Allez au contenu Allez au menu principal Allez à la recherche Change language

Accueil>La recherche scientifique>Sainte Russie. L’art russe des origines à Pierre le Grand

Sainte Russie. L’art russe des origines à Pierre le Grand

Hall Napoléon, 5 mars – 24 mai 2010
Commissaires : Jannic Durand et Dorota Giovannoni, département des Objets d’art

Organisée dans le cadre de l’année France-Russie 2010, l’exposition était la première consacrée par le musée du Louvre à l’art russe ancien. Elle se proposait de retracer les grands traits de l’histoire de l’art russe depuis le temps de la conversion des Slaves de l’Est au christianisme orthodoxe, à la fin du xe siècle, jusqu’au début du règne de Pierre le Grand et des grands bouleversements imposés en Russie par le souverain, avec la fondation symbolique d’une nouvelle capitale, Saint-Pétersbourg, en 1703.
Trop souvent, au regard des icônes notamment, l’art russe ancien est surtout considéré comme un simple prolongement de l’art byzantin jusqu’au seuil du siècle des Lumières. Au contraire, l’exposition souhaitait montrer que si l’art russe, essentiellement religieux jusqu’au xvie siècle dans les monuments conservés, est bien l’héritier privilégié de Byzance à laquelle la Russie doit sa conversion, d’autres apports, périodiquement renouvelés, sont venus fertiliser l’art russe dès ses débuts et lui donner une véritable et solide identité. C’est en particulier le cas de l’art occidental, roman puis gothique, puis des modèles de la Renaissance et du xviie siècle, qui, bien avant le règne de Pierre le Grand, ont contribué à infléchir plus ou moins fortement l’héritage byzantin et à donner naissance à un art russe autonome et profondément original.
Il a semblé que seul le parti d’une présentation chronologique permettait de mesurer l’intensité et l’impact réels du phénomène à travers chacune des grandes périodes de l’histoire russe et de rendre compte en même temps de l’évolution interne de l’art russe. C’était aussi le moyen de permettre au public de mieux appréhender ces liens en fonction des époques et de replacer plus facilement dans leur contexte les grandes figures historiques qu’il connaissait : Alexandre Nevski, Ivan le Terrible ou Boris Godounov. L’organisation du catalogue obéit au même principe, chaque section étant systématiquement précédée d’une introduction historique, tandis que des introductions spécifiques sur l’architecture s’efforcent de compléter la vision très partielle donnée par les maquettes et les fragments d’architecture et de décor monumental qui ont pu être exposés.
Il fallait aussi pouvoir confronter concrètement des oeuvres byzantines originales parvenues en Russie et leur postérité russe, en tentant aussi de distinguer les apports successifs – et différenciés – de l’art byzantin antérieur au xiiie siècle, de l’art des Paléologues et de l’art post-byzantin grec ou balkanique. De même, la présence dans l’exposition de plusieurs oeuvres occidentales parvenues en Russie dès leur création – bronzes du Saint-Empire, émaux de Limoges et émaux mosans, manuscrits – offrait un répertoire technique et décoratif varié dont on retrouvait immédiatement l’écho plus ou moins sensible dans la genèse de « l’âge d’or » de l’art russe qui fut celui de la Rous’ kiévienne aux xie et xiie siècles. Et cela, jusque sur les portes monumentales de la cathédrale de Souzdal au début du xiiie siècle, où la fameuse technique de la « chrysographie » est en fait celle du vernis brun propre à toute l’Europe romane. Une fois ce constat établi, on pouvait ainsi retrouver, renouvelant subtilement l’héritage byzantin, l’écho continuel de l’art occidental – aux côtés de celui des arts orientaux – dans la genèse de l’art russe : sinuosités de la peinture italienne du Duecento sur l’icône de la Vierge de la Tolga après les invasions mongoles du xiiie siècle, fleurons gothiques du panaghiarion de Novgorod datant de 1435, subtilités dogmatiques latines introduites sur les icônes du temps d’Ivan le Terrible, répertoire ornemental et techniques des orfèvres de la Renaissance sur le grand oklad de la Trinité de Roublev conservé à Serguei Possad, tentations baroques des peintres et orfèvres du palais des Armures au xviie siècle… Surtout, à la différence des expositions précédentes d’art russe ancien, y compris en Russie, il était indispensable de ne pas se contenter d’une seule technique, comme par exemple la seule peinture d’icône, ni même de deux ou trois grands musées prêteurs. Il fallait solliciter le concours d’un grand nombre d’institutions russes – au total vingt-quatre, de Moscou, de Saint-Pétersbourg et des grandes régions de la Russie ancienne – et le compléter par quelques prêts ponctuels significatifs européens et français. On ne devait pas non plus négliger l’apport de pièces archéologiques, de documents historiques ou des monnaies, reflets immédiats de la réalité, placés en regard des chefs-d’oeuvre qu’ils contribuaient à mieux comprendre.
On pouvait ainsi espérer montrer que si l’art russe ancien a certes fait preuve d’une singulière capacité à préserver l’héritage de Byzance jusqu’au seuil du xviiie siècle, il est parvenu dès l’origine à se forger une véritable et forte identité en se « réinventant » continuellement.
Enfin, au-delà de l’exposition, trois manifestations ont proposé aux intervenants et au public une série de réflexions nouvelles parallèles ou complémentaires : une table ronde organisée avec Pierre Gonneau et l’École pratique des hautes études (le 13 avril 2010) ; à l’auditorium du Louvre, un colloque « L’invention de la Sainte Russie » (les 26 et 27 mars 2010) ; enfin, toujours à l’auditorium, une journée-débat « Musée-musées » :
« Restaurer, reconstruire : les églises russes, un patrimoine architectural » (le 7 avril 2010).

J. Durand

English Version

Organised in the framework of the year of France-Russia 2010, this Was the Musée du Louvre’s first exhibition consecrated to ancient Russian art, from the tenth century to the reign of Peter the Great. The exhibition aimed to show that while Russian art was mainly religious until the sixteenth century and was heavily influenced by the Byzantine heritage, it was also open to other influences that contributed to its development and gave it a veritable and solid identity. This is particularly true for Western, Romanesque, Gothic, Renaissance, and seventeenth-century art, which, well before the reign of Peter the Great, all brought some degree of change to the Byzantine heritage. The decision to present the exhibition chronologically facilitated the analysis of this phenomenon and its real impact in each of the great periods of Russian history and included the internal evolution of Russian art. To fulfil these aims it was necessary to solicit the help of many Russian institutions and complement it with a selected number of significant European and French loans.
In addition to the exhibition the public and the participants were provided with a series of parallel and complementary events: there was a round table with Pierre Gonneau and the EPHE (13 April 2010), a conference on L’invention de la Sainte Russie (on 26 and 27 March 2010), and the day of talks on “Musée-musées”, reconstruire: les églises russes, un patrimoine architectural (7 April 2010).

Informations pratiques

Adresse :
Musée du Louvre, 75058 Paris - France

Téléphone :
+ 33 (0)1 40 20 53 17

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi

Fermetures :
Les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

Information in other languages

Achetez votre billet