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Parcours Démons et génies, Mésopotamie

Antiquités orientales - Durée : 1h30 - Jours de visite : Lundi Mercredi Jeudi Samedi Dimanche

Groupes Adulte

Le démon assyrien Pazuzu
Le démon assyrien Pazuzu

© 2007 Musée du Louvre / Thierry Ollivier

00Introduction

La vie des populations de Mésopotamie apparaît profondément marquée par la croyance en toutes sortes de démons maléfiques et de génies protecteurs. La désignation de démons  vecteurs du mal permettait d'identifier la menace, et de la combattre par des rituels appropriés, en enrôlant contre eux de puissants génies.

Tout au long de l'histoire mésopotamienne, la croyance en l'existence de forces maléfiques ou au contraire protectrices apparaît fortement ancrée dans les mentalités. Les menaces de maladie ou de mort planaient sur des populations aux conditions de vie souvent précaires, et la désignation de responsables démoniaques permettait de circonscrire le danger et de mettre en œuvre les moyens de le prévenir ou de le vaincre. Un vaste répertoire de démons et de génies aux pouvoirs redoutables s'est ainsi constitué, pour l'essentiel dès le IIIe millénaire, induisant toutes sortes de pratiques à caractère magique. Pour lutter contre la « possession démoniaque », responsable de graves maux physiques et moraux, des rituels conjuratoires ont été établis, dont certains pratiqués par une catégorie particulière de prêtres, les exorcistes. Des figures de génies protecteurs étaient par ailleurs disposées dans les habitations ou les bâtiments officiels, et d'autres enfouies sous leurs fondations, afin de les préserver de toute menace. La frontière apparaît toutefois incertaine entre démons maléfiques et génies protecteurs enrôlés pour les combattre. Nombre de ces derniers en effet sont à l'origine des monstres redoutables, en rapport avec des éléments de la nature liés à la fertilité, et seule la puissance divine a pu les maîtriser pour en faire des instruments de la prospérité humaine. Tous sont ainsi fondamentalement des médiateurs entre les dieux et les hommes, concourant au fragile équilibre du monde.


Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Depuis la pyramide, prenez la direction Richelieu. Après le contrôle des billets, tournez à droite et empruntez l'escalator. Entrez dans le département des Antiquités orientales et dirigez-vous vers la vitrine 6 de la salle 1a.

Vase dédié par Entemena, roi de Lagash, au dieu Ningirsu
Vase dédié par Entemena, roi de Lagash, au dieu Ningirsu

© R.M.N./H. Lewandowski

01Vase dédié par Entemena, roi de Lagash, au dieu Ningirsu

Ce vase d'une qualité exceptionnelle est constitué d'une unique feuille d'argent martelée, portée par quatre pieds de cuivre en forme de griffes de lion. Une dédicace en sumérien gravée sur le col indique qu'il appartenait au service de table de Ningirsu, dieu tutélaire de la cité-État de Lagash. L'offrande venait du prince Entemena, qui en était le souverain vers 2400 avant J.-C. Le vase est finement incisé sur l'épaule d'une frise de veaux couchés, surmontant une série de sept génisses, promesse de fécondité et d'abondance. La panse est ornée de quatre aigles à tête de lion, qui agrippent dans leurs serres deux lions ou deux bouquetins. L'aigle léontocéphale, génie protecteur attribut du dieu Ningirsu, symbolise la nuée d'orage qui emplit soudainement le ciel accompagnée du rugissement du tonnerre. À l'origine, c'était un monstre redoutable, capable de détruire l'équilibre du monde, comme le raconte le mythe d'Anzu. L'aigle y dérobe la Tablette des destins, plongeant l'univers dans l'immobilité, avant d'être vaincu par Ningirsu. La violence brutale qui caractérise les forces primordiales de la nature se révèle toutefois bienfaisante, puisque la nuée d'orage apporte avec elle la pluie fertilisatrice. Et comme le montre le mythe, elle peut être domestiquée par la puissance divine, lorsque Ningirsu, après avoir vaincu l'oiseau-tonnerre, en fait un serviteur de la prospérité des hommes.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Sortez de la salle 1a et entrez à droite dans la salle 1c. Dirigez-vous vers la vitrine 9.

LampeDécorée d'un taureau androcéphale
LampeDécorée d'un taureau androcéphale

© Photo RMN / Franck Raux

02Coupe au taureau androcéphale

Cette superbe coupe d'albâtre date de l'époque des dynasties sumériennes archaïques, au IIIe millénaire avant J.-C. Elle imite un type de coupe primitive que les Sumériens taillaient dans un grand coquillage fendu dans le sens de la longueur. Il faut y voir vraisemblablement une coupe à libation, comme le montre une plaque qui ornait une grande lyre retrouvée dans les tombes royales d'Ur. Cette coupe porte sur le côté une représentation en relief d'un taureau à tête humaine. Il s'agit d'un génie protecteur dont le visage s'éclaire d'un sourire bienveillant. La figure du taureau androcéphale est fréquemment représentée dans l'art sumérien, avec des traits similaires. Les cheveux et la longue barbe, finement bouclés, encadrent un visage à l'expression pacifique. La tiare à cornes indique son caractère d'entité divine. Il se présente en général au repos, allongé, dans une attitude paisible. Le taureau est un vieux symbole de fertilité masculine, représenté dès le néolithique. La version hybride, pourvue d'une tête humaine, apparaît au IIIe millénaire et connaîtra une grande postérité. Elle désigne un vigoureux génie protecteur, incarnation de la puissance naturelle de fécondité, lié à la fertilité de la terre mais aussi au rayonnement solaire. Il est souvent associé à l'aigle léontocéphale, autre génie hybride, symbole de la fertilité de l'orage, et cette combinaison de figures apparaît emblématique d'un équilibre du vivant garant de la prospérité des communautés humaines.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Quittez la salle 1c, prenez l'escalier et tournez à gauche pour entrer dans la salle 2. Dirigez-vous vers la vitrine 1 (œuvre n° 24 dans la vitrine).

Héros acolytes d'Ea abreuvant des buffles
Héros acolytes d'Ea abreuvant des buffles

© 2000 RMN / Franck Raux

03Sceau-cylindre d'Ibni-sharrum

Ce sceau-cylindre d'époque akkadienne, remarquable tant par sa taille que par la finesse de sa gravure, appartenait à un certain Ibni-sharrum, haut fonctionnaire du palais de Shar-kali-sharri, roi d'Akkad vers 2200 avant J-C. La composition, d'une parfaite symétrie, est centrée sur l'inscription, hommage au roi dont Ibni-sharrum s'affirme le serviteur. Le cartouche semble porté entre les cornes de deux buffles, qui dressent leur tête pour s'abreuver aux flots jaillissant de vases tenus par deux personnages à demi agenouillés. Ceux-ci, nus à l'exception d'une ceinture enserrant la taille, portent une longue chevelure à six boucles ainsi qu'une large barbe. Ils représentent une figure caractéristique de l'iconographie mésopotamienne, celle dite du « héros nu ». Tous se tiennent au-dessus de flots coulant entre deux rives montagneuses. La figure du héros nu est évocatrice d'un génie protecteur anthropomorphe, fréquemment représenté dès le début du IIIe millénaire. Il apparaît maîtrisant des animaux sauvages, ou en gardien des portes d'un sanctuaire tenant un poteau ansé. A l'époque d'Akkad, il est associé au dieu Enki/Ea, le maître des eaux douces, dont le vase aux flots jaillissants est un attribut caractéristique. C'est sans doute le sanctuaire d'Enki qu'évoque l'ensemble de cette scène, sanctuaire édifié au-dessus de l'apsû, la nappe souterraine des eaux douces, source inépuisable de fertilité et de vie.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Dans cette même salle 2, dirigez-vous vers la vitrine 4.

Gobelet à libation de Gudea, prince de Lagash
Gobelet à libation de Gudea, prince de Lagash

© R.M.N./J. Galland

04Gobelet à libation de Gudea, prince de Lagash

Ce vase cultuel sculpté en relief dans la pierre tendre de chlorite est inscrit au nom du prince sumérien Gudea. Ce souverain d'une grande piété régna vers 2120 avant J.-C. sur l'Etat de Lagash, qu'il couvrit de sanctuaires nouveaux ou restaurés. C'est du temple de Ningishzida, le dieu personnel de Gudea, que provient ce gobelet de grande taille, dont la forme du bec en gouttière indique qu'il était destiné à verser un liquide lustral lors de rites de libation. Ningishzida, dont le nom en sumérien signifie « le seigneur du bon arbre », et qui est le fils du dieu chthonien Ninazu, est une divinité de la végétation dont il assure la pérennité. Le décor du vase en témoigne qui, avant de libérer le liquide lustral comme d'une source, en faisait s'écouler le flot entre les deux serpents entrelacés qui ornent le bec. Autour des deux reptiles, emblèmes de la fertilité de la terre, se tiennent deux monstres hybrides dressés sur leurs membres arrières. Ce sont des dragons Mush-Hush, mi-serpents mi-rapaces, issus du monde chthonien et soumis au dieu Ningishzida. Ils portent la tiare à cornes emblème du divin, et tiennent des sortes de hampes ansées indiquant que ces génies sont les gardiens du sanctuaire du dieu. Comme la plupart des génies protecteurs mésopotamiens, ces monstres redoutables issus des profondeurs de la terre ont été contraints par la volonté des dieux de mettre leur puissance au service de la prospérité des hommes.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Allez à la salle 3 et dirigez-vous vers la vitrine 6 (œuvre n° 32 dans la vitrine).

Tête du démon Humbaba
Tête du démon Humbaba

© Photo RMN / H. Lewandowski

05Plaquette à l'effigie de Humbaba

Le début du IIe millénaire a vu se développer la production en série de figurines et de plaquettes en terre cuite faites au moule. Supports de la piété populaire, elles révèlent les figures que celle-ci privilégiait. Parmi elles, un personnage grimaçant qui n'a l'aspect ni d'un homme ni d'un dieu. Son visage, creusé de larges sillons cerclant la bouche et les yeux, suscite l'effroi. Lorsqu'il est représenté entier, il est nu, les jambes arquées et le bras droit levé, dans une attitude menaçante. Il s'agit très vraisemblablement de Humbaba, connu surtout par l'Épopée de Gilgamesh. Ce géant à la force redoutable avait en effet été établi par décision divine gardien de la forêt des Cèdres. Il y fut vaincu et décapité par Gilgamesh et son ami Enkidu lors de leur expédition dans cette contrée sauvage. Si Humbaba se différenciait des démons traditionnels mésopotamiens dont il n'a pas l'aspect hybride, il s'en rapprochait par son corps difforme et son visage grimaçant. Sa seule vue inspirait l'épouvante et il pouvait projeter une radiance mortelle. Mais, paradoxalement, ces caractéristiques semblent avoir conféré à ce personnage une valeur apotropaïque justifiant la possession de plaquettes à son effigie. Des démons redoutables pouvaient en effet être implorés à titre de protecteurs contre des puissances encore plus malfaisantes, et leur puissance devenait alors un gage d'efficacité.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Dans cette même salle 3, allez à la vitrine 15 (œuvre n° 23 dans la vitrine).

Conjuration contre le mauvais oeil
Conjuration contre le mauvais oeil

© Photo RMN / Franck Raux

06Tablette conjuratoire contre le mauvais œil

La lutte contre les démons maléfiques fait appel à des figurines apotropaïques mais surtout à des rituels conjuratoires. Toute une série d'entre eux a pour objet l'élimination du « mauvais œil », traduction directe de l'expression sumérienne « igi hul ». La levée d'un envoûtement par le mauvais œil impose de faire appel à un exorciste, qui seul peut solliciter l'intervention divine d'Enki, dieu de la sagesse et de la magie, et de son fils Asarluhi. Dans l'incantation inscrite sur cette tablette, le mauvais œil est associé au dragon Mush-Hush, un monstre chthonien représenté dès le IIIe millénaire, et qui apparaît dans le Poème babylonien de la Création. Il y fait partie, avec d'autres démons importants, de l'armée de Tiamat, cette puissance primordiale vaincue par le dieu Marduk à l'origine des temps. Le Mush-Hush, après avoir été associé à diverses divinités, deviendra l'emblème de Marduk, le grand dieu de Babylone. L'incantation, qui devait être prononcée par l'exorciste en présence de la victime, débute par une description des méfaits de l'œil. Son action maléfique est capable de toucher aussi bien le ciel que la terre, le bétail que les gens. Puis le dieu Enki est invité à frapper « l'œil du monde inférieur », de telle sorte que celui-ci soit arraché et détruit. Souvent l'incantation s'accompagne d'un geste de purification, qui consiste en général à frotter le corps de la victime avec du pain.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Quittez la salle 3 et dirigez-vous vers la salle 6, jusqu'à la vitrine de l'époque néo-assyrienne.

Le démon assyrien Pazuzu
Le démon assyrien Pazuzu

© 2007 Musée du Louvre / Thierry Ollivier

07Statuette inscrite du démon Pazuzu

Le démon Pazuzu est un personnage familier de l'iconographie assyrienne au Ier millénaire avant J-C. Fils d'un dieu du monde infernal nommé Hanbu, il a l'aspect d'un monstre hybride. Sa face grimaçante est celle d'un lion aux yeux exorbités, et deux cornes se dressent sur sa tête. Son corps nu porte deux paires d'ailes dans le dos et une queue de scorpion recourbée. Ses mains sont pourvues de griffes de lion et ses pieds de serres de rapace. L'aspect terrifiant des représentations de Pazuzu exprime la puissance maléfique que celui-ci est susceptible de manifester en tant que chef des démons, responsable en particulier de la propagation des épidémies. Puissance dévastatrice que souligne l'inscription qui couvre le dos des ailes : « Je suis Pazuzu, fils de Hanbu. Le roi des mauvais esprits des vents, qui sort violemment des montagnes en faisant rage, c'est moi. » Mais Pazuzu possède aussi une dimension bénéfique, car sa puissance peut être retournée contre d'autres démons, qui grâce à lui pourront être vaincus. Il permet ainsi de se défendre contre les vents pestilentiels, porteurs de fièvres, et est invoqué contre son épouse, la démone Lamashtu, afin de la contraindre à se retirer du corps des malades. Des statuettes ou des amulettes à son effigie étaient suspendues au chevet des femmes enceintes ou en couches afin de les protéger de l'action maléfique de la Lamashtu.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Toujours dans cette même vitrine de l'époque néo-assyrienne.

Plaque de conjuration contre la Lamashtu, dite "plaque des enfers''
Plaque de conjuration contre la Lamashtu, dite "plaque des enfers''

© 2009 RMN / Franck Raux

08Plaque conjuratoire contre la Lamashtu

Suspendue au chevet du malade, cette plaque aux vertus conjuratoires était destinée à lutter contre l'action maléfique de la démone Lamashtu, tenue pour responsable de diverses maladies, en particulier celles frappant la femme enceinte. C'est elle qui est représentée au centre de la plaque, avec une tête de lionne, un corps humain et des pattes de rapace. Son époux Pazuzu s'agrippe au revers, la tête surgissant par-dessus le rebord supérieur. C'est un puissant démon qui est invoqué à l'appui de la guérison. L'opération de conjuration est placée sous les auspices des grandes divinités, représentées par leurs emblèmes. En dessous, un groupe de sept génies à têtes d'animaux, médiateurs entre les mondes divin et humain, protège la chambre du malade. Celui-ci est allongé sur son lit, la main levée en signe de prière. Deux personnages l'entourent, vêtus de dépouilles de poissons en l'honneur d'Ea, le dieu de la magie. Ce sont les prêtres exorcistes ashipu, qui conduisent le rituel, sous la protection de trois autres génies. Ils dominent la responsable du mal, la Lamashtu, qui brandit des serpents tout en allaitant des lionceaux. Rien n'est négligé pour la convaincre de regagner le monde des Enfers, puisque, à la ferme menace de Pazuzu, qui lui indique le chemin du retour, vient s'ajouter l'offrande de multiples cadeaux. C'est montée sur son âne et à bord de sa barque qu'elle prend le chemin de l'apsû, la nappe des eaux souterraines, libérant le malade de sa possession maléfique.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Toujours dans la salle 6, dans ce même espace Nimrud, dirigez-vous vers le mur mitoyen avec l'espace Arslan Tash.

Génie ailé à tête d'oiseau devant l'arbre sacré
Génie ailé à tête d'oiseau devant l'arbre sacré

© R.M.N./J.G Berizzi

09Relief au griffon

Le décor monumental des palais assyriens du Ier millénaire, constitué de grandes plaques de pierre sculptées en relief recouvrant la partie inférieure des murs de brique, fait appel à un large éventail de génies protecteurs. L'un des plus caractéristiques est un génie hybride du type « griffon », dont le corps est humain mais porte des ailes et une tête de rapace. Celui-ci provient du palais du roi Assurnasirpal II (883-859) à Nimrud, alors capitale de l'empire. Sa présence y était requise afin d'assurer la protection de certains passages ou de l'entrée de salles importantes, et on le retrouve jusque dans la salle du trône. Le griffon est souvent représenté dans l'accomplissement d'un rituel de fertilité. Il tient alors dans ses mains une pomme de pin et une situle, aspergeant d'un liquide lustral les fleurs d'un arbre sacré à la figuration fortement stylisée. Ces griffons, qui appartiennent à un groupe plus vaste de génies protecteurs, dits apkallu, sont pourtant considérés également, dans certains textes, comme des serviteurs du dieu des Enfers, Nergal. C'est leur puissance, sans doute à l'origine maléfique, qui garantit l'efficacité de la protection qu'ils assurent contre d'autres entités malfaisantes. Et c'est leur proximité avec Nergal, maître d'un monde chthonien des profondeurs duquel surgit le renouveau annuel de la nature, qui les qualifie pour favoriser un règne de prospérité et d'abondance, symbolisé par l'efflorescence de l'arbre de vie.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Dirigez-vous vers la salle 4, dite cour Khorsabad.

Taureau androcéphale ailé
Taureau androcéphale ailé

© 2011 Musée du Louvre / Thierry Ollivier

10Statue de taureau androcéphale ailé

Cette statue colossale provient du site de Khorsabad, où le roi assyrien Sargon II (721-705) entreprit de se faire construire une nouvelle capitale qui ne fut jamais achevée. Elle représente un taureau androcéphale ailé, figure familière de génie protecteur depuis l'époque des dynasties sumériennes archaïques. Sculptés en haut-relief sur d'énormes blocs d'albâtre gypseux, ces colosses étaient disposés en gardiens des portes de la ville et de celles du palais, en particulier sur la façade d'entrée de la salle du trône. Outre leur statut symbolique, le sommet de leur corps servait de base pour asseoir la voûte en brique crue des passages de porte. Ce sont des monstres hybrides, qui combinent le corps d'un puissant taureau avec les ailes d'un grand rapace, disposées en oblique au-dessus du dos. Le visage humain, barbu, surmonté d'oreilles taurines et coiffé d'une lourde tiare à cornes, s'éclaire d'un sourire bienveillant. Vue de profil, l'attitude est celle de la marche lente, les quatre pattes représentées en mouvement, alors que de face le génie est montré au repos, les deux jambes frontales alignées. Si bien qu'au total il se présente pourvu de cinq pattes. Mélange de force et de sérénité, modèle d'équilibre malgré leurs dimensions colossales, ces monstres protecteurs donnaient la mesure de la puissance d'un empire assyrien alors en pleine expansion. Et c'est l'antique figure du taureau androcéphale qui se dressait au cœur de sa capitale, en gardien vigilant de sa pérennité.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Traversez la cour Khorsabad et la salle 2 vers la gauche. Sortez du département des Antiquités orientales en empruntant à droite la salle 1. Descendez l'escalator puis les escaliers et tournez à gauche pour retourner sous la pyramide.

 

Auteur(s) :
Patrick Pouyssegur