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Parcours Jeux et jouets, Antiquité grecque et romaine

Antiquités grecques, étrusques et romaines - Durée : 1h30 - Jours de visite : Lundi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi Dimanche

Familles Enfants Groupes scolaires

Cratère à oreillettes à figures rouges
Cratère à oreillettes à figures rouges

©2005 Musée du Louvre / D. Lebée et Carine

00Introduction

Ce parcours permet de découvrir les jeux auxquels se livraient les enfants comme les adultes en Grèce et à Rome dans l’Antiquité, en cheminant au travers de l’ensemble des collections du département des antiquités grecques, étrusques et romaines avec une prédilection cependant pour les œuvres en argile illustrant au plus près les activités de la vie quotidienne;

L’importance des jeux et divertissements dans la vie des Grecs et des Romains de l’Antiquité se lit d’une part au travers de l’abondance des monuments figurés les mettant en scène, et d’autre part grâce aux nombreux témoignages des auteurs antiques dont les écrits sont parfois notre seule source pour connaître et comprendre certains jouets ou jeux (en particulier pour les jouets en matériau périssable ayant rarement été conservés dans le monde gréco-romain pour des raisons climatiques).
Désigné par le terme de skolè ou loisir en grec et par celui de ludus ou amusement en latin, le jeu est toujours associé à l’enseignement. C’est un élément indispensable à la construction de la personnalité enfantine et à la découverte de la société dans laquelle l’enfant vit. Ainsi nous l’expose Platon dans Les Lois (I, 643 c) : « Et par l’usage des jeux, l’on s’efforcera de tourner les goûts et les désirs des enfants vers le but qu’ils doivent avoir atteint à l’âge adulte ».
Même si le jeu est perçu comme une caractéristique de l’âge enfantin et que certains jouets sont abandonnés après l’adolescence (comme les poupées par exemple), les adultes n’étaient pas privés de toute activité ludique. Les jeux d’adresse et de hasard constituaient alors l’un de leur passe-temps favoris. Ainsi, dès l’épopée homérique (au VIIIe s. av. J.-C.), Achille et Ajax jouent aux dés tout comme les citoyens romains continueront à le faire jusqu’à la chute de l’Empire romain d’occident au Ve s. ap. J.-C. Certains de ces jeux de parcours existaient dès la plus haute antiquité au Proche-Orient et en Egypte (voir le parcours « Course-poursuite dans l’Antiquité. Jeux de parcours d’Egypte et du Proche-Orient »).

 

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Prenez la direction de Sully, puis tournez à gauche pour prendre l’ascenseur. Montez au 1er étage, dirigez-vous vers la droite, traversez les salles des bronzes et de l’orfèvrerie antiques, puis tournez à gauche. Vous entrez dans la galerie des terres cuites. Allez dans la salle 36 sur la droite et arrêtez-vous devant la vitrine murale 11, partie basse (Cabirion de Thèbes).

Toupies
Toupies

© Musée du Louvre

01Sabot/toupie provenant du Cabirion de Thèbes (Béotie)

Ce cône pointu en argile, vraisemblablement moulé, présente quatre rainures incisées au centre du corps cylindrique servant vraisemblablement à y enrouler une lanière de manière à faire tourner l'objet sur lui-même. Il s'agit d'un sabot, variante de la toupie et s'en distinguant par le fait qu'on le lançait et maintenait en mouvement rotatif à l'aide d'un fouet. La toupie, dépourvue de ces moulures, était lancée à la main d'un seul jet et s'arrêtait d'elle-même dès lors qu'elle n'avait plus assez d'élan pour continuer à tourner comme on peut en voir un exemple avec la toupie en os (CA 504) salle 37 de la galerie des terres cuites, vitrine 5 partie basse,  trouvée dans une tombe de petite fille à Erétrie.
Plusieurs sabots du même type ont été découverts dans ce sanctuaire de Thèbes consacré aux dieux Cabires (voir le n° 3 à côté de notre objet) et ont dû être dédiés à côté de vases plastiques en forme d'animaux avec d'autres jouets enfantins.
En argile, bronze et surtout en bois d'après ce que nous rapportent les textes, les sabots et toupies étaient des jouets plutôt destinés aux enfants. Le sabot était notamment très en vogue chez les petits Romains ainsi que nous le livre Virgile dans l'Enéide (VII, 378): « Tels sous les coups de la lanière qui s'enroule autour de lui, vole le sabot que des enfants dans l'ardeur de leur jeu poursuivent dans de vastes espaces. Le sabot saisi par la lanière décrit de longues courbes et la troupe naïve des enfants admire ce buis mobile que raniment les coups ».

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Allez dans la salle suivante n° 37 et dirigez-vous à droite vers la vitrine murale n° 5 consacrée à la maternité et à l'enfance, partie haute.

Poupée assise : Aphrodite ?
Poupée assise : Aphrodite ?

© Musée du Louvre

02Poupée assise provenant de Myrina (Asie Mineure)

Cette figurine de femme assise nue avait à l'origine des bras mobiles qui étaient maintenus grâce à une tige passant par les deux trous percés dans l'argile à hauteur des aisselles. Une cavité quadrangulaire apparaît au centre du ventre et se comprend grâce à des exemplaires plus complets conservés dans d'autres musées. Le ventre de cette femme était fermé par une trappe amovible derrière laquelle étaient dissimulés plusieurs petits bébés en argile.
L'évocation de la maternité par cette cavité, la nudité du corps ainsi que la présence d'un médaillon entre les deux seins ont parfois conduit à interpréter cette figurine comme étant une réprésentation de la déesse de l'amour et de la fécondité, Aphrodite.
Cependant, la présence de bras mobiles articulés l'assimile volontiers à une poupée (voir dans la vitrine centrale 11 de la même salle, les poupées grecques présentant toutes des membres articulés). Elle se prêterait d'autant mieux aux jeux d'imitation auxquels se livraient les petites filles grecques que la sophistication de son ventre contenant des bébés permettait de jouer réellement «à la maman». De plus,  la petite taille de la figurine semble compatible avec son utilisation par un enfant. 
Les poupées grecques étaient essentiellement en argile et les plus anciens exemplaires, produits à Corinthe, datent du Ve s. av. J.-C. Cette fabrication se poursuit à l'époque romaine mais l'argile semble délaissée au profit d'autres matériaux (voir la poupée romaine à la fin du parcours de visite). Ces poupées représentent toujours des femmes, adultes, à la poitrine bien marquée et sont souvent nues. Les petites filles pouvaient ainsi les habiller à leur guise de vêtements.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Regardez à présent la vitrine de droite n° 4, dans la même salle, consacrée aux jeux et jouets, partie haute.

Grelot en forme d'enfant couché sur un cochonEnfant chevauchant un bouc
Grelot en forme d'enfant couché sur un cochonEnfant chevauchant un bouc

© Musée du Louvre

03Grelot en forme d'enfant couché sur un cochon

Cette figurine d'un petit enfant nu, coiffé d'une couronne de feuilles de lierre, et couché sur le dos d'un cochon a été réalisée à l'aide d'un moule à deux valves, le dessous de la base ayant  été partiellement bouché afin d'abriter dans le corps de l'animal une bille d'argile. Il s'agit en réalité d'un hochet puisque lorsque l'on agite l'objet, la bille produit un son en heurtant les parois.
Le hochet était le premier jouet que recevait le bébé grec ou romain. Les cadeaux dits du « premier regard » sont désignés sous le terme de crepundia (du latin crepare qui signifie faire du bruit). Ce sont essentiellement des hochets, en argile et parfois en métal, mais aussi des breloques suspendues au cou. Leur bruit calmait et distrayait l'enfant, et était aussi sensé éloigner de lui les mauvais esprits.
La forme du hochet varie depuis un simple disque contenant des billes ou cailloux jusqu'à celle comme ici d'animaux sur lesquels un enfant est couché. L'apparition fréquente du cochon rappelle une coutume en usage à Sparte de sacrifier des cochons de lait lors des Tithénides, fête des nourrices, afin de protéger les enfants.
La présence d'une couronne de feuilles de lierre sur la tête de l'enfant rappelle la protection qu'apportait Dionysos aux enfants « exposés », c'est-à-dire abandonnés.
Parvenu au seuil de l'âge adulte, l'enfant déposait dans une corbeille ses jouets dont ses hochets.

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Regardez à présent dans la même vitrine vers votre droite le groupe d'Ephédrismos.

Jeu de l'<i>éphédrismos</i> ("jeu du porteur")
Jeu de l'<i>éphédrismos</i> ("jeu du porteur")

© Musée du Louvre

04Groupe d'éphédrismos provenant d'Italie méridionale

Ce groupe de figurines illustre un des jeux de balle pratiqué dans l'Antiquité et que l'on désigne sous le nom grec d'éphédrismos qui signifie « se faire porter sur le dos ».
Une des deux femmes dont les bras sont ramenés sur les reins, porte sur son dos une autre femme dont la position levée du bras droit trahit le lancer d'une balle qu'elle vient peut-être d'accomplir si l'on se réfère au hochement de sa tête, comme si elle suivait du regard la trajectoire de la balle.
Grâce aux écrits de Julius Pollux (IIe s. ap. J.-C., Onomasticon, IX, 119), l'on connaît assez bien la règle de ce jeu: « Ils placent une pierre verticalement sur le sol et lancent une balle ou un gros caillou vers celle-ci [...]. Celui qui ne réussit pas à renverser la pierre doit porter son concurrent sur le dos. Celui-ci couvre de ses mains les yeux de celui qui le porte, jusqu'à ce qu'il touche la pierre... ».
S'il est assez rare que les figurines représentent ce moment où le compagnon, porté sur le dos du vaincu, lui masque les yeux, les vases peints le mettent en scène plus volontiers (voir le lécythe à figures rouges CA 1988 présenté à côté de notre groupe de figurines, où l'homme porté par le camarade vaincu lui masque les yeux). Notre groupe de femmes synthétise en réalité les deux étapes successives du jeu : le lancer de la balle et le gage que la perdante doit accomplir en portant sur son dos sa camarade victorieuse. 
Ce jeu d'adresse était plutôt réservé aux adultes et était pratiqué tant par les femmes que par les hommes.

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Portez à présent votre regard vers la partie basse de la vitrine et regardez le buffle sur roulettes.

Buffle sur roulettes
Buffle sur roulettes

© Musée du Louvre

05Buffle sur roulettes provenant d'Italie méridionale

Parmi les jouets typiques de l'âge enfantin, on trouve toutes les représentations animales montées sur roulettes. Il s'agit ici vraisemblablement d'un buffle d'après la bosse présente sur son dos, qui a été monté sur de petites roues et dont la perforation traversant le museau s'explique par le passage, à l'origine, d'une ficelle permettant au jouet d'être tracté par son petit propriétaire.
Outre le caractère ludique de ce petit animal roulant, il est à rapprocher de tous les jeux de relation de la petite enfance permettant à l'enfant de découvrir le monde qui l'entoure et de construire sa personnalité au travers des relations qu'il entretient tant avec d'autres enfants, qu'avec des adultes ou encore avec des animaux comme ici.
Si l'intimité est courante entre les hommes et les animaux dans l'Antiquité, elle est particulièrement forte avec les enfants puisque l'animal présent dans la maison est son compagnon de jeu. On les voit ainsi chevauchant des animaux domestiques ou bien se laissant tracter dans des chars attelés à des animaux (voir le sarcophage de Marcus Cornélius Statius vers la fin du parcours de visite).
S'il est plus fréquent de voir des chevaux montés sur roulettes, ce rare exemplaire de buffle « roulant » trouvé en Italie s'explique sans doute par la présence de ce ruminant en Grande Grèce.

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Tournez-vous à présent vers la vitrine centrale n°11 dans la même salle, consacrée aux jeux et jouets dans la Grèce antique et regardez les osselets.

Onze osselets
Onze osselets

© Musée du Louvre

06Onze osselets provenant de la nécropole de Myrina

Les osselets en os, dénommés astragalos en grec ou talus en latin, proviennent en général de l'articulation des pattes arrières du mouton ou de la chèvre.
Certains osselets de cet ensemble, dont deux faces ont été rendues planes, présentent des lettres creusées dans l'os ou des maximes comme ΕΟΡΤΗ (signifiant « fête ») désignant sans doute un coup heureux.
La présence d'un trou au centre s'explique par le fait qu'on pouvait y enfiler une ficelle afin de transporter ces osselets plus aisément. Plus couramment, on les rangeait dans des sacs en cuir ainsi que le montrent plusieurs simulacres en argile (voir dans la même vitrine deux exemples de sacs ou phormiskoi, ainsi qu'une extraordinaire boîte en forme de tête d'Héraklès à l'arrière de laquelle se trouve un clapet s'ouvrant pour libérer des osselets miniatures).
Ces osselets, issus d'une tombe d'enfant de Myrina (en Turquie), y avaient été déposés tant pour rappeler l'une des distractions préférées de la vie terrestre de leur petit propriétaire, que pour évoquer  la fonction divinatoire de ces objets.
Si le jeu d'osselets est avant tout pratiqué par les enfants, les adultes s'y adonnent aussi volontiers en particulier les femmes dans le cadre du gynécée (espace de la maison réservé aux femmes). Utilisés surtout comme jeu d'adresse par les plus jeunes (voir dans la notice suivante les quatre principaux jeux d'adresse connus), les adultes s'en servaient comme substituts aux dés pour s'adonner à divers jeux de hasard. Chaque face représentait alors une valeur précise.

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Regardez à présent sur la gauche, dans la même vitrine, le groupe des jeunes filles jouant aux osselets.

Groupe de joueuses d'osselets
Groupe de joueuses d'osselets

© Musée du Louvre

07Groupe de joueuses d'osselets de Béotie

Trois jeunes filles sont représentées agenouillées autour d'un cercle tracé sur le sol, cercle divisé en deux par une ligne verticale et dans lequel figurent trois osselets.
Ce groupe de figurines illustre l'un des jeux d'adresse pratiqué par les jeunes gens et les enfants : il s'agit du « jeu du cercle ». Les joueurs, placés à une certaine distance d'un cercle tracé au sol, devaient lancer leurs osselets à l'intérieur de celui-ci tout en cherchant à déloger ceux de leurs adversaires. Le vainqueur était sans doute celui qui avait placé sur la ligne centrale l'ensemble de ses osselets. Deux des jeunes filles semblent se pencher en avant pour déterminer laquelle des trois a remporté la partie.
Julius Pollux (IIe s. ap. J.-C.) nous rapporte l'existence de trois autres jeux d'adresse :
- le jeu de « pair/impair » dont le but était de deviner le nombre d'osselets cachés dans la main de l'adversaire ; on pouvait aussi utiliser des noix ou des billes pour jouer à ce jeu ;
- le jeu de la « fossette » dans lequel il fallait placer dans un trou creusé dans le sol l'ensemble de ses osselets ;
- et enfin le jeu des « cinq cailloux », très apprécié dans l'Antiquité et que l'on pratique toujours de nos jours ; on disposait de cinq osselets  (ou cailloux) que l'on lançait en l'air et qu'il fallait rattraper sur le dos de la main ; si des osselets étaient tombés à terre, on relançait les osselets posés sur la main en l'air, tentait de ramasser d'un geste rapide ceux à terre et l'on essayait d'accueillir dans le creux de la main ceux qui avaient été lancés avant qu'ils ne retombent sur le sol.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Portez à présent votre regard vers le yoyo situé sur la droite de la même vitrine.

Yoyo
Yoyo

© Musée du Louvre

08Yoyo provenant de Grèce

Cet objet en argile, monté au tour d'après les stries visibles dans la partie concave, semble être un simulacre de yoyo. Sa taille assez imposante ne semble pas pouvoir convenir à un usage proprement ludique. Il pourrait plutôt s'agir d'un ex-voto reproduisant la forme du yoyo.
Assez rarement représenté dans la céramique grecque, ce jeu du yoyo est cependant bien attesté dans l'Antiquité. Sa forme est identique à celle que nous lui connaissons encore aujourd'hui: deux disques étaient réunis au centre par un cylindre autour duquel s'enroulait la ficelle.
Quelques exemples de yoyos en bois d'époque gallo-romaine ont été découverts en France. Ils pouvaient également être en argile d'après la découverte à Athènes de plusieurs exemplaires de yoyos, certains étant décorés de scènes mythologiques (voir le yoyo en argile CA 1798 se trouvant dans la galerie Campana, salle 43, vitrine 13).
Appartenant à la catégorie des jeux d'adresse et de force, ce jeu est surtout pratiqué par les enfants. On laissait tomber le yoyo vers le sol, puis le jouet remontait aussitôt, mû par un mouvement de la main, la ficelle s'enroulant et se déroulant autour de l'axe central.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Regardez à présent le dé en argile se trouvant à côté du yoyo, dans cette même vitrine.

Dé
Dé

© Musée du Louvre

09Dé provenant d'Italie méridionale

Ce dé présente des points creusés dans l'argile correspondant à des valeurs allant de un à six et réparties sur chaque face opposée de manière à totaliser le chiffre 7 (6+1 ; 5+2 ; 4+3).
Les dés antiques étaient généralement de forme cubique, bien que quelques uns de forme polyédrique soient connus. Généralement en os, ils pouvaient également être en argile comme ici, en ivoire, en cristal de roche, en bronze et même en or.
D'après Pausanias (IIe s. ap. J.-C.), c'est à un Grec du nom de Palamède que l'on doit l'invention du dé.
Utilisé comme jeu de hasard (le latin adopte d'ailleurs le même mot alea pour désigner à la fois l'objet « dé » et la notion de « hasard »), le jeu de dés pouvait devenir jeu d'argent et susciter la tricherie. Ainsi, en témoigne l’existence de dés pipés munis d’une cavité à l’intérieur de laquelle on coulait du bronze afin de les lester davantage du côté de la valeur la plus élevée. Chez les Romains, l'engouement pour ces jeux de dés était tel que les législateurs ont voulu en limiter la pratique afin de réduire la dilapidation des fortunes. Juvénal nous rapporte ainsi  l'importance des sommes mises en jeux (IIe s. ap. J.-C., I, 88-92): « Ce n'est pas une bourse qu'on livre au hasard de la table de jeu. On y apporte, on y risque son coffre-fort ».
L'usage de dés ou d’osselets dans les pratiques religieuses comme celle de l’astragalomancie (art d’interpréter les manifestations divines par les dés) est bien attesté dans les sanctuaires et servait notamment lors des consultations divinatoires à interpréter les oracles.  
Les règles des jeux de dés étaient nombreuses et établies au début de la partie. L'objectif était sans doute d'obtenir le total le plus ou le moins élevé de points, ou bien encore de réussir certaines figures.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Dirigez-vous à présent vers la salle suivante n° 38 (consacrée aux figurines de Myrina) et allez sur votre droite vers la vitrine murale n° 6 (dévolue aux types masculins de Myrina).

Enfant nu assis jouant avec un coq
Enfant nu assis jouant avec un coq

© Musée du Louvre

10Enfant jouant avec un coq provenant de Myrina

Cette figurine présente un petit garçon nu assis sur un siège couvert de son manteau, tenant une grappe de raisin dans les mains qu'il éloigne d'un coq avec lequel il joue, celui-ci tendant le cou vers les fruits convoités pour tenter de les picorer. C'est avec beaucoup de réalisme que l'artisan ayant créé cette figurine a retranscrit le caractère poupin des chairs du garçonnet : ses joues sont rebondies, ses cuisses encore marquées par les plis du nourrisson, son ventre est grassouillet et il porte la coiffure typique de l'enfance (natte centrale surmontée de boucles de cheveux). Cette scène de genre de l'enfant jouant avec un coq se retrouve sur des stèles funéraires d'enfants morts en bas âge.
Cette figurine provient sans doute d'une tombe d'enfant étant donné l'iconographie des autres figurines découvertes dans le même tombeau : un autre enfant jouant avec un cygne (n° 6 dans la même vitrine), ou encore une poupée en forme d'Harpocrate (dieu d'origine égyptienne protecteur de l'enfance).
Cette scène de genre illustre bien les jeux pratiqués par les enfants avec les animaux. Parmi les volatiles avec lesquels ils jouaient, le coq occupe une place importante puisqu'il était souvent reçu en cadeau de fête. La pratique des combats de coq est d'ailleurs attestée dans l'Antiquité même si elle est davantage réservée aux adultes. Les jeux associant des enfants avec des coqs sont généralement pacifiques et relèvent davantage de la taquinerie. L'on joue comme ici afin d’attirer le coq en lui tendant de la nourriture. On s'amusait de la sorte avec d'autres animaux familiers tels que des souris, chiens, oiseaux ...

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Quittez à présent la galerie des terres cuites par la salle des colonnes et tournez à droite dans la galerie Campana consacrée à la céramique grecque. Tournez à gauche dans cette galerie et rejoignez la salle 42 dévolue à la céramique attique à figures noires. Dirigez-vous vers la vitrine 11 (céramique attique à figures noires de la fin du VIe s. av. J.-C.) et regardez l'hydrie F 290.

Hydrie à figures noires
Hydrie à figures noires

© Musée du Louvre

11Hydrie représentant Achille et Ajax jouant aux dés

Sur la face principale de ce vase servant au transport et au service de l'eau, apparaissent deux guerriers armés assis sur de petits sièges et saisis en train de jouer autour d'une table basse. Malgré l'absence d'inscriptions nommant ces personnages, la présence de la déesse Athéna en arrière-plan de la scène permet de les identifier avec les deux héros de l'épopée troyenne, Achille et Ajax profitant d'une trêve pour se distraire en jouant à un jeu de table. Si le traitement peu soigné de l'image ici ne nous permet guère d'identifier la nature du jeu pratiqué, l'on peut se référer à d'autres vases représentant le même thème et détaillant le nombre de pions présents sur le plateau de jeu.
Ils pourraient ainsi s'adonner au penthe grammai ou jeu des « cinq lignes ». Il n'est pas sûr que l'utilisation de dés ait été nécessaire dans la conduite de ce  jeu. Le geste grand ouvert des mains d'Achille et d'Ajax au-dessus du plateau de jeu trahirait-il un lancer de dés? 
Julius Pollux ((IIe s. ap. J.-C.,IX, 97) nous en rapporte les règles : chaque joueur possédait 5 pions disposés sur 5 lignes et le plateau de jeu comportait une ligne centrale dite « ligne sacrée » sur laquelle on pouvait prendre les pions de son adversaire. Même si les sources littéraires restent floues quant à la marche du jeu, il semble qu'il s'agisse d'un jeu de blocage et de prise des pions de son adversaire afin de l'anéantir, jeu dont la connotation guerrière ne doit guère surprendre dans la société gréco-romaine où l'agôn (« la compétition ») est une valeur fondamentale.
D'autres jeux de table existent en Grèce et à Rome tels que ceux de la polis ou des latroncules et ont tous en commun de faire appel à la stratégie, ce qui restreignait leur usage à l'univers  des adultes.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Rendez-vous dans la salle suivante n° 43 consacrée à la céramique à figures rouges à Athènes au Ve s. av. J.-C.  et allez devant la vitrine murale n° 17 du côté des fenêtres. Regardez sur la gauche les vases miniatures dits oenochoés des Anthestéries.

Oenochoé "des Anthestéries"
Oenochoé "des Anthestéries"

© Musée du Louvre

12Oenochoé des Anthestéries : enfant tirant un chariot

Ce vase miniature, dont l'embouchure à trois lobes permettait de verser le vin contenu dans cette oenochoé, montre un petit garçon s'amusant à tirer derrière lui un petit chariot. Parmi les jouets imitant les moyens de transport, le chariot était le cadeau le plus désiré par les enfants participant à la fête des Anthestéries.
Ces oenochoés miniatures étaient fabriquées et offertes aux enfants à l'occasion de cette fête athénienne. Elle était célébrée en l'honneur de Dionysos (le dieu du vin) à la fin du mois de février et durait 3 jours. Des processions et un culte étaient rendus à Dionysos, et le deuxième jour, les enfants étaient à l'honneur puisqu'on leur offrait de nombreux cadeaux dont ces petites oenochoés ou chous représentant toutes sortes de jeux enfantins (imitant des moyens de transport, associant des animaux...). Se déroulait alors un concours de boisson auquel participaient les hommes et les petits garçons âgés de trois ans en se servant de leurs chous. Cette fête des Anthestéries était en réalité initiatique. En effet, c'est dans leur troisième année que les petits Athéniens étaient admis dans la communauté religieuse de la cité. Ces petites chous étaient donc un élément indispensable au déroulement de cette cérémonie.
On les retrouve également en grand nombre dans les tombes d'enfants où on les enterrait avec leur petit propriétaire mort prématurément. Peut-être plaçaient-ils alors l'enfant décédé sous la protection des dieux  ou encore pouvait-il lui servir à poursuivre sa vie dans l'au-delà.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Retournez-vous et dirigez-vous vers les vitrines murales du fond de cette même salle. Placez-vous devant la vitrine 9 consacrée au peintre de Berlin.

Cratère à oreillettes à figures rouges
Cratère à oreillettes à figures rouges

©2005 Musée du Louvre / D. Lebée et Carine

13Cratère en cloche attique à figures rouges

Ce vase, destiné à mélanger le vin et l'eau que l'on buvait au cours du banquet, est l'un des chefs-d'oeuvre d'un peintre attique anonyme du début du Ve s. av. J.-C. appelé Peintre de Berlin. La scène montrant un jeune homme jouant avec un cerceau figurant sur la face principale n'est pas une  simple scène de la vie quotidienne. En effet, elle s'éclaire d'un sens nouveau en regardant la face arrière sur laquelle apparaît Zeus reconnaissable à son sceptre. Il s'agit de l'évocation des amours entre Zeus et Ganymède, dont la beauté avait enflammé le père des dieux. Le coq tenu dans la main gauche de Ganymède est un présent d'amour offert par Zeus (ce volatile symbolisant l'ardeur amoureuse).
Désigné en grec comme en latin sous le terme de trochus, le cerceau était un jeu tant de force que d'adresse pratiqué par les enfants et les adultes. Il semble cependant être davantage l'apanage des jeunes adultes qui l'utilisaient à la palestre. Sa pratique était recommandée par les médecins grecs, comme Hippocrate dans son traité Sur le régime, afin de maintenir les adultes en bonne condition physique. En bronze et mesurant de 80 cm à 1m30 de diamètre, le cerceau était lancé et maintenu en mouvement à l'aide d'une baguette (clavis) dont la forme a varié dans le temps (celle que Ganymède tient dans la main est droite).
Souvent associé dans les représentations à Eros ou Ganymède, la pratique du cerceau symboliserait l'âge de l'amour.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Faites demi-tour, ressortez de la galerie Campana, retraversez les salles de terres cuites et prenez l'ascenseur sur votre gauche après la salle 35. Descendez au rez-de-chaussée, prendre sur votre gauche jusqu'à la rotonde de Mars (salle 21), puis tournez à gauche dans la galerie consacrée à l'art romain. Arrêtez-vous dans la première salle n° 22, consacrée à l'art romain à l'époque républicaine, devant la vitrine d'une statue d'enfant en bronze.

Enfant tenant une colombe
Enfant tenant une colombe

© 1987 Photo RMN / Les frères Chuzeville

14Statue d'enfant en bronze provenant d'Italie

Cette statue précieuse en bronze d'un petit romain figuré debout dans une attitude vivante illustre la coutume des riches familles patriciennes de se faire portraiturer.
Il porte le costume traditionnel du petit citoyen romain: sur une tunique de lin plissé est drapée la toge courte rejetée sur son épaule gauche. Les enfants impubères portaient la toge prétexte dont la bordure était rehaussée d'une bande de pourpre. Un très beau médaillon circulaire est suspendu à son cou : il s'agit de la bulla, médaillon rempli d'amulettes devant éloigner les mauvais esprits et que l'on passait au cou de l'enfant légitimé par son père. Cette bulle devait être en or puisque l'enfant est très certainement de naissance libre.
A sa naissance, l'enfant romain était placé au pied de son père qui devait le soulever dans ses bras pour le reconnaître. Le neuvième jour pour les garçons avait lieu la cérémonie de purification au cours de laquelle on lui donnait son prénom et on lui passait au cou la bulla .  Deux étapes jalonnent l'enfance du petit romain : jusqu'à 7 ans il est infans (« qui ne parle pas »), puis il est puer (« enfant »), période marquée par son instruction, jusqu'à 17 ans ; il atteint alors sa majorité politique et fait son service militaire (jusqu’en 107 av. J.-C.). Une cérémonie marquait ce passage à l'âge adulte : l'adolescent déposait sa bulla et sa toge prétexte sur l'autel domestique et revêtait la toge virile de couleur blanche de citoyen électeur.
Ce garçonnet porte dans la main gauche un oiseau avec lequel il joue, à moins qu'il ne s'agisse d'un sifflet ou d'un grelot en forme d'oiseau, jouet bruyant typique de la petite enfance

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Dirigez-vous vers le bout de la galerie et arrêtez-vous dans la salle 25 consacrée à l'art romain impérial du IIe s. ap. J.-C., devant la cimaise de gauche présentant deux fragments de sarcophage d'enfants.

Fragment du sarcophage de Marcus Cornelius Statius
Fragment du sarcophage de Marcus Cornelius Statius

© Musée du Louvre

15Devant de sarcophage de Marcus Cornélius Statius provenant d'Ostie

Ce sarcophage d'un petit garçon dénommé Marcus Cornélius Statius, illustre quatre moments de l'enfance du garçonnet décédé prématurément, se déployant à la manière d'une bande dessinée.
A gauche, la mère de Marcus est représentée en train d'allaiter le nourrisson emmailloté tandis que son père contemple tendrement la scène. Puis le père porte son bébé dans les bras, ce dernier s'amusant avec un objet tenu dans la main gauche, peut-être un hochet (peut-être s’agit-il de l’épisode de la reconnaissance de l’enfant par son père ?).
Sans doute encore dans l'âge de l'infans au centre du sarcophage, Marcus est figuré tenant un fouet et conduisant un char de course tiré par un bouc. Ce jouet coûteux était réservé aux familles aisées. A Rome, des courses pour enfants étaient organisées avec de petits chars attelés à divers animaux familiers tels que des chèvres, chiens ou poneys. Une inscription latine témoigne d'une de ces courses où un petit Florus a perdu la vie: « C'est moi Florus, qui suis ici couché ; petit enfant cocher d'un attelage double, rapidement, pendant que je désirai disputer des courses, oui rapidement, je suis tombé et descendu chez les ombres ».
Ces attelages imitant donc les moyens de transport ou courses de chars pratiquées par les adultes étaient donc très prisés des petits Grecs et Romains.
Faut-il voir dans cette image de Marcus en char marchant vers la scène de droite ayant trait à son éducation, le passage symbolique de l'âge d'infans à celui de puer ?      
Le petit garçon, vêtu de la toge prétexte, se présente debout devant son père assis qui suit attentivement son fils en train de faire des calculs, tous deux tenant un volumen (rouleau de papyrus servant de livre).

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Regardez sur la même cimaise le sarcophage présentant un jeu de balles.

Fragment de bas-relief : enfants jouant aux balles
Fragment de bas-relief : enfants jouant aux balles

© Photo RMN / Gérard Blot

16Plaque de sarcophage(?) représentant des enfants jouant à la balle

Deux scènes de jeux de balles se déroulent en une frise continue.
A gauche, quatre petits garçons vêtus de tuniques courtes jouent avec des boules paraissant assez lourdes. Tandis que le petit garçon de gauche tient inclinée une planche, son voisin s'apprête à y faire rouler une boule. Si celle-ci parvient à toucher une des boules présentes à terre, il la gagne, le but du jeu étant d'en prendre le plus possible. Il semble à l'emphase de son geste que le garçonnet de droite figuré debout vienne d'en gagner une.
La scène de droite montre trois petites filles vêtues de robes longues jouant avec des balles plus légères qu'elles lancent contre un mur et qu'il fallait sans doute rattraper. Chacune d'elle est saisie à un moment différent du lancer, à la manière des images d'un dessin animé: la première, droite, se hisse sur la pointe des pieds pour se préparer à courir; la seconde a pris son élan et se prépare à lancer la balle ; la troisième vient de lancer la balle qui n'a pas encore touché le mur.
Les jeux de balle étaient nombreux et fort prisés des Romains, qu'ils soient enfants ou adultes. Leurs règles ne nous sont pas toujours connues.
On les pratiquait en plein air dans les rues, au stade, dans les thermes ou encore dans une salle spécialement réservée à cet usage appelée sphaeristerium. Il existait plusieurs types de balles, de taille et nature diverses (en cuir ou en tissu avec un rembourrage de poils, plumes, sable ou d'air). Le jeu de balle pratiqué par les garçonnets n'est pas sans rappeler un jeu identique pratiqué par les enfants avec des noix (l'expression « nuces relinquere », « prendre congé des noix » signifiant sortir de l'enfance, démontre bien la faveur de ces jeux auprès des enfants).

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Poursuivez votre chemin dans la salle suivante, prenez à droite la galerie perpendiculaire que vous traverserez jusqu'au bout, puis retournez à droite dans la salle des mosaïques n° 30 et arrêtez-vous devant la vitrine de gauche n° 2 consacrée à l'enfance à Rome.

Poupée
Poupée

© 2006 Musée du Louvre / D. Lebée et C. Deambrosis

17Poupée en os provenant d'Italie

Cette poupée en os aux membres articulés (les jambes ont disparu mais d'autres exemplaires mieux conservés présentent des jambes rapportées au sommet des cuisses et dont les genoux pouvaient également être articulés favorisant ainsi un mouvement de marche parfaitement réaliste) est typique des poupées d'époque romaine. Elles sont en effet essentiellement en os, en bois dur ou en ivoire pour les plus luxueuses. Toujours représentées nues, leurs petites propriétaires pouvaient les habiller à leur guise.
La coiffure élaborée de cette poupée reprend celle de l'impératrice Salonina, seconde épouse de l'empereur Gallien (régnant de 261 à 268 ap. J.-C.): la chevelure ondulée, séparée par une raie médiane, s'organise en deux bandeaux symétriques retombant jusqu'en dessous des oreilles puis remonte à l'arrière en une nappe de cheveux nattés fixée au sommet du crâne, d'où cet effet de diadème visible en vue de face. Elle aurait donc été créé dans les années 250-270 ap. J.-C. 
A la veille de leur mariage, les jeunes filles consacraient à la déesse vierge Diane leurs poupées et quittaient de ce fait symboliquement l'âge de l'enfance.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
La découverte des jeux et jouets dans l'Antiquité gréco-romaine s'achève ici. Pour rejoindre la pyramide, tournez à gauche en sortant de la salle, traversez la galerie Daru consacrée à l'histoire de la formation des collections antiques à l'époque moderne et prenez l'ascenseur sur votre gauche jusqu'au niveau -1. Si vous le souhaitez, vous pouvez élargir votre exploration des jeux antiques en faisant le parcours sur les jeux de course-poursuite en Egypte et au Proche-Orient.

 

Auteur(s) :

Isabelle Hasselin