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Parcours Peinture française, La collection Louis La Caze

Peintures - Durée : 1h30 - Jours de visite : Lundi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi Dimanche

Groupes scolaires Groupes

Pierrot, dit autrefois Gilles
Pierrot, dit autrefois Gilles

© 2007 Musée du Louvre / Angèle Dequier

00Introduction

La collection de peintures anciennes que Louis La Caze légua, en 1869, constitue l’un des plus beaux ensembles (583 œuvres) jamais reçus par le musée du Louvre. Ce très généreux donateur se distingua particulièrement par son goût novateur pour la peinture française du XVIIIe siècle, alors à peine sortie d’une longue période de discrédit.

Les salles du musée du Louvre consacrées à la peinture française invitent à admirer nombre de tableaux issus de la collection de Louis La Caze (1798-1869). Ce médecin de formation, fils d’un agent de change, sut mettre à profit les possibilités extraordinaires qu’offrait, des années 1830 jusqu’à la fin du Second Empire, le marché de l’art à Paris. En effet, les ventes publiques proposaient alors un foisonnement de chefs-d’œuvre à un acquéreur tel que La Caze, riche mais économe. L’ensemble formé par l’amateur tout au long de sa vie révèle la qualité, la cohérence et l’audace de ses choix, dont on a retenu principalement la prédilection pour les peintures largement traitées – Edmond et Jules de Goncourt le dirent « énamouré du ragoût et de la tartouillade » (Journal, 8 mai 1859). Ainsi, outre des toiles issues de l’école française ou du XVIIIe siècle, il acheta des œuvres des écoles nordique, italienne ou espagnole, telles la Bethsabée de Rembrandt, La Bohémienne de Frans Hals ou Le Pied-bot de Ribera… Sa collection, que l’on pouvait visiter, bénéficia d’une renommée croissante, attirant l’attention des critiques du XIXe siècle (Théophile Gautier, Théophile Thoré) et permettant à La Caze de s’inscrire dans le monde artistique de son temps. Ce fut particulièrement le cas lorsqu’il prêta, en 1860, une cinquantaine d’œuvres à une importante exposition consacrée à la peinture française ancienne. L’avis de cet amateur éclairé fut régulièrement sollicité par l’administration des musées.


Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
De la pyramide prenez la direction aile Richelieu et à droite empruntez le grand escalator jusqu’au 2e étage. Continuez tout droit et traversez les salles françaises jusqu’à la salle 29. Le parcours commence avec les frères Le Nain. Le tableau de la collection de Louis La Caze Repas de paysans n'est pas visible pour le moment en salle, mais vous pouvez admirer les autres oeuvres de ces peintres.

Repas de paysans
Repas de paysans

© Musée du Louvre/A. Dequier - M. Bard

01Repas de paysans

Daté de 1642, ce Repas de paysans est une des œuvres les plus célèbres dues aux frères Le Nain, Antoine, Louis et Mathieu, trois peintres originaires de Laon, en Picardie, dont la carrière commune se déroula principalement à Paris dans les années 1630-1640. On leur doit des portraits, des tableaux religieux et mythologiques, mais leur originalité se signale surtout par leurs représentations graves et dignes du monde rural de leur époque. Il est aujourd’hui difficile d’établir avec certitude ce qui revient à chacun, néanmoins on a coutume de distinguer trois manières parmi les œuvres qui leur sont attribuées et, par convention on attribue à Louis les peintures les plus marquantes, dont ce tableau. Au XIXe siècle, les trois peintres étaient bien oubliés. On ne sait dans quelles conditions La Caze s'est porté acquéreur de la toile. En revanche, ce tableau devint très célèbre après que le collectionneur l’eut prêté à une exposition de peinture ancienne présentée à Paris en 1860 et, surtout, après que le critique et écrivain Champfleury eut fait paraître, en 1862, l'ouvrage Les Peintres de la réalité sous Louis XIII. Les frères Le Nain, qui assura définitivement la redécouverte de ces derniers. A l’époque, les critiques les plus novateurs tentaient de défendre l’art « réaliste » de Gustave Courbet et de l’école de Barbizon que les Le Nain semblaient anticiper. Le choix de cette œuvre majeure par Louis La Caze était donc particulièrement audacieux.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Descendez les marches jusqu’à la salle 31 : le tableau de Philippe de Champaigne se trouve sur votre droite.

Le Prévôt des marchands et les échevins de la ville de Paris
Le Prévôt des marchands et les échevins de la ville de Paris

© Musée du Louvre/A. Dequier - M. Bard

02Le prévôt des marchands Jérôme Le Féron et les échevins de la ville de Paris

Ce tableau est un des rares portraits collectifs d’échevins de la ville de Paris parvenus jusqu’à nous. Il a été commandé par les édiles parisiens au peintre Philippe de Champaigne, originaire de Bruxelles, en 1647. Sa composition, assez rigide et archaïque, reprend une disposition traditionnelle pour ce type d’effigie. Devant une riche tenture fleurdelisée (la fleur de lys est l’emblème de la royauté française), les magistrats sont répartis de part et d’autre d’un crucifix dont le piédestal supporte la figure de sainte Geneviève, patronne de la ville de Paris. Ils portent des costumes noir et rouge emblématiques de leurs fonctions municipales. On sait que de nombreux portraits de ce type étaient conservés dans l’hôtel de ville de Paris aux XVIIe et XVIIIe siècles mais très peu nous sont parvenus. C’est en 1851 que Louis La Caze se fit l’acquéreur de cet important témoignage historique. Il prêta le tableau par la suite à l’« Exposition de tableaux de l’école française tirés de collections d’amateurs », présentée à Paris, 26, boulevard des Italiens, en 1860. L’œuvre devint tout de suite célèbre et on a supposé que sa composition a inspiré le peintre Henri Fantin-Latour (1836-1904), visiteur assidu de l’hôtel de Louis La Caze, rue du Cherche-Midi, pour son Hommage à Delacroix (1864, Paris, musée d’Orsay).

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Prenez tout droit, descendez les escaliers, traversez la salle des Lebrun, montez les marches, tournez à droite dans la salle 36 : l’œuvre est sur votre droite.

Portrait de famille
Portrait de famille

© 2004 RMN / Gérard Blot

03Portrait de famille, dit autrefois à tort Le peintre, sa femme et sa fille

Nicolas de Largillierre fut un des portraitistes les plus recherchés de sa génération en raison de l’indéniable saveur réaliste de ses œuvres, tempérée par un sens très sûr du décorum et de l’élégance. Lorsque les peintres français, à la fin du règne de Louis XIV, se divisèrent entre « coloristes » et défenseurs de la primauté du dessin en peinture, sa palette particulièrement riche et sa manière proche de la peinture flamande de Rubens ou de Van Dyck le rangea parmi les défenseurs de la couleur et de l’empâtement. On comprend alors que La Caze, qui se disait "énamouré du ragoût et de la tartouillade" selon les frères Goncourt qui visitèrent sa collection en 1859, se soit intéressé à ce peintre dont il posséda jusqu'à quatorze portraits. Celui-ci, le plus spectaculaire de sa collection, passait du vivant de La Caze pour représenter le peintre lui-même, accompagné de sa femme et sa fille. Cette interprétation est désormais abandonnée, le peintre ayant laissé une peinture le montrant en compagnie de sa famille, conservé à la Kunsthalle de Brême, sans rapport avec notre tableau, généralement daté vers 1715-1720. En 1860, Théophile Gautier publia une longue description enthousiaste de cette œuvre : « De blondes traînées de nuages coupent l’azur et pétillent à travers les déchiquetures du feuillage encore vert [...]. Tout cela est d’un ragoût de ton, d’une aisance de touche et d’une relation entre les personnages qui ne laissent rien à désirer. »

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Face à vous se présente Le Gilles de Watteau, œuvre parmi les plus célèbres de la collection La Caze.

Pierrot, dit autrefois Gilles
Pierrot, dit autrefois Gilles

© 2007 Musée du Louvre / Angèle Dequier

04Pierrot, dit "Le Gilles"

Ce tableau réunit plusieurs personnages de la comédie autour de la figure isolée et grandeur nature de Pierrot, personnage de serviteur issu de la commedia dell’arte, encore très populaire en France au début du XVIIIe siècle. Cet univers est souvent présent dans l’œuvre de Watteau ; en revanche, le format monumental du tableau est exceptionnel. On ne sait malheureusement rien de l’origine de cette peinture – la plus célèbre de la collection La Caze – avant le début du XIXe siècle. Elle apparaît dans la collection du baron Dominique Vivant-Denon, directeur du Louvre sous l’Empire, puis passe dans la collection du marquis de Cypierre, un des rares collectionneurs de la peinture française du XVIIIe siècle au début du XIXe. Louis La Caze lui acheta le tableau en 1838 pour la somme, assez importante pour un Watteau, de 2 500 francs, signe que l’amateur savait mettre le prix quand il jugeait une œuvre importante. La peinture devint rapidement très célèbre, notamment parce qu’elle fut présentée lors de deux expositions rétrospectives très remarquées (en 1846 et en 1860), à un moment où le Louvre ne présentait de Watteau que le seul Pèlerinage à l’île de Cythère. On sait, par ailleurs, que La Caze avait une passion un peu hallucinée pour cette œuvre, comme le rapporte Horsin-Déon en 1861 : « C’est aussi le tableau le plus aimé de M. Lacaze : il voit cette figure s’animer et, telle la statue du commandeur, parcourir son salon, puis reprendre sa place au milieu des gais compagnons qui l’entourent. »

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
L’œuvre suivante, Assemblée dans un parc, se trouve dans la vitrine de la salle 37. Cette dernière, intitulée salle La Caze, rend hommage au collectionneur et rassemble plusieurs œuvres de Watteau. A l’origine, en 1870, la salle La Caze se situait au Louvre dans l’actuelle salle consacrée aux bronzes grecs et romains.

L'Assemblée dans un parc
L'Assemblée dans un parc

© Musée du Louvre/A. Dequier - M. Bard

05Assemblée dans un parc

Cette Assemblée dans un parc, qui doit son titre à Louis La Caze, est la seule « fête galante » de Watteau acquise par le collectionneur. Or le peintre avait été reçu à l’Académie royale de peinture et de sculpture de Paris, le 28 août 1717, précisément grâce à une « feste galante », le Pèlerinage à l’île de Cythère (Paris, musée du Louvre). Les deux tableaux partagent un même esprit de sociabilité festive et une semblable répartition du paysage entre le premier plan, plutôt boisé, et la surface de l’eau au second plan. Ils sont, d’ailleurs, absolument contemporains. L’Assemblée, néanmoins, est exempte d’allusion mythologique. Il convient d’y voir la représentation d’un moment de fête en plein air bercé par l’harmonie de la flûte et le babil des promeneurs en costume de fantaisie devant le miroir tranquille de l’eau. Une inscription ancienne (qui ne semble pas de la main de La Caze) au revers de l’œuvre a permis d’en deviner la provenance prestigieuse : Jules-Robert de Cotte (1683-1767), fils de l’architecte de Louis XIV Robert de Cotte (1656-1735), en aurait été le premier propriétaire. Celui-ci fut contrôleur puis intendant général des bâtiments du roi, directeur des Gobelins et conseiller-amateur de l’Académie royale de peinture à partir de 1710. C’est dire si Watteau, qui n’obtint pourtant jamais de commande officielle, se trouvait apprécié jusqu’aux plus hauts échelons de l’administration royale.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Pour voir l’œuvre suivante, continuez tout droit, jusqu’à la salle 38 : la peinture de Le Moyne se trouve sur votre droite.

Hercule et Omphale
Hercule et Omphale

© 2005 RMN / Gérard Blot

06Hercule et Omphale

Le demi-dieu Hercule, fils du roi des dieux Jupiter et roi de Thèbes, est ici représenté dénudé, en train de filer la quenouille aux côtés de sa maîtresse, la reine de Lydie, Omphale, qui s’est emparée de ses attributs : la peau du lion de Némée, qui lui sert de cuirasse, et sa massue. Hercule regarde avec amour et soumission celle qui l’a dépouillé. A droite, Cupidon, le dieu de l’amour, semble prendre à témoin le spectateur de sa victoire. François Le Moyne a peint ce tableau en 1724 pendant l’unique voyage qu’il réalisa en Italie, en compagnie de son mécène François Berger qui se porta acquéreur du tableau. Le tableau fut présenté au Salon de 1725 à Paris, où il fut très remarqué. On le considère comme l’un des premiers manifestes de l’esthétique rocaille. Hercule et Omphale était un des tableaux les plus admirés de la collection La Caze. L’œuvre était ainsi présentée dans le salon de l’hôtel du collectionneur, rue du Cherche-Midi, en compagnie du Gilles de Watteau et du Pied-bot de Ribera. Les frères Goncourt tinrent l’œuvre en haute estime au moment de leur visite chez La Caze en mai 1859. Puis la peinture fit sensation lorsqu’elle fut présentée, en 1860, à la grande exposition du boulevard des Italiens.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Continuez tout droit jusqu’à la salle 39 : La Fontaine de cuivre de Chardin est exposée dans la vitrine.

La fontaine de cuivre
La fontaine de cuivre

© Musée du Louvre/A. Dequier - M. Bard

07La Fontaine de cuivre

Peinte au plus tard en 1733, La Fontaine de cuivre est une des plus extraordinaires compositions de Chardin. En effet, il ne s’agit sans doute pas d’une étude pour Une femme tirant de l’eau à une fontaine ou La Femme à la fontaine (Stockholm, Nationalmuseum). L’artiste traite de ce sujet prosaïque comme on le ferait d’un portrait. La mise en page est très sobre. La fontaine se détache, monumentale, sur le mur et le sol gris où l’ombre portée matérialise l’espace tout en le resserrant. Tout détail superflu est supprimé, seules les formes et les tonalités chaudes ou plus sombres s’équilibrent et se répondent grâce aux objets posés à terre : un poêlon à longue queue appelé cassotte, un seau d’un brun plus terne, une cruche de terre et surtout le petit couvercle de cuivre posé un peu en avant. La rigueur et la sobriété de cette composition avaient de quoi plaire aux yeux de la jeune génération des peintres réalistes qui s’épanouit à la fin des années 1840. C’est ainsi que le peintre François Bonvin, qui visita à de nombreuses reprises la collection La Caze réalisa en 1861 une variation à partir de ce tableau avec La Femme à la fontaine (Paris, musée d’Orsay).

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Pour admirer la seconde œuvre de Chardin La brioche, continuez tout droit jusqu’à la salle 47, salle des peintres de Diderot.

La brioche
La brioche

© Musée du Louvre/A. Dequier - M. Bard

08La Brioche, dite aussi Un dessert

Au milieu d’objets fréquemment peints par l’artiste, tels une écuelle de Meissen (un peu différente de celle du Bocal d’olives de la collection La Caze [M.I. 1036], présenté dans la même salle), quelques macarons, deux pêches et des cerises, trône une opulente brioche dans laquelle est plantée une branche d’oranger aux boutons blancs. Cette peinture prend place parmi les natures mortes tardives du peintre, caractérisées par la rigueur et l’harmonie. Ici, la composition en pyramide est à la fois contredite par la boursouflure de la brioche et affirmée par le bouquet de fleurs d’oranger triomphant. Le précieux carafon, unique dans la peinture de Chardin, ainsi que l’écuelle, disposés symétriquement, contribuent à la dignité un peu fantaisiste de la pâtisserie. A ce moment de sa carrière, Chardin s’attache particulièrement à peindre les effets de la lumière et fait montre d’une absolue virtuosité dans le rendu des textures. Cette alliance délicate de sobriété et de virtuosité a véritablement fasciné les jeunes peintres des années 1860 qui, tels Henri Fantin-Latour ou Edouard Manet, sont allés découvrir Chardin chez Louis La Caze. Manet réalisa même en 1870, au moment où le Louvre accueillait définitivement dans ses murs la collection La Caze, une libre variation sur le thème de La Brioche (New York, collection particulière), qui est le plus bel hommage de la peinture moderne à l’art de Chardin.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Les étapes suivantes concernent le peintre Fragonard : vous pouvez admirer Les Baigneuses dans la salle 48 sur votre droite.

Les baigneuses
Les baigneuses

© Musée du Louvre/A. Dequier - M. Bard

09Les Baigneuses

Le tableau, d’une virtuosité étonnante, est sans doute l’un des plus beaux de Fragonard. La datation de cette œuvre varie, selon les spécialistes, entre 1763-1764 et le début des années 1770. En raison de son sujet sensuel, cette œuvre a été tenue un peu à l’écart des regards indiscrets et on ignore tout de sa genèse. Des baigneuses profitent d’un lieu enchanteur, certaines occupées à se chamailler et d’autres à cueillir des fruits. Fragonard a bâti sa composition autour d’une branche qui paraît avoir plié sous le poids des jeunes filles. Le thème de la baignade féminine collective jouissait, alors, d’une grande vogue et des peintres de renom, tels Joseph Vernet ou Louis Lagrenée, parvenaient à en décliner des variations assez convenables pour être exposées au Salon. L’œuvre de Fragonard, par sa chorégraphie exubérante et extravertie de chairs offertes dans une végétation mal peignée, relève d’un registre plus polisson. C’est un aspect notable du goût de La Caze, qui recherchait les représentations sensuelles de la beauté féminine. L’amateur avait disposé ce tableau dans un cabinet en compagnie des Trois Grâces de Boucher et d’une Bacchante endormie qu’il attribuait à Fragonard. On sait que La Caze aimait particulièrement ses Baigneuses et Henri Rochefort rapporte cette plaisante anecdote : « Un jour, comme je m’approchais pour mieux les examiner des Baigneuses de Fragonard, jouant à se jeter des flaques d’eau, il me dit en souriant : – Prenez garde. Vous allez vous mouiller les pieds ! »

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
L’œuvre suivante est une des figures de fantaisie de Fragonard : c’est le Portrait de l’abbé de Saint-Non, exposé près des Baigneuses. Vous pouvez admirer à ses côtés deux autres "figures de fantaisie", L'Étude et L'Inspiration.

Figure de fantaisie
Figure de fantaisie

© Musée du Louvre/A. Dequier - M. Bard

10Portrait de l'abbé de Saint-Non

Ce portrait aux couleurs fulgurantes et à la touche rapide et marquée représente Jean-Claude Richard de Saint-Non (1727-1791), l’admirateur, l’ami et probablement le conseiller le plus intimement lié à Fragonard. L’œuvre a été peinte « en une heure de temps », selon une étiquette ancienne collée au dos du tableau. On conçoit alors ce qui, dans cette toile, a plu d’emblée à Louis La Caze, si friand de peinture fortement empâtée. L’éblouissante qualité de ce tableau ne se limite pas à cet étalage de virtuosité. L’agilité du pinceau n’occulte pas l’acuité du regard qui propose une remarquable analyse de la personnalité brillante du modèle. Néanmoins, ce portrait est volontairement atypique : par sa facture, certes, mais aussi par son « décorum ». Saint-Non est ainsi représenté dans un costume festif de convention, dit « à l’espagnole ». Son effigie s’insère dans un ensemble d’une quinzaine de portraits, dénommés « figures de fantaisie », tout aussi théâtral, qui reprend exactement les mêmes dimensions et le même type d’accoutrement. Louis La Caze posséda quatre de ces peintures, désormais conservées au Louvre. Le Portrait de l’abbé de Saint-Non est le seul qui soit précisément daté (1769).

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Descendez les marches, tournez à droite, continuez ensuite tout droit jusqu’à la salle Vien, salle 53 : Les Trois Grâces se dévoilent sur votre droite. Les deux dernières étapes ne sont toutefois pas visibles pendant les nocturnes du vendredi et le jeudi. Pour rejoindre la sortie revenez sur vos pas jusqu'à la salle 19, tournez à gauche vers les salles des arts graphiques et descendez l'escalier Henri IV.

Les Trois Grâces
Les Trois Grâces

© 1987 RMN / Christian Jean

11Les Trois Grâces

Ce tableau tient une place particulière dans la mythologie « lacazienne ». Il se trouvait dans la « Salle à côté du salon » de l’hôtel de la rue du Cherche-Midi, où le collectionneur avait rassemblé certains de ses « enfants » parmi les plus célèbres, tels la Bethsabée de Rembrandt, le Repas de paysans des Le Nain ou le Portrait présumé de l’artiste avec sa femme et sa fille de Largillierre. On raconte que l’amateur commentait volontiers cette peinture, ce que ne manquent pas de lui reprocher les Goncourt dans leur Journal à la suite de leur visite en 1859 chez l’amateur et selon qui celui-ci trouvait « à admirer dans trois stupides Grâces du baron Regnault ». On rapporte enfin que c’est en les commentant devant un visiteur qu’il fut frappé de la crise d’apoplexie dont il mourut. Le tableau, emblématique de l’esthétique néoclassique, paraît singulier au sein de la collection La Caze, principalement dédiée à la peinture « rocaille ». L’œuvre peinte en l’an II (1793-1794) est pétrie de références à la culture antique. La peinture présente trois divinités de la mythologie grecque, triade toujours associée à Aphrodite, déesse de la beauté. Depuis la Renaissance, de nombreux peintres (dont Raphaël ou Rubens) ont laissé de fascinantes représentations de ces trois parangons de la beauté féminine. Il y a ici quelque chose de résolument systématique dans l’agencement des trois corps montrés de face, de dos et de profil. L’intérêt du médecin a-t-il poussé La Caze à acquérir cette démonstration académique ?

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
La dernière étape du parcours présente un portrait peint par David, exposé dans la salle suivante, salle 54.

Filippo Mazzei
Filippo Mazzei

© Musée du Louvre/A. Dequier - M. Bard

12Portrait dit de Kervélégan ou de Filippo Mazzei

Dans le catalogue manuscrit de sa collection, La Caze établissait un lien entre ce portrait esquissé et la grande composition représentant le Serment du Jeu de paume à Versailles, le 20 juin 1789, que David destinait à l’Assemblée nationale et qu’il laissa inachevée (Versailles, musée national du château). Il identifiait le modèle avec Jean-Sylvain Bailly (1736-1793), président de l’Assemblée nationale, représenté frontalement au centre du tableau de David – interprétation rejetée aujourd’hui. Une réplique apparue récemment désigne le modèle par une inscription : « Kervélégan, ancien maire de Nantes ». On a pensé reconnaître également Filippo Mazzei, citoyen italien, agent du roi de Pologne, sympathisant des premiers idéaux révolutionnaires. Quelle que soit l’identité du modèle, la présence de cette œuvre au sein de la collection La Caze est précieuse et symbolique. Elle peut surprendre chez un collectionneur qui se voulait l’artisan de la réhabilitation de la peinture rocaille que David avait contribué à disqualifier. Néanmoins, il a pu être touché par la puissance singulière de cette effigie à la fois vive et spontanée. On sait que La Caze chercha à rassembler des portraits historiques français (les échevins parisiens par Champaigne, Fabre d’Eglantine par Greuze ou l’impératrice Marie-Louise par Gérard). Le collectionneur, peintre amateur, a pu se montrer sensible à cette peinture où le grand maître néoclassique laissait paraître sa technique à nu.

Itinéraire jusqu'à la prochaine œuvre :
Ainsi se termine le parcours La Caze ; vous pouvez voir une reconstitution en 3D de la salle La Caze sur le site Internet du Louvre, à la rubrique « Dossiers / Expositions imaginaires ». Pour revenir dans la pyramide, continuez tout droit traversez les salles des peintures du XIXe siècle. Tournez à droite, prenez l’escalier Henri II sur votre gauche, tournez à droite puis continuez tout droit et descendez jusqu’à l’entresol.

 

Auteur(s) :
Guillaume Farout
Sophie Eloy