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Parcours Les Arts de la table

Objets d'art - Durée : 1h30 - Jours de visite : Lundi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi Dimanche

Familles Enfants Groupes scolaires

Service à thé
Service à thé

© 2004 Musée du Louvre / Harry Bréjat

00Introduction

La sélection des pièces proposées, luxueuses et souvent exceptionnelles, illustre certains aspects des arts de la table du Moyen Âge au XIXe siècle.

Avant d’être présentés dans les salles du Département des Objets d’art et de devenir ainsi des œuvres de musée, ces objets appartenaient au quotidien d’une classe sociale privilégiée. Ils étaient associés aux protocoles, rituels et coutumes sociales qui entouraient les repas. La différence est souvent ténue dans ce domaine, entre l’ustensile purement utilitaire et l’objet décoratif ; et de même, au début de la période étudiée, entre une vocation liturgique ou domestique (cuillers, salières...).
Sans viser l’exhaustivité, ce parcours tend à illustrer des modifications des pratiques domestiques, des règles de civilité et des évolutions du goût et des modes alimentaires. Elles se traduisent par une sophistication de l’équipement de la table, une grande richesse décorative des objets et des variations de formes adaptées à des usages de plus en plus spécifiques, mouvement qui se perpétue jusqu’à nos jours.


Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Brigitte Ducrot, documentaliste au département des Objets d'Art, musée du Louvre

Trois pichets
Trois pichets

© R.M.N./J.G. Berizzi

01Trois pichets

Pendant la période médiévale, la séparation entre l’espace de préparation des aliments et celui de la consommation entraîne l’introduction d’un « service de la table » (terre et verre) différencié des ustensiles de cuisine et donc la distinction entre « vaisselle commune » et « vaisselle de luxe ». 
Apparu au XIIe siècle, le pichet, utilisé durant tout le Moyen Âge, est employé selon sa contenance, soit à tirer le vin au tonneau soit à le servir au repas. Il est alors associé à la coupe à boire ou au verre à tige partagé entre plusieurs convives, même si des illustrations les montrent buvant directement au pichet. Son ornementation se caractérise par des cannelures au col et par un décor appliqué de bandes verticales soit au doigt, soit estampée à la molette, accolées à la panse. Une glaçure plombifère colorée d’oxydes métalliques (fer et cuivre) de couleur verte ou ocre couvre avec plus ou moins de régularité panse et anse. Au Bas Moyen Âge, les couleurs sont de nouveau employées dans l’ornementation des céramiques, même si leur nombre est limité. Le haut-relief du décor renforce la paroi contre les chocs mécaniques ; le poucier à oreilles en haut de l’anse favorise une meilleure préhension ; la pose partielle de la glaçure pour des raisons de conservation prouvent la fonctionnalité et l’adaptation d’un tel objet à la vie quotidienne.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Revenez dans l'allée centrale pour admirer le trésor de l'Ariège dans la vitrine se trouvant à droite de l'entrée de la Salle 6 d'Anne de Bretagne. Il se compose de onze pièces en argent et argent doré dont certaines à l’utilisation tant profanes que religieuses.

Calice et patène
Calice et patène

© 1995 Photo RMN / Martine Beck-Coppola

02Calice et patène

Les instruments de la table médiévale restent peu nombreux mais sont les témoins, par les matériaux utilisés, de l’appartenance à certaines classes sociales : l’or et l’argent, fort rares, sont réservés aux plus aisés ; les classes les plus humbles utilisent l’étain voire le bois. Les métaux précieux constituent par ailleurs une réserve monétaire.
Les aliments plus ou moins liquides bus directement ou à l’aide d’une cuiller étaient servis dans des coupes ou hanaps de différents diamètres et donc empilables. Toujours majoritaires dans les inventaires, ils se distinguaient de l’écuelle, à aile plus large qui contenait la nourriture solide et chaude.
Le terme de cuiller, du latin cochlear, apparaît dans les textes de la fin du Moyen Âge, même si son origine est beaucoup plus ancienne puisqu’elle est déjà présente dès la préhistoire. D’un usage courant au XIVe siècle, elle fut, comme la coupe, l’écuelle, le verre ou le gobelet, longtemps partagée lors du repas composé de plats communs.
La cuiller individuelle resta avec le couteau à usages multiples l’apanage des classes aisées avant de composer plus largement le couvert individuel et personnel. Quant à la fourchette, son usage est inconnu à cette période en France de même que la serviette ; seule la nappe ou « longière » permet de s’essuyer la bouche et les mains.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Nous poursuivons ce parcours par l’une des pièces les plus prestigieuses de la collection des objets d’art médiévaux du Louvre. Continuez tout droit dirigez-vous au centre de la salle 6 d'Anne de Bretagne, la salière se trouve dans la vitrine à gauche de l'entrée. C'est un des rares exemples français de pièces décoratives qui entouraient  le cérémonial princier de la table médiévale de la fin du XVe siècle.

Salière
Salière

© 2000 RMN / Jean-Gilles Berizzi

03Salière

Cette salière « de monstrance », est entrée dans les collections royales françaises sous le règne de Louis XIV, entre 1681 et 1684, et sera versée aux collections du Museum (Musée du Louvre) en l’an IV. Plus décorative qu’utilitaire, elle témoigne du niveau de raffinement dans les détails et du faste de l’orfèvrerie civile.
Peut-être munie à l’origine d’un couvercle, elle présente la particularité d’avoir conservé sa monture médiévale entourant le saleron en agate, composée d’éléments architecturaux et réalisée selon des  techniques d’orfèvrerie précieuse faisant intervenir l’or filigrané et émaillé et la pose de perles. Le monogramme SE non identifié, lu comme des initiales ou les premières lettres d’une devise, nous laisse dans l’ignorance du destinataire de cet objet raffiné.
Le repas princier, marque de richesse et de puissance, tant gustatif que visuel, doit comporter les objets les plus remarquables tant par leurs matériaux que par la qualité de leur réalisation. Exposés aux plaisirs des yeux des convives, ils concourent avec les costumes, la décoration des buffets parés, les danses et la musique aux festivités médiévales.
Le sel d'un usage autant sacré que profane est utilisé depuis l'antiquité, servant autant à la consommation qu'à la conservation des aliments ; élément des rites funéraires antiques, il tient également un rôle symbolique dans la liturgie chrétienne. La salière est donc un élément constant des représentations de scènes de repas et se trouve placé devant le convive dont on honore le rang.
Cet objet de table est un des mieux déclinés dans les collections du département des Objets d’art dans différentes techniques : orfèvrerie, émaillerie, céramique, et ses formes témoignent d’une richesse imaginative.

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Tournez à droite pour atteindre la salle 19 Galerie des Chasses de Maximilien. Dans la salle, dirigez-vous vers la dernière vitrine horizontale. Parmi les faïences italiennes (ou majoliques) datant des XVe et XVIe siècles présentées dans galerie des Chasses de Maximilien, la platerie constitue une part importante.

Ecuelle d'accouchée et son assiette :Le Bain d'un nouveau-né
Ecuelle d'accouchée et son assiette :Le Bain d'un nouveau-né

© 1990 Photo RMN / Daniel Arnaudet

04Ecuelle d'accouchée et son assiette :Le Bain d'un nouveau-né

La diversification et l'enrichissement des ustensiles de la table amorcés dès le XVe siècle et manifeste à partir du XVIe siècle, est à mettre en relation avec un renouvellement des manières de la table, datée, en France, du règne d' Henri II. Pièces d’usage ou décoratives assiettes, plats et coupes témoignent de la richesse et du raffinement des demeures aristocratiques italiennes mais également européennes de la Renaissance.
Apparue au XVIe siècle l'assiette remplace le tranchoir ou tailloir, plaque aux diverses formes et matériaux, tranche de pain dans les milieux plus modestes sur laquelle sont posés les aliments.
Parallèlement, avec la notion de « service »dont le terme n’apparait qu’au XVIIe siècle, émerge la coutume d’assortir les objets les uns aux autres, de présenter une cohérence par l’iconographie et le style, accentuée souvent par la répétition des armoiries. 
L’écuelle d’accouchée et son assiette, offertes lors d’une naissance, révèlent une tradition originale  ; son usage pratique plaide pour une utilisation effective : elle peut en effet se transformer en plat couvert, ou en plateau.
Complet, cet objet était composé de la scudella, large coupe sur pied élevé, recouverte de la tagliere, assiette formant plateau supportant un bol retourné l’ongaresca, muni d’un pied qui portait une salière à couvercle ou copierchio.
Les thèmes du décor dit a istoriati présent sur toutes les faces sont en relation avec l’évènement : un Bain du nouveau-né d’après une vignette de B. Salomon, des putti encadrés de décor de grotesques à la mode sur fond blanc.

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Dirigez vous vers la vers la dernière vitrine de la salle 20 Galerie de Scipion. Les vitrines centrales de la Galerie abritent une collection importante d’oeuvres en émail peint sur cuivre du XVIe siècle.

Fontaine : <i>Les Triomphes de Diane et de Junon</i>
Fontaine : <i>Les Triomphes de Diane et de Junon</i>

© 2005 Musée du Louvre / Erich Lessing

05Fontaine : Les Triomphes de Diane et de Junon

A cette époque, la présence effective sur la table de la vaisselle dite émaillée semble peu probable au regard de la fragilité du matériau. Cependant, plats, assiettes, coupes couvertes et salières… reprennent le modèle des ustensiles déjà connus ou récemment introduits dans les habitudes des contemporains.
Arrêtons nous sur une haute fontaine composée d’un vase à couvercle surmontée d’une statue de Mercure en bronze, placé sur un socle. 
Cette pièce est exceptionnelle par ses dimensions, la rareté de sa forme dans ce type de matériau et la qualité de son décor mythologique. Les Triomphes de Diane et de Junon, peints en scènes déroulantes sur panse et socle, sont attribués à Pierre Courteys, célèbre émailleur de Limoges (Vienne) mort avant 1581.
Elle présente l’intérêt d’être à la fois du plus bel effet décoratif sans cependant perdre toute utilité comme le prouvent les concrétions calcaires trouvées lors de sa restauration, attestant de la présence d’eau.
Au XVIe siècle, les fontaines entrent dans le quotidien des contemporains à mesure que l’usage de sociabilité du lavement des mains avant le repas entre dans les mœurs et est rendu nécessaire par l’emploi encore épisodique de couverts.
Après l’orfèvrerie, l’émaillerie sur cuivre occupe dans la hiérarchie des matériaux du XVIe siècle une place de tout premier ordre. Fabriquée à un bien moindre coût, elle offre l’avantage de disposer sur une large surface d’un décor imagé en grisaille, parfois en couleur, tant apprécié sous la Renaissance.

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Traversez le palier de l’Escalier Colbert, entrez dans la salle 21 Léonard Limosin, tournez à gauche vers la salle 24 Charles Quint, l'oeuvre se trouve dans la vitrine murale à l'entrée de la salle.À l'instar de la chope en verre, la canette de formes et contenances diverses : Bierkrug, Humpen, Bierseidel, Schnabelkanne, traduit les usages différents de la consommation de la bière, selon les coutumes, besoins locaux des villes et États du Saint Empire romain germanique.

Cannette aux armes de l'Angleterre, de la Suède et du Danemark
Cannette aux armes de l'Angleterre, de la Suède et du Danemark

© 1993 Photo RMN / Daniel Arnaudet

06Cannette aux armes de l'Angleterre, de la Suède et du Danemark

Favorisée par des gisements de terres gréseuses, l'utilisation précoce du grès dans les arts de la table en Allemagne sert une production caractéristique et proprement germanique de grande renommée notamment au XVIe siècle. La fabrication du grès s'est particulièrement développée dans la région rhénane avec des distinctions de styles transmises par des ateliers et des familles de potiers réunis en corporations régies par des règlements stricts.
Dès le début du XVe siècle, la célébrité  de Siegburg (Nord-Rhein Westfalen) située sur la Sieg, affluent du Rhin, fut la pureté et la finesse de son argile locale pauvre en oxyde de fer, présentant la particularité de rester blanche à la cuisson, ne nécessitant donc aucune couverte. Le type habituel du grès de Siegburg est la cannette tronconique de tailles différentes allongé et surmontée d’un couvercle de métal. Outre les pièces d’usage, de grandes pièces de prestige furent également réalisées.
On privilégie le décor en relief, très précis moulé ou appliqué de manière mécanique et souvent répétitive. Sur cette pièce, il se réfère à l’héraldique. Les armoiries sont présentées sur trois panneaux verticaux, juxtaposés, chacun formant en soi une composition complète interchangeable. La surface des autres cannettes exposées est animée sur le même principe de scènes bibliques, allégoriques ou historiques dont les sujets sont empruntés à l’important fonds de gravures des artistes de l’époque (Etienne Delaune, Virgil Solis…).

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Revenez dans la galerie Scipion continuez tout droit vers la salle 19 galerie des Chasses de Maximilien ; la salle 18 Sauvageot se trouve sur votre droite. L'oeuvre est dans la première partie de la vitrine sur votre gauche.

Verre à boire
Verre à boire

© R.M.N.

07Verre à boire

L’utilisation du verre à boire est attestée dans les milieux urbains, sous la forme du gobelet à vin dès le XIIIe siècle avant l’introduction du verre à tige caractéristique du début du XIVe siècle. Les améliorations apportées aux XVe et XVIe siècles par les centres de production tels que Venise, donnent un verre fin et transparent.
Au XVIIe siècle, se côtoient une production commune, plus abondante et une production de luxe. En raison de leur préciosité, seules ces pièces décoratives nous sont parvenues.
Le verre dit « à jambe » de création vénitienne, prend sa place sur la table, servi à la demande par un domestique, reposé dans le rafraîchissoir puis sur le buffet après avoir été rincé. Au XIXe siècle, les verres de tailles décroissantes seront alignés devant l'assiette selon le type de vin.
Cet élégant verre en verre transparent (cristallo), un peu ambré est constitué de trois pièces et d’un bouton. Plusieurs techniques ont été employées : le soufflage, le pastillage et le moulage ; des filets de verre blanc ont été inclus au moment du soufflage, créant ce décor de filets caractéristique de la première moitié du XVIIe siècle.
Des têtes d’homme en médaillon moulées, séparées par des cabochons à grains en verre bleu vif ont été appliqués sur la surface. La jambe soufflée est formée d’un bouton côtelé et d’une tige en forme de balustre également creux, séparés par des colliers. Cette jambe à la vénitienne simple repose sur un pied ourlé d'un petit rebord.

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En sortant de la salle 18 Sauvageot, tournez à gauche, traverser de nouveau la salle 19 Galerie des Chasses de Maximilien et dirigez-vous tout droit vers l’escalier Lefuel. Descendez une volée de marches puis, face à vous, montez quelques marches pour accéder à la section du XIXe siècle que vous traversez jusqu’à la salle 74 Elise Dosne-Thiers.

Treize pots à jus "ordinaires"
Treize pots à jus "ordinaires"

© R.M.N.

08Treize pots à jus "ordinaires"

Le service ou l’organisation séquentielle d’arrivée des plats de la cuisine à la table est une notion qui a évolué. La pratique occidentale actuelle veut que les plats circulent de convive en convive, grâce aux soins soit d’un hôte soit d’un serveur. Or ce service tel qu’il est pratiqué de nos jours dit « à la russe » n’entra dans les habitudes françaises que dans la première moitié du XIXe siècle et remplaça un service dit à la française, issu des usages médiévaux bourguignons.
Dans cet usage « à la française », les plats étaient, au cours du repas, apportés sur la table simultanément par autant de serviteurs que nécessaire par séries successives, appelées « services » (soupes et potages, rôts, entremets, desserts), chacun comportant un grand nombre de plats différents (deux à huit). Disposés savamment, selon les plans et l’ordre fixés préalablement, ils étaient présentés, en fonction de l’importance donnée aux principaux convives. Ils restaient environ un quart d’heure avant d’être desservis ensemble à chaque service.
La table offrait une véritable composition changeante et éphémère et le service demandait une synchronisation et une utilisation de l’espace qui devait s’apparenter à un ballet.
Un nombre important de pièces de vaisselle tant en argent qu’en porcelaine était indispensable. Celles exposées, au décor de bouquets floraux, attestent du raffinement des mœurs qui s’est traduit par la création d’objets spécifiques à chaque usage et l’introduction de nouvelles pièces tels le beurrier, le moutardier ou les nombreux petits pots à jus.

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Dans cette même salle dirigez vous vers la vitrine 4, .Composé de 588 pièces, ce service du Gobelet du Roi fut commandé en 1782 sous le règne de Louis XVI pour la table de ses officiers dressée dans la seconde salle à manger dite des « salles neuves » à Versailles et fut livré de 1783 jusqu’en 1790. Le seau à bouteille décrit ci-après n'est actuellement pas visible dans les salles mais vous pouvez admirez d'autres pièces de la manufacture royale de Sèvres.

Seau à bouteille
Seau à bouteille

© 2005 Musée du Louvre / Peter Harholdt

09Seau à bouteille "ordinaire"

Un simple décor de doubles guirlandes de barbeaux peintes au naturel et de feuilles de myrte exalte la blancheur de la porcelaine. Le barbeau, l’équivalent du bleuet, était très à la mode dans les textiles et la céramique à la fin du XVIIIe siècle. Il apparaît dans les registres de la manufacture de Sèvres en 1774 avant de connaître un réel engouement dans le début des années 1780.
L’Office du « Gobelet du Roi » s’inscrivait dans une vaste organisation chargée de la fourniture, préparation et du service de la table du roi et de sa famille au sein de la Maison-Bouche du Roi,réparti en panneterie (couvert, pain et linge de table) et en échansonnerie (boissons).
Ce service comportait seize seaux à bouteille et huit à demi-bouteille. Le seau à bouteille était rendu nécessaire par l’habitude de boire tous les vins frais et coupés avec de la glace. Ainsi différentes variantes de seaux à rafraîchir ronds ou ovales furent imaginés à Sèvres : seaux à bouteille, demi bouteille, liqueur, topette. Ils ne prenaient pas place sur la table mais sur une desserte, le vin étant servi à la demande aux convives dans un verre qui lui-même était refroidi dans des verrières spécialement destinées à cet effet.
Outre quatre autres pièces de ce service présentées dans la même vitrine, d’autres sont exposées dans plusieurs musées étrangers et français dont le musée national du château de Versailles.

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Retournez sur vos pas, tournez sur votre gauche à la deuxième entrée (salle 70). Admirez les couverts aux armoiries royales d'Espagne, dans la vitrine sur votre gauche. La différenciation des couverts et leur diversité apparurent en France au XVIe siècle. Elles résultent de l’évolution des usages et des nouveaux soucis d’hygiène. À cette époque, le mot « couvert » est employé pour tout ce qui couvre la nappe.

Couvert et couteau à dessert
Couvert et couteau à dessert

© RMN

10Couvert et couteau à dessert

Jusqu’au XVIIe siècle, le couteau sert autant à piquer les aliments pour les porter à la bouche qu’à trancher. Son extrémité s’arrondit avec l’arrivée de la fourchette dont la première utilisation présumée se situe au XIe siècle à Venise.
D’abord à deux fourchons, la fourchette, mode de cour, s’impose lentement dans les moeurs françaises en passant de la cuisine à la table. Plus ornée, elle s’incurve afin de ramasser les aliments. A la fin du XVIIIe siècle, l’usage de prendre une collation plus consistante que les autres en fin de matinée (notre déjeuner actuel) est appelé « déjeuner à la fourchette ».
Après l’usage de manger avec ses doigts qui perdure très longtemps et au couvert commun utilisé par tous, succède le couvert individuel et transportable, puis le couvert (cuiller, couteau, fourchette assortis) à l’usage de chaque convive déjà positionné sur la table et  disposé par rapport aux assiettes selon un schéma qui se perpétue jusqu’à nos jours.
Les couverts sont donc, dès le XVIIIe siècle, des éléments indispensables du repas et s’enrichissent de nombreuses variantes (couverts à poisson, dessert…).
Présents dans les catalogues des plus grands orfèvres, ils sont ornés de motifs décoratifs variant au gré des modes et des styles résultant du travail soigné de la ciselure et de la gravure. D’un grand raffinement, ils portent les armoiries des familles royales et princières puis, au cours du XIXe siècle, celles plus modestes de la bourgeoisie. Leur positionnement sur le manche présente des variations selon les pays.
Le Louvre possède plusieurs témoignages de la richesse de la table officielle de l’Empereur Napoléon 1er, et notamment des pièces figurant parmi les 172 du Service particulier de l’Empereur aux Tuileries commandé de Berlin en octobre1807 à la manufacture de Sèvres, appartenant alors à la Liste civile de l’Empereur. Il comprenait un service d’entrée, un service de dessert, un cabaret à café à décor de vues d’Égypte (exposé salle 70) et un surtout en biscuit (étape 12).

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Dirigez vous vers la salle 71 Alexandre Brongniart, l'oeuvre est dans la vitrine face à vous.

Assiette du service de Napoléon Ier aux Tuileries
Assiette du service de Napoléon Ier aux Tuileries

© 2004 Photo RMN / Jean-Gilles Berizzi

11Assiette du service de Napoléon Ier aux Tuileries

Ces deux services comprenaient plusieurs sortes d’assiettes : 24 assiettes à potage pour le service d’entrée, et deux types d’assiettes pour le service de dessert : 24 « assiettes à monter » simplement ornées d’une aigle imprimée en or et surtout 72 assiettes plates illustrées, selon les directives impériales, de scènes les plus plaisantes à l’Empereur confiées aux peintres renommés de la manufacture de Sèvres.
Les glorieuses conquêtes d’Italie à la Pologne, la campagne d’Egypte, les grands chantiers impériaux ainsi que des animaux  d’Egypte, composaient les thèmes de l’ornementation du bassin des assiettes.
Un numéro d’ordre attribué à chaque assiette est porté au revers. L’assiette n°38 est ornée de la représentation de la colonnade près du château de Sans-Souci à Postdam signée de Jean-François Robert d’après un grand dessin à la gouache de Denon de 1808, toujours conservé.
L’assiette devint sous le Premier Empire le support d’un tableau en miniature, pouvant varier à l’infini, enrichi par l’emploi abondant de l’or. Cette nouveauté stylistique fut utilisée jusqu’à la fin du XIXe siècle.
L’unité du service fut donc donnée par l'aile de l'assiette au décor martial : frise dorée rythmée de glaive rayonnant sur le nouveau fond vert de chrome. Le dessin, toujours conservé à la Manufacture, fut fourni, comme de nombreux autres modèles, par Alexandre- Théodore Brongniart (1739-1813), architecte, père d’Alexandre Brongniart (1770-1847), directeur de la manufacture.
L’empereur déchu affectionnait particulièrement ce service qu’il emporta à Sainte-Hélène et qui fut dispersé après sa mort.

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Dirigez vous vers la salle 73 Finacor. De chaque côté de l’unique élément central : Char traîné par deux chevaux conduits par la Victoire et portant le génie des Arts commandé au sculpteur A. Moutoni (1765-1837) prennent place les deux candélabres d’après un modèle du musée Pio-Clementino et les deux trépieds qui reproduisent une fontaine antique, trouvée à la villa Adriana à Tivoli et entrée au Louvre en 1797.

Paire de candélabres antiques du surtout de Napoléon Ier aux Tuileries
Paire de candélabres antiques du surtout de Napoléon Ier aux Tuileries

© 1995 RMN / Michèle Bellot

12Paire de candélabres

Le Premier Empire renoua avec la tradition de l’Ancien régime, en faisant du cérémonial de la table, lors des évènements exceptionnels (huit pendant l’Empire), une exaltation de la grandeur du Régime.
Longtemps appelé « milieu de table », le « surtout », qualifié ainsi depuis l’extrême fin du XVIIe siècle, est composé d’un ensemble d’objets parfois de très grandes dimensions (en métal, céramique…) disposé au centre de la table dans un but ornemental auxquels s’ajoutent des objets plus fonctionnels (salières, luminaires…).
Les cinq éléments aujourd’hui au Louvre firent partie du surtout livré au palais des Tuileries, le 27 mars 1810, lors du mariage de Napoléon et de Marie-Louise dans la salle de spectacles du château des Tuileries.
Le surtout complet se composait de six meubles et de seize figures, répliques en céramique d’œuvres antiques en  marbre blanc choisies dans les collections du musée Napoléon (Musée du Louvre) par son directeur, Denon (1747-1825).
Il fut réalisé à la manufacture de Sèvres, en biscuit de porcelaine dure d’après le dessin général donné par A.-T. Brongniart. La taille importante des pièces : 40 cm pour le trépied, 76 cm pour la pièce centrale et 87 cm pour les candélabres, représenta une réelle difficulté technique pour les artistes de la manufacture dont le sculpteur.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Revenez sur vos pas et traversez de nouveau la salle 74 Elise Dosne-Thiers pour rejoindre la salle 77 Claude Ott,  vitrine à droite. Ces pièces d’une couleur de fond différente, pourraient avoir fait partie, avec les quatre jattes également exposées, d’un même service de dessert, qui aurait appartenu à Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, duchesse de Berry (1798-1869).

Quatre guéridons ou étagères
Quatre guéridons ou étagères

© R.M.N.

13Quatre guéridons ou étagères

Ces guéridons sont ornés de délicates scènes cynégétiques déroulantes dues au pinceau de Philippe Soiron, peintre indépendant sur porcelaine et émailleur parisien. Il est connu pour avoir travaillé directement pour une clientèle fortunée.
Dans la première moitié du XIXe siècle, le coût élevé de la porcelaine en fait, comme au siècle précédent, l'apanage de l'aristocratie et de la haute bourgeoisie qui, seules, peuvent l’utiliser tous les jours. Toutefois, au cours du siècle, cette matière devient moins rare et d’autres couches sociales y accèdent.
La porcelaine dite « de Paris » témoigne de la diffusion des modes aristocratiques dans une population plus bourgeoise avec notamment la multiplication des services de table assortis.
De plus, l’introduction en France de la faïence fine nettement moins onéreuse, vient modifier les usages. Les manufactures doivent alors répondre à une forte demande et rivalisent d’originalité dans le décor et les formes de pièces d’ornement et d’usage dont la vaisselle et les services de dessert.
Sous l’effet de la mode, elles  répondent également à de nouvelles habitudes alimentaires comme, à partir de la Restauration, celle de faire figurer sur la table durant toute la durée du repas, fruits, friandises ou douceurs offerts sur des présentoirs qui prennent la forme de guéridons : plateaux enfilés sur une tige de fer cachée sous la porcelaine, et de corbeilles.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Dirigez vous vers la salle 79 Marie d'Orléans, vitrine centrale. Ce service comprend 18 pièces, dont une fontaine à eau chaude, boîte à thé, deux théières, des pots à crème, pelles et passoires,  jatte recueillant les feuilles usagées. Le beurrier et le porte-rôties sont nécessaires puisque le thé est alors accompagné d’une collation. Il montre la permanence et la prééminence de l’argenterie dans les milieux aisés, les tasses restant souvent en porcelaine.

Service à thé
Service à thé

© 2004 Musée du Louvre / Harry Bréjat

14Service à thé

Depuis le XVIe siècle, l’expansion européenne vers de nouveaux territoires a favorisé l’importation de  produits jusqu’alors inconnus. L’adoption lente du chocolat, du thé et du café, a suscité la création de pièces de service spécifiques dans des matériaux onéreux.
Si le café reste la boisson à la mode dans les salons parisiens, le thé devient la boisson aristocratique consommée d’abord en Hollande, puis en Angleterre et enfin en France vers le milieu du XVIIe siècle. Jusque dans la première moitié du XVIIIe siècle, il est bu dans de petites coupes en porcelaine de Chine, posées sur des soucoupes avant la constitution de service complet, signe de cet engouement qui s’accentue au XIXe siècle. L’influence anglaise sur le goût français est particulièrement prégnante dans la première moitié du XIXe siècle. Elle s’exerce dans les détails de la vie quotidienne : l’habitude de boire le thé en après-midi et non plus seulement en soirée. Elle touche également les formes et décor notamment dans ce service réalisé par un des grands orfèvres parisiens Charles-Nicolas Odiot, fournisseur du roi Charles X, formé en Angleterre aux techniques nouvelles (décor estampé appliqué).
Ce service pourrait avoir appartenu au dernier représentant de la branche des Montmorency-Laval, dont on reconnaît le chiffre ML encadré de la devise de la maison de Montmorency « Dieu aide au premier baron chrestien » gravée. Sa loyauté envers la Monarchie l’amène à suivre Charles X dans son exil en Angleterre avant de revenir finir ses jours en France.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Revenez sur vos pas. Dans la salle 74 Elise Dosne-Thiers, tournez à droite et entrez dans les appartements Napoléon III, la dernière oeuvre du parcours se trouve sur votre droite : la grande salle à manger qui a gardé son décor et son mobilier intact. Réalisée sous le Second Empire selon les plans de Louis Visconti et Hector Lefuel, l’aile Nord du musée abrita le siège du ministère d’État jusqu’en 1871. En l’intégrant au circuit de visite, en 1994, le Louvre fut enrichi d’un ensemble décoratif, qui forme l’un des rares exemples de palais officiels de la République au décor du Second Empire ouvert au public.

Appartements Napoleon III
Appartements Napoleon III

© Musée du Louvre / A. Dequier

15Appartements Napoleon III

Dans les milieux aisés, la lente spécialisation fonctionnelle des pièces ne se définit qu’à la fin du XVIIIe siècle. L’usage antérieur était de dresser la table sur tréteaux le plus souvent dans une antichambre. Complètement fixée au XIXe siècle, la salle à manger est également présente dans les ministères et ambassades particulièrement le ministère d’Etat qui fut un lieu de réceptions officielles.
Le décor de la grande salle à manger se distingue par des lambris de couleur sombre dans le style Louis XIV dans lesquels sont enchâssées des peintures de vénerie, respectant ainsi la tradition ancienne de placer des scènes cynégétiques dans la salle à manger. Parmi le lourd mobilier en bois noirci rehaussé de bronzes dorés, s’impose le buffet-étagère, meuble habituellement présent dans les salles de repas, placé dans l’extrémité semi-circulaire de la pièce et sur lequel sont placés une jardinière ovale dorée et un réchaud ovale à alcool.
Sur la longue table, privilégiée ici à la mode des petites tables, sont exposés 33 éléments de style Louis XVI de la maison Christofle, fournisseur des ministères du XIXe siècle : centre de table en métal argenté avec corbeilles et groupe d’enfants représentant les attributs des Quatre Saisons, coupes aux trois Grâces, porte compotiers dorés.
L’emploi d’un métal moitié argenté moitié doré obtenu par la galvanoplastie, procédé de dépôt métallique de surface, favorise la réalisation d’une orfèvrerie de table à un coût moindre. Cet ensemble évoque la splendeur et l’abondante ornementation qui composaient les surtouts des tables princières.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Ainsi se termine ce parcours sur les objets d'art, si vous désirez en savoir plus sur les oeuvres que vous avez pu voir tout au long de la visite, d'autres parcours sur les objets d'art sont téléchargeables sur le site. Pour rejoindre la sortie revenez sur vos pas, descendez l'escalier Lefuel et entrez dans la cour Marly. Admirez les sculptures de la cour et tournez à gauche, puis à droite pour atteindre la pyramide.


Auteur(s) : 
Brigitte Ducrot