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Parcours La sculpture grecque, A la conquête du corps humain

Antiquités grecques, étrusques et romaines - Durée : 1h30 - Jours de visite : Lundi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi Dimanche

Groupes scolaires Groupes

Victoire de Samothrace (détail)
Victoire de Samothrace (détail)

© R.M.N./G. Blot

00Introduction

La Victoire de Samothrace et la Vénus de Milo figurent parmi les oeuvres les plus admirées du Louvre : elles incarnent " l'esprit grec " dans un rendu saisissant de la figure humaine. Ce parcours permet de suivre cette conquête du corps par des artistes qui marqueront à jamais l'art occidental.

Essentiellement inspirés par la figure humaine, les artistes grecs vont créer un art à la mesure de l'homme et centré sur lui, contrastant avec les autres civilisations antiques qui l'ont précédé, toutes tournées vers un divin inaccessible. En Egypte, le dieu Thot est le créateur de l'écriture et, par là même, de toute représentation figurée, en conséquence magique et potentiellement vivante. Forcément parfait dès ses débuts, cet art, au service des dieux et des morts, se voit contraint par des principes fondamentaux indispensables à l'équilibre de l'univers. On comprend dès lors le conservatisme égyptien en ce domaine pendant plus de 3000 ans. Au sein de ce cadre très structurant, les innovations sont, somme toute, modestes car risquées. En revanche, en Grèce, toute création humaine est perfectible et cette amélioration constante est nécessaire pour obtenir la faveur de dieux difficiles et capricieux. La notion "agôn", de compétition, qui était le moteur essentiel de la société grecque, pousse ainsi les artistes de toutes les cités à des évolutions constantes à chaque génération. Ainsi, en moins de sept siècles, les figures schématiques de l'art géométrique vont-elles se métamorphoser en Vénus de Milo et Gladiateur Borghèse! Et c'est ainsi qu'au cours du dernier millénaire av. J.-C., la civilisation grecque va installer les bases de toute la création artistique à venir en Occident


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Plusieurs salles du département des antiquités grecques, étrusques et romaines étant actuellement fermées pour réaménagement, ce parcours n’est plus réalisable mais garde néanmoins son intérêt dans une approche thématique des collections.

Têtes de statuettes féminines
Têtes de statuettes féminines

© R.M.N./H. Lewandowski

01Têtes de statuettes féminines

Ces oeuvres, dont la pureté des lignes nous touche particulièrement aujourd'hui, ne sont qu'un fragment d'une imposante statue dont d'autres exemples sont visibles dans la vitrine de gauche. Leur usage précis nous étant inconnu, on a pris l'habitude de les désigner sous le terme générique d'idoles, "images" en grec. Produite dans l'une des îles des Cyclades, l'île d'Amorgos, ces idoles dites cycladiques, les peintures des palais crétois ou les sculptures et terres cuites mycéniennes, dont vous pourrez voir quelques exemples dans les vitrines suivantes, furent créées au cours du troisième millénaire av. J.-C.

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Cette oeuvre n'est pas visible actuellement dans les salles.

Grèce : galerie préclassique , vitrine d'époque géométrique
Grèce : galerie préclassique , vitrine d'époque géométrique

© Musée du Louvre / A. Dequier

02Grèce : galerie préclassique, vitrine d'époque géométrique

L'époque géométrique est la première phase chronologique de l'art grec. C'est l'époque où les Grecs adoptent l'alphabet phénicien et où aurait vécu Homère, l'auteur supposé de l'Iliade et de l'Odyssée. Cette période fut ainsi nommée en raison des décors à base de formes géométriques simples que l'on trouve sur les vases de céramique entre 900 et 700 av. J.-C. environ. Les figures humaines et animales deviennent fréquentes sur ces vases ou en petits bronzes à la fin de la période, au cours du VIIIème siècle av. J.-C. Ainsi les premières sculptures grecques consistent souvent en de petites statuettes de bronze, d'environ dix centimètres de haut, offertes en ex-voto, en cadeau, aux dieux dans des grands sanctuaires comme Olympie, le plus célèbre d'entre eux. Même en ronde-bosse, les formes sont décomposées en triangles et autres formes élémentaires. Beaucoup d'oeuvres sont ainsi destinées à plaire aux dieux et le mot grec "agalma" que nous traduisons par "statue" signifie "objet de joie". Pour plaire toujours davantage aux dieux, chaque génération d'artistes apportera des nouveautés en cherchant à reproduire de plus en plus fidèlement la réalité des corps. Cette recherche n'aboutira que trois cents ans plus tard au début de l'époque classique.

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Cette salle est actuellement en cours de réaménagement.

Statuette féminine dite "Dame d'Auxerre"
Statuette féminine dite "Dame d'Auxerre"

© 2006 Musée du Louvre / Daniel Lebée et Carine Deambrosis

03Statuette féminine dite "Dame d'Auxerre"

L'époque orientalisante, aux alentours du VIIème siècle av. J.-C., voit naître la grande statuaire. Des commerçants, généralement phéniciens, apportent tissus, ivoire et bijoux, diffusant ainsi des motifs venus d'Egypte ou du Levant. Une colonie grecque, Naucratis, s'implante dans le delta du Nil et les auteurs antiques assurent que deux sculpteurs originaires de Samos apprirent leur métier en Egypte. Cette imitation avouée ne gênait en aucune façon les Grecs : le philosophe Platon affirmait même que tout emprunt à d'autres civilisations était amélioré par le "génie" grec ! Si elle ne mesure que soixante-quinze centimètres, cette "Dame d'Auxerre", dont l'identité nous échappe encore, est l'un des premiers exemples de statues en pierre. Elle fut "retrouvée" au cours d'une vente aux enchères à Auxerre à la fin du XIXème siècle. Sans doute réalisée en Crète dans le dernier tiers du VIIème siècle av. J.-C., elle semble encore prisonnière du bloc de calcaire d'origine. Plusieurs éléments étaient colorés, comme l'indiquent les incisions sur son vêtement. Ses cheveux, qui encadrent lourdement son visage et lui donnent un petit air égyptien, sont caractéristiques du courant dit dédalique, fleurissant au cours de l'époque orientalisante. D'autres exemples en sont visibles dans la vitrine sur votre droite.

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Corè
Corè

© 2006 Musée du Louvre / Daniel Lebée et Carine Deambrosis

04Corè du groupe de Chéramyès

Avec l'époque archaïque, autour du VIème siècle av. J.-C., les sculpteurs passent de la statuette à la statue, du calcaire au marbre. Deux types statuaires alors créés seront présents jusqu'aux derniers temps de l'art grec : le jeune homme ( "couros" en grec) nu et la jeune fille ("corè") habillée offrent des sujets d'étude pour le placement des muscles sur le squelette et celui des plis du vêtement sur le corps. Les statues de jeunes filles évoquent généralement des servantes éternellement au service des dieux, présentant souvent une offrande. Dans le sanctuaire d'Héra à Samos, cette corè faisait partie d'un groupe offert à la déesse Héra par un certain Chéramyès, comme l'indique l'inscription courant au bord du voile, sur sa cuisse. Sous les vêtements, l'artiste tente de donner l'image d'un corps véritable - notez le renflement du ventre ou la poitrine haute, comme respirant. Il joue aussi avec les textures des vêtements : la transparence fine du voile maintenu par le pouce de la main droite, les plis parallèles et serrés du chiton - la tunique de lin -, ou les lourdes retombées de l'himation - le manteau de laine fixé à l'épaule droite par une série d'épingles -, formant une suite de petits plis en éventail.

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Torse de couros
Torse de couros

© 2006 Musée du Louvre / Daniel Lebée et Carine Deambrosis

05Torse de couros

Le type du couros a été lui aussi emprunté à l'Egypte : debout, dans une attitude strictement frontale, la jambe gauche en avant, les bras le long du corps. Cependant la nudité est assez exceptionnelle dans l'art égyptien, contrairement au monde grec où elle est tout à fait spécifique au mode de vie. En effet, les sports se pratiquaient nu, notamment lors des grands jeux panhelléniques qui rassemblaient toutes les cités de la Grèce, comme par exemple à Olympie. Ainsi, pour les Grecs, représenter la nudité revenait à affirmer leur identité et démontrer leur degré de civilisation ! Ces statues pouvaient ainsi figurer des divinités, des serviteurs pour ces dieux, des athlètes vainqueurs, ou même le défunt sur sa tombe. Leur fonction religieuse impose donc un conservatisme du type et les artistes de toute la Grèce reprennent ces images. Néanmoins, les historiens d'art peuvent en déterminer la provenance par le style, propre à chaque cité, à chaque "école" artistique : un sculpteur athénien ne fera pas le même couros qu'un sculpteur d'Argos. Les artistes cherchaient avant tout à créer une image parfaite et hors du temps tout en essayant de se rapprocher de plus en plus du réel en notant de manière plus précise les os et les muscles. Cette progression vers un rendu plus fidèle du corps permet de classer ces oeuvres chronologiquement. Ainsi, vingt ans séparent ces deux oeuvres comme l'indique la plastique de la cage thoracique ou des muscles abdominaux.

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Tête de cavalier
Tête de cavalier

© 2006 Musée du Louvre / Daniel Lebée et Carine Deambrosis

06Tête de cavalier dit "Cavalier Rampin"

Là encore, dans cette sculpture trouvée sur l'Acropole d'Athènes au XIXème siècle, par le diplomate Rampin, l'anatomie semble beaucoup plus dessinée que modelée. Néanmoins, l'originalité de la pose et la rupture légère de la frontalité distinguent cette oeuvre des autres. Assis sur son cheval aujourd'hui fragmentaire, le Cavalier Rampin (le corps, ici restitué par un moulage, est conservé au musée de l'Acropole à Athènes) porte une couronne de feuillage le désignant comme vainqueur à des jeux. Sa chevelure et sa barbe sont très délicatement travaillées. Un perpétuel sourire anime les visages de l'époque archaïque. Il s'agit autant d'un emprunt à l'Egypte de l'époque que d'une solution technique pour rendre le bas du visage. Il ne s'agit pas de l'expression d'un sentiment car même les mourants sont représentés ainsi. Des traces de couleur rouge animent les yeux, la chevelure, la barbe et permettent même de reconstituer une petite moustache. Cependant nous sommes bien loin de contempler ces marbres dans leur aspect original. En effet, pour toutes les sculptures grecques - rondes-bosses et bas-reliefs - certains détails étaient peints ou incrustés de métal et seules quelques oeuvres présentent encore des traces de couleurs bien pâlies. Nous serions surpris de voir ces oeuvres, aujourd'hui délavées par un long séjour en terre, aussi colorées qu'elles l'étaient lors de leur création car, depuis la Renaissance et leur redécouverte, beaucoup imaginent l'art grec uniformément blanc !

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Torse masculin
Torse masculin

© 2006 Musée du Louvre / Daniel Lebée et Carine Deambrosis

07Torse masculin

Cette statue, aujourd'hui brisée, fut réutilisée à l'époque romaine dans un théâtre qu'ils construisirent à Milet, comme le prouvent les deux cavités ménagées à l'arrière pour insérer des tenons métalliques qui permettaient de la fixer. L'émulation entre artistes, caractéristique de l'esprit grec, explique l'évolution rapide vers des formes toujours plus conformes à la réalité observée. Le réalisme est atteint au début de l'époque classique (480-323 av. J.-C.). Ainsi, ce torse, daté de 480 av. J.-C., montre un corps tout à fait vraisemblable. Le rendu des muscles abdominaux ou des dentelés sur les côtes est plausible mais il reste quelques traces d'un archaïsme encore tout proche : la toison pubienne traitée de manière très décorative ou la forte cambrure des reins. Malgré cela, le rendu de l'omoplate droite montre que le bras était tendu vers l'avant. La hanche droite plus haute que la gauche et cette fesse plus contractée figurent un homme hanché, prenant appui naturellement sur l'une de ses jambes, contrairement à l'image rigide du couros. À cette époque, les recherches des sculpteurs classiques sont variées mais se concentrent essentiellement sur le corps masculin que l'on tente ensuite de rendre en mouvement. Le sourire archaïque disparaît alors. Vous retrouverez toutes ces caractéristiques dans les fragments du décor du temple d'Olympie, en haut de l'escalier. Une maquette vous permet de resituer ces fragments à leur emplacement d'origine sur le temple.

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Certaines oeuvres de ce parcours ne sont pas visibles dans les salles actuellement

Tête d'Iris dite "Tête Laborde" : fragment de figure féminine du fronton ouest du Parthénon
Tête d'Iris dite "Tête Laborde" : fragment de figure féminine du fronton ouest du Parthénon

© 2006 Musée du Louvre / Daniel Lebée et Carine Deambrosis

08Tête d'Iris dite "Tête Laborde"

Phidias est le maître d'oeuvre de la reconstruction d'Athènes au temps de Périclès, vers 450 av. J.-C. Il dirige aussi le décor du Parthénon : un superbe trésor (bâtiment destiné à contenir des ex-voto) pour la statue d'Athéna offerte par les Athéniens à la déesse en remerciement de la victoire sur les Perses. Haute de douze mètres, cette statue était composée de plaques d'ivoire et d'or (une tonne !) fixées sur une charpente de bois. Ce type de statues "chryséléphantines" était le plus prestigieux. Vous pourrez en voir une copie réduite en marbre de l'époque romaine contre le mur de gauche. Phidias fit une autre statue semblable : le Zeus d'Olympie considéré dans l'Antiquité comme l'une des sept merveilles du monde. Vous avez pu en voir une restitution dans la maquette du temple d'Olympie. Ce visage impassible, détaché d'un fronton, est hors du temps et des émotions et composé par un jeu de proportions. Il mesure trois fois la hauteur du nez et celui-ci prolonge le front (le "profil grec"). Aucune expression humaine, temporelle, ne vient en troubler la perfection abstraite. C'est la beauté des dieux, celle des Idées de Platon, que l'on cherche à rendre et non pas la réalité du monde. Au IVème siècle av. J.-C., il écrira qu'aucun artiste ne peut atteindre le Beau idéal, loin des contingences humaines, sources d'illusions. Seule une recherche intellectuelle rigoureuse pouvait le permettre, s'appuyant au besoin sur le concret, mais pour mieux le dépasser.

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Certaines oeuvres de ce parcours ne sont pas visibles dans les salles actuellement.

Plaque dite des Ergastines : fragment de la frise est du Parthénon
Plaque dite des Ergastines : fragment de la frise est du Parthénon

© 2006 Musée du Louvre / Daniel Lebée et Carine Deambrosis

09Plaque des Ergastines

Néanmoins, sur ce fragment de la frise est du Parthénon, certains détails comme le rendu des muscles et des veines des bras des hommes ou l'effet de tissage du bord du péplos - la robe de laine des jeunes filles défilant - rattachent ces oeuvres à une certaine réalité. Par ailleurs, les couleurs (bleu et or) aujourd'hui disparues modifiaient cette impression actuelle de sobriété. Selon certains historiens, l'art classique, si bien illustré ici, marque une sorte de parfait équilibre entre les deux tendances rivales de l'art, l'abstraction et le réalisme. Ainsi, dans un formidable résumé, Goethe dira que les Grecs ne représentent pas les dieux comme des humains mais qu'ils font des humains à l'image des dieux.

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Dirigez vous tout droit et tournez à droite pour admirer un des chefs-d'œuvre de la sculpture grecque La Vénus de Milo.

Aphrodite, dite Vénus de Milo
Aphrodite, dite Vénus de Milo

© 2010 Musée du Louvre / Anne Chauvet

10Aphrodite, dite Vénus de Milo

L'époque hellénistique (323-31 av. J.-C.) est la dernière grande période de l'histoire grecque. Alexandre le Grand laisse derrière lui un immense empire qui ne tarde pas à se diviser en plusieurs royaumes, qui sont autant de foyers de création aux intérêts variés. Puis, au cours du second siècle avant J.-C., en perdant leur indépendance politique et devenant finalement citoyens romains, les artistes grecs renonceront à cette originalité pour satisfaire à la demande des Romains, grands amateurs d'art classique. La Vénus de Milo, ou plutôt l'Aphrodite de Mélos (du nom de l'île où elle fut trouvée en 1820), est l'un des derniers grands originaux grecs. Ici encore, les formules de Polyclète sont à nouveau repensées : le canon est plus élancé, la tête étant plutôt petite, et le chiasme semble prendre possession de la troisième dimension dans une ample spirale. L'influence de Praxitèle se ressent aussi dans une composition reprenant le motif de la Vénus d'Arles. Elle fut sans doute créée aux alentours de 100 av. J.-C., dans le courant dit "néo-classique", bien dans le goût romain, car elle mêle le visage classique impassible aux effets réalistes de la nudité hellénistique. Notez le contraste entre le visage neutre, classique, et le rendu naturaliste, hellénistique, des chairs pleines du corps. Image encore séduisante à nos yeux, serait-elle encore autant appréciée si elle retrouvait ses bras, les bijoux et les couleurs qui lui manquent aujourd'hui ?

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Certaines oeuvres de ce parcours ne sont pas visibles dans les salles actuellement.

Torso of the "Diadumenus" type
Torso of the "Diadumenus" type

© 2006 Musée du Louvre / Daniel Lebée et Carine Deambrosis

11Torse du type du "Diadumène"

L'époque classique est marquée par de grands artistes uniquement connus par des répliques romaines de leurs oeuvres. Grands amateurs d'art grec, les Romains ont en effet abondamment reproduit des oeuvres célèbres, pour les placer ensuite en décor de jardins, de gymnases ou de thermes. Ces copies, essentiellement des marbres reprenant souvent des bronzes fondus à l'époque chrétienne, nous permettent de reconstituer à peu près la carrière de certains sculpteurs. Des textes d'auteurs grecs et latins donnent des informations précieuses, mais malheureusement sans aucune illustration. Ainsi sait-on que, vers 440-430 av. J.-C., le sculpteur Polyclète, d'Argos, s'interroge lui aussi, dans un ouvrage également disparu, sur le rendu d'une beauté idéale qu'il définit : le Canon, la "règle" en grec. Tout juste en conserve-t-on une phrase disant que la beauté résulte d'un calcul subtil de nombres ! Il met au point un système de proportions, la hauteur de la tête est un septième de celle du corps entier, et de réponses alternées entre les épaules et les hanches qui donnent l'impression de l'allure naturelle d'un corps musclé au repos. Le rythme est construit autour d'un grand X, la lettre chi (qui se prononce ki) qui donne le mot "chiasme", caractérisant cette attitude en fait artificiellement reconstruite, que l'on nomme parfois du terme italien "contrapposto". Ce torse d'un athlète, serrant une bandelette de victoire autour de sa tête, illustre cette nouvelle définition du corps.

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Certaines oeuvres de ce parcours ne sont pas visibles dans les salles actuellement.

Aphrodite du type Vénus Génitrix
Aphrodite du type Vénus Génitrix

© Musée du Louvre

12Aphrodite dite "Vénus Génitrix"

En 430 av. J.-C., une peste ravage Athènes tandis que se déclenchent les guerres du Péloponnèse qui voient s'affronter les cités grecques. Une grave crise morale s'ensuit : on s'interroge sur ces dieux qui permettent de tels malheurs. Cependant, comme pour oublier les désastres du temps, les artistes semblent alors rechercher la douceur féminine et la grâce. Aphrodite, déesse de l'amour et de la beauté, grandit alors en importance. Née de la mer, elle se dénude peu à peu. La nudité féminine était encore très rare et réservée à la courtisane des vases de banquets. Le drapé mouillé met son corps en valeur bien plus qu'il ne le cache. Tous les plis plaqués sur les chairs convergent vers le triangle de son sexe. Le geste précieux de la déesse ramenant son vêtement sur son épaule gauche est caractéristique du courant maniériste alors en vogue. L'inclinaison de la tête est nouvelle : elle semble se pencher avec bienveillance vers le fidèle. Mais les traits ressemblent en tout point à ceux vus sur la tête du Parthénon. C'est encore une fois un visage intemporel, impassible, que seule la chevelure et l'ajout de bijoux (notez les trous pour des boucles d'oreille) rendent réellement féminin. Le canon et le chiasme de Polyclète lui confèrent malgré tout une certaine lourdeur. Remarquez tout autour de vous combien les artistes reprennent ces mêmes formules en y ajoutant chacun quelque chose de nouveau (une jambe d'appui différente, une colonne sur laquelle s'appuie la figure...).

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Certaines oeuvres de ce parcours ne sont pas visibles dans les salles actuellement.

Torse féminin du type de "l'Aphrodite de Cnide''
Torse féminin du type de "l'Aphrodite de Cnide''

© 2006 Musée du Louvre / Daniel Lebée et Carine Deambrosis

13Torse féminin du type de "l'Aphrodite de Cnide''

Au IVème siècle av. J.-C., le sculpteur athénien Praxitèle dénude totalement Aphrodite, donnant ainsi naissance à tous les nus féminins de l'art occidental. La Vénus trouvée à Arles, à votre gauche, dévoile uniquement son buste tandis que l'Aphrodite de Cnide, entièrement nue, pose son vêtement de la main gauche et cache (ou désigne ?) son sexe de la droite - dans la petite vitrine contre la fenêtre se trouve d'autres versions plus complètes. Plus que l'anatomie, guère plantureuse, c'est principalement cette pose qui accentue la féminité de la figure, l'arrondi de la hanche ou le rapprochement des cuisses. La ligne du dos est particulièrement bien observée. C'est d'ailleurs nouveau : les artistes de la fin du IVème siècle av. J.-C. rompent avec la frontalité de mise jusqu'alors (regardez au loin le dos de la Vénus Génitrix). Cette Aphrodite était alors aussi célèbre que la Joconde aujourd'hui mais c'était son regard "humide", comme le décrivent les auteurs antiques, qui impressionnait le plus les fidèles.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
A partir de la Pyramide, dirigez vous vers l'entrée Sully. Au fond du couloir prenez l'escalier sur votre droite et accédez à la salle des Cariatides.

Hermès à la sandale
Hermès à la sandale

© R.M.N./H. Lewandowski

14Hermès à la sandale

Dans la salle des Caryatides se trouvent des répliques romaines d'oeuvres grecques hellénistiques dont les originaux ont tous disparu. Devant la cheminée, l'oeuvre de Lysippe est évoquée puis, en avançant, vous trouverez des statues reprenant la variété des recherches de cette époque singulière et contrastée. Contemporain de Praxitèle et portraitiste officiel d'Alexandre le Grand, le bronzier Lysippe s'intéresse avant tout au corps masculin. Un très grand nombre d'oeuvres sont attribuées à son atelier. L'image d'Hermès attachant sa sandale et écoutant les ordres de son père Zeus, est caractéristique de ses recherches - attention cependant : la tête provenant d'une autre réplique de la même oeuvre est ici trop petite et le tronc d'arbre incongru sous la cuisse est un support ajouté par le copiste romain lorsqu'il transposa le bronze en marbre. Lysippe retravaille le canon de Polyclète en l'allongeant. Les proportions sont plus déliées, la tête fait désormais un huitième de la hauteur totale du corps et la musculature est plus élancée - sauf, bien entendu, pour l'image d'Héraclès, à votre droite. On constate également sa volonté d'inscrire la figure dans un espace qui est aussi le nôtre, où jouent l'ombre et la lumière. Sur votre gauche, dans un cénacle, vous trouverez des portraits de philosophes autour de celui d'Alexandre par Lysippe. Le portrait en pied devient un sujet prisé des sculpteurs hellénistiques mais les répliques romaines n'en reprennent malheureusement que la tête.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Avancez-vous vers la statue montrant un homme suspendu à un arbre par les poignets, sur votre gauche.

The Flaying of Marsyas
The Flaying of Marsyas

© 2006 Musée du Louvre / Daniel Lebée et Carine Deambrosis

15Marsyas supplicié

L'époque hellénistique produira des oeuvres totalement nouvelles et souvent très puissantes, parfois appelées "baroques". Les sculpteurs de Pergame en Asie Mineure travaillent le pathétique, la douleur et la mort dans des groupes de combattants saisis dans des poses éclatant dans la troisième dimension. La musculature boursouflée, les traits ethniques finement observés ou la notation du sang coulant de la blessure sont des innovations. Aussi puissant et novateur, le satyre Marsyas pendu à un pin attend d'être écorché vif pour avoir osé défier Apollon dans un concours de musique. Échappant ici au problème de la pesanteur, et donc aux recherches des sculpteurs classiques, le corps masculin devient un sujet d'étude anatomique, presque déjà un écorché. L'ombre et la lumière décrivent ce corps crispé dans un réalisme poignant et sans concession. Il a même été dit que cette image influencera la représentation du Christ sur la croix. L'ombre fouille le visage tourmenté du satyre qui regarde son bourreau s'apprêtant à le supplicier. Ce même réalisme implacable est également présent dans le traitement du portrait imaginaire d'Homère qui se trouve un peu plus loin, près d'une fenêtre à gauche. La barbe broussailleuse, la paupière lourde sur l'oeil aveugle ou les chairs s'affaissant avec l'âge sont autant d'empreintes de ce baroque pergaménien.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Avancez-vous vers le fond de la galerie, devant les Caryatides, jusqu'à la figure couchée sur un matelas (sculpté par Le Bernin au XVIIe siècle).

oeuvre - Hermaphrodite endormi
oeuvre - Hermaphrodite endormi

© Musée du Louvre

16Hermaphrodite endormi

Fils d'Hermès et d'Aphrodite, Hermaphrodite repoussa les avances de la nymphe Salmacis, mais celle-ci demanda à Zeus que leurs deux corps ne fassent plus qu'un pour l'éternité, devenant cet être bisexué. Dans un effet de surprise très théâtral, ce corps féminin alangui révèle crûment, au spectateur qui en fait le tour, un sexe sans ambiguïté. La courbe sinueuse du corps gracieux, le traitement des chairs et du visage sont des échos de l'oeuvre de Praxitèle mais le jeu des oppositions (recto/verso, féminin/masculin, sommeil/pose contournée) relève du goût des contrastes et du bizarre, bien dans l'esprit hellénistique. Faut-il voir dans cette oeuvre un simple jeu érotique ou bien une interprétation des conceptions philosophiques sur la nature de l'Amour, comme celles évoquées dans le Banquet de Platon ? Les artistes de ce temps s'intéressent en effet à des thèmes originaux allégoriques souvent difficiles à comprendre aujourd'hui. L'Enfant à l'oie, devant lequel vous venez de passer, présente pour la première fois un véritable enfant et non plus un adulte en miniature comme aux temps passés, cependant sa signification exacte reste obscure. De même, quelle est la leçon à tirer du groupe du vieux centaure chevauché par un Eros espiègle qui le tourmente ? Il s'agit en tout cas d'un contraste intéressant entre les deux âges extrêmes de la vie, entre l'humanité et l'animalité, dans une oeuvre qui accuse l'influence des modèles pergaméniens...

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Retournez-vous pour trouver, face à l'Enfant à l'oie, le corps d'une femme nue accroupie.

Aphrodite accroupie
Aphrodite accroupie

© 2006 Musée du Louvre / Daniel Lebée et Carine Deambrosis

17Aphrodite accroupie

L'époque hellénistique va souvent reprendre les thèmes classiques et l'on ne compte plus les représentations d'Aphrodite nue dans des poses diverses, variant à l'infini le thème de l'Aphrodite au bain créé par Praxitèle. Ici, la déesse est accroupie, saisie lors de ses ablutions rituelles, reprenant ainsi le chiasme polyclétéen dans une composition pyramidale tournoyante. Cette pose contournée permet au sculpteur de multiplier avec délectation les plis d'une chair pleine et sensuelle, désormais beaucoup plus plantureuse, avec une science de la composition savamment équilibrée. La main visible dans le dos de la déesse est celle d'un petit Eros aujourd'hui disparu. Ce type d'oeuvre sera repris à l'envi par les copistes romains pour le décor des thermes. Dans cette salle, vous trouverez encore d'autres représentations de la déesse mais aussi Les Trois Grâces jouant avec le recto et le verso d'un même corps féminin nu.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Ressortez de la salle des Caryatides par où vous êtes entré et tournez à droite. Vous repassez par la salle de Diane, longez les fragments d'Olympie et montez deux volées de marches. Vous vous retrouvez au pied de l'escalier de la Victoire de Samothrace (escalier Daru).

La Victoire de Samothrace
La Victoire de Samothrace

© 2006 Musée du Louvre / Daniel Lebée et Carine Deambrosis

18Victoire de Samothrace

Chef-d'oeuvre original sans doute détruit lors d'un tremblement de terre, la Victoire de Samothrace fut retrouvée en 1863, par un vice-consul français, en d'innombrables morceaux sur l'île de Samothrace, au nord-est de la mer Égée. L'aile droite est une copie en plâtre de la gauche, seule conservée. Le socle de ciment sous ses pieds est également moderne ; la Victoire devait se poser directement sur le pont du bateau. En haut d'une colline elle se présentait de manière oblique dans un édicule, ce qui explique pourquoi son côté droit fut moins soigneusement travaillé. Dans une mise en scène spectaculaire bien dans le goût hellénistique, ailes et vêtements claquant au vent. La Victoire, "Niké " en grec, est saisie dans l'instant où elle se pose sur le pont du navire auquel elle apporte la faveur des dieux. Sa main droite, retrouvée en 1950, permet de restituer le geste d'origine : la main levée, elle annonce l'événement. En considérant certains détails stylistiques, les chercheurs pensent que ce monument est sans doute un ex-voto offert par des Rhodiens pour remercier les dieux de leur avoir apporté le triomphe lors d'une bataille navale, vers 190 av. J.-C. Les proportions, le rendu des formes du corps, la manière dont la draperie est traitée et l'ampleur du mouvement très théâtral sont autant de témoignages des recherches réalistes de l'époque hellénistique.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Redescendu, vous vous avancez dans la galerie, parmi les sarcophages romains. Au fond à gauche, se trouve une grande statue d'homme saisi en plein mouvement.

Guerrier combattant, dit <i>Gladiateur Borghèse</i>
Guerrier combattant, dit <i>Gladiateur Borghèse</i>

© 2006 Musée du Louvre / Daniel Lebée et Carine Deambrosis

19Guerrier combattant

Provenant de la collection Borghèse acquise par Napoléon en 1807, ce guerrier est appelé à tort "Gladiateur" car il n'y avait pas de jeux du cirque en Grèce. On peut imaginer qu'il s'agit d'un combattant saisi en pleine action, luttant contre un personnage placé en hauteur, sans doute un cavalier. On note le brassard d'un bouclier sur le bras gauche, par contre le bras droit qui tient le pommeau d'une épée est une restauration vraisemblable réalisée au XVIIème siècle. Protégé par son bouclier, il s'apprête à riposter dans un mouvement formant une puissante diagonale fendant l'espace. Chef-d'oeuvre original de l'art hellénistique finissant, réalisé vers 100 av. J.-C., il s'agit de l'une des très rares statues signées existantes. Sur le tronc d'arbre il est inscrit "Agasias d'Ephèse, fils de Dosithéos, a fait [cette statue]". Sans doute reprise d'un bronze, comme l'indique le tronc d'arbre, mais plus qu'une simple réplique, cette oeuvre intègre les recherches de l'époque hellénistique, notamment autour de la troisième dimension. Agasias s'empare sans doute d'une création de Lysippe, dont il allonge encore plus le canon et à laquelle il mêle les innovations de son temps. La tête est ici vraiment très réduite et la musculature longiligne, tout en souplesse, est détaillée comme sur un écorché, en écho aux recherches du baroque pergaménien.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Pour regagner le hall Napoléon sous pyramide, descendez au rez-de-chaussée puis traversez la galerie Daru (salle B).


Auteur(s) :
Sandrine Bernardeau, conférencière RMN