Allez au contenu Allez au menu principal Allez à la recherche Change language

Accueil>Visites & Activités>Parcours à imprimer>Jeux de parcours

Parcours Jeux de parcours, Egypte et Proche-Orient

Parcours thématique - Durée : 1h30 - Jours de visite : Lundi Mercredi Jeudi Samedi Dimanche

Groupes scolaires Groupes

Boîte de jeu au nom d'Imenmès
Boîte de jeu au nom d'Imenmès

© Musée du Louvre/C. Décamps

00Introduction

Les jeux de parcours, dits de course-poursuite, sont très appréciés dans le monde oriental. Cet itinéraire de visite à travers le département des Antiquités égyptiennes et celui des Antiquités orientales permet de savoir quels jeux étaient pratiqués en Égypte et au Proche-Orient.

Les jeux de parcours sont connus dès l'Antiquité et plusieurs spécimens sont exposés au musée du Louvre. Certains peuvent être considérés comme les ancêtres de notre jeu de l'oie, ou des « petits chevaux », mais leurs règles, et parfois même leurs noms, sont difficiles à cerner.
Attestés dès la fin du IVe millénaire, ils se développent jusqu'à l'époque chrétienne ; les relations entre l'Orient et l’Égypte expliquent que les mêmes types de jeux puissent être attestés de l'Iran aux rives du Nil.
Ces œuvres présentent souvent un caractère lacunaire, surtout au Proche-Orient où les conditions climatiques ne permettent pas la conservation des matériaux périssables. Les données égyptiennes, plus complètes, sont très précieuses pour la compréhension de ce matériel. Cet itinéraire de visite propose donc de démarrer par le département égyptien et de poursuivre par les Antiquités orientales.
Outre la dimension ludique, les jeux peuvent parfois avoir une portée religieuse, ou servir de support divinatoire : le résultat des dés, expression de la volonté divine, fixe le sort du joueur ; celui-ci, parfois représenté dans sa tombe face à un adversaire invisible, assurera – ou non – sa place dans l'au-delà.
Du simple parcours gravé hâtivement sur un éclat de pierre aux exemplaires royaux les plus prestigieux, les tables à jeu ont été retrouvées en milieu domestique, dans des palais, des temples et des tombes, témoignant de leur diffusion dans divers contextes et sur plus de trois millénaires.


Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Prenez la direction Sully ; traversez les fossés médiévaux pour vous retrouver face à la crypte du sphinx. Là, montez l'escalier de gauche et passez à droite de la statue de Nakhthorheb agenouillé qui accueille les visiteurs. Tournez à droite vers la salle du mastaba, puis tout de suite à gauche pour vous trouver, après quelques pas dans la salle 5 (« Élevage, chasse et pêche »), devant la vitrine sur votre gauche exposant les peintures de la chapelle de Métchetchi.

Peintures du tombeau de Métchétchi
Peintures du tombeau de Métchétchi

© Musée du Louvre / C. Décamps

01Peintures du tombeau de Métchétchi

Parmi les fragments conservés venant de la chapelle de ce haut fonctionnaire, deux proposent une scène de jeu de senet ; dans la partie basse de la reconstitution, ce sont les premier et deuxième fragments en bas à gauche de la vitrine.
Le senet est incontestablement le jeu le plus représenté, ce qui tend à prouver qu'il a joui d'une grande popularité et a dû toucher un très large public ; les tables les plus simples (gravure rapide sur bloc de pierre) côtoient les plus sophistiqués (en ébène incrusté d'ivoire pour un exemplaire de la tombe de Toutânkhamon).
Il fut pratiqué depuis l'époque prédynastique (-3500) jusqu'à l'époque romaine, et s'exporta hors des frontières, en Nubie, au Proche-Orient et jusqu'à Chypre.
On l'a retrouvé aussi bien en contexte domestique que funéraire.
Une partie de senet requiert deux joueurs assis face à face de chaque côté du plateau, inclus dans une sorte de table basse à l'époque de l'Ancien Empire, comme nous le montre la peinture de Métchetchi. La partie se déroule sur une surface divisée en 3 x 10 cases, nommées « maisons », avec des pions différents pour chacun des deux adversaires.
Contrairement à d’autres jeux, le nom de celui-ci est connu : le mot « senet » vient d'un verbe signifiant « passer », « traverser ». Les pions doivent traverser un espace sur un circuit préétabli tout au long des 30 cases. On voit sur la peinture l'un des joueurs faisant avancer un de ses pions qu’il tient dans une main, tandis que son adversaire attend son tour.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Passez dans la salle 6 « L'écriture et les scribes » juste derrière, pour voir dans la vitrine 3 le hiéroglyphe du damier inclus dans le cartouche du roi Séthi Ier.

Le hiéroglyphe "men" : un plateau de jeu avec les pions posés dessus
Le hiéroglyphe "men" : un plateau de jeu avec les pions posés dessus

© Musée du Louvre/C. Décamps

02Cartouche fragmentaire au nom du roi Séthi Ier

Cette plaque fragmentaire de faïence présente sur un fond blanc l'image du cartouche (forme ovale ligaturée à une base horizontale) qui traditionnellement encercle l'un des noms de la titulature royale. Il s'agit ici du nom de couronnement du roi Séthi Ier qui se lit – dans sa totalité – « men Maât Rê » et que l'on peut traduire par : « Stable est la justice de Rê. »
Seul le hiéroglyphe se prononçant « men » est encore visible ; il traduit l'idée de stabilité.
Graphiquement, il représente dans sa partie basse un plateau de jeu de senet vu en plan : la surface est divisée en plusieurs rangées de cases, dont le nombre ne semble pas avoir grande importance dans les représentations hiéroglyphiques. Dans la partie supérieure du signe, neuf pions sont alignés, eux, de profil. Cette torsion face/profil est propre à la représentation égyptienne et permet d'appréhender le sujet ou l'objet dans sa totalité dans un univers où la perspective n'est pas utilisée. Le damier et ses accessoires forment un tout dont la représentation graphique fut très tôt utilisée dans le système hiéroglyphique.
Dans cet exemple, la valeur du signe est phonétique (« men ») et non idéographique ; il n'est là nullement question de jeu, de damier ou de senet.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Traversez les trois salles suivantes disposées en chicane pour entrer dans la salle 10 consacrée à la musique et aux loisirs. Au fond de la salle, la vitrine carrée (n° 7) et, sur la droite dans le renfoncement, la petite vitrine murale (n° 8), exposent les différents jeux et leurs pions. Dirigez-vous d'abord vers la vitrine 8 pour observer le jeu du serpent.

Jeu du serpent du roi Péribsen
Jeu du serpent du roi Péribsen

© Musée du Louvre/C. Décamps

03Jeu du serpent du roi Péribsen

Le nom ancien du jeu –mehen – est connu par des inscriptions accompagnant les scènes dans le domaine funéraire. Ce terme signifie « enrouler » ou « celui qui est enroulé ». Et, correspondant à ce nom, le plateau rond est décoré par l'image d'un serpent lové sur lui-même, la tête au centre et la queue à l'extérieur, le corps découpé en cases pour recevoir les pions – billes et lions – tout au long d'un circuit spiralé.
Mehen est aussi un nom propre désignant, dans les textes religieux, une divinité en forme de serpent, qui a le plus souvent un rôle protecteur envers Rê et le roi.
Le cadre temporel du mehen est assez limité comparé à celui du senet ou du jeu de 58 trous. Il semble n'être vraiment pratiqué qu'aux époques prédynastique et thinite (environ -3200 à -2700), périodes pour lesquelles on a retrouvé une quinzaine de tables et de nombreux pions. À l'Ancien Empire, le jeu ne nous est connu que par des reliefs et des peintures provenant de tombes civiles, puis disparaît à la fin de cette période, peut-être pour des raisons religieuses liées au serpent Mehen.
Le plateau du Louvre a été trouvé, fragmentaire, dans une tombe royale et a été reconstitué sans suivre le schéma habituel spiralé : on a ici des cercles concentriques, privés de la tête et de la queue de l'animal. Le jeu est de petites dimensions, et l'on peut se demander s'il ne s'agit pas d'un exemplaire fictif uniquement destiné à être déposé dans la tombe.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Dans la même vitrine, tournez votre regard vers la droite sur les accessoires du jeu du serpent, les billes et les lions.

Billes pour le jeu du serpent
Billes pour le jeu du serpent

© Musée du Louvre/C. Décamps

04Billes pour le jeu du serpent

Par une peinture de tombe du début de l'Ancien Empire (voir document pdf dans l'itinéraire de l'étape 1), on sait précisément quels accessoires sont attribués au jeu du serpent : chaque joueur possédait un lion ou une lionne, et six billes.
Ce sont ces types de pions que nous retrouvons dans la vitrine. Les billes font visiblement partie d'un même ensemble, leur matériau et leur taille étant identiques.
Le lion est figuré avec une large crinière, et la lionne porte toujours comme signe distinctif un collier gravé autour du cou.
Nous ne possédons pas de règle écrite, mais il existe encore actuellement au Soudan un jeu qui ressemble fort au mehen : le jeu de la hyène.
Les deux jeux présentent plusieurs ressemblances, notamment un même circuit spiralé et deux types de pions différents.
En prenant modèle sur le jeu soudanais, on peut imaginer que les Égyptiens devaient d'abord faire avancer leurs billes sur les cases, puis dans un second temps leur lion ou lionne, qui avaient la capacité de piéger les adversaires restant sur le parcours. Les Soudanais font avancer leurs hyènes « à pas double », et les Égyptiens devaient sans doute faire de même avec leurs lions, ce qui résout le problème de la taille de ces pions dont la longueur peut sembler démesurée par rapport à la dimension des cases : les félins reposent sur deux cases à la fois.
Il n'y a aucune certitude prouvant la parenté des deux jeux, mais on ne peut qu'être frappé par des ressemblances si troublantes !

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Dans la même vitrine, observez maintenant un autre type de plateau : le jeu de 58 trous en forme d'hippopotame.

Plateau de jeu des 58 trous, en forme d'hippopotame
Plateau de jeu des 58 trous, en forme d'hippopotame

© RMN / Les frères Chuzeville

05Plateau de jeu des 58 trous, en forme d'hippopotame

Le jeu de 58 trous, dit aussi « du chien et du chacal » par la forme de ses pions-fiches à silhouette de canidé, était certainement très populaire : on en a retrouvé des exemplaires dans des forts militaires à la frontière sud de l'Égypte, utilisés par les soldats pour passer le temps.
Né en Égypte au début du Moyen Empire, il connut une diffusion spatiale et temporelle large, de la Nubie à l'Iran, du XIXe au IVe siècle avant J.-C. Dans la suite de votre visite, vous pourrez découvrir des tables originaires d’Iran (n° 12 et n° 13), d'Assyrie (n° 14) et de l'Égypte copte (n° 17).
Dans un premier temps, le plateau présente une forme globalement rectangulaire, légèrement cintrée sur les longs côtés ; il peut reposer sur des pieds qui, dans deux cas, sont des pattes de taureau. Puis la forme de la table devient ovale, comme on le voit sur l'exemplaire du musée. Celui-ci repose aussi sur des pattes animales, mais cette forme générale d'hippopotame demeure sans équivalent.
Aucune représentation en deux dimensions n'a été retrouvée sur les parois des tombes, donc pas non plus d'annotations qui auraient pu donner des indices comme le nom du jeu, ni de règle écrite. Mais on peut proposer des hypothèses après l'examen de tous les plateaux connus car ils présentent des similitudes. Le jeu était conçu pour deux adversaires, faisant chacun évoluer cinq fiches, à tête de chien ou de chacal. Le but était, comme pour les autres jeux de table, d'amener le premier ses pions à la dernière case.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Pour poursuivre votre visite, placez-vous face à la vitrine carrée n° 7, juste sur votre gauche, et cherchez le jeu de 20 cases gravé sur un bloc de calcaire.

Plateau de jeu de "20 cases"
Plateau de jeu de "20 cases"

© 2008 Musée du Louvre / Christian Décamps

06Plateau de jeu de "20 cases"

Le jeu de 20 cases est une invention ancienne ; sans doute originaire de la région d'Ur au milieu du IIIe millénaire, il traverse tout le Proche-Orient (voir dans la partie orientale du circuit les étapes 15 et 16 présentant les jeux de Balawat et de Khorsabad) jusqu'à Chypre et arrive en Égypte vers 1600.
Les deux participants doivent déplacer leurs cinq pions sur un nombre identique de cases, en un circuit préétabli. La table présente un schéma bâti avec une colonne de huit cases surmontée d'un bloc de 3 x 4 cases. Avant le départ, les pions sont en attente de chaque côté de la colonne centrale et entrent au fur et à mesure sur le parcours grâce à un lancer de dés ou d'osselets approprié. En Égypte, au Nouvel Empire, le circuit des 20 cases est le plus souvent couplé au senet en une boîte à jeux à deux faces, munie d'un tiroir pour ranger les pions (voir le jeu d'Imenmès, à l'étape suivante).
Ici, le circuit est gravé sur un éclat de calcaire, sans doute élaboré par un habitant du village de Deir el-Médineh, lieu de résidence des ouvriers et artisans décorant les tombes de la Vallée des Rois. C’est l'exemple même d'un plateau utilisé en contexte domestique, pour les loisirs. La gravure a même été un peu hâtive et une « étourderie » est visible sur le plateau : le bloc de cases était parti pour donner un schéma de 5 x 3 cases alors qu’il ne faut en représenter que 4 x 3 (deux sont sommairement effacées en haut de la colonne centrale, de part et d'autre de la huitième case).

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Dans la même vitrine, regardez maintenant la boîte à jeux en bois d'Imenmès présentant un senet d'un côté et un 20 cases de l'autre.

Boîte de jeu au nom d'Imenmès
Boîte de jeu au nom d'Imenmès

© Musée du Louvre/C. Décamps

07Boîte de jeu au nom d'Imenmès

À partir du Nouvel Empire, le jeu de senet est volontiers couplé à celui de 20 cases nouvellement importé du Proche-Orient. Les deux jeux sont alors représentés au recto et au verso d'une boîte indépendante, qu'on pose sur un guéridon haut face auquel se tient le joueur, comme on peut le voir sur le petit côté de la boîte.
L'objet présente une cavité destinée à recevoir un tiroir pour y ranger les différents accessoires : pions, osselets, bâtons de lancer, dés.
Sur la surface du senet, qu'on peut voir dans le miroir, quatre cases sont inscrites : elles correspondent à la fin du parcours. La 30e et dernière ne présente pas ici d'illustration. Les inscriptions peuvent varier d'un jeu à l'autre, mais gardent la même signification : la 26e = « bon, bien » indique un bénéfice, la 27e = « eau » comporte l'idée de renaissance et de purification, ou une case à valeur négative comme le puits de notre jeu de l'oie, la 28e = 3, la 29e = 2 et la 30e (quand elle est inscrite) = 1, correspondent au compte à rebours terminal avant de faire sortir les pions du parcours.
À partir de l'époque d’Imenmès, le senet et le 20 cases acquièrent une dimension religieuse. Le défunt joue alors contre un adversaire invisible (l'homme debout face à Imenmès n'est qu'un serviteur) ; la partie permet symboliquement de « traverser » l'autre monde, de côtoyer les dieux, d’affronter les ennemis et de gagner l'éternité.
Les inscriptions sur la boîte d'Imenmès sont, elles, des formules d'offrandes traditionnelles.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Passez à l'étude des pions du senet et du 20 cases présentés tout autour de cette même vitrine.

Pions en forme de bobine
Pions en forme de bobine

© Musée du Louvre/C. Décamps

08Pions en forme de bobine

On a découvert un assez grand nombre de pions, mais rarement des ensembles complets, plateau et accessoires. On pouvait facilement jouer sans posséder de table : il suffisait de dessiner hâtivement un parcours sur le sol.
Le nombre et la forme des pions varient selon les époques. À l'Ancien Empire il y a plutôt sept pions par joueur contre cinq au Nouvel Empire ; la quantité doit être équivalente pour les deux joueurs. Il faut pouvoir distinguer les pions des adversaires, ce qui est possible grâce à la forme: au Nouvel Empire, des pions bas en forme de bobine côtoient souvent des formes plus hautes (à côté dans la même vitrine) grossièrement coniques, agrémentées ou non d'un petit « chapeau ». À l'Ancien Empire, les formes plus trapues, compactes, dominent.
Les matériaux sont divers : pierre, faïence, verre, terre, ivoire... mais identiques pour les deux adversaires.
Au senet, d'après les représentations, les pions des deux joueurs semblent être, au départ, posés alternativement sur la première rangée de dix cases ou dépasser sur le deuxième rang quand chaque adversaire possédait plus de cinq pions. L'avancée se pratiquait sur un circuit en « S » inversé, rythmée par les cases inscrites, souvent la quinzième puis les cinq dernières. Le but était sans doute de faire sortir le premier tous ses pions du circuit.
Quand le jeu de 20 cases a été introduit en Égypte, il a naturellement emprunté au senet ses pions puisqu'il se pratiquait sur un circuit doté de cases de mêmes dimensions.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Le long d'un des côtés de cette vitrine carrée observez les bâtons de lancer, fines baguettes en ivoire.

Trois baguettes de jeu
Trois baguettes de jeu

© Musée du Louvre / C. Décamps

09Trois baguettes de jeu (ou bâtons de lancer)

Ces accessoires servent à déterminer l'avance des pions sur les circuits, tout comme les osselets et les dés. Ces trois types d'objets apparaissent en Égypte à des époques différentes ; il y a donc des moments où ils coexistent et l'on ne sait pas avec certitude s'ils étaient alors associés à un type de jeu déterminé ou utilisés indifféremment. Les bâtons de lancer sont les plus anciens ; les premiers à avoir été retrouvés, en contexte funéraire, datent de l'époque prédynastique. Ces bâtons sont toujours en usage de nos jours sur les bords du Nil. À la 3e dynastie, ils sont représentés à côté des pions de senet sur la peinture de la tombe de Hésyré, ce qui certifie leur utilisation dans le domaine des jeux.
Généralement, on les trouve groupés par quatre, cinq ou six.
À l'origine, ce sont des sections de roseau ou de palmier qui présentent une face bombée et une autre concave, faces de couleur et de texture différentes. Ces éléments naturels ont été reproduits en os, en ivoire ou en bois, souvent décorés sur un côté de lignes géométriques finement incisées ou donnant la forme d'un doigt avec le contour de l'ongle. Des textes relatifs au senet mentionnent un « doigt » accompagnant les pions.
Les bâtons devaient être lancés ensemble, comme dans le jeu moderne du mikado, pour retomber sur le sol ; selon le nombre de surfaces décorées ou unies rendues ainsi visibles, les points étaient déterminés et les pions progressaient sur le circuit.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Toujours dans la même vitrine, passez aux osselets, un autre moyen de faire avancer les pions.

Osselets
Osselets

© Musée du Louvre/C. Décamps

10Osselets

La présence des osselets n'est attestée régulièrement qu'à partir du milieu du IIe millénaire, époque à laquelle apparaît le jeu de 20 cases en Égypte. De ce fait, un rapprochement est peut-être à faire entre les deux. Ils sont, par contre, connus bien avant en Europe Centrale et au Proche-Orient.
Lorsqu'ils sont d'origine « naturelle », ils sont extraits des joints du tarse des animaux à sabots, et uniquement chez les jeunes bêtes car, avec l'âge, l'osselet fusionne avec un os voisin. Les Égyptiens ont surtout fabriqué des osselets artificiels taillés dans des matériaux variés et avec des formes plus ou moins élaborées.
À partir du Nouvel Empire, on les voit accompagner les senet et les 20 cases ; ils sont trouvés mélangés avec d'autres accessoires et, dans les peintures, placés au-dessus des pions ou sous la table (voir la scène gravée sur la boîte d'Imenmès n° E 2710), ou même dans la main d'un joueur.
L'objet présente deux faces larges, dotées d'une surface sinueuse, et deux autres plus étroites, sans doute plus difficiles à obtenir lors d'un lancer. Une valeur distincte devait être attribuée à chaque face. Le lancer de l'osselet permettait ainsi au joueur de faire avancer ses pions sur le circuit. Bien que nous ne percevions que très partiellement les règles des jeux égyptiens, on peut supposer que le hasard y avait une place plus large que la réflexion ; cette part laissée au hasard se manifeste bien dans les lancers de bâtons, d'osselets ou de dés.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Afin de compléter l'étude des moyens permettant de faire évoluer les pions sur les circuits retournez à vitrine 8, dans laquelle sont exposés les dés.

Dés en os et calcaire
Dés en os et calcaire

© Musée du Louvre/C. Décamps

11Dés en os et calcaire

La date d'apparition du dé en Égypte n'est pas clairement définie. Comme les osselets, ils sont peut-être introduits par le biais des contacts avec le Proche-Orient, qui s'intensifient à l'aube du Nouvel Empire. À l'est de la Méditerranée, ils sont connus dès le IIIe millénaire et peuvent présenter une forme cubique ou prismatique numérotée de 1 à 4 ; la partie haute est parfois perforée pour recevoir une cheville servant à faire tourner le dé sur lui-même comme une toupie.
Au Nouvel Empire, les dés sont visiblement peu nombreux, comme s'ils n'étaient pas entrés dans les mœurs. On trouve d'abord des cubes marqués de valeurs irrégulières, comme celui qui vient de Deir el-Médineh, en bois (1, 1, 4, 6, 8, 9).
Ils ne s'implantent vraiment qu'à partir de l'époque ptolémaïque et se multiplient peut-être sous l'impulsion des traditions grecques. Ils présentent alors, comme ceux d'Edfou, une numérotation classique allant de 1 à 6, les valeurs des faces opposées devant totaliser 7.
On ne sait pas à quels jeux ils étaient réservés ; les fouilles ne donnent pas d'indices supplémentaires. Sans être attribués à un jeu particulier, ils devaient pouvoir remplacer les bâtons comme les osselets. Ils ne sont jamais représentés en deux dimensions.
Les dés sont bien plus courants dans le monde gréco-romain, où ils peuvent être utilisés comme un jeu en soi ; sur certains d'entre eux, des lettres remplacent les chiffres. Ils sont souvent liés à la notion de hasard, de sort, et aussi à celle d'argent.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Quittez la salle 10 en passant devant le sphinx, tournez à gauche puis à droite pour entrer dans la salle 12. Descendez dans la crypte d’Osiris et remontez vers la salle 16. Tournez à gauche et pénétrez dans la salle 21 du département des Antiquités orientales. Traversez cette aile et la crypte des sarcophages phéniciens. Ressortez de la crypte. Parcourez les salles perses (salles 16 à 12) jusqu'à la salle 11. Contournez la vitrine 7 et regardez le jeu des 58 trous dans le bas de la vitrine.

Jeu de parcours, dit "jeu de 58 trous"
Jeu de parcours, dit "jeu de 58 trous"

© 2010 Musée du Louvre / Raphaël Chipault

12Jeu de parcours, dit jeu "de 58 trous"

Comme en Égypte, les jeux de parcours constituent une offrande funéraire de choix dans l'Orient ancien. Cette plaque de jeu de 58 trous, en terre cuite peinte, provient de la nécropole de Tepe Sialk, qui date du début du Ier millénaire av. J.-C. Des liaisons entre les postes entraînant l'avancée ou le recul des pions sont visibles, comme sur le plateau en forme d'hippopotame. Des sillons supplémentaires, reliant des points dans deux directions, semblent indiquer ici que les joueurs pouvaient choisir leur chemin et poursuivre des pions adverses.
Le jeu de 58 trous est le jeu de course-poursuite le plus souvent attesté pour l'Iran ancien. Dans cette région, des tabliers de jeux accompagnent le défunt dans l'au-delà dès le IIIe millénaire. Ainsi, le cimetière de Jiroft au Kerman a livré de nombreuses plaques zoomorphes de jeu des 20 cases tandis qu'un jeu a été découvert dans une tombe de Shar-i Sokhta au Séistan. Des modèles de jeu peuvent aussi figurer dans le mobilier funéraire comme ce médaillon en faïence imitant un jeu de 58 trous (AO 30841) exposé dans la même vitrine.
Bien que ce jeu soit le plus représenté en Iran, aucun exemplaire complet (plateau, pions et dés) n'a été retrouvé à ce jour. Le mobilier archéologique est souvent lacunaire soit car certains jeux étaient périssables, soit car leur fonction n'a pas été identifiée. Des osselets, comme ceux (AO 18077) présentés à côté du plateau de Tepe Sialk, ont dû servir au déplacement des fiches également disparues.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Tournez-vous et dirigez-vous vers la salle 10. Regardez le plateau de jeu de 58 trous qui se trouve dans la vitrine 8.

Jeux fragmentaires
Jeux fragmentaires

© 2010 RMN / Franck Raux

13Jeux fragmentaires

Ce fragment en calcaire noir comporte, sur une face, un jeu de 58 trous rehaussé d'incrustations blanches, et, au revers, une variante du jeu de 20 cases. Il appartient à un lot d'offrandes retrouvé à Suse et appelé « Dépôt du Temple d'Inshushinak ». D'autres jeux, dont un fragment de plateau de jeu de 58 trous présenté dans la même vitrine (Sb 2911), et des osselets y ont également été découverts. La présence de plusieurs jeux dans ce dépôt votif indique peut-être le rôle du dieu Inshushinak, en tant que dieu-juge, dans le déroulement des parties car le résultat des dés était perçu comme l'expression de la volonté divine.
Deux petits objets retrouvés dans ce dépôt hétéroclite soulèvent le problème de l'identification des accessoires de jeu. En Égypte, plusieurs types de pions sont attestés : outre le chien et le chacal – vus au cours de l'étape 5 – d'autres animaux (chat, cheval, épervier) interviennent sur les plateaux. Or, dans le dépôt de Suse, se trouve une pointe en bronze surmontée d'un singe (Sb 10194) qui a pu servir de pion, et non d'épingle comme le pensait le fouilleur. Dans la même vitrine, on peut voir une minuscule figurine de singe en lapis-lazuli (Sb 5733), qui était autrefois montée sur une tige et servait peut-être aussi de fiche. L'utilisation de matières de couleurs différentes aurait alors permis de distinguer les pions d'équipes adverses. Ainsi, certaines fiches de jeu ont probablement été prises pour des épingles et attendent d'être réhabilitées.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Empruntez les quelques marches qui se trouvent dans l'angle gauche de la salle. Traversez la salle 9 et tournez à droite dans la salle 8, vers la salle 6. Arrêtez-vous devant la vitrine intitulée « Époque néo-assyrienne » située dans la section consacrée à Nimrud. Regardez le fragment de jeu de 58 trous. Richelieu, salle 6.

Fragment de jeu
Fragment de jeu

© 2006 RMN / Franck Raux

14Fragment de jeu de 58 trous

Les scènes de char, illustrant la course-poursuite à laquelle se livrent les joueurs, constituent l'un des principaux décors des plateaux de jeux. Un exemple est donné ici avec ce fragment de jeu de 58 trous provenant de Syrie du Nord. Sur la tranche de l'objet, deux personnages se tiennent debout sur un char attelé à un ou deux chevaux ; l'un tient les rênes tandis que l'autre tire à l'arc sur un personnage, jambes écartées, peut-être en train de tomber et tournant la tête vers l'arrière. Cette scène de combat rappelle les décors néo-assyriens, en particulier ceux des plaques en bronze de Balawat (IXe siècle avant J.-C.), exposées dans la même salle. Dans la plupart des scènes de bataille ou de chasse, qui visaient à glorifier la force du souverain assyrien, le roi lui-même était l'archer. Peut-être s'agissait-il de lui sur ce plateau ?
Le circuit est orné de rosaces. Celles-ci sont assez couramment utilisées pour marquer les étapes essentielles du jeu où le joueur sautait directement, en avant ou en arrière, vers un autre point. Dès la fin du IVe millénaire, la rosace est associée, en Mésopotamie, à l'emblème de la hampe bouclée de la Grande Déesse. Il est probable que ce symbole, rappelant l'aspect fécond et bénéfique de la déesse, évoque le gain. Son association aux jeux de parcours pourrait aussi être interprétée comme une allusion, non pas au pouvoir amoureux d'Ishtar, mais à ses valeurs guerrières, renforcées ici par le caractère combatif de la scène en bas-relief.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Dans la même vitrine, regardez le plateau de jeu à cases.

Jeu
Jeu

© 2006 RMN / Franck Raux

15Jeu de 20 cases

Ce plateau de l'époque néo-assyrienne (IXe-VIIe siècles av. J.-C.) s'inscrit dans une longue tradition orientale du jeu de 20 cases, évoquée lors de l'étape 7. Seul le bloc de 12 cases est conservé car le prolongement de la rangée centrale a été cassé. Les plus anciens exemplaires ont été retrouvés dans les Tombes royales d'Ur datant du milieu du IIIe millénaire av. J.-C. Des règles ont été découvertes sur une tablette cunéiforme plus récente (période séleucide, vers 177-176 av. J.-C.) sur laquelle figurent 12 cases avec des signes zodiacaux qui attestent du lien très fort entre jeux et pratiques divinatoires.
Le décor en bas-relief de ce plateau évoque justement les dieux mésopotamiens de la divination, Adad et Shamash. Deux taureaux s'affrontent têtes baissées, leurs cornes encadrant une rosace. Le taureau est l'attribut du dieu de l'orage, Adad, qui est considéré comme l'un des maîtres de la divination en raison de l'importance des manifestations atmosphériques. La rosace est souvent représentée sur les circuits pour indiquer des cases particulières, comme sur l'objet précédent. Utilisée comme symbole solaire, elle pourrait faire référence au dieu Shamash, le Soleil. Ce dernier remplit le rôle de dieu-juge et seigneur de la divination car la lumière révèle ce qui est caché et dévoile la vérité. Une autre interprétation de la scène est possible : il pourrait s'agir de l'association du dieu de l'orage et de la Grande Déesse puisque la rosace symbolise aussi la déesse Ishtar.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Pour terminer votre découverte des jeux de plateau antiques, dirigez-vous vers la cour Khorsabad (salle 4) en faisant quelques pas vers la gauche. Arrêtez-vous devant le premier génie ailé situé à votre droite dans le passage. Essayez de distinguer le graffiti tracé à l'arrière du génie, sur le socle.

Génie bénisseur
Génie bénisseur

© 2011 Musée du Louvre / Thierry Ollivier

16Génie bénisseur

Un graffiti de jeu de 20 cases, visible uniquement en lumière rasante, a été repéré sur le socle de cette sculpture de génie bénisseur, à l'arrière de ses pieds. Des relevés ont été effectués permettant d'y reconnaître l'aspect caractéristique d'un rectangle de 4 x 3 carrés accolé à une rangée de huit cases. D'autres lignes ont été gravées, mais il est difficile de savoir s'il s'agit d'une grille complémentaire ou d'un repentir.
Ce génie était placé dans un passage de la ville de Dur-Sharrukin, actuelle Khorsabad, où le roi Sargon II d’Assyrie avait élevé son palais au VIIIe siècle av. J.-C. Ainsi, des gardes postés à proximité ou des enfants ont pu choisir ce support pour jouer. Un autre graffiti de jeu de 20 cases a été repéré sur le socle d'un taureau ailé androcéphale qui ornait également une porte de Khorsabad et qui est conservé au British Museum.
La pratique des jeux de parcours était répandue chez les hauts dignitaires, mais également dans les milieux populaires. De nombreux exemplaires de jeux des 20 cases modestement gravés sur des briques sont connus à Mari en Syrie (dallage du palais de Zimri-Lim, XVIIIe siècle av. J.-C.) et Assur, ancienne capitale assyrienne (XIIIe siècle av. J.-C.). Parfois, le circuit devait être simplement dessiné à même le sol, dans la terre, mais sa trace a malheureusement disparu. De nos jours, la survivance d'une version du jeu mésopotamien dans la communauté juive de Cochin (Inde) atteste de sa longévité en contexte domestique.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Traversez la cour Khorsabad et la salle 2 vers la gauche. Sortez du département des Antiquités orientales en empruntant à droite la salle 1 où se dresse la « stèle des vautours ». Descendez l'escalator puis les escaliers et tournez à gauche pour retourner sous la pyramide. Si vous le souhaitez, rendez-vous dans la galerie d'art copte pour voir une ultime tablette de jeu. Dirigez-vous vers l'aile Denon, montez à l'entresol dans la salle B et regardez dans la vitrine « Toilette et loisirs ». En raison de la fermeture des salles B et C, cette dernière oeuvre n'est toutefois pas visible le Lundi et le Mercredi.

Tablette de jeu
Tablette de jeu

© Musée du Louvre/G. Poncet

17Tablette de jeu

Ce jeu, dont il subsiste pour cette époque cinq exemplaires complets dont deux sont conservés au Louvre, semble être le descendant de celui du « chien et chacal » né en Égypte au Moyen Empire.
L'existence des jeux coptes peut s'expliquer par le fait que le jeu des 58 trous n'aurait jamais cessé totalement d'être pratiqué en Égypte, ou qu'il aurait pu reprendre du service sous l'influence des pays voisins dans lesquels il avait été diffusé à partir du milieu du 2e millénaire.
Les jeux coptes sont des objets en os, ou en bois plaqués d'ivoire ou d'os. Ils présentent une surface divisée en trois gradins, creusée de petites perforations entourées de cercles gravés destinées à recevoir les fiches des joueurs.
Comme dans le jeu pharaonique, deux circuits distincts sont visibles de chaque côté d’un axe de symétrie. On retrouve dix postes descendants dans la partie centrale du gradin inférieur, puis dix-neuf remontants longeant le bord des surfaces inférieures (dix perforations), médianes (cinq) et supérieures (quatre); ce qui fait bien un total de vingt-neuf postes, plus le but commun matérialisé ici par un bouton en ivoire au centre du gradin haut.
Les postes supplémentaires au centre du gradin médian correspondent aux cases additionnelles apparues à partir du 1er millénaire et présentes dans le jeu en forme d'hippopotame sur la tête de l'animal (jeu n° N 3043).
Au revers de notre jeu, une cavité est creusée, fermée par un couvercle à glissière, destinée au rangement des accessoires.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
La découverte des jeux se termine ici, pour rejoindre la pyramide dirigez vous vers la Grèce préclassique, traversez la salle 1et tournez à droite vers la pyramide. Si vous le désirez, vous pouvez approfondir l'exploration de la vie en Égypte par le parcours sur la vie quotidienne des égyptiens.


Auteur(s)
Caroline Biro
A.-E. Vaturi
Marie Noël Bellessort