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Parcours La fonction royale, Mésopotamie

Antiquités orientales - Durée : 1h30 - Jours de visite : Lundi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi Dimanche

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Salle de Baouit
Salle de Baouit

© Musée du Louvre/E. Revault

00Introduction

Dès l’apparition des cités-Etats à la fin du IVe millénaire, jusqu’aux empires assyrien et babylonien du Ier millénaire avant JC, le pouvoir en Mésopotamie a toujours été de nature monarchique. Se présentant comme l’élu des dieux dont il affirme tenir sa légitimité, le souverain est le garant de la sécurité et de la prospérité de son peuple. À la tête d’une administration puissante, il se fait édifier des palais au luxe incomparable, incarnations du prestige attaché à la fonction royale. 

C’est avec l’émergence des villes, il y a plus de 5000 ans, et l’organisation de la société en cités-Etats, qu’apparaît en Mésopotamie l’institution royale. Très vite elle s’affirme comme d'origine divine et va se trouver investie d'un caractère sacré qui fonde sa légitimité. Le souverain est le représentant des dieux sur terre, choisi par eux pour assurer, par sa bonne gouvernance, la prospérité à son peuple.

Il veille en particulier à l’édification et l’entretien de riches sanctuaires en l’honneur des divinités. Mais il se fait aussi bâtir un palais, vaste complexe architectural, où il installe son pouvoir. Si, fort du soutien divin, le roi a vocation à mener ses troupes à la victoire, il est avant tout le « pasteur » qui conduit le troupeau des hommes, et qui, par sa piété sans faille, le fait prospérer. Ce roi pasteur, qui assure à son peuple la bienveillance divine, se doit aussi d’être un roi juste, celui qui fait régner le droit et l’équité dans le pays.

Garant des droits de chacun comme de la bonne marche du royaume, le souverain va se doter d’une administration chargée de veiller à la mise en œuvre de ses décisions. Dignitaires de l’entourage royal et scribes formés à l’écriture s’y partagent les responsabilités. Leur activité se déploie notamment dans le palais, à la fois résidence officielle du roi et siège de son administration centrale. Par sa monumentalité et son faste, le palais proclame la majesté d’un pouvoir monarchique qui aspire à l’universalité.

 

Bas-relief votif avec scène de libation à une déesse de la fertilité
Bas-relief votif avec scène de libation à une déesse de la fertilité

© Musée du Louvre / Ali Meyer

01Bas-relief votif avec scène de libation à une déesse de la fertilité

Le roi élu des dieux
"Lorsque la royauté descendit du ciel..": c'est par ces mots que débute la Liste royale sumérienne, document qui récapitule la succession des dynasties qui auraient régné sur le pays de Sumer jusqu'au début du IIe millénaire avant JC. La longue liste des souverains mentionnés montre l'ancienneté du principe monarchique en Mésopotamie, qui semble avoir accompagné très tôt l'émergence des cités-Etats, sans doute dès la fin du IVe millénaire. Et l'affirmation de la royauté descendant du ciel indique qu'elle y était considérée comme d'origine divine. Le pouvoir royal procède des dieux et revêt ainsi un caractère sacré. Le roi est l'élu des dieux et leur représentant sur terre.

C'est ce lien privilégié avec le divin qu'il perpétue par l'accomplissement de cérémonies rituelles telles que celle représentée sur ce relief. Une déesse y reçoit l'offrande d'une libation des mains d'un homme figuré en nudité symbolique, évocatrice d'un rituel de fertilité. Il s'agit très vraisemblablement du roi, médiateur du divin au sein de la société des hommes. Le rite de fertilité s'accomplit symboliquement sur une montagne, lieu de passage par excellence entre le ciel et la terre.

C'est dans la piété sans cesse affirmée du souverain que se fonde la légitimité d'une institution royale descendue du ciel par la volonté divine. Et chaque souverain dans sa cité-Etat peut se proclamer l'élu des dieux, choisi par eux pour apporter par sa bonne gouvernance la prospérité à son peuple.

Relief votif d'Ur-Nanshe, roi de Lagash
Relief votif d'Ur-Nanshe, roi de Lagash

© R.M.N. / P. Bernard

02Relief votif d'Ur-Nanshe, roi de Lagash

Le roi bâtisseur
Choisi par les dieux pour être leur représentant à la tête de la communauté des hommes, le souverain a pour premier devoir de pourvoir aux besoins de ces divinités qui sont les vrais propriétaires du monde, et qui en assurent la bonne marche. Il se doit ainsi de faire édifier et d'entretenir leurs demeures terrestres que sont les grands sanctuaires du pays.

Le relief d'Ur-Nanshe, fondateur de la première dynastie de Lagash vers 2500 avant JC, évoque l'importante activité de bâtisseur de ce roi sumérien qui fit de sa cité-Etat un pays prospère et puissant. L'inscription qu'il porte énumère la construction d'édifices de prestige, dont le temple de Ningirsu, le dieu tutélaire du pays. Elle souligne aussi l'importance majeure accordée à de telles constructions, pour lesquelles "les bateaux de Dilmun, de (ce) pays (lointain), ont charrié du bois." Les deux scènes qui ornent ce relief montrent Ur-Nanshe présidant les cérémonies de fondation et d'inauguration du nouveau sanctuaire.

D'autres inscriptions votives à son nom évoquent diverses constructions civiles, telles que remparts ou canaux. Mais l'édifice par excellence du pouvoir royal est le palais, lieu de résidence du souverain et siège de son administration. Ces constructions de prestige contribuent de manière déterminante à l'éclat d'un règne. Aussi les souverains les font-il figurer en bonne place dans leurs inscriptions officielles mais également dans les désignations de leurs années de règne.

Stèle de victoire d'Eannatum, roi de Lagash dite "Stèle des Vautours"
Stèle de victoire d'Eannatum, roi de Lagash dite "Stèle des Vautours"

© R.M.N. / H. Lewandowski

03Stèle de victoire d'Eannatum, roi de Lagash dite "Stèle des Vautours"

Le roi victorieux
Désigné par les dieux pour gouverner en leur nom sa cité-Etat, le souverain est aussi un chef militaire qui, fort de l'appui divin, a vocation à conduire ses troupes à la victoire. Il mène campagne, en combattant valeureux, pour garantir les possessions terrestres de ses divinités protectrices, ainsi que la sécurité de ses populations. Le cas échéant, il peut être conduit à accroître, par la conquête, les richesses et la puissance de l'Etat dont les destinées lui ont été confiées.

Cette stèle de victoire partiellement conservée, dite "stèle des vautours", célèbre le triomphe d'Eannatum, souverain de Lagash vers 2450 avant J-C, sur la cité-Etat voisine d'Umma.
L'inscription souligne le destin glorieux d'un roi placé dès sa naissance sous la protection des dieux, et dont la faveur lui est confirmée en songe juste avant son affrontement avec Umma.

Elle est le gage d'une victoire éclatante qu'illustre le remarquable décor en bas-relief couvrant les deux faces de la stèle. Au triomphe du souverain, marchant à la tête de ses troupes, que détaille la face dite "historique", répond sur l'autre face dite "mythologique" la puissance et la gloire du dieu Ningirsu, protecteur de Lagash, qui tient les ennemis enserrés dans son filet. Le succès des entreprises humaines, tant militaires que civiles, est le signe indiscutable du soutien des dieux. Car c'est dans la volonté divine, répondant à la ferveur royale, que réside le sort des batailles et le destin des hommes.

Stèle de victoire de Naram-Sin, roi d'Akkad
Stèle de victoire de Naram-Sin, roi d'Akkad

© R.M.N. / H. Lewandowski

04Stèle de victoire de Naram-Sin, roi d'Akkad

Le roi divinisé
En dépit des guerres récurrentes entre les différentes cités-Etats qui se partagent l’espace mésopotamien au IIIe millénaire, le morcellement demeure la règle. Il reviendra à Sargon, roi d'Akkad vers 2334, d’étendre son pouvoir sur l'ensemble de la Mésopotamie, faisant de son Etat un véritable empire. Prolongée par ses deux fils, Rimush et Manishtusu, cette dynamique impériale va connaître son apogée avec le long règne de son petit-fils Narâm-Sîn (2254-2218), jalonné de campagnes militaires victorieuses.

Témoin majeur de l'art impérial d'Akkad, cette stèle de victoire célèbre le triomphe de Narâm-Sîn sur un peuple de montagnards, les Lullubi. Le conquérant akkadien y est représenté conduisant ses troupes sur des pentes escarpées au cœur du pays ennemi. Mais au-delà de l’image magnifiée d'un souverain héroïque se révèle un changement de nature. Narâm-Sîn en effet s’élève seul au-dessus du monde des hommes, tourné vers le disque solaire, et coiffé d'un casque à cornes, emblème traditionnel des divinités. La marche victorieuse du conquérant se double de l'ascension personnelle d'un monarque qui se veut désormais l'égal des dieux.

Souverain d’un empire à vocation universelle, Narâm-Sîn prend le titre de « roi des quatre régions », c’est-à-dire de la totalité du monde. Mais il y ajoute celui de « dieu d'Akkad », sur qui repose la bonne marche du monde des hommes de même que les dieux ont la responsabilité de gouverner le cosmos.

Gudea, prince de Lagash
Gudea, prince de Lagash

© RMN / F. Raux

05Gudea, prince de Lagash

Statue dite au "vase jaillissant" dédiée à la déesse Geshtinana

Le roi pasteur
Après la chute de l’empire d’Akkad, la culture sumérienne connaît un renouveau, et le pouvoir royal met en avant la relation personnelle du souverain avec les divinités comme source de sa légitimité. Ainsi Gudea, souverain de l’Etat de Lagash vers 2125, qui donne à son règne un éclat remarquable par la construction ou la rénovation de nombreux sanctuaires, y fait-il déposer des statues votives à son effigie. Elles perpétuent l’image, empreinte d’une profonde sérénité, d’un prince pieux et respectueux de la volonté divine.

Cette statue, dédiée à Geshtinana, une déesse de fertilité, le représente tenant un vase d’où s’écoulent des flots poissonneux. La tenue qu'il arbore, faite d'un vêtement drapé laissant l'épaule droite découverte et du bonnet royal à large bord, est habituelle dans ses représentations. Mais le vase aux eaux jaillissantes dont Gudea est porteur est traditionnellement réservé au dieu Enki, maître des eaux douces et de la fertilité naturelle.

Une telle image est évocatrice du rôle protecteur et nourricier dont est investi le souverain à l’égard de son peuple, du fait de son rapport privilégié avec les dieux. C’est ce que souligne le terme de « pasteur » qui figure régulièrement dans la titulature de Gudea. Il est « le pasteur élu du cœur du dieu Ningirsu », le berger qui conduit le troupeau des hommes, qu’il est chargé de faire prospérer. Par sa piété sans faille, le souverain assure à son peuple la bienveillance divine, source de prospérité.

Code de Hammurabi, roi de Babylone
Code de Hammurabi, roi de Babylone

© R.M.N. / H. Lewandowski

06Code de Hammurabi, roi de Babylone

Le roi de justice
Au IIe millénaire, Hammurabi, fondateur du grand royaume de Babylone, revendique lui aussi le titre de pasteur. Ainsi dans le prologue de son célèbre Code de justice affirme-t-il : "Je suis Hammurabi, le pasteur, l'élu d'Enlil, celui qui amasse richesse et prospérité." Il est "le pasteur des peuples", et donc par nature le roi juste, celui qui fait régner le droit et l’équité dans le pays. C'est ce à quoi s'attacha particulièrement Hammurabi en promulguant un code de justice, inscrit sur de hautes stèles de pierre accessibles à tous. Il s'y présente comme celui que les dieux ont choisi "pour éliminer le méchant et le pervers, pour empêcher le fort d'opprimer le faible".

Sur le relief sommital de la stèle, il apparaît vêtu d'une tenue royale semblable à celle de Gudea, se tenant devant Shamash, le dieu-Soleil maître de la justice, qui lui tend le bâton et l'anneau, emblèmes du pouvoir. Sous le relief sont gravés près de 300 articles constituant un recueil de sentences qui concernent des cas exemplaires touchant tous les secteurs de la vie quotidienne. Ils traitent ainsi du vol et des coups et blessures, du mariage et de la famille, de la construction des habitations, du travail agricole, du commerce, ou de l’exercice de diverses professions. Modèle du roi de justice, Hammurabi est le pasteur qui "fait aller droit son peuple" mais aussi le garant des droits individuels qui assure à chacun protection et équité.

Kudurru de Nazi-Maruttash, roi de Babylone
Kudurru de Nazi-Maruttash, roi de Babylone

© RMN / RG Ojéda

07Kudurru de Nazi-Maruttash, roi de Babylone

Le roi administrateur
Chargé de faire régner la sécurité, la justice et la prospérité dans son royaume, le souverain en est l'administrateur devant les dieux. Pour s'assurer d'une gestion efficace et de la mise en œuvre des décisions, il s'entoure d'une administration royale dont l'importance ne cessera de croître avec la puissance des Etats. Cette administration associe des membres de l'entourage du roi et des gens issus du milieu des scribes dont la formation garantit la compétence.

Un mode essentiel de fidélisation des acteurs principaux de la gestion du royaume est l'attribution de terres. Ce kudurru porte ainsi inscrite une donation de terres accordée par le roi babylonien de la dynastie kassite Nazi-Maruttash (qui régna vers 1300 avant JC) au sanctuaire de Marduk à Babylone. La donation est placée sous la protection des grandes divinités du panthéon représentées par leurs emblèmes. La figure centrale est ici la déesse Gula, assise sur un trône et flanquée d'un chien, son animal-attribut. Déesse de la médecine, dont l'exercice est assuré par des prêtres, elle est aussi celle qui punit le parjure en le frappant de maladie.

Inscrites dans la pierre et placées sous la protection divine, les donations de terres permettaient au souverain de s'assurer la loyauté des hauts dignitaires du royaume. Et au-delà d'eux, de toute l'administration royale, dont la large implantation locale et l'organisation centralisée ont fait l'instrument déterminant de l'unité de l'Etat.

Deux serviteurs portant une banquette
Deux serviteurs portant une banquette

© R.M.N. / H. Lewandowski

08Deux serviteurs portant une banquette

Le roi en son palais
Depuis l'époque des cités-Etats jusqu'à celle des grands empires du Ier millénaire, les souverains mésopotamiens n'ont eu de cesse de se faire édifier de luxueux palais. Vaste complexe architectural, le palais est à la fois la résidence officielle du roi et le siège de son administration. Dans ce coeur du pouvoir royal, l'activité est permanente. Des messagers apportent des nouvelles de tout l'empire, des fonctionnaires présentent leurs rapports. Les directives royales sont enregistrées par une multitude de scribes. Et l'entourage royal s'est mué en une foule de courtisans nourrissant d'incessantes intrigues.

Au faste monumental du palais et de son décor de bas-reliefs sculptés s'ajoute le luxe du mobilier. Destinés avant tout aux réceptions officielles, les meubles du palais étaient en bois recouvert d'un placage d'ivoire et de métal précieux. Sur ce relief des serviteurs imberbes portent une banquette, ornée de têtes et de pattes de lion, emblème de la majesté royale, ainsi qu'un tabouret, également pourvu de pattes de lion, et un grand vase.

Ce décor somptueux du palais de Dur-Sharrukin, joyau de la capitale que le roi assyrien Sargon II (721-705) voulut se faire édifier, témoigne des dimensions alors atteintes par le pouvoir assyrien. Depuis son palais, qui draîne les richesses de tout l'empire, le souverain assyrien désormais gouverne le monde.

Le roi Sargon II et le prince héritier
Le roi Sargon II et le prince héritier

© R.M.N. / G. Blot

09Le roi Sargon II et le prince héritier

Le roi et la succession au trône
Le principe monarchique a dès le début joué un rôle central dans l'épanouissement de la civilisation mésopotamienne, comme en témoigne la Liste royale sumérienne. Les souverains y sont présentés en "dynasties" issues des principales cités, et leur filiation y est soulignée comme critère principal de succession. Le mode héréditaire demeurera toujours prédominant, et la désignation d'un nouveau souverain, conçue comme d'inspiration divine, se fera prioritairement en faveur d'un fils du souverain précédent, le plus souvent l'aîné, ou à défaut d'un frère. Ainsi ce relief provenant du palais de Dur-Sharrukin montre-t-il le roi d'Assyrie Sargon II, coiffé de la haute tiare royale, en compagnie de son fils héritier, le futur Sennacherib, portant lui un diadème.

Si la première légitimité de l’accès au trône est le lignage, il arrive que des circonstances particulières permettent à un usurpateur de s'emparer du trône par la force des armes. La légitimation secondaire de sa prise de pouvoir mettra aussi en avant une décision divine, cette fois en faveur d'un homme choisi pour sa valeur exceptionnelle. Ce fut le cas de Sargon II qui pour en effacer la trace prit un nom qui signifie "roi légitime". La venue de tels souverains régénère l'institution royale en lui donnant une nouvelle vigueur. C'est ainsi qu'une institution constitutive de la civilisation en Mésopotamie put sans changement profond présider à près de trois millénaires d'évolution continue.