i>, épouse de Francesco del Giocondo, dite <i>Monna Lisa</i>, la <i>Gioconda</i> ou la <i>Joconde</i>

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado

09Portrait de Lisa Gherardini, épouse de Francesco del Giocondo

Acquise par François Ier en 1518 et célébrée par les artistes de son temps, ce n'est qu'au XXe siècle que La Joconde acquiert sa notoriété, plus par ses " aventures ", notamment son vol en 1911, que par ses qualités pourtant remarquables. La technique picturale éblouissante, presque magique, de Léonard modèle les formes par des glacis (couches de couleur très diluées, presque transparentes), jouant avec l'ombre et la lumière en estompant les contours (le sfumato). La perspective aérienne, passant du brun au bleu, compose, par la densité de l'air, un paysage abstrait de terre et d'eau. Il est dommage que le vieillissement du vernis obscurcisse les coloris : les manches étaient jaune safran ! L'identité du modèle fait l'objet d'hypothèses parfois farfelues, jusqu'à en faire un homme ! Il s'agit probablement du portrait, commencé à Florence entre 1503 et 1507, de Monna (" Madame ") Lisa Gherardini del Giocondo. Le sourire serait ainsi l'emblème de son nom - gioconda signifiant aussi " heureuse ". Si une seule planche de peuplier très mince (12 mm) fait d'elle l'un des plus grands portraits du temps, ce n'est pourtant pas l'image ostentatoire d'une riche bourgeoise, bien que sa pose, sa toilette ou l'absence de cils et de sourcils conviennent à l'élégance de son rang. C'est surtout un portrait idéal, reflet des recherches platoniciennes du temps qui voient dans la beauté du corps celle de l'âme.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :

Revenez dans le salon Denon puis entrez dans la salle de gauche consacrée au mouvement romantique et à ses maîtres Théodore Géricault et Eugène Delacroix. Cette peinture cherche avant tout à émouvoir les spectateurs. Sur votre gauche, un peu plus loin, se trouve Le Radeau de la Méduse.

Le Radeau de la Méduse
Le Radeau de la Méduse

© 2010 Musée du Louvre / Angèle Dequier

10Le Radeau de la Méduse

Manifeste du Romantisme, ce tableau causa un énorme scandale au Salon de 1819. Pour la première fois, un artiste représente sans commande un événement de l'histoire contemporaine et met en scène des anonymes, dans le format de la peinture d'histoire. >Précurseur de l'esprit critique qui anime bien souvent l'art aujourd'hui, le sujet constitue une critique acerbe du gouvernement en place : le naufrage, en 1816, de La Méduse résultait de l'incompétence d'un capitaine revenu à son poste par faveur politique. Manquant de canots de sauvetage, cent quarante-neuf personnes se tassèrent sur un radeau qui dériva durant douze jours et seuls quinze survécurent, rescapés des massacres, de la folie et du cannibalisme ! Le radeau, vu d'un angle, paraît très instable et deux diagonales condensent le drame : l'une conduit le regard vers une énorme vague risquant d'engloutir le radeau, l'autre vers la minuscule silhouette de L'Argus, qui leur portera secours. Cette grande oblique évoque la tragédie - le torse d'un homme peut-être dévoré par ses compagnons - et tous les états psychologiques : l'abattement de l'homme désorienté tenant son fils mort, le sursaut de l'agonisant se redressant et l'espoir acharné de ceux faisant signe au sauveteur éventuel. Mais, dans ce moment choisi, nul ne sait de quel côté penchera cette terrible balance. L'humanité est ici le seul héros de cette émouvante histoire et c'est ce qui nous touche encore aujourd'hui.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Sur la droite, toujours sur le même mur, se trouve La Liberté guidant le peuple d'Eugène Delacroix.

Le 28 juillet 1830 : la Liberté guidant le peuple
Le 28 juillet 1830 : la Liberté guidant le peuple

© Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais

11Le 28 Juillet : La Liberté guidant le peuple

Cette œuvre est à part dans la carrière de Delacroix qui privilégia les sujets orientalistes et rares sont ses compositions inspirées d’événements contemporains.
En juillet 1830, trois journées d’émeutes révolutionnaires, « les Trois Glorieuses », chassent Charles X du trône et y installent Louis-Philippe malgré la vaine tentative du peuple parisien de rétablir la République, le 28 juillet, jour ici célébré. Les tours de Notre-Dame de Paris suffisent à situer la scène derrière l’énorme barricade où les cadavres s’amoncellent. Dressée à son sommet, coiffée du bonnet phrygien et fusil à la main, l’allégorie de la République brandit le drapeau tricolore, invitant le peuple à la suivre. Les différentes classes sociales sont figurées par les costumes dont sont vêtus les personnages. Image emblématique du gamin de Paris, un jeune garçon préfigure le Gavroche de Victor Hugo, conscience politique prenant son destin en main malgré son jeune âge.
Ce tableau puissant et novateur fit scandale au Salon de 1831. La touche libre du peintre fait de la République non pas une image symbolique mais une femme réelle, sale, déshabillée et même poilue ! La nudité n’est acceptable que lisse et allégorique !
Louis-Philippe acquit ce tableau pour commémorer son accession au pouvoir puis le cacha finalement afin que cette œuvre subversive ne se retourne contre lui !

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Avancez jusqu’au fond de la salle, vous trouverez le grand escalier. Descendez-le, passez sous l’Arche –l’entrée majestueuse d’un palais de Crémone en Italie-. Vous vous trouvez derrière les deux statues de Michel-Ange.

Captif ("l'Esclave rebelle")
Captif ("l'Esclave rebelle")

© 2010 Musée du Louvre / Raphaël Chipault

12Captif

Les oeuvres de Michel-Ange conservées en dehors de l'Italie sont rarissimes mais le Louvre possède ces deux statues magistrales offertes au roi de France par le florentin Roberto Strozzi qui les reçut de l'artiste en personne. Elles appartiennent à un ensemble - d'autres statues sont conservées au musée de l'Académie à Florence - destiné à orner le tombeau du pape Jules II, un projet gigantesque à l'origine mais plusieurs fois modifié puis finalement très réduit. Symboles des passions vaincues, de l'âme enchaînée au corps ou des nations soumises à l'autorité du Pape, les lectures possibles sont multiples. Il pourrait également s'agir des arts prisonniers après la mort d'un grand mécène (Jules II avait financé la décoration de la chapelle Sixtine) car, aux pieds de l'esclave mourant, ou plutôt endormi, se trouve un singe, allégorie de la peinture copiant la réalité à la manière d'un singe imitant l'homme. Ces oeuvres sont inachevées comme le prouvent les très nombreuses traces d'outils. Contrairement aux autres sculpteurs, Michel-Ange progressait généralement dans le bloc sans modèle, de la face vers le dos. Notez la main de l'esclave rebelle encore prisonnière du marbre. Seul un formidable artiste travaillant directement la roche peut se permettre une telle audace. Fier de son travail et le montrant, c'est un artiste de la Renaissance, qui revendique ici la liberté du créateur choisissant jusqu'au moment où arrêter son ciseau.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Vous pouvez regagner le hall Napoléon, sous la pyramide, par les escaliers.

Auteur(s) :

Sandrine Bernardeau, conférencière RMN