Allez au contenu Allez au menu principal Allez à la recherche Change language

Accueil>Visites & Activités>Parcours à imprimer>La céramique grecque

Parcours La céramique grecque, Chefs-d'œuvre

Antiquités grecques, étrusques et romaines - Durée : 1h30 - Jours de visite : Mercredi Jeudi Vendredi Samedi Dimanche

Groupes scolaires Groupes

Cratère en calice attique à figures rouges dit cratère des Niobides (détail)
Cratère en calice attique à figures rouges dit cratère des Niobides (détail)

© RMN/H. Lewandowski

00Introduction

Cette visite propose de suivre l’évolution de la céramique grecque grâce à l’étude d’une quinzaine de vases, tous remarquables par leur qualités techniques et stylistiques ainsi que par leur intérêt iconographique.

Ce parcours sur les chefs-d’œuvre de la céramique grecque est organisé de manière chronologique. Cinq salles de la galerie Campana (salles 40 à 44) présentent, à l’aide d’un millier de vases, l’évolution de la céramique grecque sur cinq siècles. Tout commence réellement avec le style géométrique (IXe-VIIIe s. av. J.-C.) inventé par Athènes, dont le décor austère et structuré s’ouvre progressivement à la figure humaine et aux scènes narratives. Le VIIe s. av. J.-C. sera orientalisant avec, parallèlement à la production athénienne, des ateliers très talentueux comme ceux de Corinthe et de la Grèce de l’Est qui privilégient les frises décoratives, qu’elles soient animales, végétales ou fantastiques. Au VIe s. av. J.-C., Athènes reprend la première place avec l’explosion de son répertoire mythologique et la maîtrise de la technique des figures noires qui laissera sa place, à la fin du siècle, à celle des figures rouges. Le Ve s. av. J.-C. est encore celui de la céramique attique, âge d’or durant lequel les peintres de talent sont nombreux et la perfection du dessin à son comble. Enfin, le IVe s. av. J.-C. voit les limites de cette production de qualité avec encore de très belles réalisations dans la partie occidentale du monde grec, en Italie méridionale. C’est cette histoire riche et passionnante que ce parcours propose d’évoquer au travers d’une quinzaine de chefs-d’œuvre.


Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Pour commencer, prenez la direction Sully, puis tournez à gauche pour prendre l’ascenseur. Arrivé au 1er étage, dirigez-vous vers la droite, traversez les salles des bronzes et de l’orfèvrerie antiques, puis tournez à gauche. Marchez jusqu’à la salle des colonnes (au-delà de la galerie des terres cuites). L’entrée de la galerie Campana se trouve sur la gauche. En entrant dans la salle 40 de la galerie, dirigez-vous vers la fenêtre, dos à celle-ci, regardez la première des trois vitrines isolées.

Cratère-pyxis géométrique moyen
Cratère-pyxis géométrique moyen

© 1993 RMN / Hervé Lewandowski

01Pyxis-cratère attique

[Le style géométrique, inventé par les artisans athéniens, se divise en trois phases : le géométrique ancien, moyen et récent. Le géométrique ancien (800-750 av. J.-C.) présente encore un décor austère disposé le plus souvent sur la partie supérieure des vases. Le géométrique moyen (850-770 av. J.-C.), au contraire, propose une plus grande variété de motifs géométriques et des compositions plus complexes avec un décor structuré de manière à souligner les différentes parties du vase. C’est aussi à ce moment que l’on voit réapparaître des figures animales dans le décor. Cette pyxis (boîte), dont la forme habituelle a été agrandie, a servi d’urne cinéraire. Elle porte un couvercle dont le bouton a la forme d’une cruche. Le décor est structuré de manière à mettre en valeur la partie principale du vase qui se trouve entre les anses. En effet, le bas de la panse est un espace secondaire à dominante sombre et la partie médiane présente une alternance de lignes brisées. Enfin, la partie supérieure est dominée par un énorme méandre hachuré contenu dans une métope. A cette époque, c’est encore le motif géométrique qui prime : c’est le méandre qui est mis en valeur alors que les animaux (cerf, chevaux, chiens) sont relégués à des places annexes, sur les côtés ou sous les anses.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Dirigez-vous vers les vitrines murales au fond, à gauche de l’entrée, et regardez la vitrine 5.

Cratère fragmentaire
Cratère fragmentaire

© 2009 RMN / Hervé Lewandowski

02Cratère géométrique attique

L’apport essentiel du géométrique récent (770-700 av. J.-C.) est, après la longue parenthèse des « Ages obscurs », la réintroduction de la figure humaine dans le répertoire iconographique des vases. Les premiers vases à montrer des silhouettes humaines sont les grands vases funéraires trouvés dans le cimetière du Céramique, proche du Dipylon (la Double Porte). De là le nom de Maître du Dipylon que l’on a donné au chef de l’atelier, actif entre 770 et 750 av. J.-C. Ces vases monumentaux, principalement des amphores et des cratères, servaient à marquer les tombes des aristocrates et étaient décorés de scènes funéraires ou guerrières. Le décor central de ce cratère représente une scène de prothésis, c’est-à-dire d’exposition du mort avant son transport vers le cimetière. Le défunt est entouré de nombreuses figures féminines représentées en train de s’arracher les cheveux en signe de deuil. De part et d’autre du lit funéraire, deux hommes soulèvent le linceul afin que tous puissent voir une dernière fois le défunt. La scène est encadrée par deux biges (chars à deux chevaux) transportant un hoplite (fantassin) et faisant certainement allusion aux activités guerrières du mort. Enfin, un navire chargé de rameurs est représenté sous les anses. Le traitement de la figure humaine est ici typique du style géométrique avec un torse et des bras vus de face, réduits à un triangle et deux bâtonnets, une taille extrêmement fine et des jambes vues de profil aux contours un peu plus souples.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Allez vers la vitrine centrale la plus à droite (vitrine 20) et regardez, sur l’étagère supérieure, l’objet 1.

Aryballe en forme de chouette
Aryballe en forme de chouette

© 2008 RMN / Hervé Lewandowski

03Aryballe protocorinthien en forme de chouette

Le style géométrique disparaît progressivement à la fin du VIIIe s av. J.-C. au profit de scènes narratives de plus en plus animées et d’un nouveau répertoire de motifs décoratifs venus d’Orient. Le siècle suivant est marqué par le style orientalisant, appelé ainsi en raison de l’influence de l’Orient, en particulier l’Egypte et la Syrie, sur les techniques et les images de l’art grec. Trois ateliers importants se partagent le VIIe s av. J.-C. : Athènes, dont le style protoattique est bien représenté sur la grande amphore rituelle du Peintre d’Analatos située dans la galerie de la Grèce préclassique, la Grèce de l’Est et Corinthe. Les ateliers corinthiens, en retrait jusque-là, vont prendre un essor tel qu’ils deviendront les ateliers dominants de l’époque. Leur succès est dû à plusieurs phénomènes dont le premier est peut-être l’invention de la technique des figures noires qui ajoutent aux silhouettes noires géométriques des incisions et des rehauts de couleur blancs ou rouges. La popularité du style corinthien est également due à sa spécialisation dans la production de minuscules vases à parfums, les aryballes, faciles à exporter. Notre petite chouette, haute de cinq centimètres, est un vase destiné à contenir des huiles parfumées car un orifice est caché sous sa base, elle-même percée de deux trous permettant de l’attacher au poignet. L’argile corinthienne, naturellement pâle, les rehauts rouges, le vernis noir et le dessin au trait forment un ensemble polychrome des plus harmonieux.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
L'oeuvre suivante proposée dans le parcours n'est pas visible actuellement. Dirigez-vous vers la salle suivante (salle 41) et regardez le vase se trouvant dans la vitrine isolée (vitrine 13).

Oenochoé ionienne orientalisante
Oenochoé ionienne orientalisante

© 2008 RMN / Hervé Lewandowski

04Œnochoé orientalisante dite « œnochoé Lévy »

L’atelier le plus orientalisant du VIIe s. av. J.-C. est sans conteste celui de la Grèce de l’Est qui regroupe les îles de la mer Egée et les cités de la côte ionienne. C’est dans cet atelier que l’on perçoit le mieux les motifs venus d’Orient que sont les frises d’animaux (fauves et cervidés), les monstres fantastiques (sirènes, griffons et sphinx) et les motifs végétaux comme la rosette, le lotus ou la palmette. La production de la Grèce de l’Est présente, dans la deuxième moitié du VIIe s. av. J.-C., un style commun : le « style des chèvres sauvages ». Il décore, le plus souvent, des œnochoés (cruches à vin) à embouchure trilobée et se caractérise par un engobe crème qui recouvre toute la surface du vase, par un décor végétal et animalier disposé en registres superposés et par la prépondérance du bouquetin, ou chèvre sauvage, qui lui a donné son nom. L’« œnochoé Lévy » offre une vision extrêmement raffinée de ce style. Sur son épaule se côtoient monstres (griffon et sphinx) et animaux réels (oie et daim), tandis que sa panse est recouverte de cinq registres superposés alternant frises de bouquetins et de cerfs paissant et se dirigeant vers la droite. Le tout est parsemé d’une profusion de petits motifs décoratifs dont l’effet tapissant rappelle les tissus brodés orientaux par lesquels tous ces motifs sont parvenus dans le monde grec.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Cette oeuvre n'est pas visible actuellement. Dirigez-vous vers la salle suivante (salle 41) et regardez le vase se trouvant dans la vitrine isolée (vitrine 13).

Cratère à colonnettes
Cratère à colonnettes

© 1988 RMN / Les frères Chuzeville

05Cratère corinthien à figures noires dit « cratère d'Eurytios »

Dans la première moitié du VIe s av. J.-C., deux cités productrices se font concurrence : Athènes et Corinthe. Parallèlement à une production de masse composée de petits vases de tradition orientalisante, Corinthe se distingue par une production plus créative de vases de grandes dimensions, ornés de scènes figurées et dépourvus d’éléments accessoires. Cette série apparaît vers 600 av. J.-C. avec l’invention d’une nouvelle forme : le cratère à colonnettes. Il s’agit d’un grand vase ouvert dans lequel on mélangeait le vin du banquet avec de l’eau. Le cratère à colonnettes se reconnaît à ses anses verticales soutenant des plaquettes.
Le « cratère d’Eurytios », exceptionnel par sa taille et la qualité de son décor, doit son nom à une aventure mineure d’Héraclès représentée sur sa face principale. Héraclès, de passage chez le roi Eurytios, participe à un concours de tir à l’arc ayant pour prix la main de la fille du roi, Iole, et tue accidentellement le frère de celle-ci, Iphitos. Le peintre a choisi d’illustrer le banquet qui précède le drame et qui réunit tous les protagonistes dont les noms sont inscrits en alphabet corinthien. A droite, Iole est figurée debout entre Iphitos et Héraclès, que rien ne distingue des autres convives si ce n’est, peut-être, sa chevelure courte. La technique des figures noires est ici clairement visible : incisions très soignées pour les détails et rehauts rouges contrastant avec l’argile beige et le vernis noir.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Placez-vous devant la vitrine centrale qui se trouve à votre gauche (vitrine 14) et regardez le vase qui se trouve en bas à droite.

Hydrie à figures noires
Hydrie à figures noires

© 1993 RMN / Hervé Lewandowski

06Hydrie corinthienne à figures noires

La dernière phase de la production corinthienne, le corinthien récent (575-540 av. J.-C.), se caractérise principalement par sa technique : les vases de cette époque sont totalement recouverts d’un engobe orange. On explique cette nouveauté par le désir, de la part des artisans corinthiens, d’imiter la céramique attique dont la concurrence commence sérieusement à se faire sentir et dont l’argile est naturellement orangé. Mais cela correspond aussi à un goût plus vif pour la polychromie. L’hydrie attribuée au Peintre de Damon rend bien compte de cette tendance : exubérance du décor avec le noir, le blanc et le rouge utilisés à profusion et se détachant sur un fond orange vif. La scène principale est représentée dans un tableau, à la manière des compositions athéniennes. Il s’agit de la déploration d’Achille par les Néréides, sœurs de sa mère Thétis, comme nous l’apprennent les inscriptions. La scène est dans la lignée des prothésis géométriques avec l’exposition du mort sur un lit d’apparat, ses armes (casque et bouclier) à ses pieds et les membres de sa famille autour de lui, dans l’attitude de la lamentation. Malgré des œuvres de qualité comme celle-ci, la céramique figurée corinthienne ne survivra pas à la concurrence athénienne et disparaîtra vers 540 av. J.-C.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Déplacez-vous vers la vitrine centrale voisine (vitrine 15) et regardez le vase présenté en haut à droite.

"Exaleiptron" tripode à figures noires
"Exaleiptron" tripode à figures noires

© 1988 RMN / Pierre et Maurice Chuzeville

07Exaleiptron attique à figures noires

Les céramistes athéniens adoptent la technique des figures noires, inventée par Corinthe, vers 630 av. J.-C. A ce moment-là, la céramique attique est marquée par l’influence de Corinthe (utilisation abondante des frises animales et végétales comme sur le dinos du Peintre de la Gorgone, situé dans la galerie de la Grèce préclassique). Puis, dans le second quart du VIe s av. J.-C., Athènes va se détacher de cette influence pour développer un style centré sur la figure humaine et dépourvu de frises décoratives. C’est également à cette époque que se met en place le très riche répertoire mythologique grec comme en témoigne ce vase qui est une boîte destinée à contenir les onguents de la toilette féminine. Il a été attribué au Peintre C (pour « corinthianisant ») dont la seule référence, ici, au style corinthien est, au sommet du vase, la frise miniaturiste représentant des hoplites combattant. Le reste du décor, qui se divise en trois tableaux est, au contraire, dans le plus pur style attique avec des scènes narratives (la naissance d’Athéna, le jugement de Pâris, un cortège nuptial) et des personnages qui occupent tout l’espace. La scène principale représente une des premières illustrations de la naissance d’Athéna dans la céramique attique. Zeus y est figuré au centre et de sa tête sort une petite Athéna tout armée. Il est entouré des Eilithyes, qui président aux accouchement, d’Héphaistos tenant la double hache, de Poséidon caractérisé par son trident et de deux déesses.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Allez dans la salle suivante (salle 42) et placez vous devant la vitrine centrale la plus à gauche (vitrine 16). L'oeuvre suivante, une  amphore attique à figures noires du potier Exekias, n'est pas visible actuellement. Cependant vous pouvez admirer dans la même vitrine une autre oeuvre d' Exekias représentant sur l'une de ses faces le départ d'un guerrier et sur l'autre un combat.

Amphore à figures noires
Amphore à figures noires

© RMN/H. Lewandowski

08Amphore attique à figures noires

L’âge d’or de la céramique attique à figures noires se situe vers 550-530 av. J.-C. et est marqué par deux grandes personnalités : Exékias et le Peintre d’Amasis.
Exékias est certainement le plus grand maître des figures noires attiques. Peintre de grands vases, il se caractérise par des compositions monumentales et symétriques, des personnages à l’allure noble et à l’expression grave, mais aussi par la précision de son dessin et la tendance héroïque de ses thèmes. Exékias n’était pas seulement peintre, mais aussi potier ; on lui attribue d’ailleurs l’invention du cratère en calice. Cette amphore porte sa signature en tant que potier (« Exekias epoiese »). La scène principale illustre un des douze travaux d’Héraclès : le héros devait ramener à Eurysthée le troupeau de bœufs du terrible Géryon, monstre pourvu de trois corps. Le décor du vase est attribué au Groupe E, groupe de peintres où Exékias a commencé sa carrière et dans la tradition duquel il s’inscrit complètement. En effet, le style de ce vase est très proche de celui d’Exékias. On y retrouve la composition en tableau, sobre et symétrique, la monumentalité des personnages, la qualité des incisions – gorgoneion (tête de Méduse) sur le bouclier, broderie de la tunique de Géryon – et la prédilection pour la geste d’Héraclès.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Dirigez-vous vers la dernière vitrine murale du côté gauche (vitrine 4) et portez votre attention sur le premier vase posé sur la tablette de droite.

Olpé à figures noires
Olpé à figures noires

© 1993 RMN / Hervé Lewandowski

09Olpè attique à figures noires

L’autre personnalité importante de cet « âge d’or » est le Peintre d’Amasis, appelé ainsi à cause du potier avec lequel il travaille et qui a signé ses œuvres. Il décore plus volontiers qu’Exékias des vases de petite taille aux sujets plus familiers comme la vie quotidienne ou le joyeux cortège de Dionysos. Si son style est différent, son dessin n’en est pas moins d’une grande qualité, caractérisé par la finesse des incisions, la délicatesse des jeux de couleurs et son goût pour les détails : bijoux, ornements, armements, etc. L’olpè (sorte de cruche) du Louvre représente une scène mythologique, il s’agit de l’introduction d’Héraclès dans l’Olympe. En effet, le héros fut, après sa mort, divinisé et accueilli parmi les dieux qui lui donnèrent la déesse de la jeunesse, Hébé, pour épouse. Ici, il est accompagné d’Hermès, reconnaissable à son pétase (chapeau à larges bords) et à son caducée, et d’Athéna, qui le mènent non pas vers Zeus, mais vers Poséidon. Les « bizarreries » iconographiques du peintre ne sont pas rares dans son œuvre. La scène est traitée comme un défilé de divinités ponctué par les lignes verticales du trident et de la lance d’Athéna. On remarquera d’ailleurs, au centre de la composition, la signature du potier : « Amasis mepoiesen » (qui signifie « Amasis m’a fait »). Le style très délicat du peintre se perçoit, ici, dans les ornements des vêtements, la très belle chouette qui décore le bouclier d’Athéna et le jeu subtil des rehauts de couleur, rouges et blancs.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Déplacez-vous vers la salle suivante (salle 43). Placez-vous devant la vitrine centrale 22 et regardez le revers du vase posé en bas à gauche.

Amphore à figures rouges
Amphore à figures rouges

© 1988 RMN / Hervé Lewandowski

10Amphore attique à figures rouges

Vers 530 av. J.-C., un artisan athénien, probablement le Peintre d’Andokidès, invente une nouvelle technique qui va très vite supplanter l’ancienne : la technique des figures rouges. Les valeurs sont inversées par rapport aux figures noires : les figures sont réservées tandis que le fond est recouvert de vernis noir. De plus, les détails ne sont plus incisés mais peints, ce qui va autoriser une plus grande souplesse dans le dessin. Les premiers peintres à tirer parti de cette nouvelle technique, notamment dans le rendu plus réaliste des corps en mouvement, ont été appelés les Pionniers. Il faut descendre dans la galerie de la Grèce préclassique pour voir le chef-d’œuvre du plus célèbre d’entre eux, le « cratère d’Antée » d’Euphronios. C’est Phintias, un autre peintre appartenant au groupe des Pionniers, qui a peint cette amphore dont le revers représente une scène de palestre (lieu où les athlètes s’entraînaient). Là, trois athlètes nus s’exercent, deux au javelot et un au disque, sous le regard d’un entraîneur drapé. On y voit bien les recherches de l’époque : la variété des attitudes (profil, face, trois quarts), les détails anatomiques notés en peinture diluée, l’utilisation du raccourci qui permet de donner l’illusion de la profondeur par la perspective (jambe de face) et le soin donné aux détails comme les ongles.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Allez vers les vitrines murales du fond et placez-vous devant la vitrine 9. L'oeuvre suivante, le Cratère à oreillettes montrant Ganymède et Zeus du Peintre de Berlin, n'est pas visible actuellement. Cependant vous pouvez voir dans cette vitrine d'autres oeuvres du Peintre de Berlin, dont un cratère à oreillettes représentant Héraclès banquetant.

Cratère à oreillettes à figures rouges
Cratère à oreillettes à figures rouges

©2005 Musée du Louvre / D. Lebée et Carine

11Cratère en cloche attique à figures rouges

Le premier quart du Ve s. av. J.-C. (500-475 av. J.-C.) correspond à « l’âge d’or » des figures rouges attiques. Elles se distinguent, à cette époque, par la maîtrise de leur dessin et la variété de leur répertoire thématique. De nombreux peintres de grand talent coexistent avec une véritable différenciation entre peintres de grands vases et peintres de petits vases. La première catégorie est bien représentée par le Peintre de Berlin, nommé ainsi d’après un vase conservé dans un musée de Berlin. Le cratère représenté ici est une variante du cratère en cloche : il s’agit d’un cratère à oreillettes, qui tire son nom de la forme de ses anses. La scène qui y est peinte représente Ganymède (face A) poursuivi par Zeus (face B). Ganymède, un des plus beaux jeunes hommes de la mythologie grecque, fut courtisé par Zeus qui l’enleva sous la forme d’un aigle et l’emmena sur l’Olympe où il servit d’échanson aux dieux. La composition, extrêmement dépouillée, avec un seul personnage par face, sans encadrement ni ornements, est typique du peintre qui a fait de ce procédé son système décoratif de prédilection. La face principale nous montre donc Ganymède, nu, jouant au cerceau (symbole de la jeunesse) et tenant un coq, présent d’amour de Zeus. Le style du Peintre de Berlin, à l’instar de celui de son maître Phintias, est empreint de délicatesse et d’élégance.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
L'oeuvre suivante proposée dans ce parcours n'est pas visible actuellement. Placée-vous devant la vitrine isolée du centre de la salle (vitrine 20).

Coupe à figures rouges
Coupe à figures rouges

© 1999 RMN / Hervé Lewandowski

12Coupe attique à figures rouges

Les coupes représentent, à ce moment-là, la moitié de la production totale de la céramique attique à figures rouges. Plusieurs peintres majeurs se partagent cette production dont le Peintre de Brygos (voir la coupe G 152 dans la vitrine voisine 23), Macron (voir la coupe G 143 dans cette vitrine) et Douris. Ce dernier a signé comme peintre cette coupe dont le médaillon intérieur nous intéresse davantage que le décor situé à l’extérieur de la vasque. Nous y voyons Eos, la déesse de l’Aurore, soutenant le corps mort de son fils, Memnon, tué par Achille lors de la guerre de Troie. Cette image illustre un passage de l’Ethiopide, poème épique faisant suite à l’Iliade et qui raconte le sort malheureux des alliés de Troie. Parmi ceux-ci se trouvaient les Ethiopiens, dont Memnon était le roi. La gravité de la scène, centrée sur une mère et son fils mort, sorte de préfiguration de la pietà, n’est troublée que par la présence de nombreuses inscriptions : signatures du peintre et du potier, noms des personnages et acclamation en faveur d’un beau jeune homme à la mode. On remarquera le réalisme dans la représentation d’un cadavre, le corps raidi, percé de blessures, les bras ballants et les yeux fermés ainsi que l’habileté du peintre à décorer un espace circulaire avec les courbes des ailes et du dos d’Eos qui en suivent les formes.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Cette oeuvre n'est pas visible actuellement.

Cratère en calice à figures rouges
Cratère en calice à figures rouges

© 1994 RMN / Hervé Lewandowski

13Cratère en calice attique à figures rouges dit « cratère des Niobides »

Les deuxième et troisième quarts du Ve s av. J.-C., font entrer la céramique grecque dans la période classique où elle va subir l’influence des autres grands domaines de création artistique que sont la sculpture et la peinture murale. Un des peintres les plus importants de cette période est le Peintre des Niobides, qui doit son nom au cratère du Louvre. De fait, le revers du vase illustre le massacre des Niobides, mythe rarement représenté dans les arts. Niobé, extrêmement fière de ses quatorze enfants s’était moquée de la déesse Léto qui n’en avait eu que deux, Apollon et Artémis. Ces derniers s’empressèrent de laver l’honneur de leur mère en massacrant de leurs flèches tous les enfants de Niobé. Si la face B du cratère est aisément identifiable, il n’en est pas de même pour la face principale qui nous montre une assemblée de guerriers entourant Héraclès. Après avoir proposé d’y voir les Argonautes ou encore Thésée et Pirithoos aux Enfers, la découverte d’une base à degrés sous la figure d’Héraclès a suscité une nouvelle interprétation. Il pourrait s’agir, conformément aux écrits d’Hérodote, des guerriers de Marathon venus se recueillir dans le sanctuaire d’Héraclès avant la bataille. La caractéristique la plus remarquable du vase est l’étagement des personnages placés dans un paysage rocheux. En effet, la règle était, jusqu’alors, de représenter toutes les figures sur un même niveau. On doit cette importante nouveauté à l’influence de la peinture murale.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Déplacez-vous dans la dernière salle de la galerie (salle 44). L'oeuvre suivante une amphore à col du peintre de Suessula n'est pas visible actuellement. Cependant, vous pouvez admirer dans cette salle les autres oeuvres caractéristiques de la fin du Ve s av. J.-C, comme le vase du peintre du Primato ou celui du peintre d'Athène 1714.

Amphore à figures rouges
Amphore à figures rouges

© Musée du Louvre, dist. RMN / Thierry Ollivier

14Amphore à col attique à figures rouges

Après l’immobilité et la sérénité de l’époque classique, la fin du Ve s av. J.-C. est marquée par deux courants dans la céramique grecque : un style gracieux où le charme féminin et les ornements sont mis à l’honneur et, parallèlement, des scènes mouvementées aux vastes proportions, rappel de la grande peinture murale. C’est le cas de l’amphore de Suessula sur laquelle est illustrée, tout autour de la panse, une gigantomachie, mêlée furieuse opposant les dieux aux Géants. Au centre de la face principale, on reconnaît Zeus qui abat un Géant de son foudre. Derrière lui, conduisant son quadrige, se tient Niké qui symbolise la victoire des dieux sur leurs adversaires. Aux pieds du roi des dieux, Héraclès, dont la présence assure également la victoire des dieux, décoche ses flèches en position d’archer. Alors que les dieux combattent avec des armes nobles, les Géants sont représentés comme des êtres sauvages, vêtus de peaux de bêtes et armés de pierres ou de torches. Leurs visages n’ont plus rien de classique, ils sont tordus par la souffrance, les yeux levés vers le ciel et la bouche ouverte. On peut voir encore dans cette composition ambitieuse et agitée l’influence de la grande peinture et, peut-être, le reflet de la gigantomachie qui était peinte à l’intérieur du bouclier de la statue de l’Athéna Parthénos abritée dans le Parthénon.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Allez vers la vitrine centrale 23 et regardez le vase posé en haut à droite.

Cratère en cloche à figures rouges
Cratère en cloche à figures rouges

© 1993 RMN / Hervé Lewandowski

15Cratère en cloche apulien à figures rouges dit « cratère des Euménides »

Au IVe s av. J.-C., la céramique attique perd progressivement de son inspiration et de son excellence. Au contraire, les ateliers grecs de Grande Grèce (Italie du Sud et Sicile) prennent leur essor, en particulier l’école apulienne qui domine les autres par la finesse de son dessin et la richesse de son répertoire iconographique. Le « cratère des Euménides » en est le parfait exemple. Il s’agit du vase éponyme du peintre qui doit son nom à la scène représentée sur la face principale du vase. Celle-ci est tirée d’une tragédie d’Eschyle, Les Euménides, et témoigne du goût très affirmé des peintres italiotes pour la tragédie athénienne. Cette pièce raconte la fin des aventures d’Oreste, fils d’Agamemnon et de Clytemnestre. Ayant tué sa mère afin de venger son père, il est poursuivi par les terribles Erinyes, déesses de la Vengeance. A la fin de la pièce, Oreste sera sauvé par Apollon et Athéna et les Erinyes seront transformées en Euménides (« les Bienveillantes »). Ici, la scène se passe dans le sanctuaire d’Apollon à Delphes où Oreste s’est réfugié. Il tient encore le poignard avec lequel il a tué sa mère. Apollon est en train de le purifier avec le sang d’un porcelet, sous le regard de sa sœur, Artémis. A gauche, le spectre de Clytemnestre tente de réveiller les Erinyes endormies.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Déplacez vous vers la vitrine centrale voisine (vitrine 24), l'oeuvre suivante la dernière de notre parcours, n'est pas visible actuellement. Cependant, vous pouvez admirer dans cette même vitrine un autre chef-d'oeuvre de la céramique paestane la lékané à figures rouges. Vous pouvez aussi voir dans cette même salle d'autres oeuvres du peintre Python.

Cratère en calice à figures rouges
Cratère en calice à figures rouges

© 1993 RMN / Hervé Lewandowski

16Cratère en calice paestan à figures rouges

La production de vases à Paestum, un autre atelier de céramique italiote, a été stimulée par l’arrivée d’un petit groupe de peintres siciliens venus s’y installer au début du IVe s av. J.-C. Très vite, une véritable école paestane va émerger dont les deux plus grands maîtres seront Astéas et Python. Il s’agit des deux seuls peintres de la céramique italiote à avoir signé leurs œuvres. C’est Astéas qui va fixer les grands principes du style paestan tandis que Python, son élève, va les développer. Le chef-d’œuvre de ce dernier est cet impressionnant cratère en calice qui représente le héros Cadmos, futur fondateur de Thèbes, combattant le dragon qui a tué ses compagnons. Autour de lui sont représentées deux femmes richement parées : les nymphes de la source ou encore la personnification de Thèbes et Harmonie, l’épouse du héros. Dans la partie supérieure du vase, quatre figures émergent d’un amas rocheux : il s’agit d’Hermès, d’Aphrodite, mère d’Harmonie, de Pan et d’un satyre. Cette façon de représenter les personnages en buste est typique de l’école paestane. Plus que la richesse des ornements, bijoux et broderies, c’est le travail de la couleur qui nous émerveille ici. En effet, Python témoigne d’un véritable sens pictural, en particulier dans le groupe formé par le serpent et l’amas de pierres qui figure la source où sont représentées toutes les nuances du blanc au doré.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Pour compléter la visite, vous pouvez descendre dans la galerie de la Grèce préclassique, à l’entresol Denon, où se trouvent d’autres chefs-d’œuvre de la céramique grecque, comme la loutrophore du Peintre d’Analatos, ainsi que le dinos du Peintre de la Gorgone et le « cratère d’Antée », déjà cités dans ce parcours. Sinon, en sortant de la salle 44, vous prenez sur la gauche et retournez sur vos pas pour regagner la pyramide.


Auteur(s) :
Sophie Padel-Imbaud